Sibel

Allemagne/France/Turquie/Luxembourg – 1h35 – 2018
U
n film de Cagla Zencirci, Guillaume Giovanetti avec Damla Sönmez, Emin Gürsoy, Erkan Kolçak Köstendil

Une forêt, une fille qui court un fusil dans les mains, nous sommes à Kusköy, petit village de Turquie. Sibel a 25 ans, elle est muette mais s’exprime grâce à la langue sifflée pratiquée par les villageois depuis des siècles. Cette langue leur permet de communiquer à travers les montagnes.

Sibel vit avec son père et sa jeune sœur, frivole très occupée à se chercher un mari. Sibel est rejetée par la communauté, ce qui est souvent le cas de personnes « pas comme les autres », son infirmité la fait craindre des villageois qui pensent qu’elle porte le malheur en elle.

Elle est persuadée que si elle débusque le loup dans la forêt et le tue, elle sera alors respectée des autres.  Elle arpente donc la montagne avec le fusil que son père lui a offert dans l’espoir de rencontrer sa proie et c’est en fait sur un homme blessé qu’elle va tomber. La relation qui va s’instaurer entre le fugitif et Sibel est faite d’abord de crainte et de violence puis entre la jeune fille et Ali va se tisser une relation qui va au-delà des mots.

Sibel est une fable, un conte mais où aucun miracle n’aura lieu. Dans Kusköy, « le village aux oiseaux », la langue sifflée « kus dili » retrouve une place d’honneur puisqu’elle est enseignée à l’école. Sibel c’est aussi l’histoire d’une libération sexuelle, d’une revendication d’indépendance chez une jeune femme qui veut s’affranchir du carcan de règles dans ce village très isolé.
La leçon de dignité qu’elle donne à sa jeune sœur dans la dernière scène du film met en évidence le refus de Sibel de se plier aux contraintes imposées aux femmes par la tradition. Sibel au delà de son infirmité ouvre la voie à d’autres jeunes femmes pour revendiquer et obtenir leur indépendance et imposer leur volonté de choisir elles-mêmes leur vie.
Les paysages sont magnifiques, Sibel a un visage tellement expressif que les paroles semblent inutiles. Il y a quelques longueurs et répétitions mais cela n’altère en rien la qualité du film. L’originalité du thème nous plonge dans un univers tellement éloigné de nos vies que je prendrai bien la route vers Kusköy !.

Patricia Renaud pour le Clairon de l’Atax le 18/03/2019

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