Que faire d’EDF ?

EDF est en situation de quasi faillite. Seul producteur d'électricité nucléaire en France, sa disparition ne peut être envisagée. Réfléchir à l'avenir d'Edf et donc de la filière nucléaire française ne peut être juste confié à ceux qui ont amené l'entreprise dans cette situation

(Image : couleur –science.eu)

EDF va très mal :

  • les incidents s’enchaînent dans un parc nucléaire important et vieillissant, qui nécessite d’importants et coûteux travaux de maintenance et de modernisation
  • la filière EPR qui devait relancer l’entreprise en proposant une nouvelle technologie plus sûre et plus efficace, connait des ratés extrêmement coûteux avec son prototype de Flamanville. Ces ratés posent aussi la question du savoir faire d’EDF, alors que le développement de la filière nucléaire ralentit dans le monde, ce qui réduit les possibilités de commercialisation des EPR
  • une gestion calamiteuse de l’entreprise, notamment une politique d’acquisitions imprudentes, a creusé une dette abyssale
  • une diminution du nombre de ses clients, diminue ses recettes, suite à l’ouverture du marché à la concurrence

Comment trouver les financements nécessaires dans un contexte défavorable ?

Compte tenu de l’importance de sa dette actuelle estimée entre 37 et 75 milliards € et de la nécessité de remettre à niveau et moderniser ses centrales nucléaires pour un montant d’environ 100 milliards (selon la Cour des Comptes), il sera difficile pour Edf de trouver sur le marché les capitaux nécessaires aux besoins de l’entreprise. Ceci d’autant plus que les performances techniques de l’industriel n’apparaissent pas brillantes dans le domaine des EPR, où la concurrence chinoise marque des points. Logiquement EDF devrait  se trouver rapidement en situation de faillite !

Quelles solutions à la situation intenable d’Edf ?

Une faillite est pourtant quasi impossible, d’une part parce qu’Edf a comme actionnaire principal l’Etat (83% des actions), d’autre part parce qu’EDF est le seul producteur d’électricité nucléaire en France et qu’il fournit 80% des foyers français. EDF est donc l’opérateur incontournable de la production d’électricité en France : c’est ce qui fait sa force malgré ses mauvaises performances économiques, car sa position quasi monopolistique oblige l’Etat à intervenir, même si EDF a depuis 2014 le statut de société anonyme.
Pour sortir de l’impasse EDF, mais aussi l’Elysée, souhaitent mettre en œuvre une idée qui fait son chemin depuis qu’E. Macron était, sous la présidence Hollande, ministre de l’Economie de l’industrie et du Numérique. Il s’agit de scinder Edf en 2 parties : d’un côté le nucléaire actuel et futur avec peut-être, si le souhait d’Edf est accepté, l’hydroélectricité (1), de l’autre les activités dans les énergies renouvelables, les services divers, la fourniture et la distribution d’électricité aux particuliers. La partie nucléaire serait rachetée par l’Etat et redeviendrait une entreprise publique (EPIC), tandis que le reste serait progressivement ouvert aux capitaux privés…

Une telle solution est classique chez les tenants de l’économie libérale : on privatise les profits et on socialise les pertes. Le secteur du nucléaire, non rentable et endetté, sera financé par l’emprunt public, donc l’impôt, tandis que le reste des activités rentables sera ouvert aux capitaux privés. Mais peut-on faire autrement compte tenu de la situation actuelle d’Edf ?

La question qui se pose d’emblée est de savoir à quoi va servir l’effort financier qui sera demandé aux Français pour sauver Edf : s’agit-il de financer la remise à niveau des centrales nucléaires et le développement de la filière avec la construction de nouveaux EPR (ce qui semble être le projet de Bercy et de l’Elysée), ou s’agit-il de financer la sortie progressive du nucléaire ?
Un tel choix fondamental mérite un débat public ! Est-il normal qu’un petit cénacle, fait de techniciens et de politiciens, fussent-ils énarques, ingénieurs de mines, ou issus d’autres écuries réputées prestigieuses, mais dont la gouvernance a finalement conduit EDF à cette situation catastrophique, soient encore en situation de décider, seuls, de l’avenir de cette entreprise, surtout lorsque cette décision implique des sacrifices de la part des citoyens ?

L’avenir d’Edf est un sujet qui concerne tous les Français et qui mérite une consultation nationale, menée démocratiquement sur la base d’une information objective du public : les méthodes et les moyens existent, il suffit d’une volonté politique.

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 19/04/2019

 

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Notes:
  1. ce qui représente actuellement 80% de la production électrique française

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