Vers un nouveau risque environnemental dans l’Aude ?

Une fois de plus, une opération présentant un risque fort d'impact environnemental est lancée en toute discrétion. Il s'agit cette fois du dragage d'une section du canal du midi sur une longueur de 14 km. Projetée par VNF (Voies Navigables de France), autorisée par le préfet sans enquête publique préalable, cette opération va déverser 30.000 m3 de boues polluées sur des terrains privés non étanchéifiés.

Décidément certaines « autorités », trop nombreuses,  n’ont pas encore compris qu’il n’était plus possible de duper le public en lui cachant certaines informations, surtout quand il s’agit d’environnement et d’aménagement du territoire. Le Clairon de l’Atax le dit et le redit : la société civile dispose en son sein d’experts, qui lui permettent de comprendre et d’analyser les projets élaborés par des ingénieries publiques ou privées et d’en débattre avec leurs promoteurs. Ignorer cela est à la fois anti-démocratique et contreproductif. C’est pourtant ce qui se passe une fois de plus dans l’Aude ou l’autorité VNF (Voies navigables de France) et les services de l’Etat semblent faire preuve de beaucoup de légèreté mais aussi de défiance envers l’opinion locale.

Certains terrains de Saint Nazaire d’Aude et d’Argens-Minervois menacés par une pollution issue du dragage du canal du midi ?

Drague en action sur le canal du midi (image Kapadokya)

Les faits

Une importante opération de dragage du Canal du Midi qui vise à lui redonner son gabarit fonctionnel a été projetée à partir de fin mars 2019 sur une longueur de 14 km entre l’écluse d’Argens et le Pont du Somail. Selon l’opérateur VNF 30.000 m3 de sédiments devraient être extraits lors de cette opération et stockés sur une surface de 6,4 ha répartis sur deux terrains situés l’un de 4,2 ha sur la commune de Saint Nazaire d’Aude, l’autre de 2,2 ha sur la commune d’Argens Minervois. Les dépôts de boues représenteraient une épaisseur d’environ 50cm sur un terrain non étanchéifié.

Lieu de dépôt des boues (Photo P. Comte)

Les réactions de l’opinion

Compte tenu de diverses pollutions précédentes dans l’Aude qui ont contaminé l’environnement, les riverains inquiets, habitants et élus, ont alerté les « autorités » qui leur ont répondu avec une certains désinvolture que les normes étaient respectées (*1) et qu’« aucune sur-pollution (sic) n’avait été constatée ».
Pourtant il ya de quoi être inquiet : le Collectif citoyen de Saint Nazaire d’Aude a eu recours aux compétences de l’association environnementale RUBRESUS dont les capacités d’analyse sont réputées : l’étude qu’elle a réalisée du projet VNF a de quoi inquiéter ! Note Dragage Canal du Midi VFD
A la suite de ce travail un communiqué de presse conjoint que nous publions ci dessous a été diffusé par Collectif citoyen de Saint Nazaire d’Aude et  RUBRESUS. Ce communiqué insiste particulièrement sur la nécessité de faire des études complémentaires au dossier actuel de VNF en y associant les riverains et les municipalités concernées.

Les questions posées par le Collectif citoyen de Saint Nazaire d’Aude, actuellement sans réponses 

  • Le fait que les opérations de dragage soient menées dans le cadre général d’un plan de programmation pluriannuel et de dossiers de « porter à connaissance » : il n’y a en conséquence ni enquête publique, ni étude d’impact, ni informations des riverains ou de la municipalité au moment du choix du/des terrain(s)
  • Le choix du/des terrain(s) est fait par VNF, au plus près du canal, qui traite directement avec le propriétaire à qui il fait signer un contrat de 3 ans et verse une « indemnité d’occupation temporaire ».
  • Les boues sont purement et simplement transférées du domaine public (le fond du canal) vers des terrains agricoles privés alors que les analyses révèlent qu’elles sont chargées en métaux lourds, notamment de cuivre et d’arsenic.
  • Le problème est que ces boues vont être réparties sur des terrains également chargés en métaux lourds : or si VNF connaît les teneurs en métaux lourds des parcelles concernées, il ne tire aucune conséquence de leur cumul avec les métaux lourds des boues apportées.
  • Quid de la pollution à long terme de ces sols ? VNF ne sait pas répondre à cette question,  alors que d’une par les eaux de ressuyage s’infiltrent dans le sol par gravité, que d’autre part VNF est dégagée de toute responsabilité une fois le terrain rendu à son propriétaire et qu’enfin aucune clause environnementale n’est mise à la charge du propriétaire qui peut donc cultiver, louer ou céder son terrain sans contraintes.
  • Ne peut-on pas réfléchir à d’autres moyens de valorisation de ces boues qui ne sont rien d’autres que des déchets chargés en métaux lourds a priori peu compatibles avec des terres agricoles ?

Le Collectif citoyen de Saint Nazaire d’Aude remarque aussi que la question dépasse le seul cas des communes d’Argens et de Saint-Nazaire, car dans ce projet soulève des problèmes de gestion de « déchets », de santé publique, de traçabilité de terrains sur fond d’inondations d’octobre et d’arsenic, de tourisme fluvial, de label Unesco et plus généralement de la protection et de la mise en valeur d’un canal qui est l’un des emblèmes de la région Occitanie et qui a déjà été meurtri par le chancre coloré.

La rédaction du Clairon de l’Atax le 17/04/2019

 

Communiqué de presse du collectif de citoyens
de Saint-Nazaire-d’Aude et de l’association RUBRESUS

L’opération de dragage du Canal du Midi dans la section Argens Minervois – Le Somail prévue en 2019 par Voies Navigables de France VNF est une opération exceptionnelle (tous les 30 ans environ) et d’envergure par la quantité de sédiments à extraire, qui soulève de nombreuses questions quant à la composition et à l’épandage des sédiments. Ni le public, ni les riverains, ni les municipalités concernées n’en ont été informés et l’autorisation de cette opération n’a pas fait l’objet d’étude d’impact ni d’enquête publique. Elle a été révélée de façon fortuite, à l’occasion d’importants travaux préparatoires des parcelles devant recevoir ces déchets et qui n’ont pas manqué d’inquiéter certains habitants des villages concernés.

Sur 14 km, 30 000 m3 de sédiments (41 000 tonnes) vont être extraits du Canal. Les analyses des sédiments à draguer montrent de très fortes concentrations en cuivre, dépassant les limites pour certains prélèvements, ainsi que la présence systématique et notable d’arsenic. Cette masse de déchets contient 1 373 kg de cuivre, 285 kg d’arsenic et au total 4 088 kg de métaux lourds. Elle correspond aux matières apportées et accumulées dans le canal durant ces trois dernières décennies et témoigne d’un phénomène de pollution chronique.

Les 30 000 m3 de sédiments à curer doivent être épandus et stockés (« déposés » et régalés) sur deux parcelles agricoles de 6,4 ha (une à Saint-Nazaire-d’Aude, l’autre à Argens Minervois), ce qui constitue des doses massives en métaux lourds : 214 kg cuivre/ha (639 kg métaux lourds/ha). Pour comparaison, les apports de cuivre par les traitements de cultures (vignes) sont limités à 4 kg cuivre/ha/an. L’apport instantané de cuivre par les sédiments du canal représenterait l’équivalent de 54 années de traitement cuivrique.
De plus, les sols des parcelles agricoles retenues pour recevoir les sédiments sont déjà saturés en cuivre (zone dépôt Saint Nazaire d’Aude :107 mg cuivre/kg MS) et riches en arsenic (13 à 19 mg arsenic/kg MS).

Devant le risque évident de pollution pérenne par métaux lourds de parcelles agricoles par les déchets de dragage du canal insuffisamment pris en compte dans le dossier VNF, la révision du projet de dépôt des sédiments apparaît indispensable et devrait faire appel à des études complémentaires préalables en associant les riverains et communes concernées. Ces études complémentaires sont d’autant plus nécessaires que les inondations d’octobre 2018 ont probablement modifié la composition des sédiments à traiter.

 

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Publié par La Rédaction du Clairon de l'Atax

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