L’Adieu à la Nuit

France/Allemagne – 1h43 – 2018
Un film d’André Téchiné avec Catherine Deneuve, Kacey Mottet Klein, Oulaya Amamra

Glacial et glaçant

Muriel, gérante d’un centre équestre, est heureuse. Son petit-fils Alex va venir la voir avant de commencer une nouvelle vie au Canada. Mais la réalité sera tout autre. Alex arrive, très nerveux, plus attaché à s’assurer une couverture réseau que de s’inquiéter de sa grand mère et de son plaisir de la voir. Les retrouvailles sont plutôt froides et puis, petit à petit, Muriel à petites touches, va découvrir la vérité. Alors, elle va se battre avec l’énergie du désespoir pour empêcher Alex de mener ses projets à bien, jusqu’à la décision finale qui s’avèrera la seule possible, mais ô combien difficile à prendre et à assumer.

Un grand film qui aborde le problème de la radicalisation chez un jeune qui, de prime abord, ne manque de rien. Un film difficile, dans lequel Téchiné ne prend pas parti mais donne à voir une prise de décision inéluctable et un embrigadement dans des actions définitives. Pourtant Alex s’est converti à l’islam et pourrait se contenter d’être « un bon musulman ». Que va-t-il donc chercher en voulant partir combattre ? Le frisson du danger, le suicide ou la mort ? Que rejette-t-il avec tant de virulence ? Sa vie facile, cette société de consommation qui a perdu certaines de ses valeurs…

Pris en étau entre ses deux « recruteurs », Lila, amie d’enfance qui jouera sur cette relation et Bilal, agent trouble puisqu’il ne partage pas les convictions religieuses de ses camarades (il fume, il boit, il drague Lila), Alex n’a pas accès à la réflexion et à l’analyse. On dirait qu’il s’entête parce que, pris dans les rails de sa décision, il n’a pas la possibilité de faire marche arrière.

Catherine Deneuve est excellent dans le rôle de la grand-mère déchirée qui ne comprend pas et ne peut trouver que des solutions extrêmes face à la détermination d’Alex.

Un film qui permet de réfléchir sans jugement, de se poser des questions sans forcément avoir les réponses.

Douloureux mais efficace.

 

Patricia Renaud, pour le Clairon de l’Atax, le 15 avril 2019

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