Attention Macron : le feu couve encore !

Le Titanic réputé insubmersible en train de sombrer

Pendant la période que l’on a appelé les « trente glorieuses », le bien-être a augmenté, des emplois ont été créés, les inégalités ont été réduites… Nous avons été « biberonnés » à la croissance. Mais depuis le passage du libéralisme au néolibéralisme, dans les années 1970/80, on constate que la croissance débouche sur la réduction du bien-être, la destruction d’emplois, l’accélération des inégalités. Les plus anciens diraient, à l’instar de Fernand Reynaud : « Y comme un défaut ! »

Depuis 2007, nous avons subi Nicolas Sarkozy qui n’a pas été réélu, François Hollande qui n’a pas pu se représenter, et nous avons pu nous demander récemment au plus fort du mouvement des gilets jaunes, si Emmanuel Macron parviendrait à finir son mandat…
Devant ce mouvement le gouvernement a mis plusieurs semaines à comprendre, puis commencer à reculer sur quelques dossiers comme, par exemple, la taxe sur les carburants dont on s’est rendu compte qu’une petite part était affectée à la transition écologique.
Mais au-delà de ces petits aménagements ou promesses d‘aménagements la réponse du pouvoir a été édifiante à cet égard : « nous gardons le cap ».
Puis ce fut le temps des manœuvres de culpabilisation des contestataires. Que n’avons-nous pas entendu de la part des macronistes et de leurs affidés ? Les contestataires étaient qualifiés d’extrémistes tantôt de droite, tantôt de gauche, d’anti-écologiques, voire d’antisémites, etc.…
Devant la persistance des samedis de manifestation qui s’enchainaient, nous avons alors assisté aux manœuvres d’un régime aux abois… un Président diffusant un message angoissé depuis l’Élysée… annonçant des mesures qui n’étaient pas à la hauteur de la situation : une fausse augmentation du SMIC, la défiscalisation des heures supplémentaires, un recul sur la CSG des retraités… Ces mesures de pacotille, chiffrées entre 10 et 12 milliards, ont été en fait prises en charge par le budget de solidarité à la charge de l’État, donc à notre charge, ponctionnant particulièrement les classes moyennes pendant que le gouvernement a maintenu la flax-tax, la suppression de l’ISF, le CICE… qui bénéficient aux plus riches.

Constatons tout d’abord que même si ces mesures ne répondent pas à la question fondamentale du partage de la richesse, retenons que les gilets jaunes ont réussi là où les mouvements citoyens, politiques, les syndicats ont échoué… Les gilets jaunes : le nouveau syndicat du peuple ?
Et le mouvement des gilets jaunes s’est prolongé et se prolonge encore… La réponse a été une répression dont le caractère violent s’est développé avec des victimes des 2 côtés, mais particulièrement du coté des gilets jaunes avec des gardes à vue, des condamnations sans jugement, des comparutions immédiates, et même quelques emprisonnements… En attendant les enquêtes sur les violences policières sont toujours en cours ! Tout cela sur fond d’interprétations médiatiques pour décrédibiliser le mouvement.
Puis les demandes se sont élargies, particulièrement sur le thème démocratique : le Référendum d’Initiative Citoyenne, vu comme une façon de vouloir reprendre une partie du pouvoir, en tout cas de contrôler l’exécutif… Ou encore des demandes de plus de dépenses sociales, plus de services publics, en opposition totale avec le dogme néolibéral macronien. Certains réclamaient même une autre République… Le mouvement s’auto-éduquait politiquement… au moyen de réunions et de classes informelles qui rassemblaient des ouvriers, des employés, des artisans, des demandeurs d’emplois qui ont en commun la difficulté de vivre de leur travail. 

Pour sortir de ce piège politique, E. Macron a organisé un « grand débat » : il s’agissait en fait d’une opération de communication qu’il a menée de bout en bout et dans laquelle il a essayé de se « refaire »… Au mieux nous avons assisté à des séances de psychothérapie de groupe… On ne peut qu’être étonné de ce spectacle qui ressemblait à l’organisation d’une campagne électorale présidentielle, mais avec un seul candidat, un seul parti et sans élections. : sidérant ! Nous avons assisté à des prises de parole du Président longues de 5 à 6 heures, telles les incantations d’un télé-évangéliste, ou pire qui rappelaient les harangues des grands dictateurs sud-américains ou soviétiques. Il se mettait en scène comme celui qui savait tout, qui était plus fort que tous, même que les « intellectuels » qui avaient répondu à ses convocations.
Malgré le battage médiatique, et selon les meilleurs chiffres, seulement 2% du corps électoral a finalement participé à ce débat ; il s’agissait pour une grande partie des personnes issue de la classe moyenne, plutôt  « macronistes ». Peu de gilets jaunes ont suivi : ils avaient bien compris que les sujets évoqués ne répondaient pas à leurs questions sur le pouvoir d’achat, le partage des richesses, la démocratie, donc sur la remise en cause du cap néolibéral prôné par E. Macron… Et le « grand débat » s’est finalement terminé en eau de boudin… Y a-t-il aujourd’hui plus de démocratie, plus de pouvoir d’achat ou de redistribution ? Qui aujourd’hui peut dire quelles sont les orientations retenues ? Cette opération avait pour but d’essouffler le mouvement des gilets jaunes, tout en se payant une campagne électorale, en vue des élections européennes, le tout sur le dos du contribuable…

Bien entendu dans cette campagne, le Président nous a (re)joué la scène éculée du « Au secours, il y a Le Pen, donc il faut voter LREM »… On connaît le truc ! On a déjà donné ! Il fallait être devant le Rassemblement national… Macron en provoquant un duel LREM/RN n’a fait que renforcer l’extrême droite en France, de la même façon que Obama a produit Trump, Renzi, Salvini et Merkel, l’ALD… Et que se passera-t’il après Macron ? Un jeu pervers qui fera le lit d’un ultra libéralisme encore plus radical, climato-septique, nationaliste voire xénophobe, ce qui satisfera l’oligarchie et les pouvoirs financiers en place.
En attendant LREM est arrivé en 2° position, ce dont E. Macron ne s’est pas vanté !  Ainsi :

  • L’extrême droite du RN à recueilli 23,5 % des suffrages exprimés (et 5,3 millions de voix), moins qu’en 2014, mais ce score pourrait atteindre rapidement 26 % avec quelques recrues potentielles de certains LR ou DLF à la dérive ;
  • L’extrême centre de LREM est à 22,5% des suffrages exprimés (environ 5 millions de voix) + l’UDI (0,5 million de voix) à 2,5% soit 25%, lequel centre a perdu les anciens « bobos » socialistes qui ont réalisé s’être fait « rouler dans la farine ».
    (Notons que les deux partis arrivés en tête (RN + LREM) totalisent 21 %   des inscrits !)
  • EELV, rejoint par un grand nombre de « bobos » socialistes, s’en sort un peu mieux, tout en continuant à pneser que l’écologie peut se réaliser par le marché, à l’image des « anciens » EELV comme Cohn-Bendit, Durand ou encore JV Placé. Ambiguïté majeure qui me rappelle celle des socialistes des années 1990 à 2012 qui disaient « contenir, gérer le capitalisme ». On a vu le résultat !

Et le monde des « éditocrates » politiques a continué ses élucubrations post élections européennes… considérant que les 50% de participation représentaient un succès, alors qu’une telle abstention est l’illustration de la défaite de notre système démocratique. Aujourd’hui 53 millions de personnes sont en âge de voter alors que le nombre d’inscrits est de 47 millions soit 6 millions de non-inscrits. Si on rajoute ces derniers aux abstentionnistes, ce sont environ 28 millions de français qui ne se sont pas déplacés… Le FN/RN a conservé ses électeurs sur un mode revanchard. La question à se poser serait : pourquoi y a-t-il eu cette abstention des gilets jaunes, mais pas que ? Est-ce l’Europe, travestie en UE, qui ne fait plus rêver ? Ou la gauche qui a trahi ses électeurs ?  Surement les deux !…
Quand j’entends autour de moi que les élus seraient « tous pourris », alors que quelques dizaines sont à avoir « mis le doigt dans le pot de confiture » face à 500 000 élus, soit quelques millièmes de point… Je me demande si cette campagne constante de dénigrement, orchestrée par les médias, ne consiste pas à pousser les électeurs à l’abstention… Donc à laisser le champ libre à l’oligarchie !
Le plus perturbant reste qu’avec 50% d’abstention, LREM réunit 11% des  inscrits. Ce qui représente encore moins de légitimité pour E. Macron qui avait obtenu 18 % des inscrits, lors des dernières élections présidentielles. Mais ce qui n’empêche pas le Président de procéder à son « acte II des réformes néolibérales » … en continuant à affirmer que nous devons « garder le cap » !

En analysant cette situation, j’en tire deux autres enseignements qui me font penser que l’affaire n’est pas finie.
 1/ C’est peut-être pour la première fois depuis longtemps que nous avons assisté à l’échec du passage de la révolte à un dénouement par le politique, c’est à dire la domestication de la violence au moyen des institutions en place… Face au gouvernement ou au roi, lorsque ceux-ci étaient contestés, les politiciens ont toujours pris le relais à l’Assemblée pour traduire cette violence en changements institutionnels et en nouvelles lois… Avec quelquefois, le recours à un homme providentiel, un  nouveau roi, un nouveau président du conseil. Doumergue en 1934 ou de Gaulle en 1958, entre autres exemples.
2/ Le mouvement des gilets jaunes est issu de la province. Naguère, les insurrections qui pouvaient faire tâche d’huile, n’ont pas épargné la province, mais elles étaient vite noyées dans le sang avant qu’elles ne gagnent éventuellement Paris qui n’en avait finalement que quelques échos affaiblis dans les palais parisiens ou versaillais.
Les révolutions qui ont marqué notre histoire, 1789, 1830, 1848, mai 1968, les grandes manifestations sur  l’enseignement, le CPE, étaient encore des manifestations parisiennes propageant la flamme d’une ville toujours crainte pour ses montées de violence. Mais Paris, cette ville imprévisible de sans-culottes, qui a déposé la monarchie, fait régner la Terreur, fomenté trois révolutions au XIX° siècle, cette ville que les rois, les empereurs se sont évertués à anesthésier ou à fuir, Paris est aujourd’hui, vidée de ses humeurs populaires, mais dominée par une élite devenue oligarchique.  

Alors que faire ?
Le seul débouché politique actuellement soutenable serait la constitution d’un rassemblement à gauche sur les bases d’une nouvelle forme d’Etat (fondée sur l’institution d’une VI° République aux institutions plus démocratique), porteuse d’une véritable orientation écologique (face aux diverses menaces d’effondrement planétaire) et organisant un partage équitable des richesses (par lequel nous retrouverions les marges de manœuvre suffisantes pour réussir les deux premiers points).
Des aspirations communes qui aboutissent à des causes communes. À la réflexion, ce sont les mêmes demandes que celles formulées par les gilets jaunes. Dans notre histoire récente, la gauche désunie a facilité l’émergence du fascisme. Ici que je me dois d’attirer l’attention sur la responsabilité de la gauche face au duo mortifère Macron-Le Pen… Duel que Macron aura de bonnes chances de perdre, particulièrement quand on voit se profiler Marion Maréchal-Le Pen qui souhaite réunir toutes les droites dans un pouvoir fort à tendance conservatrice et qui n’hésitera pas à supprimer ce qui reste des libertés citoyennes, voie déjà ouverte par les trois derniers Présidents de la République.
N’ayant pas eu de réponses à ses demandes, le mouvement des gilets jaunes n’a pas purgé la violence, toujours latente de tous les « laissés sur le bord du chemin ». L’incendie peut sembler éteint, mais il peut repartir à l’occasion d’un simple fait divers, par hasard, comme un « coup de sang » où se met en branle la colère, la peur, la souffrance, le ras-le-bol… attisant les nombreux mouvements sociaux qui réunissent des personnes insatisfaites de leur travail et leurs vies, celles maltraitées dans les domaines de la santé (EHPAD, Urgentistes), de l’éducation (contre la réforme Blanquer), de la justice (les avocats dans la rue). S’y ajoutent les retraités (réforme des retraites) et les chômeurs (réforme de l’assurance chômage), sans oublier les victimes des plans de licenciement qui se cumulent dans les entreprises privées comme publiques
Le risque est grand de voir notre société actuelle s’effondrer. S »agira-t-il d’un premier effondrement réel, économique social et politique qui précèdera ceux liés au climat ?

Alors face à l’entêtement de nos gouvernants macronistes, l’histoire exemplaire du Titanic nous reviendra peut être à l’esprit ! Ce navire, prétendument « insubmersible », qui voulait épater la galerie, et montrer des performances hors du commun. Fonçant dans un brouillard dense lors de son voyage inaugural, il s’est fracassé le 14 avril 1912 à 23h40 sur un iceberg au large de Terre-Neuve : il s’agit d’une des plus grandes catastrophes maritimes survenues en temps de paix ! Selon la plupart des témoignages à 2 h 17 du matin, sur le pont, l’orchestre s’arrête de jouer pour rassurer les passagers, juste avant la chute de la cheminée. À 2 h 18, les lumières du Titanic clignotent une dernière fois puis s’éteignent. Un instant plus tard, le paquebot se brise en deux. Alors que la partie avant coule, la partie arrière flotte pendant quelques instants et se remplit d’eau lentement jusqu’à ce qu’elle sombre à 2 h 20.  Bilan : 1491 victimes pour 710 survivants
À New-York, les informations sur le naufrage parviennent, mais laissent les journaux sceptiques…Le vice-président de la compagnie White Star, armateur du bateau, se montre rassurant : « Nous avons une confiance absolue dans le Titanic. Nous sommes persuadés que c’est un navire qui ne peut pas couler »… C’est comme Macron aujourd’hui qui proclame : « Il faut garder le cap ! » alors que de plus en plus de personnes alertent la passerelle en voyant des icebergs (les effondrements sociaux et environnementaux) se rapprocher, tandis que l’orchestre néolibéral continue à diffuser sa petite musique médiatique rassurante, cela jusqu’au choc final : la prochaine crise, économique, environnementale, sociale que nous annoncent de plus en plus d’observateurs aux compétences reconnues…   

Oncle Jef  pour le Clairon de l’Atax le 08/07/2019

 

 

 

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