De la destruction des biens publics

Alors qu’Emmanuel Macron s’approche de la mi-mandat, on ne peut que remarquer la constance avec laquelle il s’emploie, aidé de son gouvernement, à détruire les biens publics

Alors qu’Emmanuel Macron s’approche de la mi-mandat, on ne peut que remarquer la constance avec laquelle il s’emploie, aidé de son gouvernement, à détruire les biens publics. Ces biens publics se sont constitués au fur et à mesure de l’Histoire. Il s’agit aussi bien des services ouverts à tous, comme la Poste et les Télécom, le système de santé publique ou l’éducation nationale, que des entreprises publiques créées avec des fonds publics, c’est à dire avec l’argent des citoyens.
Cette politique n’est pas nouvelle, mais il semble que l’opinion y soit de plus en plus réfractaire : de fait, depuis une trentaine d’années, les gouvernements successifs, tous bords confondus, tentent de réduire, voire de liquider ces biens publics sous des prétextes financiers dont la pertinence est loin d’être établie. Les deux arguments essentiels censés justifier ces pratiques récurrentes sont la maitrise de la dette et la compétitivité de l’économie.

Dans le cas des services publics, ceux-ci coûteraient trop cher à l’Etat eu égard au service rendu et alourdiraient la dette publique. Il s’agirait donc de réduire leurs personnels, particulièrement les fonctionnaires, et de compenser cette réduction par une rationalisation des fonctionnements, voire par la délégation du service public à des entreprise privées. C’est ainsi qu’en 25 ans l’emploi public qui représentait en 1985 10,5% des emploie salariés ne représente plus que 3,4%… Ces opérations budgétaires de réduction du service public sont généralement brouillées par des messages gouvernementaux qui vantent l’amélioration du service rendu et son adaptation à la modernité…E. Macron et son gouvernement sont particulièrement forts dans cet exercice lénifiant. Ainsi, alors que la crise de l’hôpital public en sous-effectifs et manque de moyens, se développe avec la grève nationale des urgences, le gouvernement, tout en promettant des abondements budgétaires et une amélioration du fonctionnement des services, présente un projet de loi de finances 2020  qui pour le ministère de la santé et de la solidarité bat avec -2,2% tous les records en matière de réduction de postes budgétaires, tandis que l’Education nationale, pourtant soumise aux réformes du ministre Blanquer, maintient tout juste ses effectifs (– 0,01%). Mais comme le répète le président Macron : il n’est pas question de changer de cap !

Dans le cas des entreprises publiques le processus de privatisations suit son cours depuis une trentaine d’années : ainsi fin 2013 l’État contrôlait majoritairement, directement ou indirectement, 1 444 sociétés qui employaient 801 270 salariés alors que trente avant en 1983 3 500 sociétés étaient sous contrôle de l’Etat et les effectifs salariés atteignaient les 2 350 000 personnes . (1) De temps en temps on assiste à l’émergence d’un scandale comme celui de la privatisation des autoroutes en 2005 sous prétexte d’allègement de la dette de l’Etat alors que ces autoroutes rapportaient plus que le service de la dette contractées pour leur construction…D’une manière générale l’intérêt de ces privatisations n’est pas établi. Ainsi l’intérêt du projet de privatisation d’ADP, de la Française des jeux  et d’Engie, voulu à tout prix par E.Macron et son gouvernement, pose question. Pourquoi vouloir se débarrasser de ces 3 sociétés qui rapportent entre 700 et 800 millions par an pour des recettes de cession estimées entre 15 et 19 milliards €. Selon le projet gouvernemental une partie de ces recettes (5 milliards) serait consacrée à l’allègement de la dette publique (de 2300 milliards !!!) tandis que le reste abonderait un « Fonds pour l’innovation et la rupture » qui rapporterait annuellement à l’Etat 250 millions € ! Perdre entre 700 et 800 millions de recettes annuelles pour gagner 250 millions : qu’est ce qui peut justifier une telle aberration, sinon le souci d’augmenter la fortune de quelques uns de ces entrepreneurs amis qui font les élections ?
Dans le cas des ADP, premier exploitant mondial d’aéroports, au vu des perspectives de croissance du secteur aérien d’importantes plus values devraient être réalisées par l’acquéreur privé, mais alors pourquoi ne pas en faire profiter l’Etat ? Pour le moment la cession des ADP est reportée suite au lancement d’une procédure qui soumettrait cette vente à un RIP ou Référendum d’Initiative Partagée. Il faudra 4.717.396 soutiens pour le déclencher, le ministère de l’intérieur en décompte actuellement 765 465 et il reste 171 jours, donc peu de chances de  déclencher ce référendum!

Mais la réduction des services publics et les privatisations des entreprises publiques ne se limite pas à des conséquences budgétaires.
Elle se traduit généralement par une détérioration du service rendu comme en témoignent la détérioration du service public de santé, de l’éducation nationale ou de la SNCF. S’y ajoute la mise au chômage de personnels qui peinent à retrouver des emplois compte tenu des l’évolution des qualifications demandées par les employeurs. Une masse de petits emplois à faible valeur ajoutée bascule ainsi du travail salarié au statut d’assisté bénéficiant d’un revenu de solidarité dans l’attente d’un emploi qui ne viendra plus. Ce qui se perd dans cette opération c’est du lien social donc un certain équilibre  de la société, mais « dans le même temps »l’entrepreneur privé augmente ses marges tandis que le budget social de l’Etat gonfle inexorablement…

Combien de temps cela peut-t-il encore durer ?

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 22 /09/2019

 

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Notes:
  1. source La Tribune 2 avril 2015

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