Gregory ou l’exclusion par l’école

Manifestation contre le démontage de l’école

Grégory a 13 ans. C’est un gamin sensible, agréable, raisonnable, plutôt sympathique… Mais pas toujours attentionné, quelquefois lent. En fait, il présente le gros défaut de ne pas « entrer » dans le moule demandé par notre société « productiviste », lequel serait nécessaire à notre développement…

À l’école primaire. On a supprimé les RASED (Réseaux d’Aide Spécialisé aux Élèves en Difficulté) qui couteraient trop cher. Pas de moyens pour lui affecter une assistance. Grégory a redoublé une classe.
Au collège. Il commence avec des notes basses, fait des efforts et arrive à améliorer ses résultats… Pas suffisamment pour l’institution éducative ! 
On propose aux parents de Grégory, qui n’ont aucune vision de l’organisation de l’Éducation nationale, de le mettre en SEGPA (Section d’Enseignement Général et Professionnel Adapté). Ayant quelques doutes sur la pertinence de cette proposition, ils se renseignent dans l’éducation privée où il faudra payer en plus. Mais son dossier est « mauvais ». Il est refusé. On comprend alors pourquoi l’enseignement privé aurait de meilleurs résultats, ce qui reste à prouver.
Bref, Grégory se retrouve à la rentrée en SEGPA, à 20 kilomètres de chez lui, avec l’obligation de plusieurs correspondances de trajets en car. Mais surtout, sa classe est composée de gamins avec de gros problèmes de comportement, et des situations familiales problématiques. Grégory est complètement désemparé et comprend qu’il va se faire « bouffer » par cet environnement. Il fait une crise de panique sévère ! Les parents sont obligés de venir le rechercher dès le premier jour… Le laisser en SEGPA serait lui rajouter des problèmes. L’erreur d’orientation semble flagrante… La sélection par l’échec, fait une fois de plus, ses dégâts !
Depuis Grégory attend chez lui une réintégration dans son collège d’origine. Tout le monde dans sa famille sait et accepte qu’il ne fera pas de grandes études. Étant déjà attiré par les activités de cuisine ou la nature, il passera vraisemblablement par une formation en apprentissage.

Il en va donc ainsi dans notre société : malheur à ceux qui sortent du cadre ! Ils sont condamnés à être stigmatisés par des personnes de leur environnement.

  • Par les parents, souvent conditionnés par le système, et qui souhaitent légitimement que leurs enfants réussissent par l’école.
  • Par les divers personnels « éducatifs », qui poussés à la performance, demandent à ces enfants ce qu’ils ne peuvent pas réaliser…

Voilà à quoi aboutit le démontage de l’École républicaine qui substitue la formation, voire le formatage à l’éducation. On a réduit les budgets depuis des années au profit d’écoles à caractère commercial ou confessionnel. On sait aussi que les enseignants français sont parmi les moins bien payés d’Europe. En attendant la prochaine « réforme » de notre ministre de l’Éducation qui souhaite mettre les enseignants en concurrence avec des intervenants extérieurs plus ou moins qualifiés et moins regardants sur la rémunération ainsi que sur le sens de leur action…
Quelles belles réformes ! Et le privé serait tellement mieux ! Les plus aisés envoient leurs enfants dans des établissements privés, commerciaux ou religieux afin de passer sous les « fourches caudines » du système, tandis que les autres qui ne disposent pas des mêmes moyens seront soit exclus du système, soit s’endetteront pour financer les études.

Cet exemple, pris parmi bien d’autres, relève d’une pratique désormais bien établie pour privatiser une institution publique. On commence par lui enlever les moyens nécessaires à sa mission pour prétendre ensuite que le privé serait plus performant et serait donc une meilleure solution. On a vu cela dans d’autres domaines (transports, industrie, énergie, autoroutes). Toujours le même scénario et à la fin des prédateurs qui se « gavent », des utilisateurs qui voient les prix augmentés sans amélioration du service rendu… Enfin rendu…tant qu’ils peuvent payer, et ceux qui ne peuvent pas en sont exclus ! Comment s’étonner alors de la dégringolade du système éducatif français et plus généralement de l’augmentation des inégalités ?

JFL, un citoyen en colère / le Clairon de l’Atax le 14/09/2019

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Publié par La Rédaction du Clairon de l'Atax

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