Privatisation d’Aéroports de Paris – Des nouvelles très très fraîches

Dialogue imaginaire autour d'une occasion pas encore perdue de participer à la vie démocratique

– Tu en fais une tête, toi ! Qu’est-ce qu’il t’arrive ?

– Ce qu’il m’arrive ? Oh, rien de bien nouveau. J’ai pris l’autoroute aujourd’hui…

– Grande nouvelle, ça t’arrive à peu près tous les jours, non ?

– Ouais, ben là j’ai les boules…

– … tu t’es encore fait gauler pour excès de vitesse ? Ça ne serait jamais que la deux mille cinq cent trente cinquième fois, non ?

– Arrête tes conneries. Rien à voir. Le prix du péage a encore augmenté. Si ça continue, ça me coûtera plus cher d’aller au boulot que de me loger.

– Ah ben ça, mon gars, c’est un scoop…

– … et en plus, ces salauds n’entretiennent même pas correctement les infrastructures. Après que le gouvernement leur a bradé les concessions, il faudrait que le contribuable allonge encore du pèze pour les forcer à respecter leurs engagements. Mais ça, le pèze, ils préfèrent le filer à leurs actionnaires et traire l’usager sous le nez du gouvernement qui regarde ailleurs.

– Ben oui mon gars, c’est la vie des animaux. Et qu’avons-nous fait pour empêcher çà ?

– Mais on ne pouvait rien faire !!

– Possible… Mais beaucoup d’entre nous ont voulu croire au catéchisme crétin qui consiste à affirmer que la privatisation des services publics sera avantageuse pour l’usager, que la concurrence entre les opérateurs fera baisser les prix. Ahhh, payer moins cher, but ultime et unique de l’Humanité !! Sauf que… En matière de concessions autoroutières, c’est juste une ineptie.

– Ah bon ? Et pourquoi donc ?

– Tout simplement parce que les concessionnaires d’autoroutes ne sont pas concurrents. Ils ont chacun une portion du réseau, ils y sont seuls et donc en situation de monopole. Et qui dit monopole dit liberté de fixer les prix. Si l’usager n’est pas content, n’a qu’à pas prendre l’autoroute.

– Ouais.. C’est pas faux…

– Du coup, chacun s’est endormi en rêvant à des lendemains bon marché… et se réveille avec la gueule de bois. Et la chose va se reproduire pour Aéroports de Paris tu sais ?

– M’en fous, je prends pas l’avion, et j’habite pas en région parisienne…

– Tout pour ma gueule,en somme… Et les autres peuvent crever, c’est çà ? Tant que ça ne me concerne pas, ça n’existe pas. Et tu voudrais qu’on te plaigne pour les augmentations du tarif des autoroutes ? Belle mentalité et étrange conception de la cohérence !
Mais qu’est-ce que tu diras lorsque ce sera le tour de l’école ? de la santé ? des transports ? Et des autres services publics ? Tu vas attendre de ne plus avoir les moyens de payer les études de tes enfants ou de te soigner ? Sauf qu’à ce moment-là, ce sera trop tard !! Lorsque tous les services publics auront été vendus au privé, tous les investissements consentis avec l’argent public, c’est-à-dire l’argent de nos impôts, depuis plus de cinquante ans, tous ces investissements seront anéantis !! Et à ce moment-là, pour reconstruire un service public, ce sera « bonjour »… Là, il faudra salement se serrer la ceinture… Si seulement le climat nous en laisse le temps ! Et tu regretteras les impôts d’aujourd’hui, qui te font régulièrement hurler comme un cochon qu’on égorge.
Et pour l’instant, ces impôts si haïssables sont en train lentement de se transformer en factures à payer à des prestataires de plus en plus privés (sauf de dividendes) qui ne font pas nécessairement mieux leur boulot que les agents du public. Mais çà, les gens comme toi, ils s’en foutent. Dès lors qu’on ne prononce plus le mot « impôt » ou « ‘fonctionnaire », on a gagné, même si la vie est vingt fois plus chère, et le service rendu vingt fois moins satisfaisant !!…

– Eh, calme toi !! Tu dramatises toujours tout, là…

– Ah bon ? C’est moi qui dramatises ? Alors que tu viens gémir comme un malheureux pour une augmentation du tarif des autoroutes ? Sans même vouloir comprendre que nous sommes tous responsables de cette situation ?

– Nous ? Responsables ? Mais que peut-on faire ? Tout se décide chez les politiques et ils ne nous demandent même pas notre avis. Tout le monde le dit : la démocratie est bidon, on ne nous demande notre avis que pour aller voter et après, c’est « ferme-là et laisse faire ceux qui savent ».

– Dans beaucoup de cas, ce n’est pas inexact. Mais pour empêcher la privatisation d’Aéroports de Paris, nous pouvons encore agir. C’est d’ailleurs une nouveauté. Ça n’a encore jamais été fait.

– Et comment ?

– Toi, tu regardes trop la télé. Manifestement ça t’empêche de t’informer… Tu t’endors aux infos et tu te réveilles pendant les pubs, c’est çà ?

– Eh, oh !! Ca va hein ?…

– N’empêche… Si tu regardais et écoutais ta télé au lieu de la dormir, tu aurais appris qu’une centaine de députés ont décidé de lancer un référendum d’initiative partagée…

– Ah oui.. Ce truc… J’en ai entendu parler… Mais on dit aussi que ça ne marche pas et que le gouvernement a fait ce qu’il fallait pour que ça capote. Faut combien de signatures déjà pour que le referendum ait lieu ?

– 4,7 millions environ. Un dixième du corps électoral. Ça nous fait du monde, pas vrai ?

– Z’y arriveront jamais ! Y a pas 4 millions de pékins qui vont aller se faire ch… à remplir un formulaire sur internet. Les Français sont trop cons. Pour râler, ça ils sont forts, mais pour se bouger, y a plus personne. Note bien, j’ai entendu dire que pour enregistrer son soutien, et surtout vérifier que c’était bien passé, c’était la croix et la galère…

– … la bannière…

– quelle bannière ?

– la croix et la bannière, pas la galère !… Sûr que la vérification, c’est une vraie punition, mais ça marche, je peux te l’assurer.

– Ah bon ? Parce que tu as signé toi ?

– Non seulement j’ai signé, ce qui a du prendre dix minutes de mon précieux temps, mais je suis allé vérifier. Faut attendre cinq jours, le temps que les vérifications soient faites pour s’assurer que le signataire existe bien, mais pour moi, ça a marché du premier coup. Certes, j’ai un peu galéré pour vérifier, mais j’y suis arrivé et mon soutien est enregistré. Et toi, tu l’as fait ?

– …ben, pas encore… Tu sais, moi non plus, je ne suis pas pour la privatisation d’Aéroports de Paris, mais franchement tu crois que…

– … que tout ça c’est bidon, hein ? Finalement, tu es certainement dans le vrai : les Français préfèrent râler, c’est plus confortable, on a raison à tous les coups et on aura toujours une bonne raison de se plaindre. Faut dire… C’est tellement plus facile de râler sur les politiques, qui ne sont pas là pour répondre, que sur son patron, sa femme, ses gosses ou son chien… Apparemment, ça ne demande pas la même énergie que de se traîner de son fauteuil télé à son ordinateur pour voir si, une fois, on ne pourrait pas par-ti-ci-per. Hmmm ? 

– …

– Et puis, le désespoir, faut bien l’entretenir, pas vrai ? Des fois qu’il se mettrait à dépérir…


Pendant ce temps, l’espoir d’un référendum sur la privatisation d’Aéroports de Paris est tout doucement en train de s’amenuiser. Si les dix premiers jours de l’opération étaient encourageants, très vite le nombre de soutiens s’est mis à stagner. Plus le temps passe et plus le nombre de soutiens à obtenir par jour augmente. Au 13 juin, ce nombre était de 17 217 / jour. Au 22 septembre 2019, trois mois après le lancement de l’opération, il est passé à 22 977. Belle performance de notre inertie estivale !!

Les graphiques ci-dessous montrent deux projections au 12 mars 2020 du nombre de soutiens au RIP. En se basant sur les données collectées depuis le début de l’opération, le nombre de soutiens collectés atteindrait péniblement les 2 millions, soit moins de la moitié de ce qui est nécessaire pour déclencher le référendum. Mais si l’on se base sur la tendance des 14 derniers jours, soit début septembre 2019, on atteindrait à peine 1,4 million de soutiens soit moins du tiers !! 

Certes, il reste encore près de six mois et il ne faudrait pas sous-estimer l’impact négatif, sur la mobilisation, de la période estivale suivie des préoccupations de la rentrée. Mais si rien ne change, si nous ne bougeons pas de manière très importante, le référendum n’aura pas lieu. Nous aurons alors réalisé de façon éclatante une formidable (ou fort minable ? (1)) contradiction : réclamer à cor et à cris plus de participation à la vie démocratique et ne pas nous saisir de l’occasion qui nous en a été donnée.

Jean Cordier, pour le Clairon de l’Atax, le 22 septembre 2019

Pour en savoir plus :

  • pour plus d’informations sur le moyen d’apporter son soutien au RIP (Référendum d’Initiative Partagée) visant à empêcher la privatisation d’Aéroports de Paris, vous pouvez consulter ici un récent article publié dans le Clairon.
  • pour suivre l’évolution des soutiens, rendez-vous sur cette page. N’hésitez pas à la consulter régulièrement.
    Pour voir les projections au 12 mars 2020, utilisez la liste de choix intitulée « Projection sur moyenne… » située en haut du graphique.
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Notes:
  1. pour paraphraser le jeune chanteur belge Stromae

1 commentaire

Motivons les démotivés, il reste encore quelques mois, en avant toutes !

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