Une grande fille ( Дылда – Dylda )

Russie – 2h17 – 2019 – Un Certain Regard – Prix de la mise en scène – Cannes 2019
Un film de Kantemir Balagov avec Viktoria Miroshnichenko, Vasilisa Perelygina, Timofey Glazkov.

« Comme une œuvre d’art »

 

Dylda en russe désigne une grande fille, quelquefois grosse et peu développée mentalement, on pourrait dire « une grande bringue » et c’est ce qu’est Iya dans Leningrad dévasté par la guerre en 1945. Le film démarre sur le blocage mental et physique de Iya qui émet un son angoissant et le ton est donné. Iya surnommé la Girafe s’occupe de Pachka, petit garçon chétif. Elle sera rejointe par Macha, revenue du front.

Ces deux femmes, épuisées, traumatisées, éreintées par la guerre s’accrochent l’une à l’autre et tentent de survivre. Deux pièces du même puzzle, elles se complètent et se déchirent. L’une est grande, blonde, introvertie,  l’autre est petite, brune et extravertie. Elles sont toutes deux employées dans un hôpital qui soignent les blessés de guerre.  Elles baignent dans la douleur, le désespoir de vies mutilées.

Inspiré du livre de Svetlana Alexievitch  « La Guerre n’a pas un visage de femme », Kantemir Balagov s’est attaché à décrire l’après-guerre des femmes qui ont vraiment vécu la guerre au front. Elles en reviennent cassées, meurtries, elles tentent de se reconstruire.
Et c’est la lenteur des plans qui montrent la difficulté à vivre, à avancer, à rire de nouveau. Chaque plan est une œuvre d’art qui fait penser à la peinture flamande grâce à cette lumière particulière chaude mais intime et à ces couleurs qui enrobent les personnages. Cette lenteur ne gêne en rien le déroulement du film, il suffit de rentrer dans le décor et de se laisser porter par l’action.
Tout est difficile, certaines scènes sont insoutenables tellement criantes de vérité et de douleur.

Un grand hommage à ces deux actrices qui ne sont pas des professionnelles qui font des études pour le devenir et qui le seront sûrement avec maestria.
Un film émouvant, difficile, traité comme une œuvre d’art. Une grande performance pour ce metteur en scène de seulement 28 ans, élève de Sokourov.

On a envie de dire :  » Encore… ».

Patricia Renaud pour le Clairon de l’Atax le 06/09/2019

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