Faire de la politique autrement ?… Strasbourg l’écolo !

Les écologistes auraient-ils acquis une nouvelle respectabilité politique, même chez leurs adversaires ? Assistons-nous à l'émergence d'un électorat de plus en plus mobilisé par l'émergence de la crise environnementale ?

1ère  surprise : une ville qui vote traditionnellement au centre, qu’il soit droit ou gauche, peu importe du moment que les candidats se revendiquent d’une idéologie « bien tempérée », choisit finalement de se confier aux écologistes considérés jusqu’alors comme trop radicaux dans leurs prétentions.
2ème  surprise la candidate écologiste, élue plus largement que prévu, n’écrase pas ses adversaires en trustant la présidence de l’Ecométropole de Strasbourg, mais l’offre à une maire d’un autre bord politique. Jeanne Barseghian, nouvelle maire de Strasbourg, ouvre ainsi une possibilité de dialogue constructif alors que tant de ses collègues, maires de grandes villes, s’enferment au sein de majorités dociles…

La rédaction du Clairon

L’emblématique silhouette de la Cathédrale de Strasbourg  (photo S. Masini)

La chose est connue de toute la France : Strasbourg est l’une des villes importantes du pays ayant élu récemment une maire écologiste. Le phénomène n’est pas banal quand on sait que l’Alsace est très largement bleue et ce de longue date. Il existe des villages en Alsace où François Mitterrand au meilleur de sa forme n’a jamais dépassé les 10%, c’est dire !
Tel n’est pourtant pas le cas de Strasbourg qui en 1989 élit Catherine Trautmann (PS) dans le fauteuil de maire avant d’élire, pour quinze ans au total, Roland Ries (PS) à la même place. Dans l’entre-temps, Fabienne Keller avait su, le temps d’un mandat, faire regagner la droite à l’orée du nouveau millénaire.

Lors des deux derniers mandats de Roland Ries, celui-ci avait fait alliance avec les écologistes, avec succès. Ces derniers étaient alors une force d’appoint mais cette année, ce sont bien eux qui ont gagné.
Eux ou plutôt elles. Car à Schiltigheim, deuxième ville de l’Eurométropole avec plus de trente mille habitants, déjà Danielle Dambach s’était imposée lors d’une élection municipale partielle en 2018 , aux commandes d’une liste écologiste et socialiste avec même trois conseillers communistes élus, à une droite aux commandes mais divisée. Danielle Dambach a su se faire réélire brillamment au premier tour de la municipale de mars dernier, avec la même formule mariant l’écologie et le désir de progrès social, montrant ainsi aux écologistes strasbourgeois l’efficacité de la voie de l’unité par la fusion de listes.

Jeanne Barseghian et Catherine Trautmann n’ont pourtant pas été en mesure de trouver cet accord pour enlever la mairie de Strasbourg, mais finalement, après moult péripéties lors de la campagne, Jeanne Barseghian l’emporte pour les écologistes, sans accord à gauche, ce qui représente une performance indéniable dans le contexte local ! On pourra toujours gloser sur l’abstention, mais elle est la même partout et représente un autre débat dont le Clairon de l’Atax peut quand il le souhaitera se faire l’écho.

Jeanne Barseghian va même plus loin pour la gouvernance de l’Eurométropole Strasbourgeoise (l’ancienne Communauté Urbaine). Au lieu de se contenter de la majorité que lui apportent les conseillers écologistes et les élus de gauche siégeant à Strasbourg et dans quelques communes environnantes, elle constate que pratiquement 25 communes de cette Eurométropole sont toujours dominées par des maires de droite et que si sa majorité est incontestable en termes de nombre de sièges dans cette assemblée, elle l’est beaucoup moins au regard du choix des électeurs des 33 communes peuplant l’agglomération.

Comme son prédécesseur au fauteuil de Président, le socialiste Robert Hermann qui avait ouvert sa majorité à droite lors du dernier mandat, Jeanne Barseghian décide alors, contre toute attente, de ne pas briguer la présidence, de ne pas la proposer à une alliée écologiste fidèle comme Danielle Dambach, maire écolo aisément réélue, de ne pas davantage l’offrir à un ou une élue socialiste, mais de solliciter pour la gouvernance de cette Eurométropole une maire de droite, mais « écolo-compatible » : Pia Imbs, maire de Holtzheim, village de la périphérie, commune pourtant modeste au regard de la taille de Strasbourg.

Cette façon de « respecter » les 33 municipalités qui forment l’Eurométropole peut paraître étrange à l’observateur rangé aux idées de gauche ou écologistes, d’autant que Jeanne Barseghian n’y était, on l’a dit, pas contrainte. Certains d’ailleurs, nombreux à droite, n’y ont pas cru et ont présenté une autre candidate à la présidence, sachant qu’elle n’avait aucune chance d’être élue.

Pia Imbs est donc présidente de l’Eurométropole, Mais Jeanne Barseghian et Danielle Dambach sont également co-présidentes, du jamais vu. Pia Imbs a donc accepté à son tour ce schéma à trois visages.

L’avenir dira si Jeanne Barseghian a eu raison. Si son ouverture représente un progrès au sens politique. S’il valait mieux prendre ce risque plutôt que de tranquillement verrouiller sa majorité.  Si les maires des petites communes vont alors s’y retrouver eux aussi… Mais c’est un geste fort et courageux, commun en Allemagne où l’on sait de longue date gouverner avec des coalitions, mais encore très rare en France.

Les moqueurs bien entendu sont déjà là, à s’esclaffer de l’incurie écologiste qui nous attend. A hurler avec les loups que les écolos sont juste des incapables, inaptes à gouverner, ne sachant pas ce qu’ils veulent. Derrière cette condamnation à priori, se cache la traditionnelle arrogance de la droite, persuadée qu’elle seule sait ce qui est bon pour le peuple, mais surtout pour elle finalement.

Jeanne Barseghian n’a pas à rougir : ni de sa victoire, ni de son projet concernant l’avenir de l’agglomération strasbourgeoise. Elle a six ans pour le mettre en œuvre, Strasbourg ne s’en portera que mieux. Voilà le vœu qu’on peut former pour elle. Et au diable les mauvais perdants !

Patrick Chevalier pour le Clairon de l’Atax le 18/07/2020

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