2 élues narbonnaises visitent l’aire d’accueil des gens du voyage de Cap de Pla

A Narbonne l’emplacement actuel de l’aire d’accueil des voyageurs est soumis à toutes sortes de nuisances et dangers. La question de sa proximité avec la ville de Narbonne et ses services justifie-t-elle son maintien ou faut il envisager un autre terrain avec la même proximité à la ville mais offrant plus de sécurité, moins de pollution et des conditions décentes d’occupation ?

(Photo HR)

Le 23 novembre dernier 2 élues narbonnaises, Virginie Birocheau et Vivianne Thivent, se sont rendues à l’air d’accueil des voyageurs situé au Cap de Pla sur la commune de Narbonne. Cette aire  comprend actuellement  16 emplacements.
Elles ont pu y rencontrer des résidents temporaires, notamment un pasteur évangélique accompagnant la communauté qui stationne actuellement sur cette aire. Le Clairon présente ici la synthèse des informations recueillies.

Le contexte général

En France la règlementation définit 6 catégories d’aires parmi lesquelles :

  • Des aires permanentes d’accueil : destinées au séjour temporaire (trois à cinq mois en général),
  • Des aires de grand passage qui accueillent des gens du voyage qui se déplacent collectivement à l’occasion de grands rassemblements traditionnels ou occasionnels. Ces aires occupent généralement plusieurs hectares et peuvent abriter jusqu’à 200 caravanes.

Selon la loi, les communes de plus de 5000 habitants doivent disposer d‘aires ou de terrains d’accueil des gens du voyage sur leur territoire, ou à défaut de contribuer financièrement à la réalisation de tels équipement sur des communes faisant partie du même EPCI (1). Mais différents obstacles d’ordre administratif, politique, financier (l’État s’est désengagé), sociétaux, etc., n’ont pas toujours permis que ces dispositions légales soient respectées et que les aires d’accueil réalisées fonctionnent à la satisfaction de leurs usagers ou de leurs gestionnaires…

L’aire du Cap de Pla à Narbonne est une aire permanente d’accueil, mais elle ne suffit pas pour accueillir occasionnellement sur le territoire du Grand Narbonne des rassemblements importants de gens du voyage qui investissent des terrains inappropriés.
Pour répondre à ce problème, le président du Grand Narbonne envisage de créer une aire de grand passage, éventuellement par extension de l’aire actuelle. Selon la loi, la surface d’une telle aire doit être d’au moins 4 hectares, mais des dérogations sont possibles s’il n’existe pas sur le territoire de la collectivité des terrains correspondant à la règlementation,

Une éventuelle extension juxtaposant aire d’accueil permanent et aire de grand passage sur le foncier du Cap de Pla poserait problème car :

  • La surface disponible est inférieure à 4 hectares et nécessiterait une dérogation préfectorale
  • Les populations accueilles sur ces 2 types d’aire qui disposent d’équipements différents ont des modes de vie différents, ce qui est susceptible d’entrainer des conflits d’usage et des créer des problèmes de gestion de ces espaces

Situation actuelle de l’aire d’accueil permanent

On accède à l’aire d’accueil par un chemin débouchant sur la rocade de contournement ouest.
Elle est située entre cette rocade ouest, la voie ferrée Narbonne Carcassonne, une ligne à haute tension et une route sans visibilité où circulent les camions desservant la plateforme de compostage « Bioterra ». Le terrain d’assiette est en pente vers le barrage du Cap de Pla.
Il n’y a pas de cheminement piétonnier reliant l’aire d’accueil à la ville.

 

L’aire d’accueil sous la rocade ouest (Photos HR)

Barrière de l’aire de retournement à moitié fermée (Photo VB)

L’entrée de l’aire d’accueil est commandée par une barrière partiellement fermée et précédée par une aire de retournement

L’avis des résidents rencontrés par les 2 élues

Ce qui ne va pas :

* La barrière d’entrée pose problème : pour sortir avec les caravanes, il faut faire appel à un responsable de la société Vago qui gère par délégation de service public plusieurs terrains de la région et qui ne réside pas à proximité.  Il faut prévenir à l’avance quand on veut partir avec les caravanes, le / la responsable se déplace pour ouvrir la barrière (actuellement depuis Lezignan ou Perpignan). Cela prend du temps et pose des problèmes en cas d’urgence.  Dans sa configuration habituelle, semi fermée, la barrière occasionne souvent des dégâts de carrosserie aux camionnettes et  fourgons qui sont aussi les outils de travail des résidents, lesquels travaillent généralement dans le second œuvre BTP ou dans l’entretien des espaces verts. Des levées de terre et des fossés empêchent toute autre sortie.
* En cas de fortes pluies le bas du terrain est inondé
* L’entretien du terrain n’est pas régulier. L’été, l’aire ferme pendant 1 mois pendant lesquels des travaux de réfection sont censés être faits, mais au retour  ces travaux  ne sont souvent pas réalisés ou alors partiellement…. Ainsi, depuis plusieurs années, les compteurs d’eau et d’électricité dysfonctionnent et indiquent des consommations erronées mais les réparations ne sont jamais faites.
* Le terrain est infesté de rats, ce qui représente un danger surtout pour les bébés et les jeunes enfants.

Bricolage de fortune pour empêcher les rats de sortir d’un collecteur d’eau de pluie (photo HR)

* Les usagers trouvent les places de l’aire du Cap de Pla trop petites et trop chères : selon nos interlocuteurs il faut compter 150 € / mois pour un couple de retraités et un minimum de 300 € pour une famille. A l’entrée un caution de 150 € est exigée pour l’eau et l’électricité.
* la durée du séjour est limitée à 2 mois, ce qui est trop court : les résidents, dont beaucoup sont auto-entrepreneurs, ont souvent des chantiers qui durent plus longtemps : passé les 2 mois de délai, ils sont donc obligés de se déplacer à l’aire d’accueil de Lézignan. Un durée de 3 mois (ce qui correspond à la règlementation en vigueur) serait plus adaptée. Mais des dérogations existent dans certains cas : ainsi pour les enfants scolarisés, il est possible de rester 1 an, en cas de soins médicaux aussi, mais tout cela engendre des démarches parfois compliquées.
* Il n’y a aucune protection, aucun grillage entre l’aire d’accueil et la rocade. Il s’agit d’un environnement « accidentogène » et selon nos interlocuteurs, à plusieurs reprises, des accidents ont été évités de justesse.
* Les occupants du terrain subissent plusieurs nuisances : tout d’abord celles liée à la proximité de la bretelle de contournement ouest dont le trafic apporte bruits et odeurs de gaz d’échappement. Les personnes rencontrées déclarent toutes prendre des médicaments pour dormir. Il y a aussi les odeurs provenant de la plate forme « Bioterra » plus ou moins forte en fonction du vent.
* L’eau qui coule des robinets n’est pas buvable selon les occupants et contraint ceux-cie à boire de l’eau minérale…
* Il faut améliore le carrefour d’accès à l’aire d’accueil : trop  dangereux entre la rocade de contournement et le chemin de l’Empriout où circulent de nombreux camions.
* les réunions avec le gestionnaire du terrain Vago débouchent sur peu de résultats. Selon les personnes rencontrées, l’aire de Lézignan serait mieux gérée, car elle est prise en charge directement par les services techniques de cette ville.

Pour autant les occupants déclarent apprécier la proximité avec la ville de Narbonne où leurs enfants sont scolarisés, où les maris travaillent, où il est facile de faire les courses…

Les propositions des personnes rencontrées

* Construire une barrière grillagée entre la rocade de contournement et l’aire d’accueil
* Aménager un terrain de jeux protégé pour les enfants, avec une participation possible à sa réalisation par des familles résidentes
* Supprimer la barrière d’entrée et la remplacer par un dispositif plus adapté au fonctionnement du terrain et aux besoins des usagers
*
Améliorer la gestion et l’entretien de l’aire d’accueil. Les occupants sont prêts à donner un coup de main en cas de travaux d’amélioration

Sur le projet d’agrandissement de l’aire d’accueil et de son éventuelle extension / transformation en aire de grand passage.

* Il ne faut pas trop agrandir l’aire d’accueil existante. Pas plus de 5 à 10 emplacements supplémentaires. Le fonctionnement du site est familial, la communauté évangélique régule et arbitre les relations sociales et les usages du site. Cela devient difficilement possible sur une aire plus importante. Si le besoin en emplacements est plus important, il faut alors créer une autre aire d’accueil temporaire.
* La transformation / extension en aire de grand passage n’est ni souhaitable ni possible. Cela ne couvre pas les mêmes besoins et n’implique pas les mêmes équipements et la même gestion. L’auto contrôle du fonctionnement social et de l’usage de l’aire de grand passage n’est pas possible par les petites communautés évangéliques à caractère familial. De plus les aires de grand passage ont vocation à rassembler sur un temps court des gens pour des fêtes et des missions et la proximité d’une ville et de ses services est donc moins nécessaire.

En conclusion à cette visite, il apparait que l’emplacement actuel de l’aire d’accueil est soumis à toutes sortes de nuisances et dangers. La question de sa proximité avec la ville de Narbonne et ses services justifie-t-elle son maintien malgré les nuisances qui pèsent sur les occupants, ou faut il envisager un autre terrain avec la même proximité à la ville mais offrant plus de sécurité, moins de pollution et des conditions décentes d’occupation ? Le site du Cap de Pla est manifestement impropre à la réalisation d’une aire de grand passage.

H.Reys pour le Clairon de l’Atax le 25/11/2021

Annexe :

Décret n° 2019-1478 du 26 décembre 2019 relatif aux aires permanentes d’accueil et aux terrains familiaux locatifs destinés aux gens du voyage et pris pour l’application de l’article 149 de la loi n° 2017-86 du 27 janvier 2017 relative à l’égalité et la citoyenneté :
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000039683543

 

 

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Notes:
  1. communauté de communes ou d’agglomération

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