La crise des Subprimes et son impact sur les retraites par capitalisation

La retraite par capitalisation confie notre épargne à des opérateurs financiers qui s’enrichissent en nous laissant tous les risques.

Selon l’extrême centre qui nous gouverne actuellement, il faudrait pour sauver les retraites par répartition développer les retraites par capitalisation. Encore faudrait-il d’abord  vérifier s’il y a crise du système de retraite par répartition et à quoi elle serait due. Ce qui est sûr c’est que les retraites par capitalisation permettent de pomper directement une partie du revenu des travailleurs au bénéfice d’organisations financières diverses, qui spéculent sur les marchés au risque et péril des cotisants. Le krash de 2008 a laissé dans la gêne, sinon dans la détresse, de nombreux retraités aux Etats Unis, e, Australie, au Canada, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. Ils avaient cotisé à des fonds privés pour s’assurer une retraite tranquille. C’est ce que décrit le présent article de l’historien Dominique SENAC.

La rédaction

Ruiné (image générée IA / Pixabay)

 

Une crise aussi brutale que le Krach de 1929

Le 15 septembre 2008, l’impensable se produit : Lehman Brothers, une multinationale, quatrième banque d’affaires américaine, est déclarée en faillite. 600 milliards de dollars (USD) sont partis en fumée. C’est le début d’un cataclysme, qualifié parfois de « Krach de 2008 », qui frappe tout le système bancaire américain puis s’étend en quelques semaines à toutes les bourses mondiales.

Le 8 février 2007, la banque HSBC avait pourtant averti ses actionnaires qu’elle ne serait pas en mesure de réaliser ses objectifs. Elle avait perdu 24 milliards de dollars et mettait en cause « la dérive des crédits immobiliers douteux aux États-Unis » Ce « profit warning » était tout à fait inédit, une première, pour l’honorable HSBC (Hong-Kong & Shanghai Banking Corporation), fondée en 1865 par des trafiquants écossais pour gérer et blanchir les profits du commerce de l’opium, imposé à la Chine par les Anglais, à la suite de deux guerres. HSBC ! Les analystes financiers étaient stupéfaits. Mais la presse avait relativisé : « Catastrophique ? L’alerte ne l’est pas autant que le laisse penser la réaction à chaud de certains courtiers. » (Les Échos, 26/02/2007).

Le 16 septembre 2008, le gouvernement américain et la Réserve fédérale achètent près de 80% du capital de la plus importante compagnie d’assurances du monde, l’American International Group (AIG), qui proposait et gréait des retraites par capitalisation, pour 85 milliards de dollars (USD). La caisse d’épargne WaMu est fermée le 25 septembre 2008 et aussitôt vendue à JP Morgan Chase pour 1,9 milliards de dollars (USD) La banque Merill Lynch est rachetée par Bank of America pour à peine 50 millions de dollars (USD) ! Le Trésor américain est contraint de se porter au secours de plusieurs institutions financières dont les deux géants Fannie Mae et Freddie Mac, spécialistes du marché des prêts hypothécaires. Ces deux sociétés d’économie mixte ont une responsabilité majeure dans la crise des subprimes. Elles ont eu massivement recours à la pratique de la titrisation : technique bancaire consistant à transformer des prêts bancaires en titres financiers négociables sur les marchés. Goldman Sachs qui a anticipé la crise des subprimes est l’une des très rares banques à n’avoir pas perdu d’argent à cette occasion. Mais la presse flaire quelque chose de louche et les autorités fédérales enquêtent sur cette société. Soupçonnée de fraude, elle fait l’objet de plusieurs poursuites à partir de 2010. La crise qui s’est installée aux États-Unis à la fin de 2007 est appelée la « Grande Récession » La banque Lehman Brothers aurait procédé à des cessions fictives d’actifs douteux à des filiales britanniques (ARTE, 18/09/2008). En 2010, la justice américaine a établi que Lehman Brothers camouflait son endettement depuis 2007.

Comment en est-on arrivé là ?

A l’origine de cette crise majeure, la dérive du marché immobilier à risque aux États-Unis. Les banques ont accordé des crédits immobiliers à taux évolutifs, les subprimes, à des familles ayant de faibles revenus et étant peu solvables, mais souhaitant devenir propriétaires.  Ce sont des crédits hypothécaires particulièrement risqués (taux élevés pour l’emprunteur, et fort rendement pour le prêteur). La baisse du prix de l’immobilier et la hausse des taux d’intérêt a entraîné la faillite du système : les ménages n’ont plus été en mesure de rembourser leurs emprunts et les établissements de crédit qui les avaient accordés se sont effondrés. La titrisation a été le vecteur de la généralisation de la crise à tout le système financier américain puis à l’ensemble du système bancaire mondial.

Trois millions d’Américains qui avaient rêvé de devenir propriétaires, n’ont plus été en mesure de s’acquitter des échéances de leur crédit, parce que les taux variables n’avaient cessé de grimper. Leur maison a été saisie par la banque pour être ensuite revendue à prix cassé.  Des familles ont été expulsées, souvent du jour au lendemain et parfois sans ménagement. Un sénateur du Connecticut a dénoncé le plus haut niveau de saisies de logements depuis près de quarante ans.
Un reportage de Libération a rendu compte de cette brutalité (extrait)) :
« Aux Etats-Unis, la crise des subprimes vide des rangées de maisons de leurs habitants, propriétaires insolvables. Reportage à Cleveland 
L’ordre d’expulsion est arrivé la veille chez Tim et Gloria Ferris. A 9 heures tapantes, un policier frappe à leur porte, tandis que deux camions de déménagement payés par la banque se garent devant la petite maison de bois de ce couple de sexagénaires. « Je passe mon temps à faire des expulsions », lâche le policier du bureau du shérif. « J’en fais onze tous les jours, de neuf heures du matin à une heure et demie de l’après-midi. » Il ajoute qu’à Cleveland, où les températures peuvent chuter à – 20 °C l’hiver, les saisies ont lieu quelle que soit la saison. »  (Libération 14/11/2007)

Un article de Géo confluences, site de l’ENS de Lyon, apporte les précisions utiles suivantes :
« Le développement des subprimes est le résultat d’une politique volontaire, menée aux États-Unis à partir de la fin des années 1990, pour faire accéder à la propriété de leur maison une catégorie de personnes pauvres ou d’immigrés qui en étaient exclus jusqu’alors, y compris les NINJA (« No income, no job, no asset » c’est-à-dire, ni revenu, ni emploi, ni patrimoine). « L’économie va mal parce que nous avons construit trop de maisons », avait déclaré George W. Bush. En effet, à l’origine de la crise des subprimes, on trouve la multiplication par 7 des montants concernés par ce type de prêts entre 2001 et 2007. En 2006, sur la production de nouveaux prêts immobiliers pour une valeur de 3 000 milliards de dollars, 21 % étaient subprime. Cette envolée est à relier à l’inflation des prix immobiliers (« bulle immobilière ») qui rend possible le remboursement du prêteur sur le bien revendu plus cher, à l’accroissement des liquidités mondiales qui facilite l’expansion du crédit, et à l’encouragement du gouvernement fédéral envers les emprunts des communautés locales des quartiers à revenus faibles ou modérés (il y a trente fois plus de prêts subprime dans le Bronx qu’à Manhattan). En effet, les zones délimitées par une ligne rouge et interdites de crédit depuis les années 1930 (redlining) se retrouvent surinvesties par les subprimes : on parle de redlining inversé puisque ces quartiers ont soudain été ciblés par les institutions bancaires. »

Parmi les conséquences de la crise financière de 2008

Le FMI a estimé que d’importantes banques américaines et européennes ont perdu plus de mille milliards de dollars sur des actifs toxiques et sur des prêts douteux de janvier 2007 à septembre 2009, et que plus de 200 organismes prêteurs ont fait faillite. De nombreuses institutions majeures ont également fait faillite, ont été acquises sous la contrainte, ou bien ont été soumises à une prise de contrôle par le gouvernement.  Entre janvier 2008 et juin 2009, les fonds de pension ont perdu 3.900 milliards de dollars en raison de la chute des marchés boursiers. Ils ont investi dans des actifs à risque et cela pourrait alourdir la note. Selon l’OCDE, 40% des revenus des retraités en Australie, au Canada, aux États-Unis, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, proviennent de fonds privés, principalement de l’épargne retraite contre 8% en France (Capital16/11/ 2009). Après le krach de 2008, 51 millions d’Américains ont vu fondre leur capital retraite en quelques mois et disparaître des années d’économies (Le Monde 29/10/2008).

Les établissements bancaires ne se faisaient déjà plus confiance depuis août 2007. Après la faillite de Lehman Brothers, cela a empiré dans des proportions inconnues jusqu’alors. Le résultat c’est que la circulation monétaire s’est asséchée. Selon Antonio Maria Costa, chef du bureau des Nations Unies contre la drogue et le crime : « Des milliards de dollars d’argent de la drogue ont maintenu à flot le système financier au plus fort de la crise mondiale » Il indique avoir constaté que les recettes du crime organisé étaient « le seul capital d’investissement liquide » accessible pour certaines banques au bord de la faillite l’an dernier, et que la majeure partie des 352 milliards de dollars (216 milliards de livres sterling) des profits de la drogue avaient par conséquent été absorbés par le système économique. (The Gardian ,13/12/2009).

Ce blanchiment massif d’argent du crime organisé a été favorisé par les paradis fiscaux. Les banques ne répugnent pas à y transférer des fonds, le plus légalement du monde. C’est aussi là que le crime organisé sécurise les siens. La « mafiosisation » de l’économie inquiète mais pour la Finance internationale les affaires passent avant toute considération morale. La traite des êtres humains concerne 50 millions de personnes dans le monde (OIT 2022) et rapporte 150 milliards de dollars par an, le trafic de drogue entre 400 et 600 milliards de dollars (rapport ONUDS cité par IRIS 20/09/2023), etc. A la demande de l’Institut Eurostat en 2013, l’INSEE a intégré les flux financiers générés par le trafic de drogue et la prostitution pour le calcul du produit intérieur brut (PIB) à partir de 2014.  Est-ce sans rapport avec ce qui précède ?

Selon Nicolas Véron, de l’Institut Peterson, en 2023 : « le système bancaire est plus robuste qu’à l’époque » ; « mais sans le secours des banques centrales et de l’argent public, il serait incapable de résister à une nouvelle crise majeure » nuance Thierry Philipponnat, économiste en chef de Finance de l’ONG Watch (Le Monde 15/09/2023)

Dominique SENAC pour le Clairon de l’Atax le 18/06/2025

 

 

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