Vivons heureux en attendant la mort

 

La  vie (adult-Image par OpenClipart-Vectors de Pixabay)

            Cette crise sanitaire a réalimenté nos vieilles angoisses métaphysiques. Nos anciens possédaient, avec les religions comme mécanisme de défense, la conviction qu’ils vivraient éternellement dans l’au-delà… Le paradis, voire le purgatoire, avec la possibilité d’indulgences pour les plus riches. Génial ! Ce système était rôdé comme « du papier à musique » ! Plus tard on a même essayé de nous vendre un paradis terrestre : le grand soir ! À la suite duquel, nous avons souvent connu, le lendemain, la « gueule de bois » et des réveils difficiles !  
Aujourd’hui, on peut dire que notre société n’est pas trop vaillante. Et, voilà qu’un virus invisible viendrait, par la peur qu’il entraîne, faire turbuler le système encore davantage.
Un virus ? Un de plus chez moi que ne suis qu’une usine ambulante à virus !
Personnellement, je me suis inquiété de savoir que 92% des victimes de ce coronavirus avaient plus de 60 ans… Je me suis dit « Pépère » (oui c’est ainsi que je me parle !) « Tu as engagé ta 77° année. C’est désolant, tu ne vas plus pouvoir lire Tintin. C’est un arrachement ! Depuis quelque temps, alors que tu te considérais comme ‘’hors d’âge’’, tel un bon armagnac qui se bonifie en vieillissant, voilà que tu vas bientôt être ‘’hors d’usage’’ ! ».  
Pourtant, je le savais. J’ai eu des signes annonciateurs. Depuis un certain nombre d’années, je perds plus de cellules que je n’en recrée… Il y a longtemps que je pense : « cette affaire finira mal ! » ! Donc, il serait temps de faire un « check-up » médical qui me permettra de considérer l’avancement de ma décrépitude, en espérant en ralentir les cruels effets, voire en repousser à une date la plus éloignée possible l’échéance inéluctable de ma fin grabataire.
Je suis donc allé consulter mon ami docteur, à qui j’ai d’ailleurs trouvé une mauvaise mine. Je me suis pensé ‘’Cet homme a souffert pendant cette période de folie !’’ (1)

Après m’avoir ausculté de fond en comble, avec minutie, il m’a dit :  

  • Mon vieux… Mon pauvre vieux…
  • Je lui ai dis, docteur, soyez franc. Je veux toute la vérité, j’ai besoin de savoir.
  • Eh bien, j’ai une mauvaise nouvelle. De toute évidence, vous êtes atteint d’une… d’un… Comment vous dire. D’une maladie irréversible à évolution lente, caractérisée par… par une… dégénérescence des cellules… et…
  • Écoutez, soyez clair. J’ai un cancer !
  • C’est-à-dire que non. Je ne dis pas cela.
  • Vous dites ‘’irréversible’’, donc c’est mortel. C’est un cancer. Parlez-moi franchement. Il… me reste combien de temps à vivre ?
  • Eh bien oui, vos jours sont comptés. À mon avis dans le meilleur cas, vous en avez pour 10 à 15 ans… Peut-être moins !
  • Mais, si ce n’est pas un cancer, comment s’appelle cette maladie ?
  • C’est la vie !
  • La vie ? Vous voulez dire que je suis…
  • Vivant, oui. Hélas !
  • Mais où ai-je pu attraper une pareille saloperie ?
  • C’est malheureusement héréditaire. Je ne dis pas cela pour tenter de vous consoler, mais c’est une maladie très répandue dans le monde. Il est à craindre qu’elle ne soit pas vaincue de sitôt… Quoique si l’homme continue sur cette voie… On peut peut-être espérer ! D’une façon efficace, faudrait-il rendre obligatoire la contraception pour tout le monde. Mais il y a beaucoup de blocages, particulièrement religieux…
  • Difficile de sortir de dogmes ancestraux !
  • En attendant, croyants comme non-croyants forniquent à tire-larigot, sans même penser qu’ils risquent à tout moment de se reproduire, contribuant ainsi à l’extension de l’épidémie de vie qui frappe le monde. Ainsi, depuis 2 siècles, le nombre d’humains a été multiplié par 8… Qu’est-ce 2 siècles dans la vie de l’humanité, de la terre ?
  • Oui bon d’accord… Mais moi, en attendant qu’est-ce que je peux faire pour atténuer mes souffrances ? Toute cette affaire de coronavirus m’inquiète. Je ne me sens pas bien… J’ai mal, docteur. J’angoisse. Et plus j’y pense et plus j’ai mal !
  • Avant l’issue finale, qui devrait se situer d’ici quelques années…si tout va bien…vos troubles physiques et mentaux iront en s’aggravant de façon inéluctable… Il n’y a pas grand-chose à faire… Vous allez vous racornir, vous rétrécir, vous coincer, vous durcir, vous flétrir. Déjà vous avez perdu presque tous vos cheveux, ce sera le tour des dents, vous verrez et entendrez de moins en moins bien… Sans parler de vos muscles, de votre prostate, etc…
  • Quel programme !
  • Moralement de très nombreuses personnes parviennent cependant à supporter assez bien la vie en s’agitant pour oublier… C’est ainsi que certains deviennent champions de course à pied, d’autres souhaitent devenir président ici ou là, ou refaire carrière dans les domaines les plus divers… Autant d’occupations qui ne débouchent sur rien d’autre que la mort, mais qui peuvent très bien apporter au malade une euphorie passagère, ou même permanente, notamment chez les imbéciles.
  • Et vous n’avez pas d’autre médication à me suggérer ? La vie est une vilaine farce, pleine de malheurs et de mécontentements…
  • Il y a bien la religion. C’est une défense naturelle qui permet à ceux qui la possèdent de supporter relativement bien la vie en s’auto-suggérant qu’elle a un sens, et qu’ils seront immortels…
  • Soyons sérieux… À 5 ans, j’ai arrêté de croire au père Noël… À 15 ans, j’ai arrêté de croire en dieu… Je me suis dit, on passe notre temps à nous raconter des conneries. Et puis je n’aime pas l’idée du ciel et de l’enfer : j’ai des amis dans les deux ! Au fond, raisonnablement, je sais que je vais bientôt me quitter, je n’ai pas peur de ma mort, mais je ne voudrais pas être là quand elle viendra. J’ai peur de me manquer !
  • Alors, je ne vois plus qu’un remède pour guérir de la vie : c’est le suicide. On a fait ces dernières années de gros progrès dans ce domaine.
  • Ça fait mal ?
  • Non, mais c’est mortel…
  • Il faut du courage pour mourir. Pour vivre, il ne faut que des illusions.
  • Voilà, voilà, vous me devez 300 euros.
  • 300 euros ? C’est cher !
  • Oui, mais c’est la vie ! Vivez heureux en attendant la mort !

En sortant de cette consultation, je me suis dit : est-ce que finalement, ne me suis-je pas trop inquiété trop dans cette affaire de coronavirus ? Et puis, que faire ? Quelle attitude avoir ? Est-ce un signe de bonne santé mentale d’être bien adapté à une société malade ?

Cette crise sanitaire nous interroge sur notre relation avec la mort, les peurs et angoisses qu’elle entraîne. Peut-être que nous n’acceptons plus la mort de la même façon qu’au siècle dernier ? Tout changement comporte des risques. Mais la vie est LE risque…
Il a raison mon docteur… Je suis atteint de la maladie de la vie !
Pourquoi avoir peur ? Le problème n’est pas de mourir un peu chaque jour, mais de vivre jusqu’au bout… Rester debout jusqu’à la fin, vivant mais humain. Il est faux de penser qu’on ne vit qu’une fois. On ne meurt qu’une fois et on vit tous les jours… Comme disait MONTAIGNE « Philosopher n’est-ce pas apprendre à mourir, donc apprendre à vivre ? ».  
Essayons d’être heureux au quotidien. Au fond que tu t’inquiètes ou non, la mort arrive… Ceci ne devrait pas nous empêcher d’être concernés par ce qui se passe actuellement dans notre société. Les discussions que j’ai, ici où là, m’amènent à penser que peu de personnes sont réellement convaincues des dispositions proposées par nos gouvernants face au coronavirus. Je sais bien qu’une bonne partie des gens sont contraints, par la peur, ou/et subissent ces contraintes pour des raisons professionnelles… Je vois bien qu’une autre partie, ne souhaite pas savoir, et pense être plus tranquille en pratiquant le déni. Même si certains essayent de se justifier en proposant des réponses étonnantes. Comme le dit Paolo COELHO « Ne perdez pas votre temps en explications avec des gens qui n’entendent que ce qu’ils veulent bien entendre. ».

Ceci au moment où nous sommes face à des enjeux dramatiques qui risquent de faire disparaître d’abord les plus humbles, ensuite une grande partie de l’humanité ?
Personnellement, je me sens responsable et même dans l’obligation de porter une autre parole… Démonter cette manipulation qui entraîne cette prolifération de la peur dans notre société…
Je l’ai dit, je suis « hors d’âge », mais parfois aussi je pense qu’il y a beaucoup de jeunesse cachée chez les vieux cons : « hors d’âge », mais libres ! Avant d’être « hors d’usage », j’entends mener ce combat pour les quelques années qui me restent à vivre sur cette terre. J’entends consacrer beaucoup d’énergie à lutter contre le système actuel qui régit notre société et à proposer d’autres approches, d’autres alternatives…

Nous retraités, ou personnes disponibles, avons la chance d’être moins contraints… Nous disposons de temps comme d’une expérience de la vie, voire d’une certaine liberté d’esprit. Enfin j’espère ! Quoique lorsque je croise des personnes seniors-es en bonne santé, mais tellement paniquées par la peur, tellement « matraquées » par l’ambiance de cette société, j’ai quelques doutes ! Alors comment s’étonner que leur vie se délite, alors qu’elle devrait être plus intense puisqu’il leur reste moins de temps ?
Conscient de n’ appartenir qu’à une minorité. Je sais que je ne vais pas me faire que des amis. Mais je ne peux plus accepter que l’on souhaite nous imposer un mode de vie qui n’est pas du tout celui que j’entends mener… Pire un mode de vie destructeur de notre société. Conscient aussi que beaucoup de gens, surtout les ignorants voudront me punir pour ce que je dis, mais j’assume cette rupture.

Face à cela, il s’agit de se protéger, se préserver : rester serein, être en phase avec soi-même, déterminé, digne ! Garder la main sur sa vie. Avoir des pensées positives, s’instruire, ne parler qu’à des gens qui vous élèvent. Ignorer ceux qui nous jugent sans débat. Rester correct sans jamais s’excuser. Pratiquer l’entraide autour de nous… Donnez, offrez, partagez… Votre temps est limité.
Puis à terme, quand je serai « hors d’usage », je revendique le droit à une vie distanciée. Retrouver ce nomade en moi, dans ce monde de choses transitoires qui me permet de dégager mon esprit recouvert des scories de la société : le voyage intérieur !

0ncle Jef avec l’aide, décalée dans le temps, de Pierre DESPROGES

Pour le Clairon de l’Atax le 11/09/2020

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Notes:
  1. le dialogue qui suit est inspiré de Pierre Desproges
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5 commentaires

Sandrine ALBINET

Merci Oncle Jeff, de remettre les pendules à l’heure.
Très belle philosophie.

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my dear Uncle …(humour)

pour vous éviter toute consultation et dépense inutile, vous pouvez calculer le jour et l’heure de votre mort d’un seul clic (les sites sont innombrables… )
http://www.lejourdevotremort.com/
Avec internet on sait tout sur tout , n’en déplaise a l’Uber qui claironne !
Ami cale ment !

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Schmitt Catherine

Très bien Oncle Jef , j’approuve et apprécie grandement cet excellent billet !

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Très drôle et tellement vrai… MERCI ! : )

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Merci de votre soutien. Actuellement on joue sur notre peur de la mort pour renforcer l’oppression. De Plus en plus de gens s’insurgent sur l’aberration du modèle capitaliste qui nous conduit à la catastrophe : stimuler leur peur de la mort permet de mieux les encadrer et de les contraindre à faire ce qu’ils ne veulent pas…

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