Oncle Jef

La retraite mal traitée… des retraités maltraités

Lors des dernières manifestations, nous avons vu les retraités « En marche »  dans la rue. Je voudrais faire ici une analyse plus globale de la situation de la retraite, mal traitée, avec pour conséquence des retraités maltraités.

Image CGT Ain

Depuis plus de trente ans, nous voyons périodiquement, la sortie de rapports sur la retraite, tels un serpent de mer, avec toujours les mêmes paramètres, particulièrement centrés sur la contrainte financière, sans imaginer autre chose que l’âge, le niveau de retraite, le taux de cotisation en fonction du temps d’activité professionnelle… Une cécité comptable qui ne prend pas en compte le phénomène global, pour le plus grand intérêt des assureurs privés qui voudraient bien récupérer ce « magot » avec les fonds de pension d’essence néolibérale, mais aussi avec la complicité des pouvoirs publics, initiateurs de véritables campagnes d’affolement sur l’avenir des retraites.  

C’est ainsi que l’on nous annonce constamment, plus ou moins directement, compte tenu de l’allongement de la vie, la fin à terme du système de retraites par répartition, créé au lendemain de la seconde guerre mondiale et fondé sur le principe de la solidarité intergénérationnelle. Nous arriverions dans une impasse ! Petite musique médiatique continuelle qui veut nous conduire à l’hypothèse qu’en raison du déséquilibre démographique nous devons travailler plus et plus longtemps… Sans poser la question pourquoi faire ? De fausses évidences qui peuvent se résumer de la façon suivante : puisque l’espérance de vie augmente, la « charge » des inactifs sur les actifs va devenir intenable car :

  • les seniors ne sont pas rentables et peu employables,
  • les pensions des retraités déséquilibrent les comptes sociaux,
  • les vieux sont autocentrés sur leur petite vie,
  • la dépendance nous coûte et nous coûtera de plus en plus cher.

On nous dit que les retraités seraient des « privilégiés » alors qu’ils sont mal traités, avec un pouvoir d’achat régulièrement attaqué par les gouvernements successifs…

Commençons, en 1993, par le nouveau mode de calcul de la réforme Balladur,  qui a conduit à ce que les pensions des salariés du privé soient calculées sur les 25 meilleures années de cotisation (au lieu des 10 meilleures) avec, pour conséquence, une baisse de 15 % à 20 % du salaire de référence pris en compte pour le calcul des pensions de retraite et, partant, une baisse corrélative de ces dernières. 

Depuis 2013, les pensions complémentaires versées par les régimes complémentaires (l’ARRCO et l’AGIRC) sont gelées. Autant dire qu’elles ne sont pas près d’être revalorisées de sitôt, puisque l’accord signé en 2015 par les partenaires sociaux prévoit pour 2016, 2017 et 2018, une revalorisation égale à l’inflation, mais diminuée d’un point. À cela s’ajoute, depuis la même année, une nouvelle cotisation, la CASA, prélevée sur les pensions de retraite et qui a vocation à financer les frais liés à la dépendance. Prélevée au taux de 0,3 %, elle s’ajoute à la CSG et à la CRDS
Sans oublier la majoration de retraite de 10 % pour charges de famille qui bénéficie aux retraités ayant élevé au moins trois enfants : auparavant exonérée, celle-ci doit désormais être intégrée dans leur revenu imposable. 
Sans oublier « la demi-part veuve » qui profitait à de nombreux retraités. Sa suppression a eu un impact substantiel, non seulement au regard de l’impôt sur le revenu, mais aussi des taxes locales (taxe d’habitation et/ou taxe foncière).

Depuis 2015, le taux réduit de CSG est réservé aux retraités dont le revenu fiscal de référence ne dépasse pas un certain seuil (14 375 euros en 2017), alors qu’il était avant applicable aux retraités non-imposables du fait de l’application de réductions fiscales.
Puis en 2016, la réforme de Mme Touraine, ancienne ministre de la Santé, est venue indirectement augmenter le coût des dépenses liées à la santé, pour lesquelles les retraités représentent la population la plus exposée… poussant ainsi à souscrire une assurance santé complémentaire dont le montant peut représenter près de 10 % des petites retraites.
Enfin en 2018, la hausse de 1,7 % de la CSG afin de compenser la suppression des cotisations d’assurance-chômage et maladie des salariés du secteur privé… Générant un effet de « ras-le-bol » et mettant les retraités « En Marche » dans la rue…

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Résultats concrets de tout cela :

  • En France, plus de 800 000 retraités sont pauvres, voire très pauvres, notamment des femmes, avec des revenus au-dessous du minimum vieillesse. Nous sommes revenus au niveau de la sortie de la dernière guerre,
  • si 8 hommes sur 10 partent avec une retraite complète, c’est le cas de seulement 5 femmes sur 10,
  • en 2017, la pension moyenne pour un homme est de 1642 € par mois, pour une femme 993 €, alors que le minimum vieillesse est fixé à 803 € par mois…
  • 53 % des retraités ont un revenu de moins de 1350 € par mois, et seulement 30 % ont un revenu mensuel de 1650 € et plus.

Alors on nous dit qu’il faudra choisir un autre système : les fonds de pension !

Justement, parlons-en !  

C’est une invention diabolique qui propose à nos salariés, pauvres bougres, transformés en gentils moutons schizophrènes, de confier les sommes accumulées pour leur retraite à des fonds de pension, en leur faisant croire qu’ils en sont les actionnaires… Actionnaires d’une entreprise qui les licencie alors qu’ils se sont virtuellement enrichis par la valorisation des actions… Jusqu’au jour où ils apprendront, lors d’un de ces crash dont la bourse a le secret, qu’ils ont perdu leur retraite…

C’est un mécanisme de pillage sophistiqué et de désorganisation sociale. C’est surtout une faillite idéologique. Ce n’est pas du travail, mais de la spéculation ! Même l’épargne salariale se transforme en fonds de pension. Le réveil risque d’être douloureux ! En attendant, les compagnies d’assurance font fortune, les fonds de pension nord-américains détiennent 40 % des actions des plus grosses entreprises françaises cotées au CAC 40… Et nous voyons la retraite, autrefois un bien collectif, organisée et financée par la collectivité, devenir un merveilleux exemple de « clôture » !

Dans le système néolibéral, chacun « clôture » son champ : ses assurances privées, sa Sécu privée, son éducation privée, sa police privée, sa retraite privée, pour le plus grand bonheur de la World Company et de ses marchés financiers. Tout cela vient confirmer, si besoin était, que la globalisation financière néo libéralisée est l’adversaire, sur tous les coins de la terre, de toute forme collective qui protègerait les plus faibles et les classes moyennes au nom du bien commun, mission en principe dévolue à l’État.
Dans tout cela, nous oublions un peu trop vite que, depuis 30 ans, la productivité a augmenté de 80 % et les salaires de 8 %. En conséquence, la part des revenus du travail dans le PIB a baissé de 10 à 12% par an et les revenus du capital augmenté d’autant… avec toutes les conséquences sur le budget national que l’on dit « déséquilibré », justifiant d’éventuels plans d’austérité… qui nous endettent ! Avec, bien évidemment des conséquences sur les salaires qu’ils soient directs ou indirects… les fameuses « charges » des libéraux… Dont nos retraites !  

C’est ainsi que nous avons transformé de bonnes nouvelles, comme la réduction du temps de travail et l’allongement de la vie, en inquiétude… Au moment où l’industrie numérique va détruire considérablement des emplois productifs et qu’il faudra bien imaginer autre chose…
Ce qui est troublant dans cette affaire c’est que nous n’avons jamais eu de réel débat « civilisationnel » sur la problématique de la retraite. Au moment où la vie devient plus longue, pas une réflexion pour imaginer autre chose basée sur l’appétence des personnes en fin de carrière ou bien l’idée de faire des choses qui ont du sens.

Plutôt que de laisser le système de retraite par répartition se déliter, on aurait pu, par exemple, penser au bien commun, organiser pour les personnes intéressées, l’émergence ou la poursuite d’activités sociales, citoyennes, civiques, voire économiques, le plus longtemps possible, tant qu’elles ont du sens pour elles.  

Les retraités savent bien qu’ils vont perdre entre 30 et 50% de leurs revenus, souvent précarisés comme on vient de le voir… Retraites ensuite pas ou très peu valorisées face à une inflation souvent sous-évaluée (2% par an)… 2% de perte par an soit moins 25% en 15 ans et beaucoup plus si l’on considère leurs revenus initiaux professionnels…

Les retraités, des privilégiés ?

Face à toute cette problématique, depuis des années, j’essaie de dire que notre société fait fausse route en dépréciant le vieillissement sans envisager autre chose. On ne peut ignorer que l’allongement du temps compris entre la fin de l’activité professionnelle et la survenue de la dépendance constitue un phénomène inédit, que je nomme la seniorescence.

Seniorescence ? Pourquoi la seniorescence ? Après l’enfance, l’adolescence, la maturescence, ce que j’appelle la seniorescence a émergé, avant la sénescence ! J’ai développé cette thèse dans plusieurs livres (La seniorescence entreprenante aux éditions J. André en 2012) qui consiste à dire que, du fait de l’allongement de la vie, est née une nouvelle période de vie avec des enjeux, des défis particuliers.
Dans mon esprit, la seniorescence veut dire permettre aux seniors de devenir des actifs sociaux ou sociétaux dans le cadre d’une activité, rémunérée ou non et dégressive, chacun selon ses motivations, sa santé !

Et cela commence plutôt mal pour les plus de 50 ans, devenus la catégorie la plus « fidèle » à Pôle emploi. Ils sont la variable d’ajustement ordinaire et favorite des entreprises face aux contraintes de la compétition de l’économie globalisée. Dans ces conditions, comment justifier le recul de l’âge de prise de la retraite sans répondre à la question d’avoir une activité, plus longtemps, mais pourquoi faire ?
Dans les entreprises, on nous suggère « qu’au-delà de cinquante ans »… le  ticket ne serait plus valable ! S’approcher des rives de la cinquantaine s’apparente au fait de contracter une maladie honteuse. Quand j’entends parler d’un taux d’emploi des seniors d’environ de 40%, je me pose la question : mais où sont les autres ? Incapacité, invalidité, où simplement en marge de l’activité économique, au moment où l’on reporte l’âge de la retraite. Ce qui crée une zone d’inconfort, d’incertitude dans cette transition de vie délicate qui n’est, par ailleurs, pas toujours ou très peu considérée.  

La loi a permis, depuis 2004, le cumul « emploi retraite » avec des inégalités d’accès, mais aussi une grande complexité, voire une perte de droit pour les personnes les moins informées… Ce qui a rendu encore plus brouillonnes les réformes sur l’âge de la retraite ! Quelle surcote ? Combien ? Quand ?

Ayant compris que les montants des retraites allaient diminuer, voire être insuffisants pour vivre dignement, de nombreuses personnes ont pratiqué et pratiquent encore le « cumul emploi retraite » comme l’allongement de leur carrière, maintenant possible jusqu’à 67 ans… Ce qui me gêne au moment où de nombreux jeunes ont les plus grandes difficultés à trouver un emploi.
Mais pourquoi ne pas avoir utilisé le « cumul-emploi-retraite » dans le cadre d’une transition, en aménageant la fin de carrière avec une certaine souplesse, une activité dégressive tournée autour d’une expertise à apporter aux besoins de la société qu’ils soient sociaux, environnementaux, culturels… chacun selon ses motivations, contraintes et envies… Cette façon de voir les choses aurait aussi un impact favorable sur la  pérennité financière des régimes de retraite qui en ont, nous dit-on, le plus grand besoin ! Le choix de continuer à travailler peut-être financier, mais pas seulement. Nombre de retraités pauvres recherchent un complément de revenu mensuel de 400 à 500 € afin de conserver leur logement, leur dignité… Le travail est aussi constitutif de la vie, permet de rester « au courant des choses de la cité », de conserver des liens sociaux… Et dans des conditions où l’incapacité de « vieillesse » serait partielle ou totale, définitive ou temporaire, déterminée par les médecins du travail (dont le nombre diminue !) et attribuée selon l’état physique ou psychique de chacun. De cette façon, on pourrait imaginer une seniorescence active et dégressive, basée sur l’utilité sociale… Avec un revenu de citoyen contributif…  (J’avais consacré une chronique à ce sujet dans le Clairon).

Valoriser les seniors est la seule façon de répondre en partie aux contraintes financières évoquées, mais aussi et surtout leur permettre de retrouver des activités porteuses de sens dans le cadre d’un mieux vieillir ensemble. Il me semble correct de demander à chacun une participation à la vie sociale en fonction de ses compétences, de sa disponibilité, voire de ses besoins. Supposer qu’à partir de soixante ans une personne n’est plus en mesure d’accomplir une quelconque performance intellectuelle ou physique dans sa vie quotidienne ou professionnelle constitue un des racismes rampants de notre société. Si le mot de retraite est dorénavant inapproprié, une renégociation du contrat entre les générations me semble inévitable, incontournable. Il faudra bien inventer autre chose et autrement que sous la contrainte financière… Prendre en considération la seniorescence peut aider à cela. 

Évidemment, nous ne vieillirons pas de façon identique. Les conditions de maintien en bonne santé sont différentes pour chacun, elles peuvent être dues aux fonctions génétiques, à des problèmes relatifs à l’environnement physique, à l’hygiène de vie, à des problèmes relatifs à la qualité du système de santé. Mais aussi et peut-être surtout elles sont dues à l’environnement social et économique et pour moitié au maintien d’une activité porteuse de liens sociaux, laquelle pourrait être définie lors de transitions entre une activité intense (ou chômage) et une activité organisée, quelquefois sur des critères médicaux, d’une façon dégressive, si possible empreinte d’utilité sociale.

Tout ceci, nous indique que cette période de la seniorescence, bien considérée, pourrait permettre de développer l’appétence de nos seniors : passer des besoins d’agir aux envies d’agir, à l’action. Actifs, en bonne santé, les « vieux » coûteront moins cher en soins médicaux et nous passerons progressivement d’un système curatif à un système préventif que ce soit face à l’emploi, la santé, la dépendance !

Beaucoup de responsables économiques, politiques comme de nombreux « anciens retraités » n’ont pas pris conscience des changements qui s’annoncent. Alors que l’on évoque la « retraite », l’impératif sera d’organiser la transition de façon à permettre l’engagement, l’innovation, la créativité tout en prenant en compte la vulnérabilité des situations, des postes, mais aussi des personnes, et peut-être surtout, une dynamique dans notre société.

Heureusement, de nombreux seniors, une fois pensionnés, du fait de revenus encore assurés, mais aussi de leurs compétences reconnues et expériences importantes, de leur temps disponible, de leur motivation et de leur énergie, participent à l’émergence d’une autre vision du vieillissement, en contribuant à la vie citoyenne et sociale, en impulsant la culture d’une seniorescence active.

Oncle JEF

Oncle11@gmail.com

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Nous sommes tous des migrants !

Sur nos écrans, nous voyons presque quotidiennement, dans la Méditerranée, dans nos montagnes, nos vallées, nos villes, en Grèce, en Turquie, en Libye, des images révoltantes de pauvres bougres à la dérive ou stockés dans des camps inhumains, souvent sans ressources avec le seul projet de sortir de la misère… En face de cela, notre gouvernement, dans son projet de loi « IMMIGRATION – ASILE », prépare des propositions qui me semblent inadéquates, inquiétantes, voire dangereuses !

Un peu de recul me paraît nécessaire pour avoir quelques éléments d’analyse sur l’immigration qui n’est pas une chose nouvelle. Homo Sapiens doit sa survie au fait qu’il ait migré constamment, s’est mêlé à d’autres populations, a résisté aux maladies comme aux facteurs climatiques. Il y a 10.000 ans, avec la sédentarisation de Sapiens, la population mondiale a considérablement augmenté, particulièrement depuis 200 ans où le premier milliard de Sapiens se situe vers 1820, le deuxième un siècle plus tard, vers 1925. Le 3° milliard en 1960. Le quatrième en 1975. Le cinquième en 1987. Actuellement, la population globale de la terre se situe à un peu plus de 7 milliards d’habitants. Demain, les projections de l’ONU nous annoncent 9 milliards d’hommes en 2050 et 11 milliards en 2100. Jamais dans son histoire, l’humanité n’avait connu un taux d’accroissement aussi fort.

Graphique des projections de l’ONU pour 2100. Les courbes des fourchettes hautes et basses sont établies respectivement à partir d’une élévation ou d’une diminution de la fécondité de 0,5 enfant par femme par rapport à la fécondité retenue pour la projection moyenne (elle-même basée sur une anticipation de fécondité sensiblement déclinante partant donc de 2,5 enfants par femme aujourd’hui pour atteindre deux enfants en moyenne mondiale en fin de période).

Les pays européens ont réalisé différemment leur transition démographique.  L’Allemagne, l’Italie commencent à s’inquiéter de leur taux de natalité en baisse considérable et donc de la chute du nombre de leurs habitants. Si en 1950, les pays dits « en voie de développement » représentaient 70% de la population mondiale, aujourd’hui, ils en représentent 90%. À contrario, l’Europe représentait 14 % de la population mondiale en 1962, 10% en 1992 et 6,5 % en 2000… 5 % en 2050 !

Sans remonter jusqu’à l’évocation  de la conquête des Amériques, de l’Afrique ou  de l’Asie par les  Européens, nous oublions vite que tout au long du XIX° siècle, 50 millions d’Européens ont quitté l’Europe pour les Amériques : Etats-Unis, Canada, Argentine, Brésil, soit 12% de la population européenne. Nous oublions vite aussi que la France a eu autant besoin d’immigrés que les immigrés ont eu besoin d’elle. En un siècle, l’immigration lui a apporté plus de dix millions d’individus dont deux tiers sont maintenant Français. C’est, en grande partie, pour cela que nous avons pu maintenir les taux de natalité de la France. Sans eux, la France ne compterait aujourd’hui que 45 millions d’habitants, soit une diminution de 40% du nombre de Français actuel.

Depuis 1945, la France s’est organisée pour contrôler l’immigration. On ne parle pas encore de « sans-papiers » mais plutôt « d’immigrés clandestins » dans une France qui a énormément besoin de main-d’œuvre étrangère pour se reconstruire. Ainsi, entre 1946 et 1954, les italiens représentent 70% de l’immigration, et quatre sur dix entrent en France de façon clandestine. Il s’agit d’ouvriers seuls, ou de familles entières, employés principalement dans les mines de charbon et le bâtiment. Ils ont fait les frais du racisme. Les autorités françaises s’arrangent alors aisément de l’immigration clandestine. C’est un élément important de l’après-guerre : la situation irrégulière ne durait jamais très longtemps pour les étrangers, c’était un état de transition.

Dans les années 1970, on évoque « l’immigration choisie » avec un droit d’asile effectif pour lutter contre le travail illégal d’où la fabrique de l’expression « sans-papiers » qui désigne les travailleurs étrangers en situation irrégulière séjournant sur le sol français sans en avoir le droit.

Au milieu de la décennie 2000 une autre catégorie apparaît également dans le langage, celle de « travailleurs sans-papiers », lesquels constituent une variable d’ajustement en fonction de la conjoncture économique. Souvent ce sont des salariés qui  travaillent et cotisent, parfois sous une fausse identité, aux prestations sociales, et qui paient des impôts, rendant ainsi leur situation plus visiblement inacceptable, mais aussi plus facile à défendre pour les syndicats qui entrent dans la bataille.

À partir de 2007, en vertu du renforcement des obligations des employeurs qui embauchent des étrangers, les « travailleurs sans-papiers » sont de plus en plus contrôlés au travail, replaçant ainsi le contrat de travail et l’employeur au cœur de la question de la régularisation… ponctuellement, comme soupape d’une politique d’immigration de plus en plus restrictive… Dans ces conditions, les « travailleurs sans papiers » augmentent le nombre des travailleurs non déclarés, intérimaires ou à temps partiels… ce qui intéresse les employeurs indélicats. Ces travailleurs ont juste le droit de se taire en étant sous payés, sans pouvoir revendiquer sans le risque d’être remerciés… Ce sont les conditions de la pire des exploitations qui  s’annoncent, tout cela au nom de bons sentiments affichés par le gouvernement, sans modifier la situation en profondeur. Ainsi  s’établit une concurrence directe et totalement inégale entre les « sans droit » prêts à travailler pour pas grand chose du fait de leur absence de papiers et les travailleurs français jugés du coup peu concurrentiels, donc contraints de revoir à la baisse leurs salaires et autres acquis arrachés de longue lutte.
En réponse à d’éventuels reproches, le discours officiel veut insuffler l’idée que les immigrés font le boulot que les français ne veulent pas faire. Des sous-qualifiés bien peu gênants en quelque sorte. Erreur ! Les chiffres indiquent que les migrants sont en masse aussi qualifiés, sinon plus, que les travailleurs français. Ainsi après avoir pillé les ressources naturelles des pays concernés, cette politique vise à en piller la principale des ressources : l’intelligence, l’intellect, la capacité à construire dans leur pays d’origine la société à laquelle ils aspirent… Ce qui affaiblit ces pays et accentue l’envie d’émigrer !

Face à cela, on ne peut oublier que les situations que fuient ces déshérités, ce sont les nations riches qui les ont créées. Souvenons-nous de la politique coloniale menée par les occidentaux dans la région du Moyen-Orient depuis 100 ans (accord Sykes-Picot)… qui ont a tracé à « coup de sabre des frontières » sans tenir compte des réalités humaines mais plutôt des odeurs pétrolières… Souvenons-nous de toutes les guerres qui en ont découlé… Plus récemment, ces pays ont connu les guerres du Golfe, puis celle d’Afghanistan, de Lybie qui ont produit les monstres d’Al-Kaïda et de Daech pendant que nous faisions du commerce avec le Qatar et l’Arabie Saoudite… qui aident ces mouvements terroristes…

Sur la planète, en 2014, 53 millions de personnes vivent loin de chez elles, soit trois fois plus qu’en 2004… 65 millions de nombres d’immigrés par an soit moins de 1%  de la population mondiale, dont 2/3 immigrent dans le pays voisin… où la déception fera que ce ne soit qu’une étape… Pour partir vers l’étranger dans l’espoir de trouver un eldorado illusoire plus au nord. L’Europe peut-être ?
Et nous voyons la fuite de gens apeurés, harassés, en danger de mort et chassés dans leur propre pays. Ils fuient les bombes, les nôtres en l’occurrence. Errant sur nos routes, bravant la mort en Méditerranée.


Justement en Europe qu’en est-il ? En 2014, 219 000 exilés ont traversé ses frontières. En 2015, 350 000 exilés… Mais que représentent ces chiffres par rapport aux 500 millions d’européens ? Pas grand-chose ! Nous oublions aussi de dire que 400 000 grecs et 500 000 espagnols ont quitté leur pays, suite aux mesures draconiennes, dites d’austérité, promues par l’Europe et qui ont entraîné des réductions budgétaires drastiques…  

Tout ceci me fait dire que l’on marche sur la tête… Des travailleurs immigrés, non déclarés, qui font régresser le droit social… Des situations de guerre en partie créées par nos politiques économiques et néocoloniales… Des exilés qui bravent la mort en Méditerranée…  Des camps saturés de misère humaine… 

On nous dit que ces situations sont inextricables, inévitables et que nous, les nantis, ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde… Et nos concitoyens sont inquiets, demandent à être protégés, comme si nous étions sous la menace d’une invasion, comme s’il s’agissait de hordes barbares montant à l’assaut de nos quartiers, de nos coffres forts, de notre économie. L’Europe se crispe, les barbelés fleurissent, les contrôles aux frontières sont renforcés, les murs s’érigent,  les miradors s’implantent… Mais ce sont des protections illusoires ! Étonnant pour de potentiels touristes occidentaux qui jouissent de la liberté de circulation !… Mais la migration n’est pas, pour ceux qui l’entreprennent, une croisière en quête d’exotisme, ni même le leurre d’une vie de luxe dans nos banlieues de Paris ou de Californie.Nous avons vu comment l’opération « Mare Nostrum » dont le but était de sauver les réfugiés a été remplacée par l’agence Frontex, avec un budget divisé par 3, et dont le but est la surveillance pour maintenir les réfugiés loin de nos cotes… Avec première conséquence l’alimentation de l’odieux trafic des passeurs conduisant jusqu’à l’esclavage…
En 2016, environ 200 000 personnes sont passées par ce cimetière marin qu’est devenue la Méditerranée où près de 5 000 personnes ont péri… Et si on ne part pas de là, on accepte de fait l’inacceptable dans le débat public, c’est à dire l’inhumain.
         L’inhumain, c’est par exemple l’assujettissement aux accords de Dublin qui interdisent à tout migrant de demander l’asile dans un pays autre que le premier dont il a foulé le sol.
            L’inhumain, c’est se débarrasser des migrants en donnant un label d’honorabilité et de vertu démocratique au régime d’Ankara qui est en train de tourner à une la dictature implacable ou encore dans la Grèce ou l’Italie qui, sous le diktat des’ accords signés sous l’égide de Bruxelles et de l’Union Européenne, les transforment en lieu de détention pour les réfugiés et immigrés.
            L’inhumain, c’est demander à ces femmes, enfants, hommes de retourner chez eux alors que nous connaissons la situation de leurs pays ? Comment accepter qu’ils soient refoulés comme indésirables, comme si le malheur était un crime et la pauvreté une maladie ? Alors qu’ils mènent une vie de bêtes aux abois, pouvons-nous les ignorer, détourner notre regard ? Ils frappent à notre porte, ils demandent à être reçus. Comment pouvons-nous les renvoyer à la mort .
           Nous nous sommes habitués progressivement, depuis les guerres d’indépendance, à ce que des centaines de milliers d’être humains, en Afrique, au Proche Orient, en Amérique latine, naissent, vivent et meurent dans des villes de toiles et de tôles, en marge des pays prospères. Aujourd’hui avec l’aggravation de ces conflits, et la sous-alimentation dans ces pays déshérités, on découvre que ces gens ne peuvent plus être confinés dans ces camps : ils traversent forêts, déserts et mers pour tenter d’échapper à leur fatalité.

L’hypocrisie est générale… Nous continuons notre aveuglement irresponsable face à l’accueil des migrants… Au moment où d’autres défis nous attendent… Je pense particulièrement à l’Afrique dont la croissance de la population s’est avérée fulgurante. Entre 1930 et 2015, son  nombre aura été multiplié par seize… Si on appliquait cette courbe à la France, sa population serait de 650 millions d’habitants. L’Union européenne compte aujourd’hui 510 millions d’habitants, l’Afrique 1,25 milliard ; en 2050, 450 millions d’Européens feront face à 2,5 milliards d’Africains… Avec 40% de ses habitants de 15 ans ! Et cette Afrique est notre voisine, que nous le voulions ou non.  
Sans volonté ou stratégie pour gérer cette situation d’une façon humaine, nous allons voir se croiser deux phénomènes : celui l’immigration qui représente une augmentation démographique par le bas, la jeunesse, et celle d’une augmentation démographique par le haut le vieillissement… Tout cela entraine des tensions, des situations explosives entre des peuples, à l’histoire souvent commune, mais avec des diversités ethniques, culturelles, religieuses… et fait le lit de mouvements d’extrême-droite qui, en Europe, ne se cachent même plus…

Face à cela que faisons-nous ? Quelques décisions prenons –nous ?
D’après le gouvernement il y aurait une telle hausse du nombre de demandeurs d’asile en France, qu’il faudrait accélérer toute la procédure en réduisant les délais pour les demandeurs d’asile. C’est un objectif positif, à condition de ne pas être conduit à réduire les droits des personnes, mais plutôt aider les personnes qui déposent  leur demande d’asile qui est  une procédure compliquée. Il ne suffit pas de cocher des cases. Il faut détailler son histoire, apporter des précisions, convaincre, se remémorer des persécutions, des souvenirs atroces ; dans un pays nouveau, aux lois inconnues et aux pratiques différentes.
Réduire les délais ? C’est aussi, en cas de rejet de la demande d’asile, le délai de recours devant la Cour nationale du droit d’asile qui sera divisé par deux, à 15 jours… donc à quatre fois moins de temps qu’une personne qui souhaite contester un permis de construire ! Le risque de rafles existe… la sécurité des réfugiés et leur vie peuvent être en jeu… Ces personnes pourront être renvoyées dans leur pays avant même que la Cour nationale du droit d’asile ne se soit prononcée sur les  risques encourus dans leur pays… considéré parfois comme « sûr », même si elles y sont en danger.

Dans ces conditions comment le Gouvernement peut-il opposer « réfugiés » et « migrants économiques », les premiers devant être accueillis alors que les seconds doivent être renvoyés. Ce débat est futile, réducteur, mais aussi dangereux. Qui est migrant, demandeur d’asile, réfugié politique ou économique, ou encore déplacé ? Et comment les sélectionner ? Qui appréciera que tel étranger est de mauvaise foi ? Des subalternes zélés, quelquefois haineux, intolérants, dénués de bienveillance… Par exemple, les Syriens sont-ils des « migrants économiques » ? Quand on connaît la situation dans ce pays sous la dictature de Bachar El Assad, cette guerre alimentée par les Occidentaux, les Saoudiens, les Russes, les Iraniens, les Turcs qui ont tous des enjeux particuliers, se poser ces questions, c’est se moquer du monde. Il s’agit de gérer cette situation si possible avec humanité, accueillir les migrants d’une façon digne et sans naïveté (on sait bien que les terroristes utiliseront ce canal).

Pour traiter ce problème des migrants, le Gouvernement entend allonger la durée de rétention de 45 jours actuellement à 3 mois. Dans certains cas, des personnes pourront même être détenues pendant près de 4 mois (115 jours exactement). Être  privés de liberté, ne pas être libre de ses mouvements, ne pas pouvoir voir qui l’on veut, vivre dans un espace fermé et surveillé dans l’attente, et parfois l’angoisse, d’un renvoi dans son pays. Ce n’est pas anodin… et contraire à tous les textes internationaux qui régissent la détention des personnes et qui prévoient qu’un État ne peut y recourir qu’en dernier recours à la détention, si aucune autre alternative n’est disponible et uniquement de façon proportionnée.

            Nous venons de voir que l’affaire est complexe, en tout cas qu’elle ne peut être traitée de façon aussi pas aussi simpliste que dans le projet de loi « IMMIGRATION – ASILE » au contenu inquiétant, inadéquat et dangereux.
            Inquiétant car réformer le droit d’asile et le droit des étrangers au nom de « l’efficacité », fait que la rapidité peut prendre la pas sur la qualité… c’est prendre le grand risque d’atteinte aux droits des personnes étrangères ou réfugiées.
             Inadéquat car il n’aborde pas les causes réelles de cette situation, énoncées ci-dessus. 
            Dangereux car en s’attaquant uniquement aux conséquences, sans informer,  sensibiliser nos concitoyens sur les enjeux qui nous attendent, on laisse le champ libre aux extrémistes qui n’attendent que cela pour véhiculer leurs slogans haineux qui nous mènerons au devant des pires catastrophes.

 

       Oncle JEF

            Onclejef11@gmail.com 

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Traité de l’Élysée, est-ce une bonne idée ?

Le Président Macron a souhaité fêter le traité de l’Élysée. Combien de Français se souviennent-ils encore de ce traité qui fut signé il y a 55 ans le 22 janvier 1963 entre le Président français Charles De Gaulle et le chancelier allemand Conrad Adenauer pour sceller la réconciliation franco-allemande suite aux deux guerres mondiales (1914/1918 & 1939/1945).

Qu’en est-il actuellement de cette réconciliation entre la France et l’Allemagne ?

                                                        De Gaulle & Adenauer

Pour comprendre, il nous faut remonter à la fin de la dernière guerre mondiale, moment où les rôles sont redistribués par la naissance de deux nouveaux acteurs : les USA et l’URSS, qui vont s’affronter et créer, avec leur sphère d’influence, une bipolarisation dangereuse du monde, que l’on appellera la « guerre froide » qui, elle-même, relancera l’économie de l’armement, mais aussi placera l’Europe de l’Ouest sous tutelle américaine… face à une Europe de l’Est sous tutelle soviétique.

Les Américains considéraient que leur entrée en guerre avait été nécessaire parce que la France n’avait pas été à la hauteur en 1940. À la fin de la guerre, ils ont organisé l’Europe comme un contre-feu face à l’URSS, laquelle incarnait le communisme, présenté comme l’adversaire du « monde libre ». Les Américains pensaient qu’après les traités de Westphalie en 1648 entre les nations européennes, qui s’étaient fait la guerre pendant plus de 30 ans, ce serait indéfiniment la guerre entre les nations en Europe ! En conséquence, il fallait supprimer ces États et ces Nations. Jean Monnet portait ce message. Il a même été rémunéré pour défendre cette version : la paix ne se reconstituera pas en Europe si les nations sont souveraines, donc il faut monter une fédération européenne portant un socle économique commun. En fait, ce que les Américains souhaitaient, c’est une Europe économique et surtout pas politique.

Le Général De Gaulle revient au pouvoir en 1958. C’est alors qu’avec Adenauer, ils s’élèvent contre la politique américaine, dont le but est la disparition d’une convergence politique entre les États européens. De Gaulle est un farouche opposant au fédéralisme européen. Il conçoit l’Europe comme une organisation internationale qui doit conserver son autonomie face aux deux superpuissances de l’époque que sont les USA et l’URSS.

En France la question de l’organisation politique de l’Europe est posée.

Une commission intergouvernementale, présidée par le gaulliste Christian Fouchet, est créée : elle est chargée d’étudier les problèmes concernant la coopération politique européenne. Il en ressort un « plan Fouchet » qui prévoyait la mise en place d’une coopération entre les États membres en matière de politique étrangère et de défense, de science, de culture et de protection des droits de l’homme, mais aussi la réorganisation des institutions et la création de plusieurs institutions… Ce plan organisait une indépendance politique vis à vis des USA, ce qui ne leur plaisait guère ! Non soutenues par les autres pays de la CEE, souvent sous tutelle américaine par l’intermédiaire de l’OTAN, ces propositions françaises resteront finalement lettre morte.

Le Plan Fouchet ayant échoué, le traité de l’Élysée, traité bilatéral d’amitié franco-allemand, sera un pis-aller, reprenant les principales dispositions du plan, mais en les limitant à deux pays, l’Allemagne et la France. Dans l’esprit du Général De Gaulle, il fallait d’abord faire une alliance étroite entre les deux pays, puis rallier les autres pays de l’Europe des Six : la Belgique, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, afin de construire un bloc européen indépendant à la fois des États-Unis et de l’Union soviétique.

Le Traité de l’Élysée, qui souhaitait maintenir la confédération, a d’abord été voté par le parlement français. Au parlement allemand, un préambule qui n’avait pas été discuté antérieurement a été introduit : il qui précisait que ce traité ne concernait en aucune manière les traités précédents… qui engageaient l’Allemagne. Ce qui rendait caduc le traité de l’Élysée. Le président allemand est allé féliciter dans les tribunes Jean Monnet qui était contre cette vision d’États européens.

Le plan Fouchet ayant échoué et le Traité de l’Élysée tronqué, l’ambiguïté a subsisté…

Lors du 50° anniversaire, fêté en 2013, il y eut une déclaration commune, dite de Berlin, fixant nombre de grands axes politiques d’action commune… Mais pendant ce temps, l’esprit européen a régressé et l’Europe s’est enfoncée dans une « crise qui ne cesse de durer »… Comme la sensation de vivre la fin d’un rêve !

Cette situation est le résultat d’une Europe, avant tout économique, qui s’est dissoute dans la globalisation. Cette dissolution a commencé avec la libre circulation mondiale des capitaux prévue dans l’Acte Unique de 1987, puis s’est confirmée avec le traité de Maastricht de 1992 et le traité de Lisbonne, passés en « force » par les États, malgré le refus référendaire du peuple en 2005. Ces traités, entrés en vigueur en 2009, ont été suivais par l’élargissement de l’Europe à de nouveaux membres et la création d’une monnaie unique sans unité politique.

En effet, malgré un cadre de traités pervertis, l’Europe s’est élargie, vraisemblablement trop rapidement : de 6 pays, elle est passée à 12, 15, 27 et enfin 28 membres. Pour les pays de l’Europe du sud, à peine sortis de régimes dictatoriaux (Grèce, Espagne, Portugal), ce fut un rattrapage inespéré. Pareillement pour les pays d’Europe centrale et orientale, surgis des décombres du communisme : l’élargissement leur a ouvert un horizon de prospérité et de démocratie.

Mais les discours officiels qui parlent d’amitié, d’imitation et de fusion, s’avèrent trompeurs et semblent couvrir un discret dumping social… Les 19 États qui font partie de la « zone euro » ont des réalités économiques très divergentes, hétérogènes, au point de menacer aujourd’hui la cohésion de l’Union. Nombre d’États ont intégré l’espace européen, avec des motivations uniquement néolibérales et marchandes, qui suscitent des attitudes profondes de rivalité, mais aussi de peur et de rejet de la part des populations concernées… Ces réactions sont récupérées par des mouvements de protection nationalistes, voire de mouvements néfastes d’extrême-droite… Lesquels expriment maladroitement que dans les pays européens, nombreux sont ceux qui refusent le capitalisme devenu un néo-libéralisme globalisé qui envahit tout, étouffe tout !

Dans cette Europe, avec 28 pays représentant près de 500 millions d’habitants (le 2° espace économique mondial) placés sous le joug du néolibéralisme, revient inlassablement la même question : où est le Dèmos ? Comment instaurer une souveraineté plus forte en juxtaposant des souverainetés nationales affaiblies ?

On a démonté pièce après pièce les « chapiteaux nationaux » sans être en mesure d’en construire un autre. L’option néolibérale n’a pas permis de construire une identité européenne… Les références de chaque peuple demeurent, peut-être plus que jamais, nationales. Les différences culturelles, illustrées en grande partie par l’existence de 24 langues officielles dans l’Union européenne, constituent de toute évidence non seulement un problème pratique de communication, mais bien plus une confrontation de différentes conceptions et de cultures politiques.

Au milieu de tout cela, on continue à évoquer le « couple franco-allemand »…

                                                Macron & Merkel

En France, beaucoup de gens pensent que l’Europe fut une belle idée qui s’est fourvoyée au point que ses actes apparaissent comme des « actes manqués » (voir énumération ci-dessus), au point qu’à la question récurrente : l’Europe, c’est quoi ? Nous avons toujours du mal à répondre promptement. Pire, pour beaucoup elle apparaît plus comme un problème qu’une solution.

En France, nous connaissons mal la situation de l’est de l’Europe, particulièrement ses rapports avec l’Allemagne qui posent problème aujourd’hui, en attendant un « demain » chargé de lourds nuages. 

Entre 1991 et l’intégration des pays de l’Est européen à l’EU en 2004, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Hongrie avaient créé une structure de coopération informelle, le groupe de Višegrad, (du nom de la ville hongroise, située dans le coude du Danube, qui abrita la réunion fondatrice en 1991). Au cours de cette période, l’Allemagne fut tout à la fois leur tuteur, leur banque, avec pour but de stabiliser la région, la faire adhérer à l’OTAN, la convertir au marché, intégrer son économie au système productif rhénan. Mission accomplie : ayant l’Allemagne pour premier partenaire commercial, les pays du groupe de Visegrad, transformés en atelier de façonnage pour l’industrie de leur voisin, ont fourni une main-d’œuvre si bon marché qu’elle a pesé à la baisse sur les salaires allemands tout en leur assurant une forte dépendance aux investissements étrangers ainsi qu’aux subventions européennes.

Mais les différends se sont amoncelés, au point qu’en novembre 2015, un député polonais, Wilrold Waszczykowski, devenu ministre des affaires étrangères, a déploré que son pays soit devenu « une colonie allemande ». Depuis les désaccords entre l’Allemagne et la Pologne se multiplient et se régionalisent au point d’opposer désormais l’UE aux pays du groupe de Visegrád, qui ne souhaitent pas croupir dans une Europe de seconde zone.

            Rajoutons que depuis les années 1990, Varsovie et les pays baltes privilégient l’OTAN à l’EU pour assurer leur défense. Et l’Allemagne, également bénéficiaire du parapluie nucléaire américain, joue un jeu ambigu en ne consacrant aux dépenses militaires que 1,2% de la richesse nationale annuelle, au lieu des 2% recommandés par l’alliance atlantique depuis le sommet de Riga en 2006.

Comment, s’indignent les pays de l’est de l’Europe, une chancelière conservatrice a-t-elle pu parrainer coup sur coup la sortie du nucléaire, le salaire minimum, la promotion des droits humains, l’accueil des réfugiés et le mariage pour tous ? 
Et le fossé s’est encore approfondi entre le groupe de Višegrad et l’Europe occidentale et particulièrement entre Berlin et Varsovie.

En tête de la liste des différends, la politique d’accueil des réfugiés de Mme Merkel et le mécanisme de relocalisation de 160 000 demandeurs d’asile, adopté par le Conseil européen fin 2015 sous l’impulsion de la chancelière, malgré l’opposition acharnée de Varsovie, Budapest, Prague et Bratislava. Le groupe de Višegrad, est épouvanté à l’idée qu’on leur impose des immigrés musulmans alors que Varsovie « importe » quantité d’Ukrainiens pour faire baisser le coût des salaires. Ces pays d’Europe de l’Est voient dans ce geste le coup de force et la faiblesse d’une UE incapable de protéger ses frontières. Le PIS et ses partisans, au pouvoir en Pologne, considèrent qu’ils représentent le « véritable Occident » dont l’Europe occidentale aurait trahi les valeurs originelles (2014). C’est ainsi que les dirigeants du groupe de Višegrad, comme d’ailleurs les partis « souverainistes » qui captent sur le continent une partie significative des électorats, représentent aujourd’hui un contre modèle européen. C’est celui, guère original sur le plan institutionnel, d’une Europe des nations dopée au néo-conservatisme, ce qu’a traduit au printemps 2016 la proposition polonaise d’une réforme du traité de l’Union. Ce qui revient à revenir à la première étape du projet européen : une simple zone de libre échange entre pays souverains où marchandises, capitaux et travailleurs circulent librement.

On pourrait aussi rappeler que la Pologne n’a ratifié qu’à regret l’accord de Paris. N’oublions pas la construction du fameux gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l’Allemagne. Ces tubes, posés au fond de la Baltique par un consortium contrôlé par Moscou et dirigé par l’ancien chancelier Gerhard Schröder, privent la Pologne de plantureux droits de passage.

            On pourrait aussi évoquer l’importation par la Pologne du gaz naturel liquéfié de Norvège et des USA. La Pologne aimerait devenir un centre majeur de distribution énergétique en Europe centrale dans le cadre d’un projet d’infrastructure, « l’initiative des trois mers » (TSI), qui regroupe douze pays européens entre la Baltique, l’Adriatique et la mer Noire. Lancée par Varsovie, cette alliance permet à la fois de raffermir les liens avec les USA et marginaliser l’Allemagne. Sa réunion en juillet 2017 accueillait un hôte de marque : Trump. Ce dernier fait halte à Varsovie avant d’assister à une réunion du G20 à Hambourg… dans un contexte où le groupe de Višegrad, Pologne en tête, abandonne la primauté donnée à la relation germano-polonaise sur fond de Brexit. Pour ce groupe, frénétiquement anticommuniste, chrétien, stable, conservateur au point d’avoir pratiquement éradiqué la gauche de son paysage politique, Varsovie est l’allié naturel des USA de Trump… Lequel,  face aux élites libérales de Washington, a imposé une restriction à l’émigration, ce qui n’a pas échappé aux dirigeants d’Europe centrale qui ont  adopté la même position face à Bruxelles. 

            De plus, les rapports ont aussi changé entre l’Allemagne et les USA. Au-delà des propos du Président américain sur le comptage des automobiles dans les rues de New-York (Mercédès par rapport à Chrysler), il y a une réalité statistique : entre 2005 et 2009, les excédents commerciaux allemands vis-à-vis des USA sont passés de 28 milliards à 75 milliards de dollars. Rien qu’en 2016, les entreprises rhénanes ont vendu pour 114 milliards de biens aux USA, leur premier client, qui absorbe à lui seul 10% de leurs exportations, supérieur même à celui de la Chine. Pour Washington, le Deutsche Mark est grossièrement sous-évalué dans l’Euro.

            Tout ceci devrait être une source de préoccupation croissante pour l’Allemagne… et la France dont j’ai évoqué l’état d’esprit si peu européen de son peuple, au début de cette chronique.

         Dans une Europe élargie trop rapidement, comment justifier qu’elle doive se refonder, car c’est bien de cela qu’il s’agit, et pourquoi vouloir ressortir le traité de l’Élysée qui serait la base de la relance du couple franco-allemand, sans les autres pays, avec les risques de fractures évoquées ci-dessus ?  

Nous risquons de voir s’affronter un capitalisme autoritaire contre un capitalisme libéral : telle serait l’alternative idéologique… Quant à l’Europe sociale, elle reste un rêve dans ce contexte. 

 

            Oncle JEF pour le Clairon de l’Atax le 08/02/2018

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Intox prévisible sur le chômage !

            L’actualité politique m’amène à évoquer la problématique du chômage en France,  premier sujet d’inquiétude pour notre société…
Depuis plus de trente ans, nous avons entendu les prêches constants de nos « experts économistes », éditocrates néolibéraux autoproclamés, soi-disant neutres, omniprésents dans les médias, réciter leurs mantras, appeler constamment à la reprise afin de retrouver la fameuse croissance, comme ailleurs on tambourine, on prie pour appeler la pluie : le PIB français doit progresser de 1,5 à 2% par an pour réduire le chômage ! La simple observation des faits montre que depuis plus de 30 ans, la croissance n’a pas réduit le chômage : le PIB augmente et, d’année en année, des emplois sont supprimés et le chômage progresse… Depuis 1974, la richesse globale de la France s’est accrue de 70% tandis que le nombre de chômeurs a été multiplié par 7 (700%).

      Nous savons que le PIB n’est ni la preuve ni de l’avancée d’une société, ni de son degré de civilisation, particulièrement dans notre monde, désormais limité ! MAIS le PIB est un indice qui cumule revenus du travail et revenus du capital. Il convient donc de distinguer la part de ces 2 revenus, ce qui indique le choix de société qui est fait. Pourquoi les revenus du travail, avec leurs cotisations sociales, seraient-ils une mauvaise chose alors que les revenus du capital distribués aux actionnaires en seraient une bonne ? Or, depuis 30 ans, ceux du capital ont augmenté de 12% et ceux du travail diminué d’autant comme le montre un rapport sur l’emploi publié par la Commission Européenne (pas spécialement peuplée de  gauchistes !). En fait, si crise il y a, il ne s’agit pas d’une crise de production (laquelle a ses limites), mais bien d’une crise de la redistribution des richesses produites, y compris par ceux dont le revenu vient du travail, et pas seulement par le capital. Il est bon de nous rappeler constamment que l’organisation de notre société repose sur le travail et ses cotisations sociales.
       Depuis plus de 30 ans, face au chômage, les réponses de nos responsables politiques  ont été pathétiques. Impuissants, englués dans une pensée sociale-libérale, puis libérale et enfin néolibérale déclarée. Ils nous ont rabâché leurs phrases creuses, désarmantes, qui sont restées gravées dans nos mémoires… Valéry Giscard d’Estaing « Contre la mondialisation, on ne peut rien », J. Chirac « la feuille de paie n’est pas l’ennemi de l’emploi »… F. Mitterrand  « en matière de chômage on a tout essayé »… A. Juppé, beaucoup plus direct : « Le chômage, c’est l’élimination de la « mauvaise graisse », comme si l’inégalité était féconde et l’Égalité injuste… L. Jospin « l’Etat ne peut pas tout ! »… Plus récemment F. Hollande… « L’inversion de la courbe du chômage ».
         Résultat : après plus de trente ans de « lutte contre le chômage », à la sauce néolibérale ou social libérale, nous atteignons des chiffres inacceptables : 8 à 9 millions de chômeurs et de quasi-chômeurs ! Cet aveuglement nous a conduits à inventer des systèmes d’exclusion, de stockage d’êtres humains qui sont de véritables barbelés virtuels, tout en les occupant sans trop faire de bruit ou en les endormant pour qu’ils deviennent, selon une appréciation trop souvent entendue, des « heureux  bénéficiaires des dispositifs » !

Emmanuel Macron actuellement Président de la République Française

          Heureux bénéficiaires ? C’est ce que pensent vraisemblablement certaines personnes, quelquefois des députés, qui se permettent des réflexions sur les chômeurs lesquels  iraient, par exemple, dépenser leurs allocations aux Bahamas ou encore « profiteraient » du système en restant des « assistés » et que s’ils étaient chômeurs, c’est parce qu’ils ne cherchaient pas vraiment d’emplois. Or, il y aurait 120 000 emplois par an vacants à offrir à 6 millions de chômeurs, soit 2%. Et les 98% autres ? Il y a 83 candidatures pour 1 offre… Mieux qu’à l’ENA !

         Malgré cette réalité implacable, nous continuons à entendre, dans les médias ou autour de nous, l’exemple de personnes ou de catégories de personnes qui « profitent du système » soit par des détournements sociaux, soit par des attitudes égoïstes, spéculatives ou encore passives… Une façon de stigmatiser les chômeurs qui coûteraient trop chers et en plus tricheraient ! La fraude aux indemnités de chômage représenterait 39 millions € par an. C’est important, même inacceptable, mais totalement dérisoire face à 80 milliards € de fraudes et 20 milliards € de détournements fiscaux… On voit ici les enjeux !
        Vous comprendrez que je ne supporte plus cela l Ces discours comportent les prémices d’une véritable épuration sociale et humaine dont les conséquences peuvent devenir immaîtrisables ! Non seulement, cela prouve la déconnexion de la situation de ceux qui profèrent ce type d’arguments mais surtout cela est faux, méprisant, voire crapuleux : une personne sur deux ne part pas en vacances, 50% des chômeurs ne sont pas indemnisés et beaucoup ne sont pas comptabilisés… Des vies sont fracassées ! Quelle famille n’a pas été, n’est pas, ou ne sera pas, directement ou indirectement, hier aujourd’hui ou demain, concernée ?
       Comme si les chômeurs étaient coupables à un titre ou un autre de la situation de l’emploi dans notre pays ! Alors pourquoi vouloir sanctionner absolument les chômeurs, les punir en rendant les allocs chômage dégressives ? Et, pourquoi pas les entreprises ou le gouvernement qui n’arrivent pas à créer de nouveaux  emplois ?
       Et la situation va se tendre encore davantage. Avec le développement de l’industrie numérique, les emplois perdus dans certains secteurs de l’économie ne seront plus compensés par des créations d’emplois nouveaux. Selon plusieurs chercheurs, on aura besoin de 4% de travailleurs en moins chaque année. D’ici 2030 à 2040, 17% d’emplois supplémentaires seront créés. Dans le même temps, environ 47% des emplois seraient détruits en Grande Bretagne et 42% en France.
        Aujourd’hui, qui pourrait croire que 5 à 7 millions de personnes « disponibles » vont être embauchées à court, ou même moyen terme, par le secteur productif et marchand traditionnel ? Que les entreprises vont augmenter leurs effectifs de 15 % ?
         L’INSEE utilise le terme « poétique » de « halo de chômage » pour définir une  « zone grise » où la précarité est devenue la norme. Ici, nous avons vu se développer une multiplication de contrats atypiques et de statuts professionnels qui affaiblissent les droits et les protections attachés à l’emploi salarié : intérim, emplois précaires, création d’activités (auto-entrepreneurs) et d’entreprises, cumul emploi- retraite, portage salarial, chômage, emploi partiel, emplois saisonniers, CDD, vacataires, missions de micro expertise, contrat de missions, prestations de « gré à gré » : tout ça pour retourner ensuite à Pôle emploi… avec un zeste de travail au noir ; 4 à 5 millions de personnes seraient concernées !
       Et là dessus on entend des réflexions du niveau du café du commerce soutenir l’idéologie  néolibérale : « un travail à temps partiel ou un emploi faiblement rémunéré, voire un stage, valent mieux que pas de travail du tout, parce qu’ils facilitent la transition du chômage vers l’emploi ».
         Cette « zone grise », n’est-elle pas l’outil idéal pour l’ubérisation de la société ?
       Tout cela va encore s’accélérer avec les dernières réformes du code du travail fondées sur l’idée folle que le chômage va baisser en flexibilisant davantage le droit du travail qui serait devenu trop protecteur.
        Voilà des années que nous avons flexibilisé le travail en créant cette « zone grise » évoquée ci-dessus, tout en compliquant le droit du travail, en grande partie sur propositions patronales, que l’on veut simplifier maintenant !
         Derrière tout cela, il y a des vies en déflagration sociale. La « main invisible du marché » est lourde pour les plus faibles. Cette situation ronge notre société. Comme aurait dit La Fontaine dans les animaux malades de la peste : « Ils n’en mourraient pas tous, mais tous étaient touchés ».

          Aujourd’hui, dans les conditions politiques, démographiques, économiques et financières actuelles, la majorité des français a acquis la certitude que la courbe du chômage ne s’inversera pas, au mieux stagnera… Sans toujours analyser que l’on va transformer les chômeurs en pauvres !
          C’est la situation qui prévaut désormais dans tous les pays européens.
         Aux USA, les chômeurs sont devenus des pauvres. On a partagé le travail d’une façon sauvage : il y a tellement de petits boulots, souvent mal payés, entre 10/15 heures par semaine, que la durée moyenne du travail est de 33 h par semaine… et le niveau de chômage officiel annoncé de 5% est plus bas qu’en France, mais avec 24% de personnes en-dessous du seuil de pauvreté ! C’est sûrement la raison principale de l’élection de D. Trump.
         Prenons le cas éclairant de l’Allemagne, présenté comme « exemplaire » par notre nouveau Président.  En 1999, MM. Schröder et Blair signent leur manifeste sur l’emploi…
         En Allemagne les réformes HARTZ, sont mises en place par la coalition SPD-verts dite « social-démocrate »… Entrés en vigueur en 2005, ces accords orchestrent la dérégulation du marché du travail qui consiste à « enfourner les chômeurs » dans les job centers (une sorte de mission locale plus prégnante) avec des minijobs à 400 euros par mois, défiscalisation des bas salaires, déplafonnement du recours au travail temporaire, subvention aux agences d’intérim qui voient leur activité exploser…
         Fin 2016, le filet HARTZ IV englobait près de 6 millions de personnes, dont 2,6 millions de chômeurs officiels + 1,7 million de non officiels, sortis des statistiques par la trappe des « dispositifs d’activation » (formations + coaching), des jobs à 1 euro. C’est peut-être cela qui séduit tant notre Président ! 
         HARTZ fonctionne à la manière d’un service de travail obligatoire qui consiste à chercher un travail qui n’existe pas : un vrai sport de combat ! Ce qui n’empêche pas les menaces et les sanctions qui pèsent sur l’allocataire tenu en permanence à la merci d’un guet-apens. Par le job center, près d’un million de sanctions ont été prononcées en 2016, avec ponction sur les allocations de 409 euros par mois pour une seule personne, sanctions censées motiver l’allocataire, rebaptisé « client ».
       Ce minimum vital ne leur permettant pas de s’acquitter d’un loyer, le job center prend celui-ci en charge, à condition qu’il ne dépasse pas le plafond fixé par l’administration selon les zones géographiques. Le job center peut aussi débloquer au compte-gouttes des aides d’urgence, ce qui lui confère un droit de regard qui s’apparente presque à un placement sous tutelle : compte bancaire, achats, déplacements, vie familiale et même amoureuse. Aucun aspect de la vie privée n’échappe à l’humiliant radar des contrôleurs.
        Dans une société structurée par le culte du travail, la stigmatisation des chômeurs est si prégnante que beaucoup éprouvent de la honte à seulement évoquer leur situation devant les autres. Il y a beaucoup de détresse, beaucoup d’impuissance aussi, devant ce monstre bureaucratique que les chômeurs perçoivent non sans raison comme une menace… Ici aussi on pourrait trouver quelques explications sur le vote d’extrême droite en Allemagne !
Apparemment, cela importe peu pour les dirigeants de ce pays, car ces dispositions sur l’emploi viennent renforcer la politique de l’Allemagne : comprimer les salaires donc la demande interne, diminuer les dépenses publiques, miser sur les exportations tout en produisant avec les salaires les plus bas de l’ex-RDA et des pays de l’Europe de l’Est… C’est ainsi que l’Allemagne impose l’austérité ailleurs en Europe.
          Et c’est ce « modèle allemand » que l’on nous cite en exemple constamment tout en oubliant de préciser que le nombre des pauvres est passé de 14 à 18 %, comme en Grande-Bretagne, tandis qu’il atteint 24 % aux USA…
          En France, le taux de pauvreté atteint 14%, soit 1 français sur 7, donc 9 millions de personnes… C’est énorme. Mais les libéraux, en prenant modèle sur ces pays « exemplaires », pensent que nous avons encore des marges de manœuvre… Attendez-vous à voir les statistiques du chômage officiel indiquer une baisse, mais avec de plus en plus d’exclusion en allant vers une précarité en attendant la pauvreté dont on parlera peu.  
         C’est en France que, curieusement (ou pas !), Mr HARTZ se réfugie quand il est condamné, en Allemagne, en 2007 à deux ans de prison avec sursis et à 500 000 euros d’amende pour avoir « acheté » la paix sociale chez Volkswagen : pots de vin, voyages, prostituées, etc. Il n’empêche. Les lois HARTZ constituent depuis 12 ans une source inépuisable de ravissement dans les cercles patronaux, médiatiques et politiques. Pour Mr HARTZ, invité régulièrement par le MEDEF, reçu par F. Hollande, c’est désormais E. Macron qui lui réserve ses oracles, par presse interposée. E.Macron salue lui aussi « l’exceptionnelle réussite de l’économie allemande ». Il estime que HARTZ IV, non seulement « c’est mieux pour l’emploi », mais c’est préférable aussi pour diffuser la joie et la bonne humeur puisque « les Allemands se déclarent de plus en plus satisfaits de leur situation, alors que la satisfaction des Français stagne ». Il n’est pas contestable que les projets de M Macron s’inspirent en ligne directe du « modèle » allemand.
        Ainsi, pour E. Macron, tout est cohérent !  Et le sort réservé aux personnes en difficulté apparaît clairement. Après l’évidage en 2017 du code du travail, sous le prétexte grossier de lutter contre le chômage en licenciant plus facilement, nous voyons fleurir dès début 2018 les plans de licenciement « concertés », juste après le plan de licenciement massif provoqué par la suppression de 260 000 emplois aidés !  
          Tout cela conforté par une politique fiscale qui renforce les revenus du capital mais pas ceux du travail…
       Pour justifier cette politique, il faut donner des exemples : communiquer sur la « chasse aux chômeurs », devenus des boucs émissaires, même si cela n’est pas pertinent vu que ce sont les emplois qui manquent !
        Déjà, au mois de novembre 2017, une enquête de Pôle emploi, ciblée ou pas (?), a été publiée concernant le contrôle des chômeurs : sur 270 000 personnes contrôlées, il s’est avéré que 86 % étaient en recherche active et 14 % avaient été radiées ; 40 % seulement des chômeurs étaient indemnisés, 23% bénéficiaient d’allocations de solidarité, 36% ne touchaient plus rien… Ce qui revient à dire qu’un peu plus de 5 % des chômeurs indemnisés ont été réellement sanctionnés et leur allocation chômage a été réduite de 20% pour une durée de 2 à 6 mois. Ce qui vient confirmer qu’une indiscutable majorité d’entre eux souhaite ardemment retrouver un emploi…  Mais cette réalité ne suffit pas à calmer les ardeurs de nos gouvernants : il faut renforcer les sanctions !
       Les chômeurs, présumés fainéants, devront rendre des comptes « plus serrés ». Pôle emploi a fait appel à Antoine Foucher, ancien du MEDEF, ce dernier évoquant un contrôle journalier. Pôle emploi va embaucher 200 contrôleurs de plus … En voilà de nouveaux emplois !
        Ainsi, si un chômeur décline deux offres d’emploi « jugées  raisonnables » ( ?), ses allocations seront d’emblée réduites de 50% pour une durée de deux mois, S’il récidive, elles seront carrément supprimées pour une même période de deux mois, en attendant davantage…
       S’agit-il d’une façon de stigmatiser une partie de la population de chômeurs et  précaires en pensant qu’un sentiment de honte les envahissant permettrait de les voir disparaître des  radars ? Tomber dans la pauvreté, en attendant qu’ils disparaissent, c’est à dire qu’ils n’existent plus. Un pauvre c’est inexistant et beaucoup moins gênant qu’un chômeur qui pourrait demander des comptes… Ce n’est plus de l’exclusion, mais de l’élimination, en attendant l’éradication. Certains membres de notre société seraient-il en « trop », ce qui est la définition même d’une société « barbare » ?

Voilà comment nos gouvernants en s’attaquant avec acharnement aux conséquences d’un problème (le chômage) et en ignorant ou feignant d’en ignorer les causes (une mauvaise redistribution des  richesses) ; la facture économique du chômage, mais surtout humaine va s’alourdit continuellement ! Cela se fait avec toutes les conséquences que nous connaissons : dissolution des liens sociaux, impossibilité pour beaucoup de former un projet de vie, destruction des valeurs, de tout ce en quoi nous croyions, particulièrement l’abandon de nos principes républicains, la désintégration systématique de l’État-Providence, l’implosion de la démocratie, l’atomisation de la classe ouvrière, bref de tout ce qui fait société chez l’Homme.
Ainsi l’aventure de notre modernité risque de tourner au désastre.

 

                                                                                                                                     Oncle JEF
                                                                                                                            Onclejef11@gmail.com

 

 

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Quelques éclaircissements sur la confusion entre globalisation et mondialisation.

Mal nommer les choses… et c’est le début des difficultés du monde… Les mots ne sont pas exacts et l’œuvre humaine ne prospère pas… Les sanctions tombent à faux, et le peuple ne sait plus où il en est. (A. CAMUS)
C’est un peu ce que je ressens quand je vois chaque jour les notions de globalisation et mondialisation utilisées indifféremment, souvent par des « éditocrates sachants », et pourtant…

            La globalisation est essentiellement économique, elle s’est réalisée par les entreprises privées créatrices d’un capitalisme qui s’est développée particulièrement à partir du XV° siècle avec la période des découvertes de nouveaux continents qui a accéléré le processus par un chapelet de crises motivées par la recherche du gain par tous les moyens et  souvent par les plus brutaux… La chose s’est accélérée avec la recherche continuelle de gains de productivité lors des deux premières révolutions industrielles, par la création de la monnaie laissée à ces entreprises privées que l’on nomme des banques, par les délocalisations qui permettent de mettre en concurrence des systèmes différents. La globalisation accroit le commerce international dans des conditions qui permettent des situations d’impunité, d’opacité et d’illégalité.
Cette concurrence exacerbée des marchés globalisés est porteuse de guerre économique. Sous une présentation dite « libérale », la globalisation est porteuse de la plus terrible des guerres: celle de tous contre tous, pour le profit d’un tout petit  nombre : chacun pour soi, et la mafia pour tous ! Dans ces conditions, la globalisation ne peut exister dans un espace pacifié. On comprend mieux pourquoi la globalisation, c’est la suppression sur tous les coins de la Terre de « l’État-providence », lequel protège les plus faibles et les classes moyennes par la création d’un système collectif : la Sécu, l’Education Nationale, la Justice, etc. La globalisation brise ce collectif. Face à cela chacun « clôture » son champ, à chacun ses assurances privées, sa Sécu privée, sa médecine privée, son éducation privée, et sa police privée.

Globaliser pour manger plus en étant moins de mangeurs

La globalisation néo libéralisée, c’est la croyance au marché. Mais qu’est-ce que le marché ? C’est l’application dans toute sa rudesse de la règle basique du commerce : acheter le moins cher possible dans les pays sans ou avec  peu de contraintes sociales, environnementales et fiscales, afin de revendre le plus cher possible dans les pays ou les zones à fort pouvoir d’achat… Cette logique implacable et sans limite de l’économie de marché, où les entreprises globalisées prospèrent sur les inégalités croissantes, alimente le jeu ambigu de la concurrence mondiale « libre et faussée » (contrairement à ce que l’on entend souvent) en faisant fabriquer des produits dans d’autres pays aux conditions de productions plus avantageuses. Face à cela les entreprises nationales n’ont qu’une idée : baisser le coût du travail en licenciant, en faisant sécession à au contrat social comme à leurs responsabilités sociales dans leurs pays d’origine. Et ceci afin de lutter contre la baisse tendancielle des taux de profit du capital, identifiée par Marx et qui a fait l’objet d’une récente chronique. 
        Aujourd’hui, nous voyons se rajouter un phénomène inquiétant : une financiarisation mondialisée qui vient encore augmenter les échanges spéculatifs. Nous  assistons à une accélération continue, une ronde endiablée des marchandises, une rotation accélérée du capital et d’échanges non maîtrisés… provoquant des crises multiples et diverses… En attendant la prochaine !
        Quant à la mondialisation, par le commerce, elle existait autour de la Méditerranée du temps des grecs, des phéniciens, des romains. Elle s’est poursuivie plus difficilement face aux Arabes qui ont bloqué les échanges avec l’Orient. Cette situation a provoqué les épopées sur les mers pour continuer ce commerce… Christophe Collomb, Magellan, etc. On peut dire que la mondialisation concerne surtout les États dans leur volonté d’élargir leur pouvoir politique… Ce qui a entraîné des crises, systémiques répétitives, souvent des guerres, lors desquelles des combats politiques, économiques ont été l’objet d’une violence croissante. Aujourd’hui, les États devraient représenter des peuples qui se sont construits sur des valeurs, celles des droits de l’homme, des libertés, de la démocratie. Notions sur lesquelles, il existe encore beaucoup de travail à effectuer, mais qui sont porteuses d’universalisme, à partir duquel devrait émerger à terme une nouvelle philosophie politique, humaniste, mondialiste. La seule option pour notre monde, désormais limité, qui ne veut pas mourir…         
        Et, voilà pourquoi globalisation et mondialisation ne vont pas de pair, elles seraient plutôt exclusives l’une de l’autre.
        La globalisation des entreprises est celle des techniques, du marché, du tourisme de masse et du business de l’« information » : face à cela les États ont perdu une partie de leur pouvoir.

        La mondialisation universaliste est celle des valeurs, des droits de l’homme, des libertés, de la culture, de la démocratie, face à cela les États ne savent ou ne souhaitent pas s’organiser.
        En conséquence, la globalisation semble aujourd’hui, irréversible et l’universel serait plutôt en difficulté.  
        Et pourtant les enjeux se situent de plus en plus au niveau de l’universel comme l’ont exprimé récemment 15 000 scientifiques qui ont poussé un cri d’alarme… Bientôt il sera trop tard… La population mondiale augmente exponentiellement… Les ressources se raréfient… La température monte… Des espèces disparaissent massivement… Les forêts rétrécissent.
        Le temps presse au moment où l’homme est tellement formaté, conditionné par le système productiviste-consumériste… L’homme a tellement brassé les quatre éléments de notre nature : la terre avec l’agrochimie, l’air avec le CO2, l’eau souvent polluée, le feu par les incendies, ce ne sont que des exemples. L’homme s’est comporté comme un « apprenti sorcier », ne sait plus comment et quoi faire pour sauver notre humanité.  Aujourd’hui encore, nous avons globalement du mal à prendre conscience de notre fragilité dans notre petite biosphère. Et surtout, nous savons plus comment sortir du piège tendu par la croyance en une conception économiste et prométhéiste délirante, basée sur l’idée d’un mouvement en perpétuelle accélération, d’un brassage continuel de tout et de rien, ce qui ressemble beaucoup à une spirale infernale.
        La situation dramatique de notre biosphère pourrait nous faire espérer une prise de conscience de notre interdépendance et comprendre la nécessité d’un bien commun mondial. Ce qui serait déjà un début de réponse. Pour cela, il sera de plus en plus nécessaire de (re)construire, mieux encore de reprendre le pouvoir au sein des institutions internationales telles que : l’ONU, si souvent bafouée, le Conseil de sécurité verrouillé par les oukases d’états voyous, le FMI et la Banque mondiale dévoués aux pays riches, l’OCDE et l’OMC sous dominance néolibérale, que l’OMS réduite à l’humanitaire, l’OIT dont les rapports ne sont pas pris en compte, l’Unesco récemment quitté par quelques pays riches, l’Organisation mondiale de l’environnement, etc.

Des décisions urgentes sont à prendre.

Deux problèmes immédiats sont devant nous :
– Alors que les enjeux sont internationaux, la politique reste déterminée par des enjeux nationaux. C’est ce que l’on voit lors des G7, 10 ou 20 qui n’ont aucune légitimité  au plan mondial mais qui représentent les pays les plus riches.
– Et surtout les grandes entreprises globalisées qui dominent le monde, voire le dirigent, et qui ne se sentent nullement responsables des conséquences de ce brassage de tout en n’importe quoi, n’importe où, sur lequel elles font leur business.

Comme « outil », nous aurions pu espérer que le niveau européen…  
Mais, suite à son histoire tumultueuse, l’Europe s’est suicidée avec les deux guerres mondiales. À l’issue de celles-ci, il s’est effectué une redistribution des rôles entre les USA et l’URSS. Particulièrement, les USA ont souhaité faire de l’Europe un simple marché économique en évitant une Europe politique (Commission Fouchet, traité de l’Elysée). Aujourd’hui, l’EU tangue comme un bateau ivre sans gouvernail (ou gouvernement), à la merci des marchés globalisés… Cette situation engendre par réaction des mouvements xénophobes et racistes… Dans ces conditions comment compter sur l’Europe pour développer le bien commun ? Disons qu’elle aurait plutôt tendance à casser le service public comme on a pu le voir lors de certaines décisions.  

            Reste le niveau national. Au moment où l’on réduit tous les moyens de l’État, nous  subissons une véritable propagande qui tend à déconsidérer systématiquement l’État et l’ensemble des services publics comme inefficaces et archaïques… Ainsi les services publics seraient « parasitaires », contrairement aux entreprises néolibérales, globalisées, financiarisées ? Étonnant, non ? C’est ce que je vous propose de traiter lors de ma prochaine chronique.  

                                                                                                                                                        Oncle JEF

                                                                                                                                            Onclejef11@gmail.com

           

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L’Éducation populaire réinterrogée ?

les inspirateurs de l’éducation populaire

L’Éducation populaire est une vieille idée de la Révolution française qui avait pour but de permettre l’émancipation, l’instruction du peuple, qui n’avait pas accès à la culture bourgeoise. L’idée était de former le citoyen à oser penser par lui-même, à développer son esprit critique, à participer au débat, à l’action : permettre au peuple d’émettre un vote éclairé, ce qui est l’un des fondements  de la démocratie.

La III° République, particulièrement, a remis en avant cette idée d’Éducation populaire avec l’implication de républicains notables, engagés : Jean Macé, Jean Zay, Ferdinand Buisson, Léon Bourgeois, etc.

Les Universités populaires ont été créées à la fin du XIX° siècle dans le cadre de l’affaire Dreyfus et de l’antisémitisme ambiant.

Puis en 1936 avec le Front populaire, par la conjugaison de l’École publique, des congés payés, des assurances sociales, l’Éducation populaire s’est développée sur un principe plutôt simple : profiter du temps libre pour s’éduquer, développer l’esprit critique, la citoyenneté… On pourrait dire qu’il s’agissait de compléter le travail des « hussards de la République » dans l’École, par celui des « hussards de la démocratie » dans la Cité : promouvoir l’idée que l’Éducation n’est pas circonscrite à l’École.

En 1945, l’Éducation populaire se positionne, dans le cadre du projet du CNR, où l’État revendique son rôle de garant de l’intérêt général. Il s’appuie sur ce mouvement pour mener des politiques éducatives, sur des terrains aussi divers que le social, le périscolaire, l’animation rurale, la vie de quartier, la formation, le développement local, etc. Se sont alors diversifiées des activités aussi différentes que des cinés clubs, des auberges de Jeunesse, des centres de culture ouvrière ou des cours de promotion sociale, sans oublier les universités populaires.

L’Éducation populaire a facilité l’intégration, permis l’apprentissage de la citoyenneté, fait émerger des élites d’origine populaire, réhabilité la chose politique auprès des adultes et surtout auprès des jeunes qui n’entendent aujourd’hui que trop que « les politiques sont tous des pourris ». L’Éducation populaire a pour but  la stimulation de cette énergie citoyenne qui pourrait transformer notre société, permettant ainsi aux citoyens de passer de la contestation à la transformation, d’un sentiment d’impuissance à l’action concrète, ce qui constituerait un impact indéniable dans la société, voire une chance pour notre pays.

Pendant la période dite des « trente glorieuses », les mouvements de l’Éducation populaire formaient un réseau impressionnant d’initiatives, d’associations sur des bases sociales, républicaines et laïques : la Ligue de l’enseignement, Peuple et culture, Léo Lagrange, etc. … Ils constituent encore aujourd’hui quelques îlots de résistance à la société de consommation.

La loi de 1971 a confié aux entreprises, puis aux conseils régionaux, à partir des années 80, la formation continue et l’éducation permanente, lesquelles, aux mains des pouvoirs économiques, sont orientées vers l‘emploi et se désintéressent des initiatives citoyennes et populaires…Cela a conduit à ce que, aujourd’hui, beaucoup d’individus manquent des moyens nécessaires à « l’apprendre tout au long de la vie ».

En 1981, la gauche nomme un ministre du temps libre !

Après la gestion du temps libre est venue le thème de la jeunesse. En 1986, à l’arrivée de J. Chirac comme Premier Ministre, le Centre National d’Éducation Populaire devient l’Institut National de la Jeunesse… Comme si l’Éducation populaire était réservée à la jeunesse !

Puis avec le développement du chômage, on a vu se développer l’idée, à mon avis saugrenue, de transformer l’Éducation populaire en un outil de formation professionnelle et de création d’emplois, d’insertion sociale et professionnelle, de gestion de l’exclusion, en fait de réparation des dégâts du chômage et par là d’abandonner sa fonction d’éducation à la citoyenneté active et d’émergence de  l’esprit critique…

Si historiquement, on peut dire que l’État a soutenu fortement l’Éducation populaire, il l’a pratiquement abandonnée aujourd’hui, ou en tous cas mise en grande difficulté. On pourrait dire aussi que certains pouvoirs ont considéré l’Éducation populaire, et la vie associative, comme « empêcheuse de tourner en rond » et, bien sûr, n’ont pas eu la volonté de les faire vivre. Seules, les associations dites philanthropiques ou charitables résistent (difficilement quand récemment on leur supprime les emplois aidés) : Restos du Cœur, Secours Populaire, Secours Catholique, ATD-Quart Monde, Armée du Salut, etc. Elles profitent en priorité de dons qui bénéficient d’avantages fiscaux. Mais leurs militants n’ont peut-être jamais entendu parler d’Éducation populaire.

L’État comme les collectivités locales, pressés par l’économie de « marché », où le maître mot est devenu « rentabilité » ce qui induit des missions « moins chères que moins chères », considèrent les associations  d’éducation populaires comme des « sous-traitants », pire comme une soupape de sécurité… Ainsi le projet de l’Éducation populaire a été dénaturé au point qu’aujourd’hui, dans les banlieues, les gendarmes et la police se plaignent d’avoir à jouer les éducateurs socioculturels. Situation désastreuse !

Dans cette société dominée par l’économie de marché qui, rappelons-le, a pour but de créer des consommateurs, pas des citoyens, le soutien à l’Éducation populaire a été délaissé. Comment s’étonner alors que de nombreux jeunes la considèrent comme « ringarde » ? Que reste-il de cette instance critique, de sa force de proposition républicaine, de sa présence éducative, de cette solidarité qu’elle exprimait, de sa formation à la citoyenneté ?

De nombreuses entités de l’Éducation populaire ont aujourd’hui disparu. Pourtant quel beau slogan, quel beau programme ! Je pense particulièrement aux Universités populaires.

Dans l’AUDE, l’Université Populaire la Narbonnaise est très active… Sous l’impulsion de Michel TOZZI, elle propose des cafés philos, des ateliers philos sur des sujets les plus variés, des débats de société sur des thèmes actuels en lien avec la culture philosophique, notre histoire. Elle organise des conférences avec des intervenants de très bons niveaux, dans les différents sites de Narbonne et des environs. 

Tout en respectant les diverses idées et opinions, elle permet à chacun de se construire sa propre culture politique, de sortir des analyses partisanes proférées par un système médiatique et financier omniprésent, de faire un choix « éduqué »  et permettre ainsi aux citoyens de passer de la contestation à la transformation, d’un sentiment d’impuissance à l’action concrète. L’éducation populaire peut ainsi donner les moyens intellectuels au « dèmos », au peuple (populaire !) d’exercer le pouvoir, le kratos, aux citoyens : c’est la démocratie. Et ceci au moment où celle-ci est fragilisée, le civisme recule partout, les classes populaires se sentent méprisées, on ne croit plus en la libération par la culture, ni donc en la culture.

Je pense qu’aujourd’hui l’Éducation populaire doit être réinterrogée pour se reconstruire. Elle doit être, bien sûr, populaire, mais aussi citoyenne et permanente.

1/ Populaire

Populaire au sens où nous devons comprendre qu’après 200 ans de productivisme « taylorien », 40 années de consumérisme excessif et de formatage médiatique, nos esprits ont été prolétarisés… Je veux dire que des savoir-faire de l’ouvrier ou de l’artisan, au sens de la création d’une œuvre, sont passés dans les machines automatisées, aujourd’hui dans des robots (*). Bernard Stiegler emploie le terme de déprolétarisation pour parler de la reconquête de nos capacités d’homme et de citoyen.

Il me semble nécessaire d’expliquer son point de vue.

Déprolétariser, c’est reconquérir des savoirs, acquérir des capacités, participer aux enjeux de demain. Chaque personne devrait être « artisan de sa vie », pouvoir choisir sa vie, plutôt que de subir une vie contrainte et non choisie, ou encore travailler pour soi, sur soi… Amartya Sen évoque les capacitations de chaque individu, permettre de (re)développer les capacités. L’Éducation populaire doit donner au peuple la possibilité de reconquérir des savoirs, de retrouver avec les capacités d’agir, des « envies d’agir ». Ce que Spinoza appelait : donner la puissance d’agir.

Comprenez l’urgence de cela, au moment où le système économique continue à détruire les savoirs, à ne pas vouloir partager, redistribuer. Au moment où l’industrie numérique  détruit beaucoup plus d’emplois qu’elle n’en produit tout en propageant l’illusion d’une communication qui, de fait, renforce l’individualisme et la passivité des individus

2/ Citoyenne.     

Pour être réellement populaire, lÉducation Populaire doit répondre à la notion de citoyenneté, collectivement (le peuple) et individuellement (le citoyen). Pour cela elle doit continuer son travail sur l’esprit critique, sur l’apprentissage à la citoyenneté, contribuer à socialiser une population exclue de la société, compléter l’enseignement scolaire, permettre l’apprentissage collectif de la démocratie… Faire aussi comprendre que la démocratie, c’est reconnaître l’autre différent sans rechercher le consensus à priori, d’où les débats conflictuels, les tensions, la contradiction : tous ces rapports de force « normaux » qui sont autant d’éléments de progression collective, processus dynamique et constructif dans lequel chacun peut exercer ses complémentarités.

À partir de là, on peut définir l’ambition citoyenne de l’Éducation populaire, à savoir :

  • sortir les citoyens d’un formatage du consumérisme béat et étouffant de notre société, des réseaux « sociaux » sous la férule des « data » de l’industrie numérique.
  • aider les citoyens à formuler et rendre intelligible la demande sociale,  et peut-être surtout, leur permettre de retrouver leurs capacités d’agir : passer de la situation de consommateur passif  à celle d’acteurs !

C’est aussi à partir de là que nous « relèverons le citoyen ». Ce qui veut dire dans mon esprit : initier une culture politique générale sans orienter, afin de permettre de faire un choix éduqué, mais aussi une capacité de raisonner, de décider, ce qui ne pourrait que vivifier la vie dans la Cité.

C’est ici que l’Éducation populaire doit faire valoir ses compétences, son expérience… Pouvoir faire davantage que ce qu’elle a déjà fait et fait encore :

  • organiser des loisirs créatifs, intelligents, une éducation aux valeurs républicaines et une possibilité d’épanouissement par le contact avec les arts, par la diffusion de la culture et conduire ainsi à une meilleure compréhension du monde;
  • provoquer des débats de société comme le rapport entre le travail et le temps libre, les liens avec le sport, le tourisme, la connaissance du contexte international, l’ensemble s’articulant avec l’idée développement culturel,
  • créer des liens autour de moments de convivialité populaire, pour échanger, pour débattre et être en mesure, chacun avec son vécu et sa compréhension, de faire des choix,
  • organiser des lieux pour échanger, mutualiser, faire circuler des informations afin qu’elles développent de la connaissance réciproque, les complémentarités de compétences et permettre ainsi l’élaboration de projets communs, de créer des synergies dans la vie de la Cité.

C’est ici que peut  se construire le citoyen.

C’est ici que peut se constituer l’envie d’agir dans la Cité.

C’est ici que tel habitant, devenu citoyen, aura la vision compréhensive d’une société civile composée de gens de culture différente, qu’il aura les contacts les plus justes avec les élus et les aidera à des décisions meilleures par ses avis consultatifs et les orientations qu’il sera à même de faire valoir. 

Pour être permanente… l’Éducation populaire, doit aider à ces transitions, lesquelles, traitées correctement, peuvent être porteuses de potentiels de développement importants, bouleverser les conditions de la vie en commun, provoquer un changement  radical des mœurs, voire remettre en cause les fondements même de la culture.

          Aujourd’hui, notre société donne à l’école l’objectif de l’obtention d’un diplôme dans le cadre d’un apprentissage professionnel ou d’un cursus universitaire… Certains pensent encore que le savoir dispensé, l’instruction acquise, procureraient le premier et dernier job, ceci au moment où nous menons et allons mener successivement des carrières différentes, au moment où la technologie évolue très vite et où ce que l’on apprend devient rapidement obsolète.

         Aujourd’hui, si les meilleurs éléments sortent du cycle scolaire et universitaire armés des moyens nécessaires pour affronter la vie, nombreux sont les étudiants et lycéens à ne pas trouver leur voie. Le non–spécialiste que je suis s’interroge constamment sur la façon dont on oriente nos enfants aujourd’hui. Dans ce moment de leur vie où ils possèdent une maigre expérience du monde qui les entoure et une connaissance d’eux-mêmes limitée, est-il raisonnable de demander à une personne de 15 ans d’agir sur plusieurs fronts à la fois : de décider de son orientation sans connaître réellement ses intérêts et ses capacités, de choisir un travail en ayant une expérience et une conscience rudimentaires de ce qu’on est, de ce qu’on peut et, le cas échéant, de quitter son milieu d’origine ?… Ces jeunes doivent affronter un vrai parcours du combattant !

Conséquence de tout cela : l’orientation se fait, bien souvent, par un processus d’élimination constante « par défaut ». Certains diraient par l’échec. Ce qui génère chaque année l’exclusion de 150 000 jeunes du système scolaire sans aucune formation et souvent stigmatisés… Un tel « ratage », fondé sur une orientation par l’échec, est bien sûr préjudiciable à la performance de notre pays, et contribue à créer une ambiance défaitiste, un ressentiment ambiant, particulièrement dans certains quartiers. 

Nous sommes trop centrés sur les connaissances acquises lors de la scolarité : elles sont importantes, nécessaires, voire fondamentales, mais elles ne sont certainement pas exclusives.

L’expérience de la vie offre dans chaque situation, une possibilité d’apprendre, de se remettre en cause, si on veut bien faire quelques efforts personnels. Des métamorphoses peuvent se réaliser tout au long de la vie…. Nous savons tous qu’avant de réussir partiellement ou parfaitement leur vie, la plupart d’entre nous ont commencé par faire un peu n’importe quoi.

Durant toute notre existence, notre cerveau reconstitue les réseaux de connexions entre les cellules nerveuses qui sous-tendent notre mémoire et nos activités mentales. Ainsi nous renouvelons une partie au moins des cellules nerveuses qui le composent. De cette façon, nous modifions, reconfigurons, réassocions, recombinons autrement les composantes déjà présentes… Le pouvoir de faire du neuf avec de l’ancien. Non seulement l’évolution continue bien après l’adolescence mais, de plus, une véritable métamorphose peut s’opérer tout au long de la vie et à n’importe quel moment de l’existence. D’où la notion d’habilités sociales (ou savoirs implicites) acquises, bien sûr à l’école, à l’université, mais aussi par chacun pendant le travail, en restant chez soi devant des écrans, en vacances, en voyages, lors de contacts sociaux, avec des amis, dans les projets de la vie associative, clubs de réflexion, en écoutant les leçons de vie sans oublier la culture, les loisirs, la lecture, le cinéma, les concerts, les visites de musée et d’exposition, etc. Mais que seraient, les entreprises, l’emploi, le travail, la vie en société sans les habilités sociales ou savoir implicites ?

3/ Permanente.

            À mon avis, c’est dans cette notion de permanence que l’Éducation populaire doit être le plus réinterrogée.

            Dans une société formatée avec force par le consumérisme, malmenée par les nouveaux réseaux « sociaux », nous savons tous que les crises structurelles traditionnelles (naissance, enfance, adolescence, adulescence, maturescence, seniorescence, sénescence) sont et seront télescopées par les crises conjoncturelles (divorces, familles recomposées, chômage, retraite, évolutions techniques, durée de vie etc.). De plus en plus, la vie sera une succession de rencontres, de séparations, d’attachements et de détachements, d’alliances et de désunions, sinon de pertes et d’abandons mais aussi autant d’occasions de croissance, de défis, d’énergie libérée…

            C’est ce que je nomme un nouveau logiciel de société ! Dans ce contexte, on ne peut que constater que les transitions de vie, de métiers, d’implications, de lieux, qui seront de plus en plus  nombreuses.

Dans le monde dans lequel nous vivons, riche, et divers, imprévisible, (nouveau logiciel de société), il s’agit bien de prendre en compte l’évolution sociologique et sociale de notre société, pour faciliter les alternances de retrait (enfant, emploi, formation) et d’activité, plus ou moins progressives ou dégressives, selon l’âge et la trajectoire de chacun, et ainsi remettre en cause le système actuel  en trois temps (études, travail, retraite) aujourd’hui inadapté.

Aujourd’hui, la formation tout au long de la vie est un pari fabuleux. Pourtant elle reste un outil principalement utilisé, par les mieux nantis, les plus érudits, et spécifiquement dans des buts souvent productivistes, mais ne répondant pas à des critères d’utilité sociale dont notre société a le plus besoin… D’où, à mon avis, un vide manifeste dans « l’apprendre tout au long de la vie » actuel …

C’est bien ici que je situerai une nouvelle ambition pour l’Éducation populaire : permettre des apprentissages nouveaux, d’autres ouvertures, tout au long de la vie… Et par là desserrer l’étau de surproductivité « excluante » dans lequel nous sommes piégés.

Pour cela, l’Éducation populaire pourrait utiliser le Compte Personnel d’Activité (CPA) incluant un Compte Engagement Citoyen (CEC) avec des heures de formation inscrites pour suivre des formations citoyennes. Ce compte est ouvert à toutes les personnes de plus de 16 ans, il est fermé au décès de son titulaire  

Peuvent solliciter ce droit, le service civique, le volontariat (sapeurs pompiers, associatif, international en administration, en entreprise ou européen, de solidarité internationale), la réserve (militaire, police nationale, sanitaire), le bénévolat associatif. Tout cela dans des conditions encore restreintes. La procédure semble un peu (trop !) rigide, le crédit d’heures encore trop limité.

Ici, l’Éducation populaire doit se faire entendre, militer pour que ces droits soient plus ouverts et plus importants. Elle y trouverait quelques moyens de se (re)développer… Et les thèmes de formation, de sensibilisation ne manquent pas !  

Aujourd’hui, si chaque citoyen résidant légalement sur le territoire national a la certitude de trouver une place à l’École pour ses enfants, et tout le monde considère cette situation comme « naturelle », alors pourquoi l’École, et pas la formation tout au long de la vie, qu’elle soit technique ou citoyenne ?

Utopie ?

C’est exactement ce que disaient les obscurantistes au moment de la création de l’École Publique. Un siècle plus tard, qui souhaite la remettre en cause ?
Et nos petits-enfants, de la même manière, se moqueront de nous qui aurons tant tardé à décider des mesures de bon sens ! Mais cela demande du courage politique.
Ainsi, la formation tout au long de la vie, telle que je l’ai définie ci-dessus, serait une forme d’Égalité que notre état républicain devrait permettre.

Voilà pourquoi et comment je pense que l’Éducation populaire doit être réinterrogée.

 

                                                                                                           Oncle JEF  pour le Clairon de l’Atax le 12/11/2017

                                                                                                            oncle11@gmail.com

 

(*) Mais ce que les robots n’ont pas repris ce sont tous les savoirs autres que le « savoir faire » qui existait chez l’ouvrier : la conscience de sa place et de son rôle dans la société, sa relation aux autres, la fierté du travail bien fait, la solidarité, l’adhésion à un système de valeurs qu’il transmettait aux générations suivantes, etc.

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Narcisse et Panurge.

Quelle idée bizarre de réunir Narcisse et Panurge. En effet pourquoi confronter ces personnages, nés de l’imagination humaine qui servent aujourd’hui encore à évoquer des conduites humaines particulières ? Il m’a semblé intéressant de confronter ces deux personnages imaginaires pour éclairer nos comportements sociétaux actuels.

Narcisse, personnage mythologique, est un jeune homme d’une grande beauté.  Séduit par sa propre image se reflétant dans l’eau d’une fontaine ; il s’adore, mais il méprise l’amour. Il meurt victime d’une passion pour lui-même qu’il ne peut apaiser. À l’endroit de son trépas pousse la fleur qui, aujourd’hui, porte son nom.

Narcissse : toile de Laurent Pécheux 1796, musée de Chambéry

Panurge, quant à lui, est un personnage rabelaisien. Compagnon fidèle de Pantagruel, il est connu pour s’être vengé contre le négociant Dindenault, trop avide, en jetant un mouton à la mer…  Tous les autres ovins suivirent, en entraînant l’infortuné marchand qui tentait de les retenir… D’où le terme de –panurgisme- tandis que le nom de Panurge évoque désormais dans nos esprits celui qui suit sans réfléchir…

Moutons de Panurge

Les circonstances de la vie, notre caractère, notre éducation, amènent chacun de nous à être quelquefois Narcisse, quelquefois Panurge.

Narcisse pour la quête de pouvoir, de reconnaissance, de gratification.

Panurge pour le conformisme, la passivité et le suivisme.

Narcisse se complet pleinement dans la culture contemporaine du « moi », ce personnage factice qu’il est préférable de ne pas flatter. Aujourd’hui, notre société fait l’apologie de l’individualisme, source de « dynamisme et d’autonomie » avec son corollaire d’avidité et de paraître. C’est ainsi que le « moi » s’est métamorphosé en « Moi-Je ». Narcisse  développe une ambition avide, éprouve une soif intense de puissance.

Pour illustrer mon propos, prenons l’exemple du travail, facteur de reconnaissance sociale. Dans l’entreprise se diffuse un discours qui vante le modèle du « perpétuel gagnant » : être infaillible et sans limite. Modèle flagorneur mais éminemment séducteur. Dans l’entreprise, système pyramidal et souvent dictatorial, Narcisse trouve la possibilité de mettre en exergue son ego afin de développer un individualisme féroce. Narcisse en affirme une forme de jouissance, motivée par une espérance illusoire de « réussite ». La conséquence en est la naissance d’un stress permanent avec la sourde crainte de ne jamais « être à la hauteur ». Ce stress engendre un effet pervers, contre-productif, provoquant quelquefois un état maladif, source de misère psychique. L’humain soumis à ce régime devient progressivement addictif à une drogue qui s’appelle le désir de puissance.

Panurge, quant à lui, plus docile, se coulera dans le moule conformiste et n’osera jamais revendiquer, ni se syndiquer… Subissant ce monde du travail qui peut devenir pour lui synonyme d’enfer au quotidien, il préfère s’échapper devant des écrans qui promeuvent la consommation de masse, génératrice d’un mimétisme social et d’une addiction consumériste. Ce grégarisme rend l’individu vulnérable et objet docile de la tyrannie des marchés.

Panurge s’interroge peu. Il n’a pas réellement de projet individuel, si ce n’est la satisfaction de ses petits désirs personnels, souvent matérialistes. Au fond, notre Panurge s’ennuie. Est-il vraiment conscient d’être manipulé ? Dans quelle mesure cet individu malléable est-il responsable de son destin ?

Pour Panurge, deux attitudes se dessinent alors :

– Panurge peut se refermer sur lui-même avec une perte d’estime, voire une haine de soi, développant une attitude victimaire ou/et mutique. Cette « difficulté d’être », cette pulsion autodestructrice, peut engendrer ensuite une haine de l’autre, qui aura pour effet d’augmenter la violence sociétale.

– Ou alors à contrario, Panurge veut fuir la solitude stérile pour s’agglutiner au troupeau, cette somme de « on » anonyme, voire un « nous-on », conséquence de l’atomisation sociale. Mais cet anonymat l’amène à vivre sans vivre. Conformisme, consumériste et mimétisme social, seront le lot de ce personnage.

 

Aucune de ces deux attitudes extrêmes ne permet à l’individu une socialisation qui rend le sujet acteur de sa destinée, n’y aurait-il pas quelque analogie entre le « Moi-je » de Narcisse et le « Nous-on » de Panurge ?

Le « moi-je » comme le « nous-on » ouvre une béance dans laquelle sont  oubliées les notions d’identité et d’altérité constitutives de la personne, comme nous oublions trop vite que nous venons au monde avec une étiquette « fragile ». Fragilités d’enfance qui nous accompagnent tout au long de la vie. Mieux les considérer peut nous aider, nous apprendre à gérer nos conflits internes au lieu de les exposer ou de les taire, de les cacher. C’est aussi nous permettre de passer de l’ego brut de l’enfance à un égo pacifié, tourné vers le collectif. N’est-ce pas dans ces blessures enfantines que résident narcissisme et panurgisme ?

            Sans cela, notre « petit homme », qu’il soit Narcisse ou Panurge, sera toujours motivé par un désir démesuré de se rassurer en possédant, au point d’être lui-même possédé par son propre désir. Narcisse comme Panurge sont prisonniers d’eux-mêmes. Traumatisés par l’idée de manquer, apeurés par la peur du lendemain, Narcisse et Panurge déifient l’argent qui devient synonyme de sécurité.

Mais agissant ainsi ne confortent-ils pas le système ?

Ne sommes-nous pas ainsi confinés dans une prison psychique ?

Cette peur du manque, cette béance que l’on souhaite combler par une satisfaction matérielle, cette déshérence de l’être, crée une situation idéale pour l’établissement de dogmes religieux, politiques ou sociaux. C’est le cas du système néolibéral avec ses évangiles édictés par des clercs, son consumérisme promu dans ses centres commerciaux, sa bourse avec sa sempiternelle et illusoire croissance, ses rituels qui organisent la productivité…

Ce monde, Narcisse souhaite agréablement et égoïstement en vivre et Panurge se rassurer en l’intégrant… Sentiment d’appartenance délicieux… Comme tout dogme, car c’en est un, il amène insensiblement à l’amputation de l’individu et aussi au mépris de ceux qui sont porteurs d’autres valeurs et pensent autrement.

Mais les dieux, qu’ils soient religieux ou économiques, ne sont puissants que tant que l’on y croit… Ils permettent à l’être humain de répondre au besoin de bâtir des « systèmes » qui sont censés donner du sens à sa vie.  Est-ce une donnée contingente de l’humain ?

En réalité, nous dépensons beaucoup d’énergie pour compenser nos fragilités intimes avec, au fond, l’idée rassurante d’un « grand soir », comme la notion de paradis, en une forme de bonheur dans la consommation, qui ne sont que des béquilles, des ersatz face à l’angoisse existentielle…

Narcisse et Panurge, n’est-ce pas le couple infernal de notre société ?

Le binôme « Narcisse et Panurge » n’est-il pas le fondement de l’organisation, du  maintien même de nos structures qu’elles soient politiques, sociales, cléricales, familiales ?

Notre société libérale, qui voulait « libérer l’individu » de tout carcan, a facilité l’émergence de l’individualisme, ce qui a tué l’individu. C’est pour moi l’un des plus gros échec du libéralisme, devenu néolibéralisme.

Face à cela, je voudrais citer Hannah Arendt. Elle évoque « le devoir de désobéissance civile », une façon de « Ne pas se laisser entraîner par la surface des choses en nous arrêtant et en réfléchissant, dépasser l’horizon du quotidien », prendre conscience de la « banalité du mal » comme « défendre la liberté et la pluralité »… Face à Narcisse et Panurge, cette vision ne permet-elle pas de sortir du formatage des idées de notre société ? Toujours Arendt. C’est par « l’esprit de désobéissance qui naît de notre jugement moral d’adulte qui nous dit que quelque chose ne tourne pas rond dans la société et vous incite à résister… la désobéissance morale est la clé du progrès ». Cette réflexion remet en question le « formatage » que nous subissons tous dans notre notre société comme par nous-mêmes…

Depuis des millénaires, et jusqu’à une date très récente, dans la longue histoire de l’humanité, dans les sociétés anciennes, le groupe donnait sens à l’individu qui, sans même le savoir, l’épousait comme un destin. L’individu était contraint dans un système qui ne lui laissait pas beaucoup de marge de manœuvre : il était entièrement défini par la société, son environnement, sa famille, jusqu’à ne pas exister.

Les XVIII° et XIX° siècles nous ont apporté les «  Lumières » avec une formidable  croyance dans le progrès des sociétés humaines par l’exercice de la raison, de la science, de l’éducation et du droit, où l’individu était le centre. La quête chrétienne de sainteté par l’ascétisme et la grâce a été remplacée par la notion moderne d’un perfectionnement par le travail sur soi. C’est cette émancipation de l’individu qui a permis le renversement des monarchies, qui accompagne les grands idéaux républicains de Liberté, d’Égalité, de Fraternité.

Sans individus, assemblés et raisonnables, fondant sur le droit et construisant la volonté générale : pas de citoyenneté, pas de République, au sens moderne du terme. Ce projet républicain est et reste une utopie qui, bien sûr, n’est pas parvenu à son terme. On pourrait même dire que notre République actuelle, qui se dégrade de gouvernement en gouvernement, n’en est qu’une étape grossière. Avec Narcisse en Panurge, les idéaux républicains sont pervertis, et la politique dégénère en une lutte égotique.

Peut-être, avons-nous un peu trop vite dédaigné cette vision, cette philosophie des « Lumières », dont l’ambition était de construire des individus responsables, autonomes, réalistes… des « je » pour faire un « nous » ensemble, solidaire ou encore un « nous » composé de « je ». L’ensemble pour améliorer la condition humaine, l’orienter vers le mieux-être, vers la Liberté.

Ce passé possède surtout un avenir. Car c’est bien ce dont il s’agit.

En ce début de XXI° siècle, avec Narcisse et Panurge, tels que décrits ci-dessus, la politique dégénère en une lutte, non pour le changement de la société, mais pour la réalisation de soi = Narcisse, ou la protection pour soi = Panurge. Des dislocations redoutables menacent nos sociétés. Si nous n’y prenons pas garde nous allons vers la dilution, voire l’extinction de la philosophie des « Lumières ».

Aux XIX° et XX° siècles, lors des deux premières révolutions industrielles, nous avons vu des individus encore imprégnés des grands idéaux collectifs qui portaient un vif intérêt pour la chose publique.

Jadis, il existait une appétence pour le bonheur partagé.

Jadis, chacun savait que son sort personnel dépendait du sort commun.

Si, en ce qui me concerne et en toute modestie, je ne suis pas  à même de vous apporter « LA solution », je vous propose cependant de réfléchir, en tant qu’individu, au lien très fort qui existe entre bonheur individuel et bonheur collectif… but de toute société humaniste. Lien que dans nos sociétés modernes Narcisse et Panurge ont brisé. Retrouver ce lien serait peut-être la première pierre à amener pour élaborer un début de solution… Comme aurait dit Confucius « Celui qui déplace la montagne est celui qui commence par enlever les petites pierres ».

D’autres civilisations ont relié bonheur individuel au bonheur collectif.

Pour les Grecs anciens, il n’était pas concevable qu’on puisse être heureux sans participer de manière active au bien de la cité.

Les Stoïciens liaient le bonheur du sage à son engagement, à son civisme. Par là, il participe au maintien de l’ordre du monde.

Le bonheur individuel prôné par Platon, Aristote, Confucius ou Bouddha ne se conçoit que dans une vision holistique où l’individu n’est pas séparé du groupe, de la cité, de la communauté.

Nous devons comprendre que le bonheur ne dépend pas des biens matériels que nous pouvons avoir, mais de la qualité des relations que nous entretenons avec les autres…

Dans notre monde qui se révèle de plus en plus limité, de plus en plus contraint où des défis considérables nous attendent, je me propose d’en inverser symboliquement les termes de notre trilogie républicaine, je veux dire passer de Liberté, Égalité, Fraternité à Fraternité, Égalité, Liberté.

La Fraternité permet la reconstruction de liens à tricoter  ensemble, de créer une dynamique entre nous… pour construire le passage du « je » au  « nous », ce « nous » qui nous précède et nous suivra… Dialogue interindividuel qui nous amène à regarder hier pour construire demain ; liens interindividuels qui se construisent à la fois dans l’espace et dans le temps. Peut-être une forme de spiritualité laïque !

Ce serait la meilleure façon de réinventer la politique.

Sans Fraternité, pas de communauté de destin voulue, assumée. Nous devons retrouver ce « nous » chaleureux d’une fraternité humaine entre inconnus. Bien différent de l’émotion facile qui se manifeste lors des bouffées d’émotions collectives, liées aux peurs, aux catastrophes ou aux grands moments de sport. Ici, le « on » anonyme, et dévoreur de sens critique n’est pas loin.

Régis DEBRAY affirme que la Fraternité ne se décrète pas mais se découvre dans les situations de grand danger. C’est peut-être le cas aujourd’hui. Il évoque la Fraternité d’armes et de combat, un combat collectif et surement pas solitaire, car s’il n’y a plus rien de commun, c’est la guerre de tous contre tous.

Travaillons pour une société meilleure et plus éclairée… Plus éclairée ? N’est-ce pas l’idée de raviver les Lumières, d’apporter notre vision du bien commun dans la société ?

 

Oncle JEF

oncle11@gmail.com

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Bon dieu, mais c’est bien sûr !!!

Pour les plus anciens, cette phrase évoquera surement le populaire commissaire Antoine BOURREL dans la série télévisée « Les cinq dernières minutes ».

Pendant cet été chaud, c’est un peu ce qui m’est arrivé en écoutant Bernard STIEGLER, dont je vous recommande l’écoute sur You tube ou la lecture de ses nombreux ouvrages. Il a cité cette phrase au détour d’une explication : « Marx analysait la baisse tendancielle du taux de profit du capital, laquelle devrait, selon lui, amener le capitalisme à sa fin »…

Je ne suis pas marxiste, je n’ai pas lu le fameux livre sur le capital de Marx, ce qui est peut-être un tort, mais la baisse tendancielle du taux de profit suspectée d’amener le capitalisme à sa fin. Ça m’intéresse !

Je mène alors ma réflexion avec les éléments dont je dispose. Me reviennent en tête mes cours sur la gestion d’entreprise dont j’avais retenu, entre autres, l’importance de la nécessaire marge d’autofinancement afin d’assurer la pérennité de l’entreprise.

            À ma façon d’autodidacte, je vais essayer d’expliquer cela. Prenez une entreprise locale qui vend des objets fabriqués par elle. Le marché local permet à celle-ci de vivre de son activité, de payer ses fournisseurs, ses salariés, ses cotisations sociales, de réaliser l’autofinancement de ses investissements et ainsi de prévoir son évolution… Tout baigne !

Arrive un concurrent qui s’installe à proximité… Pour prendre une partie du marché, il  lui faut tout d’abord disposer d’un capital, puis obtenir des financements, pour investir dans des machines, embaucher du personnel et commencer à produire des objets… si possible  l’ensemble pour moins cher que le concurrent d’en face… Et pour cela, il lui faut choisir de « jouer » avec ces 3 éléments : rogner sur sa marge OU payer moins son personnel OU disposer des machines plus productives, etc.

Bref, essayer de PRODUIRE MOINS CHER que MOINS CHER… OU, alors trouver un concept original, créatif, lequel pourra créer un avantage concurrentiel momentané comme, par exemple, appliquer des techniques de marchandisation publicitaire ou des techniques de gestion plus « performantes », quelquefois au détriment des salariés, par exemple comme l’était au début du 20ème siècle le taylorisme.

En tout état de cause et malgré tous les efforts réels et/ou supposés de chacun, dans cette entreprise, le taux de profit du capital investit va, de toute façon, baisser à terme ! Une situation porteuse de tensions avec les fournisseurs, de conflits avec les salariés, de rapports tendus avec les organismes sociaux… Tout cela afin d’appliquer la règle de base de commerce : ACHETER le moins cher POSSIBLE et vendre le plus cher POSSIBLE… Afin d’augmenter le taux de profit, encore et toujours…  

Heureusement, dans l’histoire de nos sociétés dites « développées », nous avons connu des découvertes scientifiques qui ont jalonné les deux révolutions industrielles, la première basée sur le charbon et la vapeur, la seconde sur l’électricité et l’automatisation. Elles ont permis de PRODUIRE de PLUS en PLUS avec si possible MOINS en MOINS de personnes afin d’augmenter le taux de profit, toujours…

Bon dieu, mais c’est bien sûr !!!

C’est ainsi sur ces bases, plus ou moins depuis cinq siècles, et particulièrement pendant les deux derniers, que s’est développée l’augmentation continuelle de la marchandisation autour du monde avec constamment des crises, systémiques, répétitives lors desquelles des combats politiques, économiques ont été souvent violents… Rappelons-nous les révolutions (1789, 1848, 1870, le communisme, etc.), des guerres (particulièrement les deux guerres mondiales, mais pas que !), des guerres coloniales multiples (orchestrées notamment par les pays européens qui ont utilisé largement les matières premières de ces pays [or, argent, etc.] ou d’êtres humains [esclavage, immigration])… Ceci cumulé avec le brassage continuel les initiatives scientifiques ou d’organisation du travail dont le but, immédiat ou pas, était toujours l’amélioration des taux de profit… C’est la raison pour laquelle tous les dirigeants, quelque soit leur positionnement social (aristocrates, bourgeois,  entrepreneurs, « managers »), ont essayé et essayeront constamment de limiter toute participation des employés à la gestion des entreprise, au partage équitable des profits, sauf dans l’entreprenariat social où les choses semblent se passer un peu différemment.

Comme pour purger le système, il y eut de nombreuses crises et autres « éclatements de bulles financières » (1929, 1993, 2008), mais aussi des accords financiers censés y remédier (Bretton Woods, les accords de l’OMC, les plans d’austérité européens, etc.) mais dont le but premier était la lutte contre la baisse tendancielle du taux de profit du capitalisme.

Bon dieu, mais c’est bien sûr !!!

Justement, en 1971, au moment où les néoconservateurs anglo-saxons ont rompu unilatéralement les accords de Bretton Woods, il est devenu possible de « fabriquer » de l’argent sans retenue !!! D’autant plus que la création de l’argent a été concédée par les États à des entreprises privées : les banques. C’est ainsi que l’argent a exercé rapidement, un pouvoir prépondérant sur la politique les États afin d’augmenter le taux de profit ; au prix de l’endettement des Etats, (privatisation des bénéfices et socialisation des pertes). Aujourd’hui, c’est donc la finance qui se nourrit des efforts de la société : c’est la financiarisation qui consiste à « faire de l’argent avec de l’argent ».

La mondialisation et globalisation des entreprises va permettre de passer à la vitesse supérieure en dé-corrélant le capitalisme de production du capitalisme financier. Les entreprises globalisées considérant que la gestion du personnel productif « trop protégé » coûte trop cher en salaires et « charges », vont alors trouver de nombreuses opportunités pour conserver leur marge, voire les augmenter par des délocalisations ou encore par des sorties des systèmes de redistribution en créant des paradis fiscaux… Toujours pour lutter contre la baisse tendancielle du taux de profit.

Bon dieu, mais c’est bien sûr !!!  

C’est ainsi que nous avons l’explication de l’évolution de ces 30 dernières années du partage de la plus-value dans le PIB ! D’après un rapport sur l’emploi publié par la Commission Européenne, les revenus du travail dans la richesse nationale sont passés de 69,9% en 1975 à 57,8% en 2008, soit moins 12% ! Autrement dit, si l’on considère un PIB français de 2200 milliards, c’est 260 milliards d’euros par an qui ne sont plus redistribués en pouvoir d’achat, cotisations sociales et fiscales. Par l’augmentation proportionnelle des revenus du capital dans le PIB, il s’agit bien d’augmenter les taux de profit des entreprises !

Bon dieu, mais c’est bien sûr !!!

On comprend pourquoi, dans ces conditions, les salaires ne sont plus qu’un coût de production que l’entreprise doit comprimer autant que possible, au risque de rendre, à terme, problématique l’existence même des « salariés-consommateurs ». En conséquence, un formidable effet de ciseau : la baisse des coûts salariaux alors que la productivité croit ! Tel est le résultat de ce libre-échange forcené réputé lutter contre la baisse tendancielle du taux de profit…

Mais que trouve-t-on au bout du chemin ?…Cette réduction des coûts salariaux, orchestrée quelquefois avec des plans sociaux, compresse aussi la demande …

Mais que trouve-t-on au bout du chemin…  Le chantage à la réduction des dettes publiques par des politiques d’austérité qui a pour objectif de réduire les moyens et le pouvoir des États face à la finance, donc de réduire la politique sociale, augmenter les taxes et impôts, etc.

Ainsi moins de financements, moins de redistribution fiscale, moins de coûts de salaires, moins de protection sociale : telle serait la voie tracée par nos politiciens libéraux au service de la finance.

Moins d’Etat, moins de fonctionnaires, réduction d’effectifs  est le choix actuel !

En conséquence, moins de soins, d’éducation, de justice… et des conditions de vie plus dures pour les plus humbles. Croissance du chômage : exclusion pour les uns, enrichissement pour les autres, lesquels refusent de prendre leurs responsabilités sociales, citoyennes, fiscales et préfèrent mettre leurs bénéfices dans des paradis fiscaux face à des États endettés par des systèmes de redistribution qu’ils tentent de réduire à minima.

Une véritable spirale infernale ! Perte du sens de notre aventure humaine… Un vrai jeu de massacre !… Comparable au tonneau des Danaïdes : vous savez ces jeunes filles condamnées pour l’éternité à remplir un tonneau percé. On pourrait également évoquer Sisyphe ou encore les Shadocks. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de colmater les brèches afin de continuer à remplir ce tonneau des Danaïdes, nous savons que notre développement tel que conçu par la globalisation, n’est plus possible, tellement il est destructeur de notre environnement, voire tout simplement de la vie sur Terre des êtres humains.

Acte d’accusation :

Ainsi, nous constatons que la baisse tendancielle du taux de profit du capital limite les marges des entreprises, ce qui génère non seulement des conflits entre les entreprises et les salariés, mais provoque des crises économiques, puis politiques (car ce qui légitimait le rôle de l’Etat : les services publics, les organismes sociaux, etc. auront de plus en plus de mal à se financer). Ces dernières années ce travail de sape de l’Etat par la finance s’est organisé avec la complicité, ou la démission, des pouvoirs politiques néolibéraux face à la financiarisation et la globalisation…

Depuis plusieurs dizaines années nous avons amorcé la fin du modèle fordo-kénésien, né de l’alliance entre la technologie et la finance… gain de temps, de productivité donc de rentabilité, l’ensemble nourrissant l’ensemble de la société. Aujourd’hui, nous voyons le système capitaliste arriver dans des zones limites… Et un ensemble de phénomènes qui s’accélèrent d’une façon exponentielle, le  capitalisme ne pourra plus continuer car la baisse tendancielle du taux de profit du capital est devenue inéluctable. 

Aujourd’hui nous arrivons à la limite du processus de croissance infinie qui fonde le système libéral qui nous ronge ! Nous découvrons bien tard que notre monde est désormais limité… que notre biosphère n’en peut plus ! Au point que la vie de l’humanité sur notre Terre est remise en question. Cette situation était non seulement prévisible, contrairement aux déclarations de certains commentateurs ou élus, mais attendue depuis longtemps par beaucoup d’observateurs lucides… Seule l’échéance était inconnue !

Que faire ?  

Est-il raisonnable de continuer dans de telles logiques ? Faut-il maîtriser ou laisser-faire ? S’accommoder à l’ordre existant ? Se replier ou combattre ou encore accompagner ?                                                                                                     Ferons-nous comme nous l’avons déjà fait au cours de notre histoire en laissant les choses se déliter jusqu’à l’explosion ?

L’entêtement dans la poursuite de ce système néolibéral, globalisé, financiarisé est tel qu’on peut se demander si le néolibéralisme, n’est pas une utopie symétrique du communisme, image renversée de l’erreur. Beaucoup de gens pensent aujourd’hui qu’il faut dépasser ce capitalisme mortifère, qui compromet la survie de l’humanité…

Mais  comment ? Et par quoi ?

Le prochain modèle reste à inventer.

Vraisemblablement par la mutation progressive du capitalisme vers une société plus responsable, plus juste, plus écologique…Intuitivement nous savons que si, aujourd’hui, nous ne partageons nos richesses, nos connaissances, demain, la majorité des personnes qui habitent notre planète seront dans une situation misérable, alors nous partagerons nos malheurs…                                                                                                                                                                  Le combat perdu d’avance est celui que l’on ne mène pas !

Oncle Jef

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Réunir la gauche anti-libérale ?

            Lors de ma dernière chronique j’ai évoqué la manipulation politique qui a permis à E. Macron de devenir notre Président de la République.

Alors, une élection pour rien ? Sans aller jusque là, on peut logiquement se demander jusqu’où se maintiendra l’illusion ?

               Mes craintes tiennent en quelques points :

– Le parcours d’E. Macron, comme son orientation politique, est maintenant connu de beaucoup : il vient de la haute administration publique en lien avec les milieux financiers, l’ensemble créant le noyau dur du système d’inspiration néolibérale, soutenu par la grande majorité des médias. Ces derniers ont passé leur temps à nous faire penser le vote Macron comme la seule alternative à l’extrême droite. Or, après analyse, il s’avère qu’une fois de plus le « FN » est utilisé comme un instrument de manipulation. Cette fois c’est le mouvement de Macron  qui recourt à ce vieux stratagème ! Ainsi les néolibéraux de la France en Marche pourront asseoir le pouvoir de Macron en lui fournissant une majorité aussi absolue qu’écrasante en présentant le « FN » comme un repoussoir. Mais une telle manipulation ne fait que conforter le FN en tant qu’alternative déterminée et permanente ce qui l’aide à  continuer à surfer sur l’insatisfaction, les peurs qu’entraînera la politique d’austérité projetée par Macron pour rendre la France « compétitive » ! Dans un terme plus ou moins proche ce cocktail est explosif !

            – La constitution de notre V° République permet à notre nouveau Président, disposant d’une majorité absolue d’exercer un pouvoir monarchique présidentiel, avec une chambre composée de députés inexpérimentés, eux-mêmes, noyautés par de « vieux briscards » venus plus ou moins du PS comme l’ex-UMP… Ainsi avec l’aide de la haute administration dominante formatée aux mêmes écoles et inspirations de notre nouveau Président, celui-ci aura le champ libre pour appliquer sa politique néolibérale qu’une majorité de citoyens a rejeté, d’une façon ou d’une autre, lors des derniers scrutins. Le législatif sera subordonné à l’exécutif. Inquiétant, non ?

            – La fragilité de la base électorale d’E. Macron dès le premier tour des élections présidentielles avec 24 % des votants et 18% des inscrits, même avec une élection à 66% de votes où se mêlait le vote « anti-FN » (43%), le vote pour un renouvellement politique (33%), seuls 16 % ont voté pour le programme de Macron, 8% ont voté pour la personnalité de Macron. 25 % d’abstention représentant un record historique d’abstention. Résultat : 61 % des Français ne souhaitent pas lui donner une majorité. Tout ceci s’est confirmé au deuxième tour nous avons une abstention historique… qui permet de gouverner avec une majorité absolue avec le votre favorable de 15% des inscrits… Et moins de 13% des personnes en âge de voter !

            – la France est en miettes. Coupée en 2, 3, 4 ? L’Est d’un côté, l’Ouest de l’autre ? La France des villes et celle des champs ? La France qui a les moyens et celle qui n’a a pas ? La France des exposés et celle des protégés ? Sans oublier la rupture en les citoyens et les élus. Les ruptures sont là, prêtes à ressurgir au premier obstacle !

            Qui nous parlait de renouveler la vie politique ? J’ai pour ma part, le sentiment d’un conformisme inégalé depuis longtemps…

              Les organisateurs de cette sinistre comédie n’ont, je pense, pas compris, ou ne veulent pas comprendre que cette élection n’a pas réglé les problèmes de fond. Ils diront qu’ils ont triomphé « démocratiquement ». Leur erreur sera de le croire eux-mêmes. On peut compter sur l’arrogance du Président « jupitérien » E. Macron pour s’en aveugler aussi : l’histoire montre qu’il a des prédécesseurs dont l’aveuglement fini par détruire leur pays.

               Dans ce domaine, la comparaison est tentante entre Bonaparte, et le coup d’État du 18 brumaire, et E. Macron, porté au pouvoir par une manipulation (voire ma chronique sur le Clairon du mois dernier)

L’opération Bonaparte, comme celle de Macron, a été mise en place par des forces politiques (banquiers), économiques et médiatiques qui ont trouvé leurs intérêts, aujourd’hui la financiarisation.

L’opération Bonaparte, comme celle de Macron, a été organisée par des politiques « modérés » issus de la gauche comme de la droite, ces derniers bien décidés d’assurer le règne de la nouvelle bourgeoisie, aujourd’hui néolibéralisme.

L’opération Bonaparte, comme celle de Macron, a été portée par une campagne d’opinion dénonçant la menace de l’anarchie et les dangers « extrémistes », royalistes et néojacobins, aujourd’hui le « FN » et la « France Insoumise ».

Espérons simplement que Bonaparte-Macron, le président « jupitérien » n’aura pas l’idée de devenir l’empereur Napoléon.

Tout ceci est tout simplement sidérant !

Les réveils risquent pour d’être cauchemardesques…

Venons-en à la question de la gauche aujourd’hui.

          Comme l’ex-UMP, le PS a dominé le paysage politique depuis plus de 30 ans. L’un comme l’autre sont usés. Particulièrement, on peut se poser la question : pourquoi ce vide sidéral impressionnant au PS ? Le PS et l’ex-UMP ne savent plus parler à la population, ils sont décrédibilisés.

            Une recomposition politique est inévitable…

À droite, il me semble que la recomposition se réalisera entre une droite conservatrice allant des anciens « Fillonistes » aux « lepénistes tendance Philippot ».

À gauche, où je me sens plus concerné, on a vu les appels à « l’union de la gauche » se multiplier. Or, comme dans toute histoire de famille, il faut que certaines choses soient dites.

           Tout d’abord, il serait bien que le PS reconnaisse ses responsabilités dans la situation d’aujourd’hui en se posant la question : pourquoi sort-il laminé du quinquennat de François Hollande tout en ayant créé E. Macron ? La réponse amènerait déjà une bonne partie de la solution… À condition d’en tirer les conséquences. Ce qu’auraient du faire les « frondeurs », dont faisait partie B. Hamon… Particulièrement, au moment où suite à de nombreuses trahisons sur la place publique, le PS a perdu le peu de crédibilité qu’il lui restait. A ce moment où Hamon aurait du « tuer le PS » en rejoignant Mélenchon, lequel aurait été présent au 2° tour… Je reconnais cette position particulièrement difficile pour les derniers militants sincères et respectables : difficile d’admettre jusqu’à quel point ils ont été floués par leurs dirigeants… et que la « gauche » a été trahie.

          Ainsi nous aurions peut-être évité le « bashing » continuel de Mélenchon comme  l’attitude caricaturale de Cazeneuve lors de la campagne des législatives… illustrée aussi par l’attitude ambiguë de certains « socialistes » face au nouveau Président.

          Je voudrais simplement faire remarquer au passage, beaucoup de critiques sur la personnalité et bien plus rarement sur le programme la « France Insoumise ». C’est un peu tard qu’on a commencé à entendre Hamon, Filoche et d’autres, dire qu’il faut soutenir les candidats de « France Insoumise »… Espérons !

          Venons-en à JL Mélenchon. Ce dernier semble, en effet, avoir un caractère bien trempé ou un ego important qui, par ailleurs, me semble nécessaire pour réussir dans ce milieu politicien. Je souhaiterai que le PS reconnaisse son cheminement intellectuel, philosophiquement respectable. Républicain, laïque, social, il a compris toutes les ambiguïtés du PS, pour le quitter en 2008 après d’autres qui luttaient contre cette  dérive sociale-libérale. JL Mélenchon a continué son cheminement humaniste en y ajoutant une sensibilité écologique, ainsi qu’un projet de gouvernance plus participative. C’est sur ce travail approfondi, réunissant une équipe de plus en plus étoffée, que s’est construit un véritable projet collectif d’une société plus juste et plus démocratique. Projet qu’il a su porter avec le talent d’orateur que tout le monde lui reconnaît. Ce que nous avons vu tout au long de ses meetings en invitant, exhortant les citoyens à reprendre en main leur destinée politique commune, c’était une véritable action d’éducation populaire et citoyenne.

          C’est ainsi que JL Mélenchon, par sa cohérence personnelle, celle de sa pensée, sa connaissance importante de la politique et de l’histoire, sa formation intellectuelle et le ton de son discours passionné a pu porter le projet de la « France  insoumise ». Rajoutons qu’il est un des seuls hommes politiques à ne pas se laisser embobiner par les techniques journalistiques de manipulation, courantes dans ce milieu… Alors, quoi de plus facile de dire : il a « mauvais caractère » !

       Dans ce contexte actuel, il devient primordial de réfléchir à la nécessaire et urgente réunion de la gauche anti-libérale pour peser au niveau national ou/et local.

Pour cela nous n’échapperons pas à la question : la gauche, c’est quoi ?

Pour retrouver ses fondamentaux, la gauche doit se poser des questions sur :

– l’organisation sociale du pays, des conséquences des innovations de l’industrie   numérique très nombreuses et déterminantes pour notre advenir immédiat ;

– l’OTAN, l’UE, l’ONU, les accords internationaux ;

– la financiarisation de l’économie globalisée ;

– la règle verte qui consiste à ne pas prendre à la Terre plus qu’elle ne produit et de ses conséquences sur notre planète ;

– le droit pour chacun de disposer de sa vie face à la naissance (droit à l’avortement) ou à la mort (droit au suicide assisté) ;

– le droit à la révocation des élus par ceux qui les ont mandatés ;

 – le passage à une VI° République, etc.

         Voici ce que sont les réels enjeux, dans ce moment de notre histoire où l’humanité s’engage dans une nouvelle ère, inconnue, avec des enjeux environnementaux inquiétants, des avancées technologiques porteuses de bouleversements imprévisibles, le risque de voir notre société s’écrouler sur elle-même dans une atonie généralisée ; questions  génératrices d’angoisse, de peur, de repli sur soi, d’exclusion de l’autre… auxquelles le FN répond en prônant la xénophobie, voire le racisme…

            Tout ceci devrait entraîner des débats sur lesquels nous pourrions « faire République » ensemble… Tout d’abord localement en créant une dynamique avec peut-être des projets communs. C’est, à mon avis, la meilleure façon de « tricoter » ensemble, de se connaître, de se constituer une légitimité.

            Je l’ai écrit déjà dans ces colonnes.

           Il convient de constater qu’au moment où l’engagement dans les partis politiques est en berne, contrairement à ce que l’on entend souvent, de plus en plus de personnes ont envie de travailler pour le bien commun, la société civile n’a jamais représenté autant de connaissances, de compétences, de savoirs faire.

       C’est autour de ces « envies d’agir » qu’il faut reconstruire la citoyenneté, reconstruire une véritable d’Éducation Populaire et Citoyenne : permettre aux citoyens d’acquérir les outils d’analyse, la possibilité de s’initier à telle ou telle idée ou philosophie de manière à ne pas succomber aux manipulations médiatiques, numériques qui créent des peurs et des illusions les plus diverses…

Ainsi se créerait une dynamique locale qui permettrait de prouver que l’union des gauches est possible… Un exemple pour nos leaders nationaux.

Chiche !

Oncle JEF

Onclejef11@gmail.com

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L’homme neuf aux vieux habits

         En préambule, je tiens à dire que cette chronique n’est pas particulièrement à charge. Toutes les « écuries politiques » échafaudent des stratégies, construisent des manipulations, diffusent des rumeurs qui peuvent se révéler gagnantes ou perdantes. Toutefois, la manipulation que nous venons de vivre à l’occasion de ces élections présidentielles a été d’une particulière efficacité…pour l’élection du candidat Macron, mais après ?  

            Nous avons tous remarqué l’accueil très « paternel » de François Hollande envers Emmanuel Macron lors de la cérémonie du 8 mai à l’arc de triomphe… une « certaine complicité » lors du passage de pouvoir. Si certains se sont posés des questions, pour moi les masques sont clairement tombés ! Le vainqueur des élections serait-il en complicité avec l’impopulaire Président sortant, tellement impopulaire qu’il n’a pu se représenter pour d’un deuxième mandat ?

            Qu’en est-il exactement ?

            Pour comprendre cela, nous devons considérer le microcosme autour de F. Hollande constitué de JP Jouyet, J. Attali, A. Minc que l’on pourrait facilement élargir à quelques personnalités politiques, tous au service de la cause néolibérale, atlantiste et européiste, allant de Cohn-Bendit à Bayrou en passant par certains caciques du PS, sans oublier nos 10 milliardaires (Bouygues, Xavier Niel, Dassault, Bernard Arnault, Bolloré, Pierre Bergé, Patrick Drahi, François Pinault, Matthieu Pigasse et Lagardère) possédant 90% de la presse… qui font la pluie et le beau temps au service exclusif du pouvoir qui leur est favorable. Tout ce microcosme se tient près des structures de l’État, composé de hauts fonctionnaires, d’hommes politiques, d’élus et de journalistes, d’experts autant véritables mercenaires du néolibéralisme qui créé tant de misère à notre pays comme à d’autres.

Tous ont compris que la politique engagée, qualifiée de social-démocrate, puis social-libérale risquait de ne pas continuer si F. Hollande n’était pas  réélu. Il fallait donc mettre un autre « fer au feu ». Celui-ci vient de loin.

  1. Macron, présenté tout d’abord comme philosophe (!) est diplômé de Sciences Po, de l’ÉNA et inspecteur des finances. Il a fait un passage dans la banque où il a réalisé quelques affaires. Physiquement, il présente le profil du gendre, du fils ou du frère idéal.

C’est J. Attali qui a découvert E. Macron comme membre de sa commission « Pour la libération de la croissance française » sous le quinquennat de Sarkozy. E. Macron en a largement profité pour se constituer un bon carnet d’adresses dans le microcosme parisien avec des responsables les plus divers d’instituts, de représentations syndicales, de milieux boursiers, de présidents d’entreprises, d’avocats d’affaires : le noyau dur du système que sanctionne son  appartenance au club « Le Siècle ».

Puis, le jeune banquier-énarque a été porté au cœur de l’appareil d’État par le microcosme de la « Hollandie », particulièrement JP Jouyet, qui le propose en 2012, au poste de secrétaire général adjoint de l’Élysée.

En 2014, il est nommé au poste de ministre de l’Économie où le jeune prodige, promeut par ses lois : le bus plutôt que le train, l’ouverture dominicale des commerces, la facilitation du travail de nuit, assouplit les règles de licenciement, hâte la privatisation d’aéroports régionaux.

De façon évidente, et malgré sa mise à l’écart par M. Valls, il est l’inspirateur de la loi El-Khomri. Cette dernière cumulée avec la déchéance de nationalité provoque une fissure au PS comme chez les sympathisants. La côte du Président Hollande ne cesse de baisser et l’inversion tant attendue de la courbe du chômage n’arrive pas… Beaucoup  commence à douter, certains conçoivent la fin politique probable de F. Hollande.

Il faut trouver un homme « neuf » !

La solution, c’est JP. Jouyet, le grand manipulateur, qui propose E. Macron. Hollande en doute d’abord mais finit par comprendre que le jeune banquier est le candidat idéal : moderne, au-dessus des partis, instruit aux méthodes dynamiques (entrepreneuriales) susceptibles de piloter le pays… Les médias complices le présentent comme un sauveur providentiel, éloigné des partis.

Au printemps 2016, E. Macron lance son mouvement « En Marche » (les initiales de Emmanuel Macron, ce qui devrait déjà alerter). Il mobilise tous les contacts accumulés à chaque étape de sa carrière. Pas mal pour une personne qui se présente comme un homme « hors système ». Puis il démissionne de son ministère d’une façon très contrôlée, très médiatisée en août 2016. E. Macron va se métamorphoser en évangéliste politique mais qui masque mal la trajectoire banale d’un technocrate dont l’entregent lui a permis de brûler les étapes.

Adhérent PS en 2010, qu’il a quitté depuis, il se présente comme un homme aux « idées larges ». Il ne serait ni de droite, ni de gauche et en même temps de droite et de gauche, ce qui ne manque pas de perturber, particulièrement quand aucune ligne ou orientation claire ne le distingue, si ce n’est de continuer ce qui existe, peut-être avec plus de détermination… Sa feuille de route : appliquer une politique européenne néolibérale et atlantiste en matérialisant une alliance gauche-droite, poursuivre la politique économique engagée et l’inscrire durablement dans l’avenir du pays en créant un grand parti démocrate et « progressiste », à l’issue des élections.

En fait, cet homme neuf est habillé de vieux habits !

Vient la primaire de droite qui laisse augurer une confrontation Sarkozy/Juppé… Mais les électeurs de la droite souhaitent élire un homme avec un programme de droite, un peu réactionnaire : Fillon… Pain béni pour E. Macron qui récupère une partie de l’électorat de la droite plus centriste, dite Juppéiste.

            Fin décembre 2016, F. Hollande décide de ne pas se représenter. Cela provoque, tardivement, la primaire du PS que l’on nomme abusivement « primaire de la gauche » en faisant participer quelques « faire-valoir » sans danger. JL Mélenchon, sentant le piège refuse de participer a cette primaire des socialistes, ce qui lui vaut les foudres des caciques du PS : populiste, extrémiste, diviseur de la gauche… À leur tour les médias passent leurs temps à l’ignorer, il aurait « mauvais caractère », ou à le dépeindre comme quelqu’un qui « faire peur », sentiment que les médias savent manipuler à merveille ! « Mélenchon c’est le communisme stalinien qui revient » ; « Mélenchon, c’est la confiscation de tous les biens des gens un peu aisés » ;  « Mélenchon, c’est la dictature sud-américaine, cubaine » ; « Mélenchon, c’est le partisan d’une politique à la TSYPRAS qui a fait la preuve de son échec total »…

De son côté E. Macron, au fait des fissures du PS,  décide de ne pas se présenter. Dans le vide sidéral programmatique du PS, B. Hamon, le « frondeur », construit alors un programme autour du revenu universel, de l’abolition de la loi El-Khomri qui permet aux militants socialistes d’exprimer leur désaccord avec la ligne sociale libérale conduite par l’Élysée. B. Hamon est élu, Valls éliminé… le courant libéral au PS est alors clairement identifié : il pourrait éventuellement venir en soutien d’En Marche assez rapidement.

Les caciques de la « Hollandie » ont vite compris qu’ Hamon, en essayant de raviver la flamme socialiste, va contenir JL. Mélenchon. De plus, le positionnement plus à gauche d’Hamon assure, progressivement et discrètement, de plus en plus de ralliements de l’aile droite du PS au mouvement « En Marche ». Le candidat Hamon sera ensuite trahi sur la place publique mais il, continue malgré tout une campagne laborieuse qui permettra ensuite l’élimination du candidat de la France Insoumise au premier tour de la Présidentielle. Ce que souhaitait la Hollandie.

Le scénario à gauche et au centre est donc réglé.

Il faut maintenant s’occuper des conservateurs : diminuer Fillon. Son exécution est donc décrétée rapidement. Sans perdre de temps, une « bonne âme » téléphone au Canard Enchainé. On connaît la suite. On peut penser que le microcosme « Hollandiste » était à la manœuvre. Les médias prennent la suite. Fillon perd toute crédibilité le mal est fait : il est déjà devenu inaudible ! Le peuple scandalisé s’est déjà retourné vers le candidat E. Macron, disposé à accueillir tous ces « déçus » de la droite républicaine.

Résumons : les socialistes et les «populistes » de gauche étant neutralisés, les conservateurs anesthésiés, une confrontation Le Pen / Macron constitue le meilleur scénario pour assurer la victoire de ce dernier.

Dans ce contexte, rien de plus simple. Depuis Mitterrand, les socialistes savent se servir du FN. Il faut dans un premier temps tout faire pour que Marine Le Pen atteigne des sommets en annonçant des sondages au plus haut, jusqu’à 30%, histoire de faire peur, en sachant que cela ne veut rien dire à plusieurs mois du vote. Les médias ont su se montrer très « gentils » avec elle avant le premier tour. En sachant qu’il faudra  diaboliser le FN, avec acharnement le moment venu, c’est-à-dire au moment du deuxième tour. Ainsi, E. Macron apparaîtra comme le seul rempart crédible au FN… Tout d’abord, on ressort, en temps utile, quelques affaires financières réelles et que l’on remet en avant… Puis, on agite fébrilement l’épouvantail « néo fasciste » ou « néo nazie », la candidate « populiste » du FN en pensant que tout le monde se « rabattra sur E. Macron » et le tour sera joué !

Dans ce contexte, mes amis me disent : « E. Macron est le seul à pouvoir s’opposer à M. Le Pen… ». Je leur réponds : « lutter contre les idées du FN ? Ce n’est pas agiter un chiffon rouge ou de pleurnicher sur la montée du lepénisme, comme on le fait depuis des années, mais de s’interroger sur les causes qui le produisent et surtout de proposer une alternative : appliquer une politique sociale, économique qui n’a pas été menée depuis fort longtemps. » Et je rajoute : « Si Macron est élu, il accentuera la politique de Hollande et nous aurons le FN au premier tour, la prochaine fois ».

Vient le 1° tour des élections présidentielles. 

Macron arrive en tête avec 24,01% des suffrages exprimés. M. Le Pen est seconde position avec 21,30%, soit un peu plus de 18 % des inscrits pour Macron et 16 % pour Le Pen. Est-ce une légitimité suffisante ? C’est une vraie question qui nous renvoie à la constitution inadaptée de la V° République.

Au passage, il est notable de remarquer le score de la France Insoumise de JL Mélenchon avec 19,58% des suffrages exprimés.

Le score des deux grands mouvements (PS et ex-UMP), qui ont dominé le paysage politique, dirigé la France depuis des décennies, totalisent, à eux deux, un peu plus de 25 % des votants : Fillon 20,01% ; Hamon 6,36%. Ne sachant plus comment parler à la population, ils sont usés, décrédibilisés.

Le premier finaliste est donné gagnant à 60/40 et au vu des déclarations au soir  du premier tour, le deuxième tour semble joué d’avance… E. Macron fête déjà sa victoire à la Rotonde.

Vient la campagne du 2° tour.

Le débat nécessaire projet contre projet, sur les risques écologiques, financiers, démocratiques qui minent, menacent notre société n’aura pas lieu. Pire, nous avons vu un débat caricatural au point de penser que M. Le Pen, comme jadis son père, n’avait pas très envie du pouvoir, mais souhaitait se cantonner à son rôle de gestion du « fonds de commerce familial » : dénoncer le système tout en profitant de lui… Une forme de complicité voulue ou inconsciente ?

Et puis, les options du FN sont très proches des idées neolibérales il lui était donc difficile d’argumenter dans le même sens qu' »Enmarche » sous peine de laisser  à penser qu’« En Marche » et le « FN » ne sont que les deux faces d’une même médaille, il n’y a qu’un pas que certains ont franchi.

Pour promouvoir un « oui » massif pour E. Macron, on nous a refait le coup de la diabolisation du FN, présenté comme un parti nazi ! Mais si le FN était un parti nazi, il aurait fallu l’interdire plutôt que l’utiliser en jouant sur la peur.

On n’hésite pas à tordre le bras à l’histoire. Quand B. Delanoé, et d’autres, affirment qu’Hitler avait été élu en 1933 alors que c’est le Chancelier Hindenbourg qui l’avait nommé chancelier le 30 janvier 1933… Hitler a ensuite utilisé des moyens illégaux pour asseoir sa dictature, Après avoir détruit la démocratie, en mars 1933. A la mort d’Hindenbourg meurt. Hitler, soutenu par les forces économiques du pays (et ce jusqu’en 1945 !) devient le Führer…

Le problème est plutôt que le FN de M. Le Pen n’est pas républicain au sens de la tradition française qui se fonde sur la déclaration française des droits de l’homme et du citoyen… La philosophie des Lumières.  Un débat sur cette question permettrait de recadrer les réels enjeux, sans avoir à agiter l’épouvantail du fascisme, mais aussi appliquer des politiques sociales, environnementales, culturelles pour répondre à ce néolibéralisme financiarisé que l’on veut nous imposer en mettant en débat un programme très approximatif  économique, d’immigration, de xénophobie afin de diminuer l’angoisse, les peurs sur lesquelles prospère le FN…

Au 2° tour, pas de surprise. E. Macron l’emporte avec 66,10% des suffrages  devant Le Pen 33,90%, avec une abstention historique de 25 %. Sans oublier les votes blancs ou nuls de plus de 4 millions de personnes soit 11,5% des votants.

Un sondage IPSOS révèle que les votes pour E. Macron se ventilent ainsi : 43 % ont voté pour faire barrage au FN, 33% ont voté pour le renouvellement politique, 16 % ont voté pour le programme de Macron, 8% ont voté pour la personnalité de Macron. De plus, 61 % des Français ne souhaitent pas lui donner une majorité.

Constatons aussi le meilleur score du FN de toute son histoire.

On peut dire encore une fois, et heureusement, que le « réflexe dit républicain » à fonctionné… Ce sera peut-être la dernière ! La crainte semble légitime de penser que la politique néolibérale d’E. Macron ne résoudra en rien la progression du FN qui sera encore plus fort aux prochaines élections puisque les causes des problèmes évoqués n’auront pas été traitées. En fait, on a posé un peu vite le vote E. Macron comme la seule alternative à l’extrême droite en oubliant qu’une majorité de personnes en France refuse le néolibéralisme, tandis qu’une minorité le promeut… La rupture est là.

Reconnaissons que la manipulation de l’opinion par le microcosme de la Hollandie a réussi.   Et, après ? On peut logiquement se demander jusqu’où se maintiendra l’illusion ? Les réveils risquent d’être cauchemardesques… Quant aux organisateurs de cette comédie, enfermés dans leur microcosme, ils ne comprennent pas, ou ne veulent pas comprendre que cette élection n’a pas réglé les problèmes de fond. Ils diront qu’ils ont triomphé « démocratiquement ». Leur erreur serait de le croire.

Vient le troisième tour, celui des élections législatives.

Ce sera, espérons-le, le moment de dresser un véritable barrage contre les deux maux de notre société, je veux dire « En Marche » avec son programme néolibéral, les ordonnances, voire le 49-3 et le « FN » qui continuera à surfer sur l’insatisfaction et les peurs qu’entraînera une telle politique.

Face à cela, une recomposition politique semble inévitable… Les soutiens du candidat « centriste » sont très fragiles… Prêts à trahir à la première tentative, les clivages politiques vont probablement ressortir très rapidement.

            Tels sont les enjeux, dans ce moment de notre histoire où notre civilisation s’engage dans un monde inconnu, face à des perspectives environnementales inquiétantes et des avancées technologiques porteuses de bouleversements imprévisibles. Tout cela générant l’angoisse, la peur, le repli sur soi, l’exclusion… Le risque du FN semble s’éloigner pour l’instant. C’est le moment d’essayer de réorienter cette politique. Dans les possibilités offertes par les institutions actuelles cela passe par le succès aux législatives d’une opposition démocrate à la politique libérale projetée par E. Macron. Cela aboutirait à une cohabitation contrôlant et limitant le projet d’« En Marche » d’affaiblissement de l’Etat solidaire, de poursuite de la politique d’austérité censée privilégier l’offre au détriment de la demande. On sait où cela mène : à une impasse économique qui produit beaucoup de souffrances sociales…

Oncle Jef

Onclejef11@gmail.com

 

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