Un poème face à la loi « contre les séparatismes »

Le texte poétique qui suit a été écrit par un étudiant strasbourgeois de 20 ans, Benjamin Soskin.
Il est une réponse à la loi dite « contre les séparatismes » qui vise à interdire tous les signes religieux ostentatoires, en particulier le voile. Les sénateurs ont ainsi voté il y a trois semaines de cela, l’interdiction du port du voile pour les mineurs dans l’espace public, pour les accompagnantes de sorties scolaires, ou pour les sportives dans des compétitions organisées par les fédérations.

Or, cette interdiction du foulard présente un paradoxe évident : en visant la libération et l’émancipation des femmes, elle risque de produire l’effet inverse en forçant leur retrait du monde sportif, et de la vie citoyenne. Partir du principe, à priori, que les femmes musulmanes éprouvent universellement un complexe d’infériorité est infondé, absurde et insultant, et va à l’encontre de l’émancipation. Dans ce débat, comme toujours, la parole des femmes concernées n’a été que trop peu entendue, et on veut nous faire entendre que c’est au nom de l’émancipation féminine et en vertu du féminisme qu’on interdit le voile….

Ce texte est celui d’un énervement face à l’irrespect adressé aux communautés musulmanes françaises, qui comptent des centaines de milliers de citoyen.e.s. Dans un monde en voie d’uniformisation, où les grandes firmes et les applications informatiques deviennent les principales maîtresses de pensée, on étouffe les diversités religieuses et culturelles. Les lois stigmatisantes, comme celle d’avril 2021 et les incessants débats télévisés abrutissants où on laisse en grande majorité s’exprimer des hommes non musulmans, blessent et laissent dans l’incompréhension et le désarroi. Nous, les jeunes, qui aimons la diversité et avons grandi avec elle, souhaitons fermement mettre un terme aux politiques qui cherchent à ce que les diversités citoyennes pensent et s’habillent de manière identique. Les politiques font erreur en pensant qu’interdire le foulard résoudra certaines problématiques…

Lena Waag pour le Clairon de l’Atax le 22/04/2021

 

UN TISSU DOUX SOUS UNE CAMERA DE MÉTAL

Tissu d’orient : photo Sophie Masini

Je vomis ces lois qui visent à arracher des bouts de tissus à des femmes de notre monde.
Les mêmes qui vendent des armes et violent aiment surement posséder du regard
Ces visages de femmes.
D’une part il y a ces hommes. Et puis, d’autre part, même des femmes, moralistes au triste sac à main en cuir de crocodile, ayant grandi dans les murs gris des métropoles pollués, se sentent futées à parler et à décréter sur les pratiques d’autres femmes.
Ils (car pour parler de ces femmes en accord avec ces hommes, piliers du patriarcat et du contrôle des corps, je ne vois pas la pertinence de l’écriture inclusive) bannissent l’esthétique des foulards et des ombres
La discrétion des traits, la douceur pudique des cheveux dormants, cachés, laissant la place à la conviction brûlante et bienveillante d’un regard
Regard de lutte contre une démocratie fasciste qui ne mesure pas ses mots, dont la nudité verbale puante reflète la volonté d’imposer la nudité intégrale des visages
Mais la nudité de ceux qui siègent là haut sans peser leurs mots
Déblatérant au nom de ceux qu’ils méprisent autant qu’ils méconnaissent
Est une nudité spirituelle, vacuité intense. Ils ne s’habillent d’aucunes couleurs vives, d’aucun chants, d’aucun rite car ils ne sont que des pions dociles et rigides en costumes
Assis sur les sièges rouges, grinçant d’une doctrine mortifère qu’ils suivent sans pleurer ni chanter
Ce sont les inhumains du moment, les nouveaux inhumains

Ils sont nus, ils s’en vantent, refusent qu’on se couvre d’horizons, de rêves et de traditions pour s’extraire de leur pensée unique qui déforeste.
Un foulard les dérange car ce foulard rappelle, à leur vacuité de ministres fiers qui déblatèrent sur les autres des mensonges d’ignorants, ce foulard rappelle…
…que certain.e.s puisent leurs mots d’une intériorité resplendissante issue de racines orientales ou méridionales
Ils ont peur des âmes
Du haut de leurs tristes vies
Ils font la guerre aux bouts de tissus
Mais leurs visages n’expriment rien de plus que des vi-trines
Ils sont fiers à la télé de montrer leur visages, visages de ceux qui contrôlent et fichent et dé-couvrent ceux des autres,
Ils sont fiers de montrer leurs visages mais comme des vitrines, ces visages sont translucides, et on ne perçoit à travers que pulsions et consommation,
Ils sont fiers de montrer leurs visages de diffamateurs ignorants et de de diviseurs de gens, mais leur visages n’expriment rien.

Fades
Fades pions sans amour ni rêve ni connaissance profonde, au pouvoir
Fades, et ils se ressemblent par leur extrême fadeur
Leurs mots : vides ou aseptisés comme leurs visages-vitrines lavés au détergent.
Mais les liens s’entremêlent, les âmes fleuries se parlent et même s’ils déforestent, les racines renaissent

Parfois autre part
En chansons, mélodies
En regards, en tendresses colorées
En foulards aux tissus doux qui s’entremêlent et s’embrassent sous une caméra métallique

Benjamin Soskin

 

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2 commentaires

Magnifique… MERCI !

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burger Catherine

J’ai aimé ce poème-récit d’où sourd une juste et forte colère, écrit avec des mots très personnels, non galvaudés comme dans la plupart des écrits sur le sujet.
Il est entré en résonance forte après une 2ème lecture ; donc je recommande de le relire, une fois, deux fois

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