Un texte de David Wicker

Le Clairon de l’Atax a le très grand plaisir de vous présenter un très beau texte de David Wicker, il y est question de ce qui fait source, de ce qui anime la vie « pneuma » chez les ancien grecs, anima en latin ; et si on disait amour ?

 

Instant après instant, chaque chose que tu touches, chaque être sur lequel tu poses le regard, chaque âme que tu frôles, chaque pensée que tu laisses émaner… Tout ceci est le passage… 
L’ultime clé de co-création : l’instant… 

Photo David Wicker

« Le feu crépite ici, le feu anéantit là-bas.
L’enfance rit ici, l’enfance meurt là-bas.

Choisir entre la peur et l’émerveillement, malgré tout, en dépit de…

Il n’est plus question de savoir si les hommes sont devenus fous. Il n’est plus question d’hypothèses douteuses ou de peut-être édulcorés. La question est : pouvons-nous encore projeter nos vies dans l’avenir. 
Chaque jour, une réalité tonitruante semble donner la réponse.
Oui, j’ai peur parfois que ce monde implose, que de la folie nous passions à la démence et que nous ne puissions plus respirer, croire ou pire : aimer.

Les pyromanes de l’espoir parviendront-ils à consumer les dernières forêts de confiances ?

C’est de la mort dont il s’agit, de l’extinction, d’une fin annoncée proche. 
Suis-je prêt à combattre, à détruire, à accélérer la chute ?

Non… Pas aujourd’hui…

Et pourtant…

Peut-être faudrait-il prendre les armes et assassiner les assassins ? 
Peut-être faudrait-il étouffer ceux qui asphyxient ? Peut-être faudrait-il noyer ceux qui font chavirer le vivant ?

Juste là, mon enfant chante et sourit, comme chaque jour. Lui aussi comme nous tous est peut-être condamné, et malgré tout il chante. Nous pourrions prétexter son manque de conscience. Je préfère quant à moi dire que justement il est pleinement conscience, présence et donc vivant. 

Alors qu’aujourd’hui un mot suffit pour amorcer une guerre dont l’issue serait commune, j’ouvre avec hâte la fenêtre pour respirer, pour goûter encore à la caresse de l’air frais de l’hiver. Pour me laisser encore observer par une nuit lunaire. Pour encore imaginer la danse mélodieuse et pharaonique de la Terre dans l’espace infini.

Le cœur bat. Tant que ce n’est pas fini, la pulsation permet, la pulsation invite. 

Alors non ami, ne te laisse pas étreindre par le désespoir, malgré que les vies, dans une avalanche d’oublis disparaissent.
Lance-toi à corps perdu dans la seule course qui vaille encore la peine : celle d’aimer.
Car oui, aujourd’hui est peut-être ton dernier jour. 
Si tu dois mourir demain, si tu dois mourir cette nuit, Aime. 
Il ne restera rien d’autre que cet amour que tu as su donner, et cette vie que tu as su rendre à la Vie.
Ne sois plus tiède voyageur, ni dans tes mots, ni dans tes gestes, ni dans tes pensées. Laisse se consumer ce qui ne sert pas le vivant. 
Lève-toi maintenant et aime…
N’oublie pas non plus de rire et  pense parfois à te rouler dans l’étoffe du temps »

Scellons de nous à nous une promesse envers la Terre : ne plus l’alourdir de nos pensées obscures… 

À bientôt.

David.

 

PS : Dix grenouilles sont en voyage. Où vont-elles ? Je n’en sais rien. Elles ont quitté leur mare, elles en cherchent une autre. Deux d’entre elles, jeunes, distraites, gambadent de ci, de là, dégringolent soudain au fond d’un trou caché dans l’ombre d’un buisson. Leurs compagnes se penchent au bord tandis que les deux, bondissantes, tentent de revenir au jour. Le trou est profond. Elles s’évertuent. Les autres, là-haut, se lamentent. Elles coassent : « pauvres enfants, vous n’y arriverez jamais, vos cuisses sont beaucoup trop maigres ! Vous êtes perdues, c’est ainsi. Résignez vous à votre sort. Nous allons chanter pour vos âmes le Profundis batracien. »  Elles entonnent l’hymne sacré. L’une des deux perdues cesse de s’obstiner. Elle s’effondre, le souffle rauque. Elle abandonne. Elle va mourir. Mais l’autre au contraire s’acharne, elle bondit, encore et encore, elle tente le tout pour le tout et parvient à s’accrocher au bord. Elle est sauvée, Alléluia. « Alors là, lui disent les autres, quelle obstination, quel courage ! Nous n’aurions jamais cru, vraiment, te revoir parmi nous vivante. » « Que dites-vous mes chères sœurs ? demande la miraculée. Je suis sourde, vous le savez bien, je n’entends rien. Mais j’ai bien compris à vous voir penchées là au-dessus du trou, que vous me donniez tout de vous, votre confiance, votre espoir. Vous avez décuplé mes forces. Sans vous, c’est sûr, j’aurais péri ! »

« Ce n’est pas l’autre qui régénère, qui rend parfois invincible, qui vous fait avaler l’élixir de vie, c’est l’amour, même supposé. »

Henri Gougaud

 

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Publié par La Rédaction du Clairon de l'Atax

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