C’est la guerrrrrreuh !

Car la guerre à Macron n’est qu’une bataille, un épisode mortifère d’une guerre qui se déroule depuis bien plus longtemps : la guerre du néolibéralisme contre les peuples.

Les 4 cavaliers de l’apocalypse, (de droite  à gauche) : la conquête, la guerre, la famine, la mort/épidémie.
Albrecht Dürer vers  1497 :   Estampe originale Petit Palais, musée des Beaux-arts de la Ville de Paris

C’est la guerre !
Le président Macron l’a dit. C’est le nouvel élément de langage, répété à satiété par ses ministres, petits canards en rangs d’oignons derrière le patron. Bravo les services de « com » de l’Elysée, ça vaut bien une récompense ! C’est la guerre ! Angéla la chef allemande et Boris le chef anglais, ont repris le slogan à leur tour !

 La guerre, c’est pratique, on peut tout se permettre ; c’est même à ça qu’on la reconnait. Mais quand on peut tout se permettre, immanquablement la démocratie en prend un coup. Un intérêt supérieur s’impose alors et les libertés individuelles doivent impérativement disparaître. Tout le monde doit s’unir pour servir l’effort de guerre : c’est l’union sacrée, la fusion des individus au sein d’une Nation qui ne connait plus la diversité ! La contradiction devient crime et le débat sabotage. L’intelligence collective s’évapore au profit de l’incantation au dépassement sacrificiel.

La guerre c’est le moment où les chefs peuvent enfin déployer leurs ailes. Il y a le grand chef : Führer, Duce, Conducator, Empereur, Président… Mais à l’ombre de leurs ailes naissent et grouillent toutes sortes de petits chefs qui s’arrogent les pouvoirs qu’ils peuvent, jusqu’à ma voisine, fraîchement élue au conseil municipal de mon village, qui me demande si j’ai sur moi mon « attestation de déplacement dérogatoire » pour promener mon chien et qui me complimente de l’avoir, tel un Blockenleiter ressurgi des années 1940/45. On ne critique aucun chef en temps de guerre : quelle que soit son importance, le chef à toujours raison.

La guerre, c’est bien : on ne réfléchit pas, on obéit, on exécute. Peu importe de savoir comment et pourquoi elle a commencé, à qui la faute et où elle va : ce n’est pas le moment de se disperser en spéculations fumeuses, ce serait aussi du sabotage. Ne pas participer sans réserve, c’est trahir ses concitoyens, leur porter préjudice, donc être un traitre qu’il faut punir durement pour éviter que « ça » ne se répande.

La guerre, c’est « disruptif » pour employer un mot cher au président Macron. C’est le moment où on casse la lente et complexe construction d’une société, d’une civilisation, pour y engouffrer de la barbarie et de la mort. La guerre serait-elle « naturelle », une sorte d’état latent de l’humanité, juste entrecoupé de courtes oasis de paix, ou alors au contraire, serait-elle une pathologie, un accident dans le cours fondamentalement irénique de l’humanité ? Philosophes puis polémologues en débattent encore.

La guerre se termine toujours mal pour tout le monde
Il y a le vaincu par mort ou épuisement et le vainqueur qui généralement ne vaut pas mieux.
L’issue des guerres est souvent fatale aux chefs : morts, déchus, chassés…tant pis pour eux ! Mais elle est aussi terrible pour les peuples : exsangues, clairsemés, ruinés, dispersés, fragiles, à la merci de nouveaux chefs qui leur veulent du bien, quand ce ne sont pas les anciens, recyclés dans une doucereuse hypocrisie.
Seul un petit nombre gagne, la guerre est une occasion exceptionnelle pour faire de l’argent : industriels, marchands, profiteurs de tout poil en ressortent gavés. Il suffit d’être cynique et se penser d’une autre essence, au dessus de la mêlée, pour n’éprouver ni remords ni compassion.

Mais de quoi la guerre à Macron est-elle le nom ?
L’ennemi serait, prétendent-ils, un virus de la famille des coronavirus, le Covid-19, fabriqué ou déclenché par l’homme : donc un agresseur biologique ? On pourrait le rapprocher de la Pestilence, 4ème cavalier de l’Apocalypse annoncé par les croyances judéo-chrétiennes, mais les 3 autres cavaliers la Conquête,  la Destruction et la Famine sont aussi ici présents.
Car la guerre à Macron n’est qu’une bataille, un épisode mortifère d’une guerre qui se déroule depuis bien plus longtemps : la guerre du néolibéralisme contre les peuples.

Quand a-t-elle commencé ? Est-ce en 1944 lors des accords de Bretton Woods, lorsque le système financier international a été fondé sur la prééminence monétaire du dollar ? Est-ce lorsque le 15 aout 1971, le président US Nixon décida unilatéralement la non convertibilité du dollar en or ? Est-ce lors des accords de Washington, de la Jamaïque, du Plazza, du Louvre, de Maastricht, de Lisbonne, de l’Alena, du Ceta, etc.? Les accords se sont succédés et ont installé chaque fois un peu plus la mondialisation de l’économie et le primat de la finance sur des états affaiblis un peu plus chaque jour.

Or ce qui guide les agresseurs dans cette guerre, c’est le néolibéralisme, idéologie fumeuse et pourtant répandue, basée sur quelques références mal interprétées, mal digérées, dévoyées de leur sens originel. Les sources sont hétéroclites, parmi elles : Adam Smith dont la « main invisible du marché » régulerait mieux que l’Etat les rapports économiques et sociaux ; David Ricardo et sa théorie de l’« avantage comparatif » qui légitime la compétitivité entre pays et la délocalisation des entreprises et enfin Charles Darwin dont ils déforment la pensée en ne retenant que l’idée tronquée, que seuls ceux qui savent s’adapter au changement, survivent.

C’est sur ces bases que se sont fondés les 3 piliers de la machine infernale, qui depuis plus de 50 ans, en France, ronge notre État : dénonciation du coût de l’État Providence + promotion de l’économie de marché au nom de la liberté d’entreprendre + libération des marchés de l’interventionnisme de l’État et disparition progressive des services publics au profit du privé.
Et cette machine infernale avance et gagne toutes les batailles, tandis que l’État capitule (1) et que le peuple consent, formaté par des médias au service de l’aristocratie stato-financière avec la complicité d’une partie de la petite bourgeoise (2).

Mais nous voici à la mère des batailles : la construction néolibérale craque
Un virus inattendu met soudain à bas cette organisation néolibérale du monde. Dans notre pays, le système public de santé, trop longtemps sacrifié, ne permet pas de faire correctement face à la pandémie : manque de personnels, manque de lits, manque de matériel, les délocalisations d’entreprises empêchent de produire médicaments et protections en quantités suffisantes. L’impact du virus sur l’économie devient insupportable et c’est finalement cet État, vilipendé par nos brillants stratèges, qui intervient pour tenter de sauver les entreprises. C’est aussi le peuple tout entier, qui subit une fois de plus les conséquences les plus fâcheuses : ici on envisage d’abord de sacrifier une partie de la population en laissant courir l’épidémie, là devant le manque de moyens, on admet la possibilité de faire des choix entre les malades à sauver et les autres !

Les mesures coercitives prise à l’encontre du peuple français sont d’abord imputables à la gouvernance néolibérale du pays. 
Le démembrement progressif du système public de santé, à coups de restrictions budgétaires, n’a pas permis de prévenir cette épidémie de Covid-19 et de lui faire face avec des moyens médicaux appropriés. Le confinement de la population est censé pallier en partie ces manques. La gouvernance néolibérale de notre pays fait alors appel au sens de la responsabilité de chacun et, devant les nombreuses incivilités, renforce progressivement les mesures de confinement. On demande tout à coup aux gens d’être des citoyens responsables, alors que tout est fait et a été fait pour aboutir au contraire. Pour s’attaquer à l’État, le néolibéralisme s’attaque d’abord à sa substance essentielle : les citoyens. Ceux-ci, niés dans leurs choix politiques (3), dépossédés de la possibilité d’un véritable choix de leurs représentants par des institutions électorales obsolètes, privés des moyens nécessaires à l’institution d’une démocratie d’exercice ont, découragés, abandonné progressivement l’idée et la volonté d’être des acteurs politiques. La manipulation au consentement de l’opinion par les médias de formatage et l’absence de toute réflexion sérieuse dans les programmes éducatifs publics sur le rapport du citoyen à la Cité, visent à aboutir à l’achèvement du dessein néolibéral : faire du citoyen un individu consommateur et consentant !
Et voici que soudainement nos gouvernants demandent aux gens de se comporter en ce qu’ils tentent de détruire : en citoyens !
L’exercice d’un pouvoir citoyen est indispensable au fonctionnement d’un état moderne qui se veut démocratique. En tentant d’écarter ce pouvoir des affaires publiques, la gouvernance néolibérale de notre pays a amorcé un cycle de coercition / répression / violence, qui ne peut que se renforcer.

Cette pandémie prendra fin. Elle aura profondément marqué le monde et laissera une économie à reconstruire.
Comment cette économie se reconstruira-t-elle ? Sur les mêmes bases qu’avant, avec le retour d’une gouvernance mondiale néolibérale, asservissant peuples et États et ajoutant aux sacrifices de ces peuples pour surmonter la crise, de nouveaux sacrifices à venir afin de reconstituer les fortunes perdues des oligarques ? Ou alors, la fin de cette bataille contre le coronavirus marquera-t-elle la fin de la guerre que nous livrent nos gouvernants néolibéraux ?

Il n’appartient qu’à nous de ne pas nous laisser faire. En France, Macron et ses affidés tenteront certainement de se faire passer pour des sauveurs qui auront géré cette crise au mieux, dans l’espoir de redorer leur blason et conforter leur pouvoir. Nous ne nous laisserons pas faire et pour paraphraser Ronald Reagan, l’un de leurs héros : « ils n’ont pas été la solution mais le problème ». Dégageons-les au plus vite ! Il s’agira ensuite de repenser de fond en comble nos institutions, car si le néolibéralisme a montré ses limites et son caractère mortifère, l’État providence aura dans cette épreuve largement convaincu de son utilité !

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 19/03/2020

 

 

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Notes:
  1. cf : « L’État ne peut pas tout » Lionel Jospin en 2000
  2. ndlr: ces catégories formulées par E Todd dans son ouvrage ; « La lutte des Classes au 21ème siècle » me semblent pertinentes
  3. cf. : non respect des résultats du référendum de 2005 sur la constitution européenne

1 commentaire

Juste une petite précision: le covid -19 n’est pas le nom du coronavirus qui déclenche la maladie laquelle s’appelle covid-19. Cf le 3e paragraphe.
En tous cas il est certain qu’après cette pandémie les politiques seront à reconsidérer RADICALEMENT et que les citoyens feront bien d’être là

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