Hubert Reys

Le Brexit vu par une anglaise cosmopolite

Gillian Hogarth a beaucoup voyagé…et pas seulement pour faire du tourisme. Avocate d’affaires, elle a travaillé à la City de Londres, dans la banque à Francfort et en Australie, mais elle a aussi œuvré au Guatemala au sein d’une ONG. Les voyages forment la jeunesse dit-on, en tout cas lorsqu’on a habité dans différents pays cela confère généralement une ouverture d’esprit bien utile pour comprendre ce qui est essentiel et ce qui ne l’est pas. Gillian Hogarth partage actuellement son temps entre la France et l’Angleterre : le Clairon de l’Atax lui a demandé de nous donner sa lecture du Brexit.

Le Clairon de l’Atax (LCA) : Comme beaucoup de français, nous avons été surpris lorsque nous avons appris le résultat du référendum sur le Brexit. Nous pensions que la Grande Bretagne, l’Allemagne, le Benelux et la France constituaient des fondements immarcescibles pour l’Union européenne (UE). Que s’est-il passé ?

Gillian Hogarth (GH) : Le Brexit n’est pas arrivé tout à coup, il y avait depuis longtemps un gros problème au sein du parti conservateur anglais. Cela date de l’époque où nous sommes, après diverses péripéties, entrés dans l’Union Européenne en 1973. Il y a eu un premier référendum en 1975 pour savoir si on restait et à l’époque 60% des suffrages se sont prononcés pour rester dans l’UE. On pensait alors que la question était réglée. Puis Margaret Thatcher est arrivée au pouvoir ; elle a contesté ce que nous payions à l’UE et finalement réussi à faire baisser le montant payé.

LCA : Mais pour quelle raison les britanniques voulaient-il à l’origine faire partie de l’UE ?

GH : L’adhésion à l’UE était souhaitée pour des raisons essentiellement commerciales, cela permettait aux britanniques de commercer librement avec le marché européen. Mais, depuis l’époque de Thatcher et suite au combat qu’elle avait gagné pour réduire la contribution de la Grande Bretagne, l’idée qui a prévalu c’est qu’il fallait se bagarrer avec les européens pour en tirer quelque chose. C’est d’ailleurs un manque de pugnacité dans les relations avec l’UE qui a été reproché par l’aile droite des conservateurs à son successeur John Major et qui a contribué à le faire tomber. C’est ainsi qu’est née, dans le parti conservateur, une tendance anti-européenne qui perdure depuis 30 ans. A cela s’ajoute le penchant des différents partis anglais à accuser la communauté européenne de toutes les situations et mesures impopulaires avec l’argument souvent répété « c’est la communauté européenne qui nous impose telle mesure ou telle situation ».

LCA : Cet argument « c’est l’union européenne qui l’impose », était vrai tant pour les conservateurs que pour les travaillistes ?

GH : Peut être était-il un peu moins utilisé par les travaillistes, mais ils s’en sont aussi servi lorsque c’était nécessaire. Et puis après, à l’époque de Tony Blair, le gouvernement des travaillistes est devenu très pro-européen. Blair a signé le traité de Lisbonne qui représentait un pas de plus vers une Europe politique, or ce n’est pas ce que les anglais voulaient. Ils voulaient avoir la possibilité de faire du commerce dans un espace commun européen de libre échange, mais un renforcement de l’UE du côté politique ne les intéressait pas. En ne faisant pas partie du continent européen, on n’a jamais eu cette idée en Angleterre, mais qui prévalait en France et en Allemagne, qu’il fallait renforcer les liens politiques pour éviter une nouvelle guerre. Si, dès le début de l’UE, cette idée de renforcer les liens politiques avait prévalu, je pense que jamais les anglais ne seraient rentrés dans l’UE. Ce n’est pas dans notre caractère et c’est ça que les gouvernements européens n’ont jamais capté. De fait, la question de rester dans l’Europe ou de la quitter a toujours scindé en deux avec plus ou moins d’intensité le camp des conservateurs.

LCA : Mais malgré tout, pourquoi ce référendum a-t-il finalement eu lieu sous David Cameron alors que des réticences à l’Europe politique s’exprimaient depuis longtemps dans la classe politique anglaise ? 

GH : Quand Cameron, contre toute attente, a gagné l’élection, il avait promis pendant sa campagne qu’il ferait un référendum, d’abord au sein de son parti pour s’attirer les soutiens nécessaires, ensuite à tout le pays.  Le coup était habile : il ralliait d’abord les voix de ses opposants internes en promettant un référendum, puis il se débarrassait des capacités de nuisance de son aile droite en s’appuyant sur un résultat du référendum favorable au maintien dans l’UE, enfin il coupait l’herbe sous les pieds du parti indépendantiste UKIP, qui montait fortement dans les élections.
Mais un autre problème a pesé sur ces élections : celui de l’immigration. Compte tenu de ce qui se passait en méditerranée, on a eu peur qu’une immigration massive arrive en Grande Bretagne. Nous avions déjà fait l’expérience des travailleurs issus des pays baltes qui bénéficiaient du libre passage puisque faisant partie de l’UE, et la crainte irrationnelle qui s’était répandue, c’était que l’arrivée massive de ces nouveaux immigrants menacerait les emplois et les salaires des Britanniques. De plus cette crainte a fait les choux gras de la presse populaire qui l’a largement répandue… Pourtant, au moment du referendum, le taux de chômage était à son niveau le plus bas depuis une trentaine d’années et l’économie était plutôt florissante. A la même époque, le gouvernement des conservateurs a décidé de diminuer les aides et les prestations sociales, tandis que s’établissait un dumping sur les salaires des travailleurs les moins qualifiés, dumping favorisé par la concurrence d’une main d’œuvre étrangère, moins exigeante sur les conditions de travail. L’opinion et les médias n’ont pas fait le tri entre la main d’œuvre qui venait du Commonwealth, de l’UE et d’autres pays : les gens se sentaient menacés, tout cela était la faute de l’UE et de ses règles laxistes qui pénalisaient le modeste travailleur anglais !
A cela s’est ajoutée la question de l’adhésion à l’Union monétaire qui avait fait peur à l’époque. La Grande Bretagne s’y était opposée, compte tenu de la présence de certains pays européens qui n’avaient pas le niveau économique et politique nécessaire et parce que les règles économiques de l’UE n’étaient pas respectées. Elle a donc refusé d’entrer dans l’euro-zone et la crise économique de 2008 a renforcé l’idée que c’était une bonne décision, en montrant que tous les pays de l’euro-zone étaient obligés de contribuer solidairement au redressement de l’économie européenne. Pourtant, malgré sa non-adhésion à l’euro-zone, la Grand Bretagne a estimé qu’elle avait été une victime économique collatérale des mesures prises pour sortir de la crise… Et cela a renforcé l’idée, chez les anglais, qu’on n’était pas rentré dans l’UE pour « ça » !

LCA : On voit bien l’ambiance et l’état de l’opinion qui régnaient au moment de l’arrivée au pouvoir de David Cameron. Alors comment n’a-t-il pas compris que le résultat du referendum pourrait lui être défavorable ? Pourquoi a-t-il quand même décidé de faire son coup politique ?

GH : Parce qu’il ne croyait pas à un résultat défavorable. Il consultait les sondages qui pronostiquaient les anti-Brexit gagnants. Pourtant il aurait pu être alerté par le referendum en Écosse. Cameron s’était dit que, pour passer 5 ans au pouvoir sans trop de problèmes, il fallait déminer 2 situations : la volonté d’indépendance de l’Écosse et la volonté de son aile droite et de UKIP de quitter l’UE. Il a dans les deux cas mené une campagne minable, peut être parce qu’il était persuadé de gagner. Ce qui était compréhensible à l’époque car même les partisans du Brexit ne pensaient pas gagner. Il faut écouter les déclarations de Boris Johnson et de Nigel Farage qui à l’époque n’y croyaient pas. Et puis la campagne politique qui précédait le referendum a été surprenante : du côté des conservateurs certains prétendaient que le gouvernement ne devait pas prendre position, puisque la question divisait le parti et du côté des travaillistes, il n’y a eu qu’un engagement très faible dans la campagne, parce qu’ils étaient eux même traversés par des querelles idéologiques et une guerre de succession.

De plus, lorsque l’on regarde comment les gens ont voté : Londres était pour rester dans l’UE, de même les grandes villes universitaires ont voté « rester », tandis que les endroits les plus pauvres votaient « sortir » bien qu’ils avaient élu des députés travaillistes. On constatait un décalage entre l’appareil du parti travailliste et l’électorat, ce qui a fait que certains élus ont choisi de soutenir leur électorat et de voter pour la sortie…
Par contre les partisans du Brexit n’ont pas hésité sur les moyens à mettre en place : cette campagne a été considérée par l’opinion comme la plus malhonnête de l’histoire britannique, parce qu’ils ont menti et n’ont pas été sanctionnés pour ça. Par exemple, ils ont raconté qu’en cas de sortie de l’UE, les 350 millions de livres par semaine récupérés des versements britanniques à l’UE seraient consacrés à l’amélioration du NHS ! Un camion publicitaire circulait dans tout le pays en affichant ce slogan et ses déplacements étaient constamment relayés par la presse.

Mais je pense que, fondamentalement, David Cameron a fait une erreur énorme : il ne croyait pas pouvoir perdre ce referendum et pensait ne pas trop devoir se battre.

D’autres facteurs sont probablement intervenus pour faire basculer le vote en faveur du Brexit : l’électorat jeune et très jeune s’était prononcé en faveur du « rester » mais, contrairement à ce qui s’est passé pour le referendum écossais où la limite inférieure d’âge avait été baissée à 16 ans, l’âge minimum de 18 ans avait été maintenu pour le référendum européen. De plus, les îles anglo-normandes et l’île de Man, compte tenu de leur statut particulier de dépendances, voyaient leurs ressortissants, pourtant de nationalité britannique, privés de droit de vote.  De même pour les ressortissants britanniques domiciliés depuis plus de 15 ans à l’étranger.

LCA : une fois le résultat du référendum acquis, que s’est-il passé ?

GH : Il faut remarquer tout d’abord que ce referendum n’avait aucun caractère contraignant. Mais les « Brexiters » ont poussé  fortement le gouvernement conservateur pour qu’il envoie rapidement une lettre à l’UE qui confirmait la sortie de la Grande Bretagne, tout ça de peur que le résultat du referendum ne soit pas pris en compte par l’exécutif. Cette hâte était d’autant plus malvenue que les partisans du Brexit n’avaient prévu aucun plan d’action en cas de victoire de leur camp ! Suite à la démission de David Cameron, les conservateurs ont constitué un gouvernement qui faisait part égale entre les partisans du maintien et les partisans de la sortie. Ce gouvernement est dirigé par Teresa May qui avait voté en faveur du maintien dans l’UE. Elle se trouve donc en situation de mener une négociation qu’elle n’a pas voulue ! La plus grande confusion règne actuellement : en l’absence de plan, on ne sait pas comment et quoi négocier et de nombreux problèmes imprévus se manifestent sans trouver actuellement de perspectives de solution. Ainsi de la question des frontières entre l’Irlande du nord, qui est Britannique, et l’Irlande du sud, qui est membre de l’UE, ainsi du souhait du gouvernement écossais, pro UE, de refaire un referendum sur l’indépendance : questions qu’on ne sait pas résoudre.  Les négociations sont difficiles entre la Grande Bretagne et l’UE, où certains politiciens semblent rêver de se venger en pénalisant la Grande Bretagne et d’en faire un exemple pour d’autres éventuels candidats au départ.

Négociation GB / UE
(Image eurovox)

Je suis perplexe quand j’examine la situation actuelle. Personne ne la comprend et ne sait comment cela va se passer pour la suite. Les Britanniques seront très surpris lorsqu’ils s’apercevront qu’ils ne peuvent pas venir en Europe, comme ils le faisaient jusqu’à présent avec les mêmes conditions, les mêmes droits. Tout ça a été mal mené du côté britannique comme du côté européen. Quand on voit le volume des échanges économiques entre la communauté européenne et la Grande Bretagne, il faudra bien qu’à un moment donné on trouve une solution qui permette aux deux marchés d’être « gagnants / gagnants ». Beaucoup de « Brexiters » pensent que l’UE est pour le moment un marché important mais en décroissance,  qu’en partant de l’UE et en s’affranchissant de ses règles on pourra se tourner vers d’autres marchés en croissance, plus prometteurs. Mais ça n’est pas le problème de l’homme de la rue qui ne voit pas la couleur des 350 millions de livres / semaine promis aux services publics de santé, mais qui constate leur dégradation et le manque de personnels, souvent remplacés par des intérimaires… Ce qui n’a pas non plus été pris en compte par les partisans du Brexit, c’est la balance entre ce que l’on payait à l’UE et ce que l’UE payait… Par exemple, aux régions britanniques les plus défavorisées, où on a souvent voté pour le Brexit, mais où on a reçu le plus de subventions européennes !

LCA : on parle de commerce international et de perspectives de nouveaux traités, mais quelle sont les perspectives de l’économie anglaise dans la situation actuelle ?

GH : là où on était le leader mondial, c’était dans la banque et la finance. Nous avions réussi à garder la possibilité de faire des transactions financières, malgré notre refus d’intégrer l’euro-zone. La principale industrie anglaise c’est l’industrie financière et là on va perdre tout ça. Les grandes banques seront obligées de partir pour continuer à travailler. Elles pensent supprimer 250 000 postes à Londres et des postes bien payés, bénéfiques à l’économie locale. On avait un atout précieux et le pire, c’est qu’à chaque fois que des experts on signalé ce problème, les « Brexiters » ont répondu qu’ils se foutaient complètement des experts et que ces experts mentaient. On n‘a donc pas écouté les experts et déjà notre croissance ralentit.  On n’a pas fait le travail de prospective du côté des « Brexiters » et on n’a pas pris en compte le travail qui avait été fait par les opposants. S’il y avait eu un plan argumenté, j’aurais pu comprendre, même si je n’avais pas été d’accord, mais là ce n’est pas du sérieux et ça compromet notre avenir !

Manifestation de partisans pour le maintien dans l’UE

LCA : En guise de conclusion, à l’issue de cet entretien, l’impression que l’on a, c’est qu’il y a quelque chose d’affreux, que tout ça se résume à un coup politique. C’est juste faire un coup politique, au sein d’un parti, pour faire gagner une faction et qu’on se fout de ce qui se passe dans le pays : l’essentiel c’est de tuer l’adversaire.

GH : En fait je me demande s’ils n’ont pas honte chez les conservateurs, qu’une faction de leur parti a tenu tout le pays en otage juste pour régler un conflit interne. Je pense qu’il n’y a plus un seul parti conservateur mais deux partis. D’ailleurs beaucoup d’anciens adhérents à ce parti pensent que les valeurs et l’idéologie libérale qui ont fondé les conservateurs ont à présent disparu de part et d’autre. 

 

Gillian Hogarth pour le Clairon de l’Atax le 18 /02/2018
Propos recueillis par H. Reys

Publié par Hubert Reys dans Actualités Générales, Economie, Politique, 0 commentaire

Narbonne – Un important projet de lotissement de luxe contesté par Rubresus

 

Photomontage D.Vexenat

De quoi s’agit-il ?

Il s’agit d’un projet immobilier qui comprend un hôtel de 44 lits dont 8 suites, une piscine, des spas, un restaurant gastronomique, une brasserie (390 couverts / jour en pleine saison), un ensemble de 46 résidences privées, dont 20 avec piscine privative, des terrains de tennis, des parkings, etc.

Un projet d’une telle ampleur, outre le saccage de la végétation existante et l’artificialisation des sols, laisse envisager de nombreuses répercussions sur l’environnement, parmi lesquelles la consommation d’eau (dont les 21 piscines prévues), l’impact de l’assainissement des eaux usées, des pollutions diverses, la consommation d’énergie, l’érosion des sols, l’impact du bâti, de la fréquentation et des véhicules sur la faune et la flore.

En outre, le projet prévoit une occupation maximale des résidences privées, imposant par contrat aux propriétaires acquéreurs de confier leur location à une agence dédiée pendant les périodes d’inoccupation.

Localisation du site

L’avis négatif de l’association Rubresus

Après examen du dossier de présentation de ce projet soumis à enquête publique, l’association Rubresus a émis un avis défavorable, fondé sur une argumentation précise et détaillée.

Suivant une brève description du projet et de son implantation et une interrogation pertinente sur la caractéristique d’intérêt général que la municipalité de Narbonne cherche à lui faire acquérir, ce rapport détaille, dans son troisième chapitre, les impacts environnementaux prévisibles du projet. Parmi ces impacts, on peut noter:

  • la destruction d’une partie de la pinède locale, dans un site classé,
  • la problématique de consommation d’eau potable, dans un département sévèrement atteint par la sécheresse,
  • la question des eaux usées pour un ensemble représentant un équivalent de 350 personnes à l’année : volume, pollution induite, capacité réelle du dispositif prévu d’assainissement, rejet de près de 16 000 m3 / an d’eau usées après assainissement,
  • le dimensionnement du dispositif de rétention des eaux pluviales en cas de fortes précipitations,
  • l’absence de chiffrage de la consommation énergétique, alors même qu’aucune solution de production d’énergie durable n’est prévue,
  • l’impact sur la faune, notamment les oiseaux.

Vous pouvez prendre connaissance ci-dessous du contenu intégral de ce rapport
(cliquer sur la flèche oblique pour une consultation en pleine page – Si le contenu n’apparaît pas, tentez de rafraîchir la page, ou alors veuillez cliquer sur ce lien).

Comment en est-on arrivé là ?

La façade maritime de l’Aude a été jusqu’à présent relativement protégée d’une urbanisation massive, contrairement aux autres départements du Languedoc Roussillon. Les grandes opérations d’aménagement touristiques de la « mission Racine » se sont arrêtées à Gruissan et Port Leucate et les habitations du piémont maritime du Massif de la Clape et du sud de la presqu’île de Leucate ont laissé un important territoire littoral libre de construction. Ainsi, la quasi-totalité du massif de la Clape, les rives de l’Etang de Bages / Sigean, le trait côtier séparé par le grau de l’Ayrolle, la presqu’ile de Leucate, constituent des paysages appréciés, à forte attractivité touristique, mais aussi de lieux ou se perpétuent des activités traditionnelles : viticulture, pêche, pastoralisme.

Différentes réglementations protègent actuellement ces territoires : elles leur ont jusqu’à présent épargné les lotissements intempestifs et autres constructions anarchiques. Mais c’était compter sans l’esprit de lucre de certains promoteurs en quête de « coups juteux » et de retours rapides sur investissement. Cette approche mercantile des opérations d’aménagement débouche le plus souvent sur des résultats économiques et environnementaux opposés aux tableaux idylliques exhibés par ces promoteurs ! A ce sujet, il n’est que de constater ce qu’est devenu le projet touristique de La Grande Motte en Camargue, pour mesurer l’écart abyssal entre les discours lénifiants des promoteurs et la réalité qu’ils laissent derrière eux, une fois les bénéfices engrangés.

Malheureusement, les élus locaux cèdent bien souvent aux charmes de ces habiles sirènes, soit qu’ils y trouvent un intérêt personnel (par ex : la gloire d’inaugurer une « réalisation d’exception »), soit qu’ils s’imaginent qu’attirer des « riches » va profiter à leur commune (cf. la stupide théorie du « ruissellement ») ! Dès lors, acquis à la cause des promoteurs, ils tenteront de contourner les obstacles réglementaires et surtout d’éviter la contestation de leurs administrés, voire de l’étouffer.

C’est exactement ce qui semble se passer à Narbonne pour le projet du Capitoul.

Enquête publique pour projet de luxe

Tel quel, le projet initial ne peut recevoir l’aval des autorités, car il n’est pas conforme aux réglementations d’urbanisme en vigueur (PLU, ScoT, etc.). Dès lors, le seul moyen de le rendre conforme est d’adapter lesdites réglementations. Mais cela n’est possible que si le projet est déclaré d’intérêt général. Qu’à cela ne tienne, il suffit de mettre en place une enquête publique et, si les conclusions de cette enquête sont favorables, on pourra requalifier le projet et mettre en route la machine à changer les réglementations.

Question : en quoi un projet d’hôtellerie de luxe peut-il être considéré comme concourant à l’intérêt général? Si c’est au nom des retombées fiscales, d’une promesse de création de 48 emplois et de stimulation de l’activité économique locale (viticulture, tourisme), il va falloir se dépêcher de déclarer d’intérêt général de nombreuses entreprises du secteur, ne serait-ce que pour respecter le désormais célèbre principe de « concurrence libre et non faussée » si cher aux néo-libéraux européens…

Cela dit, devinez quoi ? L’enquête a bien eu lieu. Vous ne le saviez pas ? Eh bien c’est ainsi. Mais quand ? me direz-vous. Entre le 18 décembre 2017 et le 19 janvier 2018, soit 33 jours, pile pendant la période des fêtes de fin d’année (consulter l’avis ici). Nous ne sommes pas certains que beaucoup de Narbonnais puissent se vanter d’avoir été informés à temps de cette enquête.

Certes, nous n’avons pas eu accès aux résultats, en particulier le nombre de Narbonnais qui se sont précipités en masse pour donner leur avis sur le sujet. Mais cela ne fait qu’un gros mois que l’enquête est close et le dépouillement de la multitude des avis citoyens sur le projet prendra certainement beaucoup de temps…

Pour nous consoler, nous avons, pour l’instant, accès aux documents constitutifs du dossier sur le site de la mairie de Narbonne.

On voit par là que les enquêtes publiques, présentées comme des instruments d’une démocratie participative, peuvent être facilement détournés au profit de pratiques relevant plus de la manipulation et de la dissimulation. Tant que les critères de déclenchement et de validation des enquêtes publiques, ainsi que les règles de leur publicité, ne seront pas plus contraignants, les autorités soumises à cette obligation pourront continuer à détourner le recours à cet instrument de la participation citoyenne, afin de donner l’apparence de la légalité et de la démocratie à des pratiques douteuses.

Des difficultés pour respecter les contraintes environnementales ?

Autre curiosité, l’avis d’évaluation environnementale émis par la MRAe d’Occitanie : cet avis, qui porte sur un dossier d’évaluation environnementale produit par les promoteurs du projet,  est obligatoire et le dossier de présentation du projet par la mairie de Narbonne ne se fait pas faute de le signaler, soulignant, avec force références aux articles de loi, son respect de la procédure.

Étrangement, si ce document figure sur le site de la mairie, il faut bien chercher, car nous y avons trouvé deux pages distinctes traitant de ce projet. La première (voir ici) présente les pièces du dossier (avec un indicatif de cote – A, B, C, etc.), mais elle ne mentionne pas l’avis de la MRAe. La second, en revanche (voir ici) présente plus de documents (sans cote), notamment le dernier avis de la MRAe, ainsi qu’un mémoire signé par la mairie, en réponse à cet avis.  Pour être tout à fait complet, il faut savoir que, sur le site de la MRAe, figurent deux avis et pas un seul : le premier a été émis le 27 décembre 2016 et le second le 7 juillet 2017.

Deux avis ? Un seul ne suffisait donc pas ? Un seul aurait suffi, si le dossier avait été conforme, mais voilà : le premier dossier, déposé en septembre 2016, n’était pas conforme et le second, déposé 6 mois plus tard, ne l’est pas plus.

Pourtant, ces avis sont fort intéressants et l’on y découvre que les réserves émises par la MRAE, très proches dans les deux avis successifs, portent sur trois domaines : la préservation des paysages, la préservation des milieux naturels et des espèces patrimoniales, la préservation des ressources en eau. Sur ce dernier point, la MRAe met notamment en regard la fragilité de la nappe de l’Aude et la consommation prévisible du complexe, notamment en pleine saison, ainsi que celle, non évaluée, des quelque 20 piscines prévues. Le deuxième avis souligne aussi que les recommandations du premier, sur ce sujet précis, n’ont tout simplement pas été prises en compte.

Dans son document de présentation du projet, la mairie de Narbonne justifie la caractérisation d’intérêt général par de nombreux aspects dont la promotion des paysages narbonnais, la réhabilitation du patrimoine, la préservation et la mise en valeur des espèces naturelles. Deux de ces trois points font justement l’objet des réserves émises, par deux fois, par la MRAE. C’est pas de chance, tout de même…

La MRAe se satisfera-t-elle des réponses apportées par la municipalité dans son mémoire ? L’avenir nous le dira.

En tout état de cause, il importe de garder à l’esprit que les avis de la MRAe ne sont pas contraignants : la mairie peut passer outre. Toutefois, leur intérêt pour le public est qu’ils sont accessibles sur le site de la MRAe et recevables par la justice en cas de contestation du projet. À bon entendeur…

Des gains pour la collectivité, peut-être, mais à quel coût ?

« Gâteau sous la cerise », si le dossier de présentation fournit une évaluation chiffrée des gains qu’apporterait ce projet à la collectivité, en termes de retombées fiscales et d’emploi, il est beaucoup plus discret quant aux coûts à prévoir, éventuellement, pour cette même collectivité. Nous n’y avons trouvé aucune information chiffrée sur la part financière qui incombera à la  collectivité si ce projet voit le jour : quid de de la viabilisation des terrains, de la mise en conformité des accès au site, des travaux d’enfouissement des canalisations d’eau, d’énergie et de communication, des dispositifs d’assainissement des eaux usées, etc. ? Tout laisse à croire que l’ensemble des coûts sera à la charge du projet. Ce sera peut-être le cas, mais nous n’avons trouvé, dans le dossier, aucune assurance en ce sens.

Heureusement, il y a la vigilance citoyenne…

Cependant, les pratiques si peu démocratiques qui consistent à « travailler » l’information faite au public en misant sur son apathie, son incompétence ou son « apolitisme », s’avèrent de plus en plus contre-productives. Les exécutifs locaux ou nationaux, mandatés par leurs concitoyens pour conduire des politiques soucieuses du bien public, se trouvent confrontés à une résistance de plus en plus forte et organisée, lorsqu’ils dévient de leur mission.

La société civile dispose en son sein de capacités d’expertise souvent équivalentes à celles dont disposent les pouvoirs politiques. Il lui appartient de les mobiliser face aux dérives des gouvernants et de construire peu à peu une véritable démocratie d’exercice.

C’est ainsi qu’à Narbonne l’association RUBRESUS met une fois de plus ses capacités d’expertise au service des citoyens

Dernier petits détails significatifs…

En recherchant des informations sur l’internet, la rédaction du Clairon est « tombée » sur le site « Château Capitoul » édité par la société « Domaine et Demeure », sise à Colombiers (34). Cette société est, avec la société des vignobles Bonfils, le promoteur du projet dont il est question dans cet article. Si l’on ne fouille pas un tant soit peu le contenu des pages, on pourrait croire que le projet est déjà réalisé, n’était l’absence d’une page dédiée à la réservation… En revanche, il existe déjà une page permettant de prendre contact avec le directeur des ventes de la société « Domaine et Demeure ». Étrange impression que les promoteurs considèrent que toutes les barrières sont déjà levées.

Tout à fait par hasard, nous avons relevé une bizarrerie dans les « propriétés » techniques du document « Rapport de présentation du Projet » (voir lien ci-dessous), émanant en principe de la municipalité de Narbonne (mais sans signature apparente, sinon le sigle de la municipalité en page de garde). L’auteur de ce document est un certain « kohanlon ». Or, M. Karl O’Hanlon n’est autre que le gérant de l’entreprise « Château des Carrasses », lequel château fait partie du réseau des châteaux de la société « Domaine et Demeure ». Il est aussi le directeur de publication et représentant légal du site « Chateau Capitoul », ainsi que de celui de « Domaine et Demeure ». Dit autrement, M. O’Hanlon fait partie de l’équipe des promoteurs du projet. Il est à tout le moins maladroit que la municipalité de Narbonne ait laissé une telle trace dans un document, trace qui matérialise un doute puissant quant à la connivence qui peut exister entre la municipalité de Narbonne et les promoteurs de ce projet. Certainement, ce monsieur O’Hanlon n’a pas rédigé l’intégralité de ce texte, mais comment s’empêcher de penser à ces lobbyistes qui rédigent tout ou partie de textes de loi en lieu et place de certains parlementaires européens ou français ?

Hubert Reys & Jean Cordier, pour le Clairon de l’Atax le 14/02/2018

Pour en savoir plus, retrouvez ci-dessous les principaux documents liés à ce dossier:

 

Publié par Hubert Reys dans Actualités Locales, Environnement, 2 commentaires

La France entre élites et peuples

Plus que jamais nos gouvernants actuels semblent mettre en œuvre ce que l’abbé Sieyès avait théorisé dans son discours  du 7 septembre 1789 (1) : la démocratie représentative,  est un système permettant de détourner un mode de gouvernement, réputé démocratique, au profit d’un pouvoir oligarchique. L’argument de ce tour de passe-passe était vieux comme Platon (2) et repris avant Sieyès par les pères de la jeune république des États Unis d’Amérique. Il se résume ainsi : «  Le peuple est trop con pour gouverner, il faut que des élites le fassent à sa place « .

« Peuple » voici un joli mot, riche et lourd de sens divers. C’est probablement cette diversité de sens qui permet de multiples manipulations politiques. Comment se définissent et se reconnaissent tous ces « peuples » Bretons, Alsaciens Corses, Basques, Polynésiens, Néo-Calédoniens, etc. qui se dressent contre un pouvoir central où se tapissent des élites qui prétendent les gouverner ? Et ces peuples là ne sont-ils pas soumis à leurs propres élites ?

Pour le bon abbé Sieyès, les élites disposeraient donc de qualités et de capacités « supérieures » qui les distingueraient du peuple : « D’abord, la très-grande pluralité de nos concitoyens n’a ni assez d’instruction, ni assez de loisir pour vouloir s’occuper directement des lois qui doivent gouverner la France ; leur avis est donc de se nommer des représentants » […] « Il est donc incontestable que les députés sont à l’Assemblée nationale, non pas pour y annoncer le vœu déjà formé de leurs commettants directs, mais pour y délibérer et y voter librement d’après leur avis actuel, éclairé de toutes les lumières que l’Assemblée peut fournir à chacun » (1). Qu’y a-t-il de changé à ce jour dans nos mœurs politiques, alors que nous bénéficions de plus en plus d’instruction et de loisirs ?

S’il fallait décrire la manière dont se forment nos élites « éclairées de toutes les lumières », on pourrait observer qu’elles se recrutent sur la base de leur conformité aux valeurs des « élites » déjà en place.
En ce qui concerne futurs cadres dirigeants techniques ou administratifs du pays, la séduction va décider, au moins autant que les connaissances, du succès ou de l’échec d’une candidature aux « grandes écoles » et autres prestigieuses institutions de formation… Tel candidat à l’ENA passe des heures à réfléchir à ce qui pourrait séduire son jury de grand oral… On est loin d’un débat manifestant une pensée critique qui donnerait quelque chose à voir de la personnalité du postulant et de ses qualités à administrer ! En cas de succès, l’intégration à une grande école vaut certificat d’appartenance à une élite. La formation qui suit renforcera généralement le sentiment de cette appartenance et légitimera le pouvoir que le nouveau membre de cette élite exercera dans son emploi futur sur ceux qui n’en font pas partie. Tel préfet expliquera à son stagiaire ENA que les maires de son département sont peu futés et qu’il lui faudra beaucoup de patience avec eux… Tel frais émoulu d’HEC ne doute pas de ses capacités à « manager » des collaborateurs, qu’il considère d’emblée comme assoupis par leurs 15 ans de « boîte »… Tel jeune « X / Mines » ne voit pas ce qui pourrait l’empêcher de décrocher un premier emploi de conseiller dans un cabinet ministériel…, etc.

La carrière des élus (car hélas il faut parler en France de métiers du politique) se construit sur le même principe de conformité. Conformité aux idées, au langage et aux pratiques de son parti, conformité aux représentations supposées de son électorat. Ici, l’onction qui consacre l’appartenance à une élite n’est pas donnée par le succès à une formation dite d’excellence, mais par le succès à un vote. On peut alors observer une étrange alchimie à laquelle peu d’élus échappent : une distance se crée et grandit rapidement entre l’élu et l’électeur. Cela se passe à l’échelle d’une petite commune, comme à celle d’une circonscription : une fois élu, monsieur  Toulemonde découvre d’autres instances dont il dépend ; il prend ses distances avec les électeurs à qui il  faisait des promesses et dont il se sent à présent débiteur. De son coté l’électeur ne retrouve pas ou peu, dans l’exercice du mandat par l’élu, les promesses que celui-ci lui avait faites. Il se sent de moins en moins représenté par celui qu’il avait élu, parce que justement il le sentait proche, semblable, accessible.

C’est dans cet éloignement grandissant que naît, chez l’élu, l’impression d’être « à part », d’autant plus que ses relations avec les électeurs se modifient, se formalisent. Il s’établit un rapport latent de subordination de l’électeur vis-à-vis de l’élu, qui encourage ce dernier à se penser comme faisant partie  d’une élite tandis que l’électeur se résigne à un sentiment d’impuissance.
Ce sentiment  d’appartenir à une élite fonctionne partout, chez des élus d’une petite commune comme au niveau de l’État. Des hiérarchies, fondées sur l’ampleur des carrières politiques et l’importance des responsabilités dirigeantes, exercées dans l’administration ou le privé, organisent cette élite selon différents niveaux accentuées par la perméabilité entre carrières politiques et carrières civiles.

Ces parcours de fabrication des élites corrodent le fonctionnement de notre démocratie de représentation. Des pans entiers de la société ne se sentent plus représentés et remettent en cause tant les anciens partis que les nouveaux. La langue parlée par les politiques est, à de rares exceptions près, celle de la technocratie dont beaucoup d’entre eux sont issus, langue complexe, parfois obscure, parfois désuète, parfois artificialisée par des « éléments de langage » fabriqués par des officines de communication. Tout cela éloigne la possibilité d’un débat, d’une communication équilibrée entre les citoyens et ceux qu’ils ont mandatés pour les représenter. La légitimité des élus est de moins en moins fondée par le soutien du peuple : recherchent-ils encore ce soutien alors que celui qui se situe au sommet de l’élite gouvernante se réclame de Jupiter ?

La dichotomie entre ces « élites » qui prétendent organiser notre destin et la masse informelle d’individus, de « gens », qui ne leur en reconnaissent plus les capacités et la légitimité peut-elle se résoudre ? Le peuple serait-il en voie d’avoir suffisamment d’aptitudes politiques à se gouverner seul ? Aujourd’hui, la société civile fourmille d’initiatives et de coopérations qui se substituent aux missions de solidarité abandonnées par l’État, alors peut-être…demain ?

Tandis que les élites constituent une oligarchie qui gère le pays en privilégiant ses intérêts propres, divers mouvements cristallisent les mécontentements sur des revendications d’appartenance à un peuple qui semblent contester l’organisation centralisée de l’état Jacobin. On peut être étonné par ces revendications qui focalisent le sentiment d’appartenance dans un espace régional alors que, dans un mouvement contraire, les individus s’ouvrent à la mondialisation.

La notion de peuple est complexe : un peuple peut se définir selon les cas comme un ensemble d’individus partageant et observant sur un même territoire les mêmes règles, lois et institutions politiques…il s’organise alors en tant que nation (cf. la nation française) ; ou alors, constitué par un ensemble de personnes qui se reconnaissent dans une civilisation, des coutumes et pratiques communes, il se détermine en fonction d’une culture  particulière, mais dans un ensemble régi par des lois et institutions variées (cf. l’Europe). Enfin le peuple peut aussi se définir, hors de toute territorialité, comme un ensemble de personnes partageant une même origine ethnique ou une même religion qui les fondent en une communauté  transcendant toute territorialité (cf. le peuple de Dieu).

On passe ainsi d’un peuple défini par un cadre restrictif, celui de la nation, à un peuple défini par des notions plus floues qui ne se réfèrent qu’à une culture commune. Définir aujourd’hui comme un peuple un ensemble de personne vivant sur un même territoire relève d’une gageure : l’explosion des communications dans le monde moderne, contribue à créer des agrégats humains hétéroclites et instables. Ainsi tel territoire français est peuplé de personnes de culture et d’origine française, allemande, maghrébine, turque, polonaise, asiatique, qui conservent certains de leurs modes de vie particuliers et qui y résident un temps plus ou moins long : comment inscrire un tel ensemble dans un peuple défini par un périmètre politique et culturel limité, par des droits particuliers, sans porter atteinte à telle ou telle de ses parties ? Qui est Alsacien, Breton, Corse, Polynésien, Néo-Calédonien ? Celui qui se reconnait comme tel ou aspire à l’être, fût-il d’origine Bambara, Hmong ou Laponne ?  Doit-il justifier d’un séjour continu dans tel territoire revendiqué par tel peuple, ou prouver son appartenance à telle religion, ou démontrer telles ou telles compétences ? Tenter de définir selon des critères « objectifs »qui fait partie et qui ne fait pas partie du peuple Machin, revient a porter atteinte aux libertés et droits humains les plus fondamentaux. Ceux qui s’essayent à ce jeu ne font rien d’autre que de se rêver (et parfois d’agir) « élites » au sein d’un peuple « élu ». La vieille histoire !

Ce qui est ici mis en cause ce sont ces « élites » proclamées ou autoproclamées par une caste dominante qui les met en scène pour justifier son hégémonie. Face à ces élites là, il existe dans la société civile des élites authentiques et plus discrètes, aux capacités et niveaux de compétence qui souvent concurrencent voire dépassent les « élites » au pouvoir. Il se crée alors ici et là des tensions dont l’éclatement mine l’autorité de l’État. Il est par exemple consternant de voir un préfet, mis en scène comme faisant partie de l’ »élite administratrice » du pays, tenir tête à un collège d’experts scientifiques, reconnus de haut niveau, qui dénoncent les dangers encourus par la population lors de la mise en service d’une installation industrielle polluante et donner, malgré ces avis fondés, le feu vert à sa mise en service !

Le retour à une véritable démocratie de représentation et d’exercice passe donc par reconnaître ces « élites » proclamées pour ce qu’elles sont : des semblables ne disposant d’aucun droit ou statut particulier, soumis aux mêmes devoirs de respect des lois et de prise en considération de l’autre. Il en est de même pour ces peuples circonscrits dans l’imaginaire de quelques apprentis démiurges : ceux-ci les rêvent exemptés des obligations qui les lient à une société plus vaste dont ils tirent par ailleurs bénéfice. L’histoire de la décolonisation fourmille d’exemples de peuples constitués au nom d’une « spécificité » douteuse, qui se retrouvent à subir des « élites » plus réduites, plus arbitraires et plus mesquines.

Le dysfonctionnement des institutions du pays, sous l’effet de l’inefficacité croissante des « élites » proclamées, laisse espérer la possibilité d’un changement. Le potentiel citoyen existant dans la société civile pourra-t-il prendre le relais ?

 

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 22 /02/2018

 

(1) Lien vers extrait du discours de l’abbé Sieyès : Démocratie et système représentatif

(2) « La démocratie apparaît lorsque les pauvres, ayant remporté la victoire sur les riches, massacrent les uns, bannissent les autres, et partagent également avec ceux qui restent le gouvernement et les charges publiques […] » Platon, La République [livre VIII—557a]

Publié par Hubert Reys, 0 commentaire

Narbonne : histoire d’une mobilisation citoyenne

S’il est généralement admis qu’en matière de projets d’urbanisme et d’aménagement, l’information et la participation des habitants et des usagers sont nécessaires car ils facilitent leur acceptation, il en va tout autrement dans la pratique, car les responsables politiques comme les opérateurs se méfient de la « population » et de sa capacité à comprendre ce qui lui est présenté par les gouvernants comme relevant de l’intérêt public. C’est ainsi que le fonctionnement de cette participation, aux apparences démocratiques, devient un simulacre fondé sur une information orientée ou tronquée, une consultation publique « aménagée » et des expertises et instances représentatives « sélectionnées »… Ces mauvaises pratiques touchent autant le niveau national que le niveau local. A Narbonne, où les habitants sont déjà confrontés à un projet d’incinérateur de déchets nucléaires, la nouvelle équipe municipale, élue en 2014 et dirigée par le Maire D. Mouly, a pour « projet du mandat » la construction d’une salle multimodale de près de 5 000 places, au sujet de laquelle il semblerait bien que les citoyens n’aient pas eu accès à la totalité de l’information.

Bien que mentionné avec peu de précisons dans le programme électoral du candidat Mouly, le projet définitif de salle multimodale a été découvert par l’opinion narbonnaise, alors que les habitants n’avaient pas été consultés lors de son élaboration. Certains habitants se sont levés contre ce projet, dont la localisation menace de destruction une partie du parc des sports, espace vert et terrain de jeu familial. Ils se sont tout d’abord mobilisés, de manière informelle, pour chercher des informations plus précises sur les caractéristiques du projet.  Parmi eux Virginie Birocheau, médecin narbonnais, qui jusqu’alors n’avait jamais milité dans aucun parti politique ou association.

Virginie Birocheau, ainsi que de nombreux usagers du parc des sports, ont voulu en savoir plus. Ce qui leur est apparu très vite, c’est la difficulté faite au public pour accéder aux documents recherchés, notamment sur l’emplacement exact de cette future salle. Cette opacité qui semblait entretenue par la municipalité, loin de décourager V. Birocheau et ses amis, a renforcé leur détermination à connaître tous les aspects du projet et à donner leur avis d’habitants et de citoyens. C’est pourquoi ils se sont constitués en association « Touche pas à mon parc des sports » (TPAMP), avec Virginie Birocheau pour Présidente.
Cette association, forte de 70 membres, a obtenu 4 300 signatures à sa pétition pour défendre le Parc des Sports contre ce projet (ndlr : ce qui représente un score non négligeable pour une ville de 52 000 habitants). Elle intervient en continu dans les réseaux sociaux pour informer le public et organise des manifestations publiques, sollicite un rendez vous avec le préfet, soutient un recours en justice par un de ses membres par ailleurs conseiller municipal d’opposition, etc.

Le projet « tout ficelé » de salle « multimodale » a finalement été présenté aux Narbonnais par la municipalité à la veille du dépôt du permis de construire, sous la forme d’une communication faite d’informations tronquées, partielles ou partiales. Une large partie du public a été choquée par sa localisation, son coût et sa destination, qui ne semblent pas correspondre aux besoins et aspirations de la plupart des narbonnais. Au fur et à mesure de leur découverte du dossier, omissions, flous et incohérences sont apparus au grand jour, sans que le maire, sollicité sur ces questions, ne daigne y répondre en toute clarté.

Comme il se doit, cette contestation animée par TPAMP  et transformée progressivement en contradiction, a déplu au maire qui voyait des obstacles imprévus se dresser face à la réalisation du projet phare de son mandat, de son projet.
Sa réponse a consisté en 2 types de maladresses qui témoignaient du caractère autocratique de sa gestion des affaires municipales :

  • selon lui, le projet de salle multimodale était légitime puisque contenu dans son programme électoral,
  • il s’est laissé aller à des attaques ad personam, centrées essentiellement sur la personne de V. Birocheau, tentant de la disqualifier en la faisant passer pour une personne isolée, exaltée, irresponsable, etc.

Pour la justification de son projet, l’argument est bien connu : il joue la confusion entre légalité et légitimité. Le système électoral français permet de confier les pleins pouvoirs à un exécutif national ou local à un candidat fortement minoritaire au premier tour, mais élu au second tour, dans des conditions qui n’ont rien à voir avec son programme annoncé. C’est le cas pour le maire D. Mouly, élu au second tour par 360 voix d’avance avec 48% d’abstentions et qui n’a rassemblé sur son nom et donc sur son projet que 15,12% du nombre total d’électeurs potentiels au 1er tour !
Pour l’attaque ad personam, elle dénote, en plus du caractère autocratique du maire,  un manque de sang froid inquiétant. Il serait utile qu’il se rappelle qu’en démocratie, il dispose d’un mandat qui lui a été confié par les électeurs et qui lui fait obligation de leur rendre compte de façon claire et transparente de l’exécution de ce mandat. Les gesticulations censées prouver l’autorité sont toujours contre-productives et les insultes aux contradicteurs ne font que renforcer leur position au détriment de l’insulteur : comment peut-on oublier cela, comment peut-on s’oublier à ce point ?

En tout cas, la violence des réactions du maire et de ses affidés (discrédit, menaces, expulsion du conseil municipal avec mise en place d’un huis clos, prise à partie personnelle pendant une autre séance de conseil municipal – ce n’est pas rien cette pression exercée par « les autorités » sur une simple citoyenne), n’a fait que renforcer la détermination de V. Birocheau à continuer et élargir le combat citoyen, pour une gestion municipale plus démocratique et plus soucieuse du bien public.

Désormais Virginie Birocheau, Sandrine Sirvent, entourées de nombreux sympathisants et contributeurs,  publient un journal, «La Causette du Parc » qui se propose de jeter un regard citoyen sur l’actualité et la gestion municipale.

 

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 20/01/2018

Vous pouvez consulter ici la copie du premier numéro de « La Causette du Parc« 

 

Publié par Hubert Reys dans Actualités, Actualités Locales, Politique, 5 commentaires

2018 : ANNEE du CONSENTEMENT ?

 « La vraie question n’est pas de savoir pourquoi les gens se révoltent, mais pourquoi ils ne se révoltent pas » Wilhelm Reich.

L’escamoteur / Jérôme Bosch XVème siècle

2017 a vu fleurir la technique politique du « en même temps » qui consiste faire une chose tout en proclamant être engagé à réaliser son contraire. On équilibre une action avec un discours, un préjudice avec une promesse…

Ainsi la flexibilisation du marché du travail profite tout d’abord aux grandes entreprises en leur offrant une main d’œuvre plus facilement « modulable ». Mais « en même temps » elle est présentée comme une réponse au chômage et une stimulation aux évolutions professionnelles. Etrangement, les mesures favorables aux entreprises sont rapidement mises en place en arguant l’urgence économique, tandis que les mesures favorables aux salariés réfléchies, débattues, seront établies dans un second temps.

Ainsi la fiscalité où le président et son gouvernement proclament lutter contre les paradis fiscaux tout en supprimant au 31 décembre 2017 le « service de traitement des déclarations rectificatives», autrement nommé -cellule de régularisation fiscale-. Ce service chargé depuis 2013 chargé de régulariser la situation des «évadés fiscaux» repentis n’a traité que 32 milliards € d’avoirs déclarés sur les 300 milliards estimés être localisés « offshore » !

Ainsi le jeu de bonneteau consistant à modifier la répartition des impôts et taxes au prétexte d’améliorer le pouvoir d’achat des salariés, tandis qu’il réduit celui des retraités aux revenus moyens et diminue l’imposition des plus riches.

Ainsi le durcissement de la politique d’accueil des réfugiés depuis la mise en place du gouvernement –Philippe-, tandis que le président Macron ne manque aucune circonstance nationale ou internationale pour se référer à l’histoire glorieuse de la France « patrie des droits de l’homme »

Pourtant cet artifice politique, employé depuis toujours, ne fonctionne pas éternellement : les peuples se rendent compte à la fin qu’ils ont été bernés. Ceci explique peut être pourquoi le « ressenti » des inégalités est aussi fort en France. Depuis fin 2017 les grands médias, y compris ceux d’inspiration libérale, favorables à nos gouvernants, exposent et commentent abondamment les chiffres de cette montée des inégalités en France comme dans le Monde.

Curieusement et « en même temps » le gouvernement Philippe a oublié de publier le rapport annuel, associé par la loi SAS à la présentation du budget. Ce rapport (*) comporte un ensemble d’indicateurs de qualité de vie, d’inégalités, de développement durable.

Alors, devant cette montée fortement ressentie des inégalités, on peut se demander pourquoi  il y a si peu de mouvements sociaux. Pourquoi les citoyens ne bougent-ils pas plus, alors qu’autour d’eux la nature s’effondre, les ressources s’épuisent et que leur travail est disqualifié par la spéculation financière ? Pourquoi consentent-t-ils à être maltraités de la sorte ? Croient-ils devoir se soumettre parce qu’ils auraient consenti librement au pacte républicain, alors qu’il n’est qu’une longue histoire de mystification du peuple ? Croient-ils avoir librement choisi ceux qui les oppriment ?

Pour le moment on consent encore. On consent parce qu’on croit que, malgré tout, le pacte républicain est  ce qu’il y a de « moins pire ». On consent à perdre un peu parce qu’on pense qu’on pourrait perdre plus à se rebeller. On consent par peur de l’autre. Consentir c’est finalement se faire prisonnier de soi-même en pensant faire un choix libre. Consentir c’est laisser faire, s’abandonner !

La maltraitance peut aller très loin avant que le sujet ne se révolte : l’année 2018 sera-t-elle celle du consentement ou celle du retour d’un citoyen sujet et bâtisseur de la Cité ?

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 23/01/2018

 

(*) Ce rapport, issu des travaux de la commission Stiglitz / Sen, vise à compléter les indicateurs de croissance fournis par le PIB par des données plus aptes à rendre compte de l‘évolution générale de notre société

Publié par Hubert Reys dans Actualités Générales, Politique, 4 commentaires

Économie – Mais où s’arrêteront-ils ? Ou alors seront-ils arrêtés un jour ?

Pour la seule année 2017, 82% de la richesse créée dans le monde a terminé entre les mains du 1% le plus riche de la population de la planète qui possède désormais 88% des richesses mondiales. A l’inverse en 2017, 50% de la population mondiale n’a pas touché le moindre bénéfice de la croissance mondiale.

Répartition de la richesse (wealth) mondiale en 2017

On peut y voir que les 70% d’adultes les moins riches de la planète se partagent 2,7% de la richesse mondiale,
alors que les 0,7% les plus riches se partagent 45,9% de cette même richesse

 

Depuis 2010, la richesse de cette « élite économique » a augmenté en moyenne de 13% par année, avec un pic atteint entre mars 2016 et mars 2017, où la richesse mondiale a progressé de 6,4% pour atteindre 280 000 milliards de dollars. Ainsi, pour les seuls États Unis et pendant cette même période, les gains sur les marchés financiers ont contribué à ajouter 8 500 milliards de dollars à la richesse des ménages américains, soit une hausse de 10,1%.

Dans cette même période et au niveau mondial, les 500 personnes les plus riches ont vu leur fortune augmenter de 23% pour atteindre près de 5 400 milliards de dollars ce qui représente quatre fois le PIB de la France.

Parmi ces 500 personnes les plus riches on relève notamment 159 américains, 38 chinois et 13 français. Parmi les français, on trouve notamment Bernard Arnault (6ème), Françoise Bettencourt Meyers (18ème) et François Pinault (30ème).

La richesse des dix plus grandes fortunes du monde et sa progression entre 2016 et 2017

Le classement ci-dessus fait apparaître en tête des milliardaires qui ont acquis leur fortune dans le développement des nouvelles technologies. Jeff Bezos, fondateur d’Amazon arrive en tête : sa fortune s’est accrue de 34,2 milliards en un an et frôle désormais les 100 milliards de dollars il est devenu l’homme le plus riche du monde en 2017. Il est suivi par Bill Gates (Microsoft) et Warren Buffet qui, lui, est un financier. Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, est en cinquième position. Le français Bernard Arnault, patron du groupe de luxe LVMH, est sixième et c’est Ingvar Kamprad, fondateur d’Ikea, qui occupe la dixième position.

On imagine comment de telles fortunes pourraient contribuer au bien être de l’humanité si elles étaient soumises par le pouvoir politique à une fiscalité juste et redistributive. Hélas la concurrence, voire le dumping fiscal entre les pays, ainsi que les ressources inépuisables de l’optimisation fiscale, permettent à ces fortunes de rester entre les seules mains de ceux qui les ont acquises plus ou moins « correctement ». Il est ainsi tout à fait édifiant de mesurer le poids de l’évasion fiscale dans la non répartition des richesses au moyen de l’impôt !

Taux de fuite de la richesse dans les « paradis fiscaux », en pourcentage du PIB, par pays
Source ???

Pour la France, les ménages français détiendraient environ 300 milliards € dans des paradis fiscaux, soit 15% du PIB national. On estime par ailleurs que les 3520 ménages les plus fortunés, qui représentent 0,01% des ménages, détiendraient 50% de ces richesses soit 150 milliards €. Sachant que la moyenne mondiale en termes d’évasion dans des paradis fiscaux est de 9,8% du PIB, la France se situe à un niveau comparable à l’Allemagne et au Royaume-Uni.

Mais ce qui est remarquable, c’est que la France fait beaucoup moins bien que certains pays d’Europe du Nord comme le Danemark, la Finlande et la Norvège, pays réputés pour exercer une forte pression fiscale sur les ménages. Ceux-ci ne placeraient leurs revenus dans les paradis fiscaux qu’à hauteur de 3% du PIB national !
L’argument que nous serinent nos gouvernants actuels pour justifier leurs cadeaux fiscaux au riches serait donc erroné ?
Une trop grande pression fiscale ne ferait pas forcément fuir les capitaux ?

On peut se faire une idée de ce que représentent ces 300 milliards € en les comparant avec le déficit public français qui s’élevait à 75,9 milliards d’euros en 2016 soit 3,4% du PIB : ce déficit représente seulement un quart de la richesse soustraite au fisc.

L’ampleur des chiffres exposés montre qu’il ne s’agit pas de pratiques marginales, quasi-clandestines, mais bien du résultat d’une politique qui privilégie sciemment les riches et les gros revenus. En France, ces faveurs qui leurs sont accordées sont loin d’être diminuées en ce début de mandat d’E. Macron, bien au contraire ! Le « service de traitement des déclarations rectificatives», autrement nommé « cellule de régularisation fiscale », qui avait été mis en place en juin 2013 pour les «évadés fiscaux» repentis, a fermé ses portes le 31 décembre 2017 après avoir récupéré 7,8 milliards d’impôts et pénalités pour 32 milliards € d’avoirs déclarés. Selon les estimations il resterait donc 268 milliards € évadés dans les paradis fiscaux, dont le recouvrement fiscal permettrait, à peu de choses près, de couvrir notre déficit public. Mais, comme l’avait déclaré le ministre de l’Action et des comptes publics en septembre dernier : «Ce bureau a eu son utilité, il ne l’a plus».

Combien de temps ce système pourra-t-il se perpétuer et croître ? Combien de temps les peuples toléreront-ils cet accroissement des inégalités qui de plus varient selon les pays, alors que la globalisation de l’économie favorise les comparaisons ?

Les PDG américains gagnent 265 fois le salaire moyen d’un travailleur américain ; en Inde le salaire moyen des patrons est 229 fois supérieur au salaire moyen des travailleurs ; au Royaume-Uni il est de 200 fois supérieur ; en France le patron d’une entreprise du CAC 40 gagne 70 fois le salaire moyen d’un travailleur. Il n’y a qu’en Norvège ou le salaire moyen est 20 fois moins élevé que celui des patrons, rapport qui était considéré de bonne pratique et faisait encore consensus chez les économistes il y a une cinquantaine d’années…

Ces inégalités croissantes donnent des moyens croissants aux riches pour accroître leur poids politique. Ainsi les classes sociales dites « supérieures » font pression sur le pouvoir politique, lorsqu’elles ne l’asservissent pas complètement, afin que ce pouvoir prenne des mesures qui renforcent encore leurs avantages. Dans nos « démocraties », de puissants moyens sont ainsi déployés pour contrôler le résultat des élections nationales ainsi que l’exercice du pouvoir politique.

L’évasion fiscale et l’inégalité des revenus constituent des indicateurs pertinents pour apprécier la santé d’une démocratie.

Hubert Reys, pour le Clairon de l’Atax le 15 janvier 2018

Sources:

Publié par Hubert Reys dans Actualités Générales, Economie, 1 commentaire

Éditorial N°38 : décembre 2017/janvier 20018

Comment avons-nous pu en arriver là ?

                       Louis XIV                                                             Emmanuel Macron                                  Napoléon 1er

« Le leadership européen et international, je le tiens de mon peuple ». Interview d’E .Macron le 17 septembre 2017.

Mon peuple– : le pronom possessif –mon- peut s’interpréter de  deux manières : d’une part il s’agirait du peuple auquel j’appartiens, d’autre part il s’agirait du peuple qui m’appartient…où les deux « en même temps » ?
Par cette déclaration E. Macron justifierait sa légitimité. Ainsi la monarchie républicaine remplacerait par l’onction du peuple  l’onction divine de la monarchie traditionnelle .

Il est vrai que la question de la légitimité du politique et particulièrement celle du chef de l’Etat se pose avec acuité en cette période où les institutions de la 5ème  République révèlent leurs défaillances chaque jour un peu plus et s’avèrent de moins en moins capables de garantir un exercice démocratique profitable au plus grand nombre.
Cette assertion « je le tiens de mon peuple » censée présenter la légitimité du pouvoir exercé par le Président Macron comme établie, attire l’attention et la critique plus qu’elle ne renforce le consentement de celui qui l’entend. Car malgré tout les chiffres restent, implacables, Emmanuel Macron a été élu  au premier tour par 24 % de suffrages exprimés en faveur de son programme . Les péripéties et artifice qui ont précédé le second tour ne peuvent conduire à présenter le résultat final du vote comme un choix des Français en faveur de sa politique. Et pourtant il règne nanti de pouvoirs tout à fait disproportionnés par rapport à sa représentativité, ce qui crée un malaise difficile à dissiper, malaise qu’il tente d’exorciser à par diverses déclarations « choc ».

Il y a l’argumentaire de la légitimité confiée par le peuple où les sondages d’opinion, dans la mesure où ils lui sont favorables, peuvent pallier la faiblesse du consentement électoral, mais il y a aussi l’argumentaire de la légitimité conférée par la restauration du leadership français dans le monde : « voyez comme je suis reconnu par les autres nations ». C’est ce que tente E. Macron avec sa déclaration lors de la même interview : « la France a stupéfait l’Europe et le monde en choisissant d’élire un président de 39 ans, un président qui n’avait aucun parti, que personne ne connaissait et qui sortait de nulle part ». Autrement dit : -vous voyez si vous ne m’accordez pas la légitimité tous les autres me la confèrent sans réserve- .

Faut-il en arriver là et utiliser de tels arguments pour justifier sa place de Président de la République Française ?

Il est donc plus que temps pour changer nos institutions mais par un processus réellement démocratique. Et il faut reconnaitre ce caractère à la démarche d’Assemblée constituante présentée par Jean Luc Mélenchon lors de sa campagne présidentielle. Ce n’est le chemin esquissé par notre président actuel avec sa réforme constitutionnelle qui semble surtout destinée à affaiblir les contre pouvoirs existants. Bien sûr « en même temps » des mesures cosmétiques seront prises pour charmer l’opinion : suppression de la Cour de justice de la République, fin de la possibilité pour les anciens présidents de siéger au Conseil constitutionnel (et d’être rémunérés pour cela), etc. Mais ce qui inquiète c’est le remodelage, une fois de plus, de la carte électorale, la réduction du nombre de parlementaires et donc l’agrandissement de leurs circonscriptions. Cet agrandissement risque d’accentuer leur distanciation avec leurs électeurs donc d’affaiblir leur représentativité ce qui fragiliserait encore plus le pouvoir du Parlement et aboutirait in fine au renforcement d’une fonction présidentielle déjà prépondérante.

Pour autant tout n’est pas joué : la percée d’ E. Macron « qui fait ce qu’il a dit », va comme toutes les percées se ralentir et se confronter à des réalités incontournables et inescamotables : le choc s’émousse et le nouveau se défraichit…Déjà des dissonances se font entendre dans les rangs de la République en marche…courage !

                                                                                                          Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 22/12/2017

Publié par Hubert Reys dans Actualités, Actualités Générales, Politique, 0 commentaire

Ca sert à quoi les actionnaires ?

(L’économie racontée à Martine)

Dessin de Martine Rominger

Le papa de Martine est menuisier, il travaille beaucoup. Même que le soir au repas c’est souvent l’engueulade entre papa et maman. Maman dit qu’il se tue au boulot pour des clopinettes et néglige sa famille tandis que papa répond qu’il le faut s’il veut sauver sa menuiserie et les 5 gus qui y bossent. Alors maman lui dit qu’il n’a qu’à demander de l’aide à son frère tonton Georges, que toute la famille a surnommé « l’actionnaire » et qui est « bourré de fric ». Mais papa ne veut pas : il dit qu’il veut rester maître chez soi ! Alors à force d’entendre tout le temps la même rengaine et ce mot « actionnaire » qui revient à tout bout de champ, Martine s’est demandé si c’était bien ou mal d’être actionnaire.

        Etre actionnaire ça commence le jour ou il reste un peu d’argent quand on a satisfait ses besoins ou ce qu’on croit être ses besoins. Alors se pose la question : « que vais-je faire de cet argent ? ». On peut aller le mettre sur un livret d’épargne où ça rapporte un peu, parfois très peu et on peut y retirer l’argent tout de suite, quand on veut. Mais qui n’a pas envie d’être riche ? Alors on essaye de trouver un truc qui rapporte plus et là tout dépend si on a envie de se creuser la cervelle ou pas, si on a envie de prendre des risques ou pas. Devenir actionnaire est une solution qui offre pas mal de choix.
        Actionnaire ça vient d’actions et -actions- voilà d’où ça vient : comme les entreprises ont souvent besoin d’argent pour investir et se développer et que ça ne les arrange pas toujours d’emprunter, elles font appel à des actionnaires qui investissent en achetant des actions émises par ces entreprises. Ces actions sont en quelque sorte des titres de propriété d’une partie de l’entreprise, qui donnent droit d’intervenir dans sa gestion (ndlr : c’est justement ça que le papa de Martine ne veut pas ! L’oncle Georges n’y connaît rien à la menuiserie) et d’en retirer un revenu appelé dividende.
        Si l’entreprise marche bien, on peut toucher de gros dividendes, bien plus que les intérêts d’un livret d’épargne, mais si elle marche mal alors on touche peu ou pas de dividendes et parfois même on perd l’argent qu’on y a mis, parce que les actions qu’on possède ne valent plus rien lorsqu’on essaye de les revendre à quelqu’un d’autre !

Des actionnaires il y en a de toutes sortes !

        Il y a les actionnaires d’une même famille qui détiennent la majorité des actions et qui donc décident. C’est l’actionnariat familial, il peut se transmettre entre les générations. Il y a de très grandes entreprises comme Michelin, mais aussi de toutes petites, qui appartiennent à un actionnariat familial. Si le papa de Martine voulait d’oncle Georges, ce pourrait être le cas pour sa menuiserie. En général l’actionnariat familial cherche à continuer l’entreprise autant qu’à percevoir des dividendes et ne se lance pas dans des coups tordus comme on le verra par la suite.
        Il y a les actionnaires qui sont employés par l’entreprise dont ils détiennent des actions : c’est l’actionnariat salarié. Eh oui, certaines entreprises offrent à leurs salariés la possibilité d’acheter des actions ou même offrent des actions en guise de primes ou de complément de salaire. C’était le grand rêve du vieux de Gaulle, il appelait ça la participation… L’idée c’était de réconcilier le capital et le travail, mais c’est une autre histoire. En tout cas quand les salariés et pas que les cadres dirigeants d’une entreprise détiennent des actions ce n’est pas non plus pour spéculer avec en les vendant au plus offrant au risque de couler leur entreprise.
        Et puis il y a l’actionnariat constitué par des milliers de particuliers qui possèdent quelques actions mais pas de quoi décider grand-chose dans le fonctionnement de l’entreprise : on les appelle des « petits porteurs ». On les soigne plus ou moins pour leur donner l’impression de participer à la vie de l’entreprise. En général les petits porteurs sont surtout soucieux de percevoir les dividendes promis et de ne pas perdre l’argent qu’ils ont investi en actions.

Au delà de ces 3 catégories d’actionnariat on rentre dans le monde dur de la finance et parfois dans ce que certains appellent l’économie-casino. Dans ce monde là, chère Martine, ce qui compte d’abord ce n’est pas la vie de l’entreprise, la vie de ses employés, ce qu’elle produit, comment elle se maintient et se développe, ce qui compte avant tout c’est sa rentabilité, combien elle rapporte à ses actionnaires et le plus vite possible !

        Il y a tout d’abord l’actionnariat institutionnel : il est constitué par des grosses boites, des assurances, des caisses de retraite, des fonds de pension, des sociétés gèrent l’argent de riches clients. Eux ils placent sous forme d’actions l’argent qui leur est versé sous forme de cotisations ou de dépôts et ils entendent en retirer un profit maximum tout de suite ! Si l’entreprise connaît des difficultés passagères ou une baisse de régime, même si ce n’est pas de sa faute, on vend les actions pour en acheter d’autres, plus rentables et tant pis si la « boite » ferme et si ses salariés sont condamnés au chômage !
        Il y a ensuite l’actionnariat industriel ou d’entreprise : les actions d’une entreprise ou d’un groupe d’entreprises sont rachetées par un autre groupe ou une autre entreprise qui souhaitent par exemple s’agrandir ou éliminer un concurrent, ou contrôler un fournisseur. Dans ce système, chère Martine, c’est la loi de la jungle : manger ou être mangé. Gare à celui qui est mangé ! Quoique parfois le mangeur meurt étouffé. Ici encore ce qui compte ce n’est pas la vie de l’entreprise et celle de ses employés ! Il y a quelques mangeurs qui deviennent énormes, si gros qu’il ne peut plus rien leur arriver : les américains disent « too big to fail » ce qui se traduit par « trop gros pour se casser la figure » et quand ça leur arrive quand même, ce sont les gens comme toi et moi qui paient leur renflouement avec leurs impôts.

        Et puis il y a une catégorie à part celle de l’actionnariat public : la majorité des actions est détenue par l’État ou par des collectivités territoriales, par exemple les sociétés d’économie mixte. L’argent public qui a servi à créer ou développer ces sociétés y a été investi en raison du service public que ces entreprises étaient censées fournir. Certaines sont très importantes et leurs activités de service public attirent les convoitises d’entreprises privées qui aimeraient bien leur chiper leurs clients. Sous prétexte d’être plus efficaces et plus rentables, ils fixeraient alors librement le prix de leurs services. C’est par exemple le cas de la privatisation de la distribution d’eau potable, où de grandes sociétés se sont grassement enrichies en se substituant aux régies municipales. Mais au bout de quelques années, beaucoup de collectivités et leurs habitants sont revenus du mirage qu’on leur faisait miroiter en constatant la piètre qualité du service rendu par le privé. Cette idée de privatisation de certaines grandes entreprises publiques, sous prétexte de meilleure efficacité, est persistante dans les gouvernements qui se succèdent. Elle est le fruit d’une idéologie libérale, c’est-à-dire d’un système d’idées, d’opinions et de croyances qui croient que l’action publique et l’État doivent être réduits au minimum, que la libre entreprise et la loi du marché sont le meilleur moyen d’apporter la paix et le bien être à l’humanité. Chaque jour prouve le contraire.

Bien sûr, chère Martine, la question de l’actionnariat est bien plus compliquée que ce qui est raconté dans ces quelques lignes. Elles ont juste la prétention d’espérer que ces quelques explications t’auront donné le goût et quelques outils pour observer et comprendre ce qui se passe dans le monde de l’entreprise si cher à nos gouvernants actuels.

Louise B. Velpeau & Hubert Reys pour le Clairon d l’Atax le 18/12/2017

 

 

Publié par Hubert Reys dans Actualités, Actualités Générales, Economie, Politique, 0 commentaire

« Brèves du Clairon »

Emmanuel Macron, Président de la République, s’engage sur la fermeture des centrales à charbon

C’est lors d’un entretien télévisé sur France 2 le 18 décembre 2017, que le Président de la République a présenté ses priorités quinquennales en matière d’énergie.
Emmanuel Macron a réaffirmé d’abord vouloir en priorité de fermer les centrales à charbon françaises d’ici la fin de son quinquennat. La réduction de la part du nucléaire viendra en second plan. Par ailleurs Emmanuel Macron a estimé que « La France est en retard sur les énergies renouvelables. » Ce sera son troisième chantier en matière d’énergie. « On va accélérer », a-t-il assuré.

La ministre des Transports annonce le lancement d’un plan vélo

Elisabeth Borne a déclaré en clôture des Assises de la mobilité le mercredi 13  décembre que la France allait se doter d’une réelle politique du vélo. Ce nouveau plan vélo ambitionne sera présenté au public début février 2018.
« Quand on sait que 75% des déplacements font moins de 5 km, il faut arrêter de regarder le vélo avec condescendance en considérant que c’est un sujet mineur », a déclaré la Ministre.
Ce plan vélo portera sur l’ensemble des aspects du sujet : santé publique, infrastructures, éducation fiscalité…, a promis Mme Borne qui a aussi indiqué que la prime à l’achat d’un VAE serait rétabli dans le cadre de la loi de finances pour 2018.

Des ONG attaquent devant le Conseil d’Etat l’avis validant la cuve de l’EPR de Flamanville

4 associations écologistes ont déposé un recours au Conseil d’Etat le jeudi 30 novembre contre l’avis du 10 octobre 2017 de l’Autorité de Sureté Nucléaire (ASN). Selon cet avis l’anomalie du fond et du couvercle de la cuve du réacteur de Flamanville (Manche) n’est « pas de nature à remettre en cause la mise en service ». Le Réseau Sortir du nucléaire, Greenpeace, le Comité de réflexion d’information et de lutte anti-nucléaire (Crilan), Stop EPR  ni à Penly ni ailleurs, demandent au Conseil d’Etat de remettre en cause cet avis qui constitue une dérogation permettant la mise en service de l’EPR.
Ces associations, rappellent que la cuve est une partie ultra sensible des réacteurs nucléaires où « la rupture est censée être absolument exclue ». Selon les 4 plaignants cette éventualité ne peut être exclue si on se réfère aux analyses effectuées par AREVA qui les a construites.

                                             Hubert Reys, Curly Mac Toole, Louise B Velpeau pour le Clairon de l’Atax le 18/12/2017

Publié par Hubert Reys, 0 commentaire

De la « social démocratie » à la « libéral oligarchie » ? Quelques données chiffrées en cette fin 2017

L’année 2017 marque le passage du quinquennat Hollande au début du quinquennat Macron. Les chiffres non exhaustifs (*), ici présentés et commentés, sont ceux arrêtés au 3ème trimestre 2017 à partir d’une base de référence établie sur les chiffres du 1er trimestre 2012. Ils recouvrent le quinquennat « Hollande » et ne peuvent donc être attribués à la gestion « Macron » mais ils peuvent esquisser un bilan du  mandat « Hollande ».

Zone industrielle Amiens nord

 

Reprise de l’Activité :

Elle est incontestablement repartie si on se réfère à l’évolution du PIB : + 5,7 points depuis 2012. Mais ses différentes composantes n’évoluent pas pareillement sur la période :

  • l’investissement des ménages, après avoir chuté en 2015, est revenu à son niveau de 2012 et n’a donc pas progressé malgré une nette reprise depuis fin 2016
  • la consommation des ménages progresse de + 6 points
  • l’investissement des entreprises est en hausse continue depuis 2014 et se situe actuellement à + 12,5 points
  • les importations connaissent la plus forte hausse avec une progression de + 23,5 points
  • les exportations ont une croissance plus lente avec une progression de + 17,3 points
  • l’investissement public chute de – 9,3 points

 

La croissance semble donc repartie : elle est estimée autour de +/- 1,9 % pour 2017 (2016 = 1,1%), selon la Banque de France ou l’Insee. Mais quelle en est la cause : la politique d’austérité menée sous le mandat Hollande ou un contexte général de reprise qui bénéficie aussi à la France ? Autrement dit, est-ce que le bateau avance parce qu’il est porté par le courant, ou parce que son moteur le fait se déplacer sur l’eau ? La réponse à cette question n’est pas évidente, mais on peut constater que cette reprise française est portée par un contexte économique mondial particulièrement favorable : les matières premières, dont le pétrole, sont bon marché, il y a une reprise du commerce mondial et la BCE (Banque centrale européenne) continue à pratiquer des taux d’intérêt propices à l’investissement et à la consommation.

Mais 2 points problématiques menacent cette évolution positive de l’économie française :

  • l’investissement public, qui permet le développement et le maintien des infrastructures nécessaires à la croissance de l’appareil productif, continue à baisser du fait des politiques d’austérité (*1) menées par les gouvernements successifs et de la politique d’alignement de la dette  sur les critères de Maastricht (*2). A terme la dégradation de nos infrastructures risque d’impacter sérieusement nos entreprises,
  • le déséquilibre croissant de notre balance commerciale impacte l’activité, handicapée par une production industrielle qui reste inférieure de 10% à son niveau de 2008.

Création d’emploi :

Après le marasme de la période 2012/2014, la reprise amorcée en 2015 continue et s’amplifie. Ainsi, en création nette d’emploi (solde création / disparition), on estime à 300 000 le nombre de postes supplémentaires dont 1/3 d’intérimaires. Ces emplois se sont surtout créés dans le secteur privé, mais au 3ème trimestre 2017 cette croissance s’est arrêtée. Les emplois créés suite aux politiques gouvernementales successives sont principalement des emplois peu qualifiés (par ex : dans le commerce et les services), souvent à temps partiel et faiblement productifs. Ainsi, les personnes en temps partiel qui recherchent un second emploi sont passées de 1 million en 2008 à 2 millions en 2017 ! Il y a un effet « ciseau » qui accompagne cette reprise de l’activité économique : il n’y a pas adéquation entre les emplois recherchés par les entreprises et les profils des demandeurs d’emploi. Selon une étude de Pôle emploi, ce sont entre 200 000 et 330 000 emplois qui n’ont pas été pourvus cette année  alors que les patrons des TPE et PME sont prêts à investir et à embaucher (*3) !

Certains analystes économiques craignent une surchauffe de l’économie où le manque d’employabilité ne permettrait pas aux entreprises de répondre à l’augmentation de la demande ! La disqualification de la main d’œuvre entraînant une augmentation du chômage structurel (*4).  

Pauvreté & chômage :

600 000 pauvres de plus en dix ans ! La France compte actuellement entre 5 et 8,9 millions de pauvres, selon la définition adoptée (*5)(*6). En effet, le seuil de pauvreté est calculé en fonction du niveau de vie médian : lorsque le niveau de vie baisse, des personnes comptabilisées une année comme pauvres peuvent, à revenu égal, ne plus l’être l’année suivante. Si l’on constate actuellement une légère diminution de la pauvreté, la tendance est loin d’être consolidée. « Beaucoup dépendra de l’impact des politiques économiques et sociales mises en œuvre. Ainsi, par exemple, la baisse des allocations logement va avoir pour effet direct d’accroître le nombre de personnes pauvres. À plus long terme, l’évolution de la pauvreté dépendra pour une grande partie de l’emploi et des conditions dans lesquelles ces emplois s’exercent. Autrement dit, de la façon dont sera partagée la richesse créée. La multiplication de postes sous-rémunérés n’aurait pour effet que de transformer la pauvreté, en développant la pauvreté laborieuse. » (J. Raimondi ; http://fidesconseils.eu/undefined/)

 

Le chômage reste important : le taux de chômage (demandeurs d’emplois recensés / population active) s’établit à 9,7% au 3ème trimestre 2017 (outre-mer compris) ; il a même augmenté de 0,2 points en novembre. Le nombre de demandeurs d’emploi inscrits s’élèverait actuellement à 6 287 000 en France métropolitaine, auxquels il faut ajouter les « invisibles » qui sont sortis des statistiques ou qui n’y entrent pas (défauts d’actualisation, radiations administratives, stages parking, maladie, etc.) : ils sont estimés à 4 800 000 ! Ce sont donc plus de 11 000 000 de personnes qui sont en situation de chômage en France !

En conclusion :

Le quinquennat Hollande, au cours duquel s’est accentuée une politique d’austérité, ne peut pas être crédité comme promoteur d’une reprise économique. Bien au contraire, les inégalités se sont creusées entre les différentes strates de population, mais surtout la reprise économique (encore faible et fragile) semble résulter d’un contexte mondial favorable et pas de la politique d’amélioration de l’offre menée par les différents gouvernements du mandat. Le déficit croissant de la balance commerciale, alors que le prix du pétrole reste exceptionnellement bas, souligne la faiblesse actuelle des branches manufacturières et les retards pris dans le secteur énergétique (mauvaises performances du nucléaire, retard des énergies renouvelables).

De plus la politique d’austérité appliquée (notamment aux collectivités locales) risque d’affaiblir les infrastructures nécessaires au futur développement économique. La compétitivité de l’économie française ne s’est pas améliorée à l’issue des 5 ans de mandat Hollande. Malencontreusement, le début du mandat de Macron semble indiquer un renforcement de cette politique inefficace d’austérité et de soutien de l’offre. Les premières mesures qui en découlent vont dans le sens d’un renforcement des inégalités. Elles favorisent une oligarchie supputée nécessaire à la croissance économique, tout en fragilisant un part croissante de la population… Vers quel futur allons-nous ? Les oligarchies libérales n’ont jamais été performantes, même pas au plan économique

« Aujourd’hui on n’est plus gouverné, on est géré ! » Michel Serres

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 20/12/2017

Merci à Joël Raimondi pour sa contribution

 

(*1) Notamment l’austérité imposée aux collectivités locales.
(*2) Déficit inférieur ou égal à 3%  et dette inférieure ou égale à 60% du PIB
(*3) Les embauches ont progressé dans le privé de + 5,1 % les 3 derniers mois et de + 2, 7 % pour le seul mois de novembre selon Pôle emploi.
(*4) C’est un chômage insensible aux variations de la croissance réelle de l’économie
(*5) Le niveau de vie est égal au revenu disponible du ménage divisé par le nombre d’unités de consommation (uc). Le niveau de vie est donc le même pour tous les individus d’un même ménage. Le niveau de vie médian est tel que la moitié de la population aura un niveau de vie supérieur et l’autre moitié un revenu disponible inférieur
(*6) Le seuil de pauvreté est défini en France et en Europe comme équivalent à 60 % du niveau de vie médian.
(*7) Le Taux de pauvreté correspond à la part d’individus dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté. Ainsi en 2015, 14,2% des Français vivaient avec moins de 1015 € par mois.

 

Publié par Hubert Reys dans Actualités, Actualités Générales, Economie, Politique, 0 commentaire