Hubert Reys

Modestes réflexions suite à quelques articles du Clairon de l’Atax…

Par Patrick Chevalier (1)

Oui nous vivons des temps difficiles, gouvernés par les forces contradictoires d’une mondialisation qui nous ouvre aux autres cultures et favorise de nouveaux liens sociaux et d’une globalisation financière qui concentre les richesses, augmente les inégalités et tente de nous assujettir à des conduites stéréotypées. Le Clairon l’a parfaitement écrit dans sa lettre d’information. Cette constatation n’est pas celle de vieux aigris qui ne voudraient pas évoluer, considérant que tout était mieux autrefois, mais au contraire, celle de citoyens lucides, ouvrant tout simplement les yeux sur tout ce qu’il se passe dans leur vie quotidienne.

Ah ! Ces pauvres riches !…

En effet, la concentration des richesses entre les mains de quelques uns, la cupidité sans limite de ces derniers, la lâcheté des pouvoirs qui en sont simplement parfois les valets – osons sans trop hésiter cette affirmation – et dès lors l’idée de tout ce petit monde là de faire taire le peuple en l’abrutissant, tout cela ne relève pas de la névrose d’intellectuels insoumis anarchistes et ingouvernables, mais bien du même raisonnement pertinent que celui tenu par les révolutionnaires français, énonçant à l’époque que le secret de toute tyrannie consiste à retenir le peuple dans l’ignorance. Ils ne parlaient pas d’eux, bien sûr, mais de quinze siècles de féodalisme.

Ne souriez pas, vous risqueriez de rire jaune et sous peu ! Bien sûr, la mise au pas que nous subissons aujourd’hui n’a rien à voir avec celle de bolchéviques que l’imaginaire populaire a montré bave aux lèvres et couteau entre les dents ou encore avec la terreur de dictatures meurtrières de droite nombreuses et variées. Celle que nous subissons aujourd’hui a l’apparence de la douceur. Le capitalisme libéral prétend bel et bien faire le bonheur de l’ensemble de la planète, chacun pouvant à sa guise rêver au succès ! Et nous aurions soi-disant choisi cette forme de démocratie-là par notre vote ! Mais de qui se moque-t-on ?

Nous croissons, du verbe croître !…

Le Clairon a raison de considérer qu’il n’est pas pessimiste de rendre compte de l’évolution d’un système, le capitalisme libéral, qui domine actuellement la quasi-totalité des États et dont les ravages dessinent de sombres perspectives pour l’avenir de tous.

La croissance, c’est le bonheur assuré ? Mais quel philosophe aurait osé écrire une telle ineptie ? Aucun, assurément. Le bonheur est ailleurs, on le sait bien, et la croissance, à défaut de profiter à tout le monde, est juste l’outil d’enrichissement habile de ces gros malins qui nous mentent en affirmant que l‘aisance financière de chacun est le début du bonheur et qui dans le même temps refusent à tous cette même aisance au motif que le travailleur coûte trop cher et qu’il va donc falloir – c’est la mondialisation qui l’exige – s’aligner sur les salaires de pays beaucoup plus raisonnables que nous autres irresponsables, si nous voulons nous en tirer.

Et ce discours semble être sinon entendu, du moins plus ou moins accepté comme inéluctable. Nous coûtons trop cher et nos chers investisseurs ne peuvent pas, en France, créer de l’emploi car le modèle social français les en empêche. Voilà ce qu’on entend à longueur de journée dans la bouche du MEDEF et celle de ses nombreux relais.

Objection, votre honneur !

Or si nos salaires sont ce qu’ils sont, c’est juste le fruit d’une négociation entre patronat et syndicats, les deux parties, se revendiquant toutes deux de valeurs républicaines, ayant jugé alors la chose acceptable. Allons, bon ! Elle ne le serait plus aujourd’hui ? Mais pourquoi, grands dieux ?

Notre république n’a-t-elle plus le simple droit pour le peuple de construire son propre avenir ? Faut-il déléguer à quelques puissants éclairés le droit de choisir pour nous ? Dans ce cas-là disons le, nous en reviendrons au même point que du temps de Rousseau quand il constatait que le peuple, c’est la classe laborieuse et elle n’est pas dépravée, comme les gens des conditions supérieures. La société l’a asservi, ce peuple. Il est donc esclave et malheureux. Ce sont ses droits qu’il faut rétablir.

Va-t-on devoir repartir des préconisations de Rousseau, effaçant ainsi presque deux siècles de lutte ? Il vaudrait mieux pour tout le monde, et surtout pour les possédants qu’ils comprennent que le retour du politique est urgent ! Et que s’il n’est pas forcément absurde de croire à l’utilité de l’entreprenariat, lequel, reconnaissons-le, a su faire ses preuves, il convient de le réguler par une juste réglementation établie par l’Etat, à ce jour encore seule autorité qui fasse consensus. C’est bien à lui et à ses frères étrangers de rétablir les équilibres et de répartir équitablement les richesses produites. Cela à peut-être l’air d’une évidence, mais dans les faits nous en sommes loin. L’Etat démissionne devant les puissants…

Alors réveillons-nous, il est encore temps. On peut le faire sans passer par les armes, mais en résistant utilement à ce qui nous est proposé.

Le Clairon a donc raison de penser que l’État peut plus, mieux et surtout autrement, s’il est l’expression d’une volonté citoyenne, dynamique et créatrice, relayée par des institutions démocratiques.

Une autre fois, nous pourrons, si vous le souhaitez, parler des avantages et inconvénients de la décentralisation, ou si vous voulez et puisqu’on a ici fait référence à la révolution française, doit-on raisonnablement aujourd’hui être girondin ou montagnard !  Oh le beau débat !

 

  • Patrick Chevalier, diplômé de Sciences-po, aujourd’hui retraité du monde artistique a toujours été passionné de sociologie politique.
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Il était une fois la SNCF

Pacific 241 remorquant un train de voyageurs

Il était une fois la SNCF.

A l’époque il y avait un monde fou pour faire marcher les trains : il y avait des chefs de gare, des aiguilleurs, des lampistes, des chauffeurs, des mécaniciens, des gardes barrières, des chefs de train, des poinçonneurs, des guichetiers, des ateliers de réparation tous corps de métier, des laveurs de wagons, des manœuvres, des contrôleurs, des régulateurs du trafic, des comptables, des grutiers, des ingénieurs, etc.

Tout était mécanique, les aiguillages et les signaux, les manches à eau pour faire le plein des locomotives à vapeur, les passages à niveau, les panneaux d’affichage, etc.

Malgré cet enchevêtrement de personnes, de rôles et de fonctions, les voyages se faisaient dans de bonnes conditions et les trains arrivaient le plus souvent à l’heure, au point que les autres pays développés nous enviaient et copiaient notre SNCF ENTREPRISE PUBLIQUE !

Et puis le progrès technologique est venu faciliter les tâches : d’abord l’électronique, ensuite l’informatique. Les matériels roulants, le fonctionnement des gares, l’information des voyageurs, la billetterie se sont sophistiqués pour améliorer le confort et la sécurité des voyageurs.

Et puis la situation s’est dégradée : on a supprimé des trains, puis des lignes, puis des effectifs. La SNCF s’endette, on la remanie ; ça ne va pas mieux, l’endettement augmente : on la remanie à nouveau. Pourtant la technologie française des trains à grande vitesse TGV est réputée la meilleures au monde…

Que se passe-t-il ?

État des lieux

Avertissement au lecteur : la présentation de chiffres est souvent sujette à caution. On peut les utiliser au service d’argumentations opposées grâce à des présentations comptables mettant tel aspect en valeur tout en minimisant tel autre. La rédaction du Clairon, dans un souci d’objectivité, s’est efforcée de croiser et comparer les chiffres annoncés par différentes sources qui sont :

  • rapport CFDT : évolution de la masse salariale de l’EPIC SNCF 2003 à 2013 (6 octobre 2014)
  • CA. SNCF du 25 septembre 2014
  • Rapport Spinetta 15/02/2018
  • Article « Faut-il enterrer le train ? » Mensuel « Alternatives Economique » avril 2018
  • Rapport Cabinet Degest expert auprès du comité d’entreprise de la SNCF
  • Article « Réforme SNCF : en finir avec les données fausses sur les chemins de fer » par Dominique Andolfatto Université Bourgogne et Jean Finez Université Grenoble Alpes – 03/04/2018
  • SNCF : communiqué de presse 27 février 2018

On constate un repli général tant en personnel qu’en diminution du réseau ferré

  • pour le personnel : en 2003 la SNCF employait 178 260 personnes mais depuis, le nombre de salariés a fortement baissé. En 2013, il n’y avait à la SNCF plus que 152 968 employés (près de 15% de diminution), dont 92% sous statut SNCF et 8 % en CDD ou CDI,
  • pour le réseau : 30 000 km de voies fermées entre 1930 et 1970 ; en 2018, 28 700 km dont environ 9 000 km de petites lignes (*1).

La masse salariale progresse mais la maintenance du réseau souffre de sous-investissement :

  • Masse salariale : entre 2003 et 2013 elle a augmenté de 1,289 milliard d’euros (7 752 Mds € en 2003 contre 9 041 Mds € en 2013, soit une progression de 16%) tandis que le nombre d’emploi équivalents temps plein a baissé de 15%.
    Mais cette progression de la masse salariale, qui s’explique en partie par la mesure GVT (*2) inhérente au statut du cheminot, par l’arrivée en fin de carrière des salariés recrutés dans les années 1980 (ces derniers “accèdent donc, du fait de leur expérience et de leur technicité, à des postes de qualification supérieure”), est surtout, selon le cabinet Degest, le fait du changement structurel de l’entreprise ferroviaire. “Le déploiement de nouvelles organisations et technologies […] débouche sur un besoin croissant de technicité. Le taux d’encadrement (pourcentage de maîtrises et cadres) est ainsi passé de 40% en 2004 à 50% en 2014. Les tâches d’exécution (missions sur l’infrastructure en particulier) sont progressivement sous-traitées.
  • Réseau : selon le rapport Spinetta : « Le réseau ferroviaire a fait l’objet d’un sous-investissement massif dans la maintenance depuis la fin des années 1970, [en faveur] de la construction des lignes à grande vitesse » Sur 4 000km des 9 000 km des petites lignes, le train est obligé de ralentir pour raisons de sécurité suite au sous-entretien. Le rapport Spinetta pointe que les petites lignes absorbent 16% des dépenses d’entretien pour 2% des voyageurs et propose en conséquence la fermeture des petites lignes et la réaffectation des 2 Mds € qui leurs sont consacrés à la partie du réseau où le train serait « pertinent » c’est à dire autour des métropoles et entre les métropoles.
    Mais les collectivités et l’Etat se sont mobilisées pour rénover ces petites lignes et un investissement de 3,2 Mds € est en cours sur la période 2006 / 2020. De plus, le mode de calcul du coût du ferroviaire intègre le coût des infrastructures, ce qui n’est pas le cas pour la route. Enfin, si une comparaison avec la route doit être faite, il faut qu’elle prenne en compte les « externalités négatives » de la route, à savoir : les coûts de la pollution, des embouteillages, du bruit, des accidents. Ce calcul est rarement fait, mais une estimation des députés écologistes du parlement européen les évalue à 50 Mds € / an pour la France, sachant que les seules hospitalisations liées aux accidents de la route ont coûté 22 Mds € en 2016 !
    L’idée de suppression des petites lignes relève d’un mauvais calcul économique et, comme le préconise le cabinet Degest, « L’enjeu semble être que l’Etat change son mode de gestion du ferroviaire et couvre l’ensemble des dépenses, en dotant le train de financements pérennes (à l’instar de l’écotaxe poids lourds) qui encouragent le report modal »

La SNCF ne ponctionne pas excessivement le budget de l’État

Selon le rapport Spinetta, les contributions publiques au ferroviaire seraient trop importantes : elles s’élevaient à 10,5 Mds € en 2016 (*3). Il faut y ajouter les subventions d’équilibre au régime de retraite SNCF, soit 3,2 Mds € / an car, du fait de leur diminution (suite aux réductions de personnel), la part des cotisants s’élève à 2 Mds € / an. Le rapport pointe un déficit de 3 Mds € / an. Ce rapport indique par ailleurs que les voyageurs français ne paieraient que 25 % du prix du billet, le reste des coûts étant pris en charge par la collectivité.

Ce calcul est contesté par différents experts : s’il est vrai que les TER sont financés à 74 % par l’État et les régions, les TET (ex-Corail) ne le sont qu’à hauteur de 32 %. Quant aux TGV, ils ne sont pas du tout subventionnés. Un calcul effectué sur la base des données financières publiées par le groupe SNCF, montre qu’un client paie en moyenne, tous trafics confondus, 65 % du prix du billet.

Enfin, la construction et l’entretien des réseaux ferroviaires sont financés dans tous les pays du monde, y compris dans ceux où la concurrence joue pleinement.

Contrairement à l’image véhiculée, la SNCF est aussi performante que ses voisins

Selon le rapport Spinetta la SNCF ne serait pas aux standards des autres pays européens. Or, en 2017, le rapport European Railway Performance Index (RPI) publié par le cabinet international Boston Consulting Group, qui fait référence en matière de performance des transporteurs ferroviaires, indique que la France se trouve dans le premier tiers des pays, avec une note de 6/10, au même titre que la Suisse (7,2), le Danemark (6,8), la Finlande (6,6), l’Allemagne (6,1), l’Autriche (6,1) et la Suède (6). En outre, que le niveau français de dépense publique par habitant en faveur du ferroviaire est relativement proche de la Grande-Bretagne, la Suède, la Norvège et pas si éloigné de l’Allemagne (plus de 13 milliards d’euros de subvention en France, 15 milliards en Allemagne). Enfin, le rapport souligne que la corrélation entre performance et coût pour les finances publiques est relativement bonne : «le Danemark, la Finlande, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Suède et la Suisse ont une valeur ajoutée relativement haute compte tenu des investissements publics. Ces pays dépassent la moyenne du ratio entre performance et subventions publiques».

Il est cependant exact, comme le souligne ce rapport RPI, que la corrélation entre performance et coûts pour les finances publiques s’est dégradée ces cinq dernières années en France, du fait du remboursement de l’énorme dette de la SNCF…

Le coût du « statut » cheminot est plus faible que celui affirmé

Le rapport Spinetta, relayé par l’exécutif et la droite, indique que le prix du travail à la SNCF est de 30 % plus important que celui des entreprises ferroviaires comparables et qu’il s’expliquerait par l’existence du « statut » des cheminots.

Au contraire, ce surcoût ne serait que de 8 %, selon les calculs de la direction de la SNCF, soit environ 400 millions € / an.

En revanche, l’organisation du travail et les frais de structure pèseraient plus que le statut. Quant aux 400 millions €, on peut les rapporter au chiffre d’affaires de la SNCF (33,5 milliards € en 2017) et à la dette ferroviaire (environ 50 milliards €), laquelle s’accroît chaque année de plus de 2 milliards €, en grande partie du fait du remboursement d’intérêts bancaires.

La suppression du statut des cheminots ne résoudra donc pas tous les problèmes économiques et financiers de la SNCF. Son impact financier ne sera, au mieux, que partiel dans la mesure où il ne suscitera pas de mouvements sociaux ou des difficultés de gestion du personnel SNCF.

La dette de la SNCF est le résultat de choix politiques et ne peut être réglée par la seule SNCF

La SNCF, sous ses différentes organisations, est un outil des politiques gouvernementales. Les choix des politiques n’ont pas toujours été heureux, notamment ceux qui ont présidé au développement des lignes à grande vitesse (LGV).

En 2014, la SNCF est divisée en 3 « EPIC », dans l’idée de remédier aux problèmes de sa dette et d’améliorer son fonctionnement. Sont ainsi constitués : l’Epic SNCF, sorte de holding qui coiffe «SNCF Mobilités» chargée du transport des voyageurs et du fret et «SNCF Réseau», qui gère les infrastructures et qui héberge l’essentiel de la dette SNCF de 50 Mds €.

Selon le rapport du cabinet Degest “depuis 2010, […] l’État a engagé SNCF réseau dans un programme d’investissements dépassant les 5 Mds € annuels destinés à la modernisation du réseau et le développement de 4 lignes à grande vitesse (LGV). Au même moment l’État réduit drastiquement ses subventions et oblige SNCF Réseau à recourir massivement à l’emprunt« . C’est ce que les économistes appellent un « effet ciseau » : la dette de SNCF Réseau devient si importante qu’elle est obligée d’emprunter à nouveau pour payer sa dette créée par l’État. Entre 2010 et 2017, pour 100 € empruntés par SNCF réseau, 59 € sont consacrés au remboursement de la dette et 41 € seulement à l’amélioration du réseau.

La situation est ubuesque : SNCF Mobilités doit faire rouler des trains rentables sur des voies gérées par SNCF Réseau qui, pour tenter de rembourser sa dette, essaye de faire payer des droits de péage les plus élevés possibles à SNCF Mobilités !

Accessoirement, l’hébergement de la dette par SNCF Réseau évite à l’État de la prendre à son compte et, par là, de dépasser les fameux 3% de déficit fixés par les critères de Maastricht.

Pourtant en 2017 les résultats financiers s’améliorent pour SNCF Mobilités, malgré le statut des cheminots et le déficit des petites lignes.

Pour 2017, le résultat net récurrent a triplé en un an, passant de 218 à 679 millions d’euros. Ce résultat est bon : il ne tient pas compte du fait que le paiement de certains impôts à été reporté. Il est dû à l’augmentation continue de la fréquentation : stimulés par une offre commerciale plus adaptée, les trafics progressent de 10% pour les TGV et de 4,7% pour les TER. Le chiffre d’affaires de SNCF Mobilités, qui transporte les voyageurs et le fret, a augmenté de 4,7% et s’élève à 31,83 Mds €, tandis que celui de Voyages SNCF (agence de voyages de la SNCF qui s’appelle maintenant Oui.sncf) progressait de 8,2%, grâce notamment à l’ouverture des lignes à grande vitesse vers Bordeaux et Rennes et au succès des services à bas coût « Ouigo ».

Ni le déficit actuel des petites lignes du réseau ferroviaire, ni le statut des cheminots ne sont à l’origine des problèmes rencontrés par la SNCF. Présenter leur réforme comme une solution de la crise actuelle de ce service public relève du déni de réalité et occulte les véritables causes qui procèdent de la gouvernance de notre pays, c’est-à-dire des élus et de la technocratie qui les sert et avec laquelle ils s‘interpénètrent. C’est dans cette direction qu’il faut probablement chercher l’infortune de la SNCF, mais aussi plus généralement les difficultés de notre économie…

Comment en est-on arrivé là ? Une hypothèse à creuser…

Qu’une entreprise soit privée ou publique, elle se doit de prendre en compte les demandes et besoins de ses clients, mais aussi la manière dont elle y répond : ce principe est à la base de toute culture d’entreprise. Mais une culture d’entreprise ne se constitue pas en un jour, il lui faut du temps et de la continuité ; elle supporte les évolutions de l’entreprise lorsqu’elles sont adaptation à l’évolution de l’environnement de l’entreprise, mais elle supporte mal les ruptures, surtout lorsqu’elles sont peut fondées, ou le résultat de caprices ou lubies d’une nouvelle gouvernance soucieuse de se singulariser.

Or ce que l’on constate en interrogeant l’histoire de la SNCF de la fin du XXème siècle à nos jours, c’est l’amoindrissement, voire la perte, de cette formidable culture d’entreprise qui jadis structurait et animait la SNCF. Travailler à la SNCF c’était faire partie d’une grande famille, avec ses récits, ses pratiques particulières, un mode de vie. On parlait alors de « la grande famille des cheminots » et le journal d’entreprise s’appelait « Notre Métier » avant de se transformer en l’impersonnel « La Vie du Rail »;

Les raisons de cette mutation sont certainement multiples mais, parmi les témoignages qui relatent cette période, émerge un thème récurent : celui d’un changement de gouvernance qui pénalise progressivement cette entreprise publique. Ainsi on passerait d’un encadrement, essentiellement recruté en interne, dont les responsabilités progressent en fonction de l’expérience et de l’ancienneté jusqu’aux postes les plus élevés de cadres dirigeants, à un encadrement « externe », qui accède directement à des responsabilités importantes, sans avoir acquis une expérience « maison » et qui, de plus, reste peu de temps dans l’entreprise pour des raisons de carrière. Au petit ingénieur qui grimpe en interne, succède le diplômé de grande école qui « fait 2 petits tours et puis s’en va »…

Comment, dans ces conditions, un sentiment d’appartenance, d’affectio societatis, peut-il se constituer et stimuler la motivation et l’engagement du nouveau cadre responsable ?

Et maintenant…

Le projet de réforme du gouvernement Macron / Philippe a été voté le 17 avril 2018. Il ne change rien aux problèmes de la SNCF, ni ne résout quoi que ce soit des problèmes du transport en France. Mais il expose la composante ferroviaire de notre pays à de nouveaux risques, de nouvelles incertitudes.

Derrière une argumentation spécieuse, relevant parfois de la malhonnêteté intellectuelle, c’est bien l’idéologie néo libérale qui perpétue ses erreurs et ses méfaits. Les citoyens sauront se souvenir de ceux qui ont perpétré ce mauvais coup !

Hubert Reys, pour le Clairon de l’Atax, le 20 avril 2017

 

Pour une information plus détaillée sur le sujet, la rédaction du Clairon a mis en forme une courte revue documentaire. Vous y retrouverez certains des documents évoqués dans cet article, ainsi que des articles de presse (voir ici).

(*1) Les petites lignes devraient être épargnées selon les déclarations du premier ministre E. Philippe en avril 2018

(*2) Il s’agit du glissement vieillesse / technicité (GVT) (ndlr : la progression mécanique des salaires en raison de l’ancienneté). Le coût de cette mesure qui consacre l’expérience acquise par le cheminot tout au long de sa pratique professionnelle a augmenté + 1,9 Md € en 10 ans Actuellement l’avancement n’est plus aussi automatique. Il y a de plus en plus de notation au mérite et d’éléments de rémunération individualisés.

(*3) Comparativement le réseau routier du pays, fait l’objet d’investissements publics (8 milliards d’euros en 2016).

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L‘Austérité, le sacrifice, la magie

Le Grand prêtre, tous les sorciers et tous les griots nous le répètent : le malheur s’est abattu sur nous et peut être sur nos enfants et les enfants de nos enfants. Ce coup-ci ce n’est pas la peste noire, ce n’est pas la lèpre, c’est un truc plus moderne, plus chic, plus branché : c’est la DETTE ! Pour conjurer le malheur, c’est comme d’habitude : il faut expier. Enfin pas tout le monde : il y a ceux qui expient, ceux qui les guident dans leur expiation et ceux qui par leur immarcescible talent feront demain renaître le soleil et feront ruisseler leurs richesses sur tous.

Dit comme cela, on peut se demander s’il convient de parler de façon si légère de la politique d’austérité que nous subissons depuis si longtemps et qui ne cesse de se renforcer.

Pourtant lorsqu’on tente d’explorer rationnellement ce qui fonde cette politique d’austérité et les remèdes qu’elle comporte, on peine à y trouver justesse d’analyse et efficacité des solutions mises en œuvre. On est par contre saisi par une prolifération langagière, par des proclamations incantatoires qui diffusent dans l’espace médiatique et les réseaux sociaux. Alors pourquoi ne ferait-on pas des emprunts à l’anthropologie pour tenter de comprendre ce qui se passe sous le masque de l’austérité ?

Sorcier-Marabout africain en action

Parlons tout d’abord de la DETTE, cette plaie qui se serait abattue sur nous et qu’il faudrait conjurer au prix des plus grands sacrifices. Les plaies s’abattent sur ceux qui commettent des fautes et attirent le courroux du dieu économie. Les français ont fait une faute terrible : ils ont consommé comme on le leur avait dit, suggéré, programmé. Trop consommé,  maintenant ils vivent au dessus de leurs moyens, ce qui risque de fâcher ce dieu si irascible qu’est le Marché Financier. Et quand ce Marché se fâche il nous punit en augmentant les taux d’intérêt, ce qui renchérit le coût de nos emprunts et fait grandir encore plus notre dette ! La plaie / dette est contagieuse, elle s’étend et menace nos enfants. II faut réagir et vite, des mesures d’urgence doivent être prises, une seule solution s’impose, elle nous vient de la nuit des temps, il faut guérir par là où on a pêché : faire des économies. Il faut aussi punir ceux qui ont pêché, pour la DETTE de la SNCF les choses sont claires : c’est le statut exorbitant des cheminots qui à creusé l’immense DETTE de la SNCF et non le management des grands prêtres, califes et vizirs qui la dirigent. Il faut donc abroger le statut des cheminots et les choses retourneront dans le… désordre !

Chaman péruvien jouant du pipeau

Pour la DETTE Publique c’est pareil : elle vient d’où ? Qui est fautif : les fonctionnaires, les services publics trop généreux dispensés par l’Etat Providence ? La politique d’austérité fait-elle payer les responsables ? Et si c’était la DETTE privée qui était responsable de l’accroissement, proclamé démesuré, de la DETTE Publique ? La DETTE Privée c’est celle des banques, lestées d’argent crédit et si mal en point qu’elles ont provoqué la crise mondiale de 2007 / 2008 . C’est le sauvetage des ces banques « too big to fail » (*), à coup d’argent public, qui a gonflé la DETTE Publique française. Pourtant ce sont les contribuables et les salariés qui subissent l’austérité. Pour expier il n’est pas nécessaire d’être coupable.

Et puis que vaut la DETTE si on la rapporte au PATRIMOINE ? Le Bambara qui possède 2000 chèvres doit-il s’inquiéter de l’argent du sac de mil qu’il doit à son épicier ? En France la DETTE publique se monte à 2000 milliards € tandis que le patrimoine cumulé, privé et public s’élève à 12.000 milliards € (cf. Piketty) : la dette est largement couverte par le patrimoine. D’ailleurs les divins Marchés Financiers ne semblent pas inquiets de notre DETTE, puisqu’ils maintiennent des taux d’intérêt bas, alors que depuis la nuit des temps le taux d’intérêt est établi en fonction du risque que le prêteur estime encourir.

Débats entre financiers en salle de marché

Enfin quel raisonnement tortueux peut-il conduire à imaginer que l’austérité, la réduction de la DETTE, débouchera sur plus de croissance économique ? N’importe quel chasseur aborigène vous le dira : s’il mange moins il pourra moins chasser et apportera moins de nourriture au clan dont la faim grandira. C’est au contraire la croissance qui permettra de réduire la DETTE

Alors pourquoi cette politique d’austérité qui ne tient pas debout ? Peut être pour tenter de masquer l’écart sans cesse croissant entre les riches et le reste des Français, entre le revenu du capital et celui du travail ?
L’austérité n’a pas de raison d’être, pour autant il ne s’agit pas de revenir à une période de consommation effrénée : la seule leçon à tirer de l’austérité c’est qu’il nous faudra apprendre de nouvelles pratiques citoyennes et une consommation plus raisonnable et raisonnée face aux changements environnementaux qui déjà nous atteignent. Le chemin de la sagesse est encore long à parcourir.

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 22/04/2018

 

(*) En Français « Trop gros pour mourir » : expression chamanique en vogue à Wall Street et largement reprise par les imitateurs européens.

 

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Ils ont contribué à cette édition :

Articles :

Marie Françoise Bondu (Aude)
Catherine Burger (Aude)
Marie Diaz (Aude)
Néry Debaker (Aude)
Jean Cordier (Hérault / Paris)
Marie Angèle Jourde (Aude)
Jean François Lambert (Aude)
Sophie Masini (Strasbourg)
Joël Raimondi (Aude)
Hubert Reys (Aude)
Curly Mac Toole (Paris)
Daniel Vexenat (Aude)
Jean Pierre Vialle (Aude)
P.W. Haut Rhin

Rédaction, Edition, Publication :

Jean Cordier
Hubert Reys

Dessins :

Martine Rominger

Coach :

Dundee

 

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Réflexions sur l’urbanisme et l’aménagement

Le territoire de Narbonne & alentours (suite)

 

Note de la rédaction

Les questions et problèmes liés à l’urbanisme et au développement de l’agglomération narbonnaise suscitent de nombreuses réflexions chez nos lecteurs et contributeurs. Par ailleurs, divers collectifs et associations se mobilisent en réaction à des projets d’investissements publics et privés, ou à tel ou tel aspect du fonctionnement de ce territoire. Une réflexion prospective, menée par l’association ECOLOCAL, tente d’esquisser ce que pourraient devenir Narbonne et ses environs, en mobilisant  habitants, professionnels et élus et en animant leurs échanges. C’est dans ce contexte riche et varié qu’il a paru opportun à la rédaction du Clairon de l’Atax de contribuer à la réflexion générale et au débat par la publication d’une série de textes émanant de contributeurs divers ou de notre équipe de rédaction.

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Les lotissements en Narbonnaise

A quelques centaines de mètres du cœur de Narbonne, fallait-il faire un tel lotissement ou des immeubles ?
Photo D .Vexenat

Des lotissements ne cessent de se créer ou de s’étendre dans la périphérie des villes françaises : le Grand Narbonne n’échappe pas à cette tendance. Une demande de logements forte et variée émane de populations très diverses où on peut distinguer : une population « locale » de niveaux de vie différents qui souhaite se loger ou se reloger et une population « externe » qui souhaite s’installer dans la Narbonnaise, attirée par ce qu’elle estime être une certaine qualité de vie (Héliotropisme). Contrairement à d’autres départements de l’arc méditerranéen, le prix du foncier est encore réputé –raisonnable-, pour un cadre physique attractif, ce qui contribue à séduire de nombreux candidats, nationaux ou européens. Les sondages et projections démographiques indiquent que ce flux d’« entrants » n’est pas prêt à cesser sa pression.

Face à cette demande, l’attitude des décideurs locaux semble paradoxale : d’un côté des élus se plaignent du manque de foncier à bâtir et de l’autre ils le gaspillent en favorisant l’expansion d’un pavillonnaire (*1) consommateur de terrains…Ainsi tel maire d’une commune périphérique qui a plus de 100 logements vacants  dans son centre village et ses quartiers périphériques, mais qui réclame de pouvoir construire des pavillons en zone inondable actuellement protégée par un PPRI (*2).

Le développement des lotissements présente actuellement un aspect anarchique et semble plus être le résultat de « coups » réalisés par des promoteurs, que l’expression d’un projet  d’aménagement articulant le municipal et le communautaire.

Cette situation écorne déjà l’image de la Narbonnaise et risque à terme de saper son attractivité.
Il s’agit donc d’analyser le phénomène dans ses manifestations locales et d’imaginer des solutions avant qu’il ne soit trop tard. Le présent article à pour ambition de contribuer à cette analyse en esquissant quelques pistes de réflexion. Il cible particulièrement le pavillonnaire destiné aux ménages des catégories sociales les plus modestes et le « petites classes moyennes » qui représentent la plus grande partie de l’offre pavillonnaire.

Un pavillonnaire diversifié dans ses aspects physiques et sociaux

« Il ne faut pas prendre bâtir, habiter comme relevant du seul domaine de la construction, mais plus généralement comme se rapportant à l’être […] Habiter c’est être… »   
                                                                                                         Heidegger : Bâtir Habiter Penser in : Essais et Conférences

Les résultats convergents de diverses enquêtes nationales (*3) montrent que vivre dans un pavillon représente le projet résidentiel de 80% des ménages français.  Ainsi une part majoritaire de l’urbanisation se fait sous forme pavillonnaire, généralement dans le cadre de lotissements. L’idée qui prévaut c’est d’être « chez soi », espace où on est à la fois libre et protégé. Cette liberté peut être ressentie jusqu’à la forme radicale du « je fais ce que je veux » qui ignore l’extérieur, les relations sociales et institutionnelles, tandis que le sentiment de protection repose souvent sur l’illusion du caractère sacré et inaliénable de la propriété privée « on ne peut pas me chasser de chez moi ». 

Cette mode de perception du pavillonnaire est particulièrement forte dans les catégories sociales les plus modestes et les petites classes moyennes particulièrement représentées dans la Narbonnaise. Il va influer sur les modes de construction de la maison, les styles de vie de ses occupants,  leurs relations sociales, leurs pratiques politiques.

Sur le mode de construction le choix s’opère entre l’achat d’un produit (de nombreuses entreprises offrent des maisons allant du « clefs en main » au « à finir soi-même »), ou le recours à l’auto-construction et à l’entre-aide. Si les classes moyennes recourent plus au « clef en mains » voire à un architecte pour une construction particulière, les petites classes moyennes et les catégories sociales les plus modestes pratique l’auto-construction partielle ou totale. Il en résulte des lotissements aux aspects très contrastés, d’autant plus que ces lotissements se limitent souvent à des terrains viabilisés et raccordés sans aucun autre aménagement.

Face au « besoin de bâtir » qui s’exprime avec force, le règlement du Plan Local d’Urbanisme ne fait souvent pas le poids, d’autant plus que les communes disposent rarement dans leurs services des capacités nécessaires en matière d’urbanisme et que les contrôles sur site sont rares voir inexistants. Et que dire des contraintes environnementales…

Ainsi émerge ici et là un tissu pavillonnaire hétéroclite qui fonctionne mal et qui contraste avec les quartiers pavillonnaires plus anciens occupés par des catégories sociales plus aisées.

Quelques illustrations de lotissements problématiques :

Taille des pavillons : compte tenu du coût de la construction (foncier inclus) et de la faible solvabilité d’une partie importante des accédants à la propriété, on construit sur des terrains de plus en plus petits, des maisons trop petites pour les ménages qui les occupent…

Photos D.Vexenat

L’aspect des pavillons : chacun construit comme il veut, comme il rêve, les pavillons sont orientés dans tous les sens, on s’enferme derrière des clôtures hétéroclites  qu’on crépit à l’intérieur sans se soucier de l’aspect extérieur  qui dévalorise l’espace public, mieux la limite entre le privé est le public est  ignorée : on y fait aboutir des  canalisations qui dégorgent sur le boulevard. Le contraste est saisissant avec les lotissements plus anciens.

Photo D.Vexenat

Les rapports de voisinage : que peuvent-ils être lorsque 2 forteresses se font face, ou que la fenêtre ouvre sur le mur du voisin situé à 2,50 m ?

Photos D.Vexenat

La vie familiale : comment se font les relations au travail, à l’école, aux commerces dans des lotissements où la question des déplacements, de la garde des enfants, etc. n’a été ni posée ni traitée, alors que le lotissement se greffe sur des voieries déjà saturées auxquelles il rajoute le trafic de ses résidents.

Lotissement branché sur une petite départementale

Que faire pour lutter contre cette dégradation du cadre bâti 
et du territoire narbonnais ?

Est-ce un problème de méthode ? Dans certains pays on ne peut pas faire de lotissement sans avoir au préalable prévu et réalisé les aménagements nécessaires à l’arrivée d’une population nouvelle : qu’il s’agisse de voieries, d’équipements scolaires , commerciaux, de transports, etc. La possibilité de ces aménagements conditionne la réalisation de ces équipements.

Est-ce un problème de « culture » ? Dans certains pays, l’enfermement derrière des clôtures serait dénoncé voire interdit, les relations de voisinages étant considérées comme nécessaires, naturels : le mot Français lotissement  se dit aux USA « Community » ! Un certain contrôle social s’exerce sur l’habitat mais il y a moins de règles formelles.

Est-ce un problème d’institutions ? Les collectivités  compétentes en matière d’urbanisme et notamment de permis de construire ont-elles les moyens et les capacités à remplir cette mission ? Faut-il laisser les autorisations de construire aux communes ? Le SCOT (schéma de cohérence territoriale) est-il efficace et en phase avec l’évolution du territoire de la narbonnaise ? Quel rôle des architectes dans les permis de construire ? A quelle échelle territoriale doit-on concevoir l’urbanisme et l’aménagement de la Narbonnaise ?

Ces questions sont posées en divers lieux, des réflexions sont en cours, il s’agit de les échanger et de les communiquer au plus large public mais avant tout de faire comprendre à nos décideurs l’urgence d’un changement de pratiques. Le mode d’habiter n’est pas sans conséquences sur le social et le politique…

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 20/04/2018

 

(*1) Ndlr : le présent article considère le lotissement, défini par le code de l’urbanisme comme : « la division en propriété ou en jouissance d’une unité foncière ou de plusieurs unités foncières contiguës ayant pour objet de créer un ou plusieurs lots destinés à être bâtis », dans sa dimension particulière du « lotissement pavillonnaire », qui est la forme la plus courante dans la Narbonnaise.
(*2) PPRI = Plan de Prévention du Risque Inondation, document administratif qui définit les règles de construction dans les secteurs susceptibles d’être inondés
(*3) Quelques ouvrages de référence :
Anne Lambert, 2015, « Tous propriétaires ! » L’envers du décor pavillonnaire, Paris,
Seuil (Liber), 278 pages.Gollac, S. 2011. La pierre de discorde : stratégies immobilières familiales dans la France contemporaine, thèse de doctorat en sociologie, Paris : École des hautes études en sciences sociales (EHESS).
Guilluy, C. 2014. La France périphérique : comment on a sacrifié les classes populaires, Paris : Flammarion

 

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Salle multimodale à Narbonne : l’association « Touche pas à mon Parc » mobilise !

 

Salle Multimodale : vue publicitaire

De quoi s’agit-il ?

Ce projet d’équipement, d’un coût annoncé de 23 millions d’Euros et dont le bien fondé n’a pas été établi par une étude sérieuse sur l’offre et la demande culturelle locales, n’a pas non plus été concerté avec les habitants. Ces derniers ont découvert avec surprise le projet une fois « ficelé », du moins ce que l’exécutif municipal a bien voulu leur laisser voir.
Il n’est donc pas étonnant que les habitants se soient insurgés contre de telles pratiques, d’autant plus que ce projet devait être installé sur une partie du Parc des sports, très fréquentée par les adultes comme par les enfants.

En réaction à ces pratiques brutales du maire, une association « loi 1901 », intitulée « Touche pas à mon Parc » (TPAMP), a été crée par de simples citoyens sans étiquette politique. Il s’agissait au départ de contester la localisation du projet mais, face à l’agressivité du maire qui tentait de disqualifier leur parole, les membres de l’association se sont progressivement investis dans l’étude du dossier. Après une étape difficile de recherche d’informations et d’analyse du projet, TPAMP est arrivé à la conclusion que la salle multimodale ne constituait pas une réponse adéquate aux besoins culturels locaux et que sa viabilité économique n’était pas démontrée.

Malgré de nombreuses actions de protestation organisés par TPAMP, dont une pétition qui avait recueilli près de 4 500 signatures (soit pratiquement 1/12ème des habitants de Narbonne), le projet a finalement été voté par le conseil municipal.

Un projet dont la contestation se renforce

Ce passage en force, loin de décourager les opposants, les a confortés dans leur détermination à s’opposer à la réalisation de cette salle multimodale. Déjà un recours en justice a été formé au nom de l’opposition municipale. De son coté, le monde associatif est divisé sur les actions à entreprendre, d’autant plus que la ville est souvent la principale source de subventions et que la municipalité actuelle se livre à une réduction drastique et peut être orientée des crédits affectés.

L’association TPAMP, de son côté,  poursuit ses actions d’information du public, au fur et à mesure de ses découvertes : qu’il s’agisse du caractère incomplet du projet (notamment les imprécisions concernant certaines parties de la construction, dont la salle annexe), ou de la non prise en compte de normes écologiques, ou encore de l’évolution des modalités de financement (montages, emprunts bancaires, vente d’actifs de la ville de Narbonne ?).

Du côté associatif, TPAMP essaye de rencontrer et de définir des actions communes avec d’autres opposants au projet.
Enfin TPAMP étudie la possibilité d’un recours en justice contre le permis de construire de cet équipement et a démarré une collecte de fonds (*) afin de financer les frais d’un tel recours.

Une journée « Tous au parc avant la démolition » devrait être organisée prochainement, à la fois pour collecter des fonds et poursuivre l’information du public. Ses modalités sont actuellement à l’étude : l’idée est de créer un rassemblement ouvert à une prise de parole des opposants au projet, des stands d’information associatifs, mais aussi des activités récréatives destinées aux familles.

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 20/04/2018

 

(*) Il est possible de faire des dons en soutien à l’action de l’association « Touche pas à mon Parc ». Pour cela il suffit d’aller sur le site de financement associatif : https://www.helloasso.com/associations/touche-pas-a-mon-parc-des-sports-et-de-l-amitie

 

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De quoi le changement de nom est-il le nom ?

Janus aux deux visages.

Au Front National, la grande affaire en ce  début du mois de mars a été le changement de nom de ce parti qui est devenu le Rassemblement National. Une exégèse approfondie permettrait d’explorer les motivations psychologiques ou politiques qui ont incité à ce changement de nom, mais ce qui est sûr et reconnu, y compris par les acteurs de cette opération, c’est qu’il est un des moyens imaginés par l’état major du FN pour sortir de la crise que subissait le parti, suite aux  présidentielles de 2017.

Le changement de nom comme solution pour sortir d’une crise : cela vaut réflexion !

A l’examen cette pratique est relativement fréquente : laissons de côté le monde des escrocs et autres criminels qui changent de nom pour échapper à la justice, on s’aperçoit qu’elle est relativement courante dans le monde politique et dans celui de l’entreprise…

Les précédents politiques sont nombreux, par exemple :

  • le RPF Gaulliste (Rassemblement du Peuple Français) disparu en 1953 suite à des échecs électoraux renait sous forme d’UNR (Union pour la Nouvelle République) dans le but de soutenir de Gaulle aux législatives de 1958 qu’elle remporte.
  • La SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière) fondée en 1905 disparait suite à son échec aux législatives de 1968 et fusionne en 1969 pour créer le PS parti socialiste
  • L’UDF (Union pour la Démocratie Française), suite à des désaccords internes sur le soutien à Sarkozy lors de la présidentielle 2007 la crise éclate et l’UDF se transforme le 10 mai 2007 en Modem (Mouvement démocrate)
  • Le RPR (Rassemblement Pour la République) créé en 1974 pour succéder à l’UNR se transforme en UMP en 2002, suite au succès de Chirac aux présidentielles pour lui trouver une majorité parlementaire soutenir puis se transforme en LR (Les Républicains) en 2015 suite aux scandales internes qui agitent l’UMP et à la volonté de Sarkozy de prendre sa revanche aux élections présidentielles de 2017 après sa déconfiture de 2012…

Le changement de nom est une pratique qui touche tous les bords politiques.

Du côté des entreprises les exemples sont aussi nombreux :

  • La SNCF va mal : on la scinde en 1999 en RFF (Réseau Ferré de France) qui gère les infrastructures et les loue à la SNCF qui fait rouler les trains. Malgré cela la SNCF va encore et toujours mal et des litiges se sont crées entre elle et RFF : alors en 2012 dans le cadre de la réunification de la SNCF, RFF prend le nom de SNCF Réseau, etc…
  • AREVA initialement appelée TOPCO est créée en 2001 par absorption de Cogema, Framatome et CEA Industries. En 2006 Cogema prend le nom d’Areva NC, Framatome prend le nom d’Areva NP et CEA industries devenu entretemps Technicatome prend le nom d’Areva TA. En 2016 suite à de nombreuses difficultés et de lourdes pertes financières Areva se restructure en séparant ses acticités : la filière combustible prend le nom d’Areva New Co, tandis que l’activité de construction des réacteurs est reprise par EDF. En janvier 2018 Areva NC, après restructuration des activités du groupe Areva autour de la filière combustible et déchets devient Orano

On pourrait se livrer au même exercice avec EDF, avec des banques, ou avec toutes sortes d’industries et d’établissements commerciaux. Mais quel est le but de ces changements de nom ? Dans certains cas ils correspondent à une réalité : par exemple un changement de nom résultant de à la fusion de plusieurs sociétés dans une entité nouvelle. Mais pour beaucoup d’autres cas le changement de nom semble surtout résulter d’une action de communication, d’un « coup de com », d’un effet cosmétique destiné à se refaire une « virginité », après avoir constaté que l’image de l’entreprise, du service ou du parti politique était devenue désastreuse auprès du public, des clients, des électeurs ou des investisseurs.

Ces « coups de com » sont-ils efficaces ?  Leurs opérateurs ne prennent-il pas le public pour un ramassis de demeurés, juste capables de gober leurs tours de passe-passe ? Il semblerait pourtant que parfois ça marche : la valse des dénominations tend à donner le tournis et à semer la confusion dans un public peu attentif aux péripéties politiques ou au fonctionnement des entreprises. Nombreux sont les gens qui pensent qu’Orange est un établissement public, voire une administration, et qui ne savent pas qu’Enedis est le successeur d’Erdf…

Mais ces changements de nom ont parfois des effets inattendus, non prévus par les agences de communication qui les conçoivent. Ainsi certains de nos lecteurs ont associé Orano à « Ora pro Nobis » : chaque ancien enfant de cœur sait que cette expression latine se traduit par « priez pour nous ». Drôle d’appellation pour un acteur majeur de notre filière nucléaire qui connait tant de difficultés !

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 23/03/2018

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Réflexions sur l’urbanisme et l’aménagement

Le territoire de Narbonne & alentours

Note de la rédaction

Les questions et problèmes liés à l’urbanisme et au développement de l’agglomération narbonnaise suscitent de nombreuses réflexions chez nos lecteurs et contributeurs. Par ailleurs divers collectifs et associations se mobilisent en réaction à des projets d’investissements publics et privés, ou à tel ou tel aspect du fonctionnement de ce territoire. Une réflexion prospective, menée par l’association ECOLOCAL, tente d’esquisser ce que pourraient devenir Narbonne et ses environs, en mobilisant  habitants, professionnels et élus et en animant leurs échanges. C’est dans ce contexte riche et varié qu’il a paru opportun à la rédaction du Clairon de l’Atax de contribuer à la réflexion générale et au débat par la publication d’une série de textes émanant de contributeurs divers ou de notre équipe de rédaction.
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L’agglomération narbonnaise et le département de l’Aude

Le département de l’Aude est l’un des plus pauvres de France. Cette situation est bien connue, répétée et parfois évoquée comme une excuse…Peu d’industries, une agriculture qui se repositionne face aux mutations qualitatives et quantitatives en cours aux niveaux national et européens, etc.  Mais ce qui semble un handicap peut devenir un atout. L’Aude n’a pas connu le même développement que les autres départements de la façade méditerranéenne française. Alors que ces départements attractifs par la qualité de vie qu’ils offraient ont pu, en sus de leurs particularités économiques, développer une importante économie résidentielle (*1) et touristique, l’Aude a été relativement épargnée par les investissements massifs qui ont saturé le littoral méditerranéen (ndlr : la station de Gruissan est la seule réalisation de la « mission Racine » dans l’Aude). Cette particularité a permis de préserver d’importantes zones non bâties sur le littoral et le peu d’enjeux immobiliers, à l’époque, a certainement facilité la mise en place de règlementations protectrices.

La situation a désormais changé : la saturation en espaces bâtis des autres départements de la façade méditerranéenne rend l’Aude et en particulier sa façade littorale de plus en plus attractive. Mais cette attractivité présente un risque : faute d’être confrontée à une stratégie de développement réfléchie, partagée et organisée, elle risque de se traduire par un développement anarchique aux conséquences sociales, économiques et environnementales néfastes.

L’agglomération narbonnaise et son territoire

Le territoire de la Communauté d’agglomération de Narbonne occupe la quasi-totalité de la façade littorale de l’Aude. Cette situation privilégiée lui confère un potentiel de développement et une attractivité remarquables. Cette attractivité se traduit au plan démographique puisque Narbonne ville moyenne de 53.462 hab. (*2) augmente sa population tandis que Carcassonne (42.865 hab.), chef lieu du département voit la sienne diminuer. Il s’agit d’une tendance lourde : dans ses indicateurs de fragilité, le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET) situe Narbonne en situation favorable de développement tandis que Carcassonne est positionnée négativement. Cette dynamique ne peut que se poursuivre : Carcassonne étant de plus en plus aspirée par le développement de la métropole Toulousaine, tandis que Narbonne, de par sa situation géographique et son potentiel de développement, est en situation d’étendre son influence sur un territoire plus vaste que celui de l’actuelle Communauté d’agglomération. Peut être faut-il alors penser la question du développement de la Narbonnaise en termes de « bassin de vie »

Le bassin de vie autour de Narbonne :

Selon la Datar (*3) le « bassin de vie » est défini comme un  « territoire présentant une cohérence géographique, sociale, culturelle et économique, exprimant des besoins homogènes en matière d’activités et de services ». Penser sérieusement le développement de la région de Narbonne implique une réflexion sur l’étendue de ces cohérences et la redéfinition d’un nouveau périmètre des pratiques et usages qui ne se superposerait pas aux découpages administratifs actuels.

A titre d’exemple il est évident qu’une partie du Minervois, située dans le département de l’Hérault, relève par ses pratiques et usages du bassin de vie narbonnais et impacte le fonctionnement et le développement de ce territoire.

La « carte » du bassin de vie narbonnais reste à faire : elle est indispensable à toute prospective mais aussi aux décisions actuelles en matière d’urbanisme et d’aménagement.

Le développement du territoire narbonnais est soumis à des contraintes fortes…

Du fait de sa géographie particulière et de l’importance des espaces naturels qui le constituent, le potentiel de développement du territoire narbonnais se situe principalement vers l’ouest et le nord ouest sur 2 axes qu’on peut situer schématiquement autour des départementales D 607 (Marcorignan, Saint Marcel, etc.) et la D 6113 (Montredon, Villedaigne, etc.). Pour autant des zones naturelles, actuellement protégées, font l’objet de convoitises qui aboutissent parfois, à la faveur de contournements divers, à l’extension des surfaces bâties.

Quelle organisation politique et technique face aux enjeux de développement et à la pression foncière croissante ?

La situation actuelle n’est pas brillante : la gestion de la ville de Narbonne tout comme celle de l’Agglomération occasionnent de nombreux conflits et mécontentements (déplacements, stationnement, constructions publiques et privées, politique culturelle, pollution, etc.).
Les dispositifs de concertation associant le public, sont peu ou pas pris en compte par des élus qui argumentent peu, justifient rarement leurs choix et suscitent ainsi le ressentiment ou le découragement (*4) de leurs administrés.

Dans les communes périphériques, le développement continu des lotissements contribue à l’accumulation des problèmes d’urbanisme qui affectent la gestion communale mais débordent aussi à l’échelle de l’ensemble de l’agglomération.

On peut alors se poser la question de la capacité des organisations politiques communales et intercommunales actuelles, ainsi que de celle de leurs services administratifs et techniques, à gérer la situation et à maîtriser les outils d’une politique cohérente de développement.

L’impression qui prévaut est qu’en l’absence d’une stratégie arrêtée et partagée, le développement de la Narbonnaise se fait à la remorque des projets particuliers d’investisseurs privés, où le souci de l’intérêt public reste très secondaire, lorsqu’il n’est pas totalement absent.

La question des lotissements

La réalisation de lotissements est soumise à des pressions qui s’exercent de manières diverses : en fonction du besoin de logements d’une population autochtone ou exogène, du souci des élus de développer leur commune par un apport de population nouvelle, de loger une population autochtone dont les conditions d’habitation plus adaptées à ses besoins, de préserver par l’arrivée de nouveaux habitants l’existence d’un certain nombre de fonctions d’intérêt public ou économique, ou encore en raison d’une opportunité foncière permettant à un investisseur ou un promoteur de réaliser des profits, etc. .

Ces besoins peuvent correspondre à une réalité objective et justifier la construction d’un lotissement, mais aussi représenter une fausse bonne solution : ainsi l’ajout de nouveaux logements ne résout pas forcément le déclin d’une commune. De plus, et particulièrement dans les zones périurbaines, l’impact d’un lotissement ne se limite pas à la seule commune où il est implanté mais à un territoire plus vaste où il interfère sur les déplacements, les fonctions économiques (travail / commerce / services), sociales, culturelles…

Face aux pressions des divers lotisseurs, il existe un ensemble de documents d’orientation et/ou de règlementation (SCOT, PLU, SDAU, etc.), plus ou moins compris et respectés dans la pratique (cf. = implantations et constructions non règlementaires, cabanisation, etc.). Ainsi l’usage du foncier tend à ne plus être contrôlé par les pouvoirs publics, quand, pire encore, ceux-ci ne se laissent pas circonvenir par des pressions diverses, accordent de leur propre chef des dérogations à la règlementation et encouragent des aménagements en contradiction avec des logiques de cohérence territoriale…

Ces pratiques contestables posent la question du niveau auquel doivent se situer les compétences des collectivités en matière d’urbanisme et de permis de construire : au niveau communal, de l’agglomération, d’un bassin de vie, etc. ? Cela pose aussi la question des moyens techniques qui permettent de définir des politiques de développement territorial, des les traduire par un cadre règlementaire, d’en soutenir la réalisation opérationnelle, d’en assurer le suivi et le contrôle.

Ces questions ne sont actuellement pas résolues dans l’agglomération narbonnaise ; certaines solutions impliqueraient des modifications institutionnelles, d’autres plus immédiates et moins délicates au plan politique, impliqueraient l’amélioration de la coopération intercommunale, appuyée sur l’utilisation d’un outil technique partagé  d’études et de propositions ; ce que pourrait être une agence d’urbanisme taillée à l’échelle du bassin de vie de la narbonnaise.

En tout état de cause la situation actuelle ne peut plus perdurer : le développement anarchique du cadre bâti consomme abusivement le foncier disponible sur le territoire du Grand Narbonne, produit souvent des constructions de qualité médiocre, perturbe le fonctionnement de certaines infrastructures (réseau routier / déplacements/ stationnements / transports), déstabilises des finances communales, aggrave les problèmes environnementaux. Ainsi le cadre de vie, qui constitue encore un atout pour le développement de l’Aude et de l’agglomération narbonnaise, risque d’être progressivement grignoté par le jeu incohérent des intérêts particulier et perdre définitivement son attractivité…

Dans une prochaine édition nous illustrerons par des exemples concrets ces mauvaises pratiques dans l’aménagement du territoire et tenterons d’esquisser des solutions « aussi réalistes que possible »…

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 17/03/2018

 

(*1) Economie résidentielle = ensemble des activités destinées à satisfaire la population locale
(*2) données INSEE 2018
(*3) DATAR = Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire. Source de la définition : glossaire de la Datar
(*4) Courriel d’un habitant narbonnais : Fac similé citoyen 41

 

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Ils ont contribué à cette édition :

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Rédaction, Édition, Publication :

Jean Cordier
Hubert Reys

Coach :

Dundee

 

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Meuh !

« Meuh » de François Morel, Denoël, collection Folio, 143 pages, 5,49 €

Les vaches qui ont lu Rainer Maria Rilke ne se comptent même pas sur les doigts de la main ! Et si on considère celles qui l’ont lu en allemand…il y en a encore moins !
Pourtant il n’y a pas de quoi pavoiser chers lecteurs : combien d’entre nous ont lu du Rilke ? En Version Originale ?
François Morel nous raconte l’histoire d’un être qui a lu « Lettres à un jeune poète » de R.M.Rilke ; pourquoi est-ce un « être » lecteur ? Parce que ce personnage change : il se transforme. Quand on est adolescent quoi de plus normal que de se transformer, au physique comme au mental : la littérature abonde d’histoires sur le sujet. Mais il s’agit là d’une transformation un peu particulière, en tout cas suffisamment spectaculaire pour qu’un certain Frantz K. habitant la belle ville de Prague conseille de changer le mot « transformation » et de lui préférer « métamorphose ».
Se métamorphoser c’est changer de forme au point de ne plus être reconnaissable, c’est justement ce qui était arrivé à Prague à un certain G.Samsa qui se réveille soudain sous la forme d’un monstrueux insecte…

Ce qui arrive au héros de Morel, un « ado » de Rochebrune, chef lieu de canton traversé par la Flangette, un affluent de la Mouivre, n’est pas si brutal : il se transforme progressivement en une splendide vache de 800 kilos nommée Blanchette…
Y a-t-il plus bel apprentissage de la vie  que ce parcours où l’on change d’espèce et de genre pour observer le monde d’un autre point de vue ?  Ne vaut-il pas mieux, vache parmi les vaches, voir passer les trains et les hommes depuis l’enclos d’une prairie bien grasse, que de s’avachir, boutonneux décérébré, au fond d’un bus scolaire en tripotant sur son smartphone un vocabulaire de 200 mots à l’orthographe approximative ?

François Morel à écrit ce roman avec talent et finesse et l‘humour qu’il y déploie ouvre sur d’étonnantes profondeurs philosophiques…Un livre qui détend, amuse, instruit : que demander de plus !

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 08/03/2017

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