Mauvais temps pour le 3ème secteur de l’économie !

La disparition d’une partie importante du monde associatif serait catastrophique. acteurs incontournables de l’économie, elles sont aussi un contributeur essentiel au bien être social, pourtant nos gouvernants actuels ne semblent pas comprendre et reconnaître le rôle essentiel que joue cet acteur prépondérant du 3ème secteur de l'économie dans le fonctionnement du pays.

A côté du secteur public et du secteur privé à but lucratif, il existe un monde plein de vitalité, grouillant d’initiatives et composé de multiples acteurs : des individus, des associations, des fondations, des ONG, des organisations philanthropiques ou  religieuses, etc. Certains économistes ont qualifié ce monde de 3ème secteur de l’économie.
Ce qui distingue les instances et organisations qui le composent, c’est qu’elles sont construites sur la base du volontariat et, du moins pour leurs  promoteurs, sur la base du bénévolat. Ce troisième secteur peut être compris comme une émanation dynamique de la société civile, qui fonctionnerait dans une certaine indépendance par rapport à l’État et au marché. Une certaine indépendance, parce que ce réservoir d‘idées et d’activités est parfois convoité par le secteur public qui y voit le moyen de relayer à peu de frais son action, tandis que le secteur privé y décèle de nouvelles sources de profit.

Bénévoles  : image par Laura Shaw de Pixabay

Le 3ème secteur, un acteur économique et social révélée par les crises ?

En 2009 la France est à son tour gravement frappée par une crise économique mondiale, déclenchée en 2007 aux USA, par la crise dite des « subprimes ». Cet effondrement de l’économie mondiale a jeté momentanément le doute sur le bien fondé des principes néolibéraux qui régissaient le marché et les milieux d’affaire se sont inquiétés. Etait-ce leur crédo néolibéral de « La main invisible du marché », où la conjonction des intérêts particuliers était censée aboutir à l’établissement du bien commun, qui ne fonctionnait pas ou plus et s’avérait faux ? Plutôt que de rechercher la cause du mal, on a choisi de changer de « thermomètre »
C’est ainsi que Nicolas Sarkozy, alors président de la République, avait chargé, au début 2008, une commission pilotée par des économistes prestigieux : les prix Nobel Joseph Stiglitz, Amartya Sen, et le professeur Jean Paul Fitoussi, alors président de l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques), de réfléchir à la pertinence des outils employés pour mesurer les performances économiques et le progrès social du pays. Le PIB semblait être remis en cause, car trop quantitatif et trop comptable, il ne semblait pas être en mesure de rendre compte de l’évolution du bien être social.

Mais ce qui est ressorti des travaux de cette «Commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social » (1) , ce sont non seulement des recommandations méthodologiques visant à une appréciation plus fine des évolutions économiques et sociales, mais aussi l’affirmation qu’il était nécessaire d’étendre le champ des investigations à un vaste domaine, jusque là peu ou pas pris en compte : celui des activités non marchandes.
Toutes ces activités qui relèvent du 3ème secteur étaient mises en lumière : comment mesurer leur apport dans l’économie générale, quel était leur rôle et leur impact dans l’évolution du progrès social.

Ces recommandations n’ont cependant pas eu beaucoup de suites, ni sous le mandat de Sarkozy, ni sous celui de Hollande. Et voici que sous le mandat de Macron, une nouvelle crise planétaire, celle de la Covid 19, frappe durement la France et les économies européennes. L’appareil productif est sinon stoppé, du moins fortement freiné. Une fois encore le modèle néolibéral mondialisé est remis en cause, de façon plus spectaculaire encore qu’en 2008/2009 ; l’économie ne fonctionne pas comme prévu ! Le dogme s’effondre par pans entiers, tandis que l’État/Macron, qui s’en réclame, apparait comme incapable de gouverner ; sa gouvernance se réduisant à des mesures « à postériori », qui courent après les faits, sortes de rustines qui tentent d’endiguer l’extension du mal, tout en veillant à ne pas prendre des décisions qui s’écarteraient trop des ornières de la doxa néolibérale.

Ainsi, face à la réalité d’un système de santé exsangue qui éprouve de grandes difficultés à faire face à la pandémie et à ses conséquences, ce qui est d’abord révélé c’est l’imbécilité, voire le caractère mortifère, des politiques de démontage des services publics. Ce qui est ensuite mis en évidence c’est que « si ça tient encore un peu », c’est par ce que les acteurs de terrain du système de santé produisent un effort exceptionnel, qui a fort peu à voir avec des considérations marchandes, mais plutôt avec l’amour d’un métier, l’éthique professionnelle et la solidarité…
Cette démonstration n’a hélas pas été comprise par l’État /Macron qui est reste englué dans la mise en œuvre d’un modèle économique étranger au réel. Ainsi le 7 novembre dernier, les députés de sa majorité ont voté la poursuite de la politique de réduction des moyens de l’hôpital public et de la lutte contre la désertification médicale. Le calcul est simple : l’évolution des dépenses de santé, liée aux besoins de la population est évaluée à + 4% /an, alors que le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2021 ne devrait pas dépasser + 2,4%…Une économie supplémentaire de 1,5 à 2% est ainsi actée pour 2021, parce que dans l’esprit de nos macronistes et de leurs affidés, si le système de santé continue à fonctionner, ce n’est pas à cause du dévouement de ses acteurs de terrain, c’est que ses moyens sont largement suffisants mais mal employés et peuvent donc encore être « rationalisés » !

Ce qui se passe en matière de santé publique, se passe pareillement dans d’autres domaines. L’action de nos gouvernants néolibéraux, qui prétendent rationaliser, numériser, dématérialiser, améliorer la qualité des services publics, etc., à t’elle vraiment contribué à une augmentation du bien être social ? Ne seraient-ce pas plutôt toutes ces initiatives particulières ou associatives, qui pallient la déroute momentanée de l’économie de marché, grâce aux  actions  de solidarité qu’elles produisent ou soutiennent ?

Les associations, acteurs essentiels du 3ème secteur de l’économie, peu soutenues par l’État.

 Les recommandations de la commission « Stiglitz, Sen, Fitoussi » n’ayant pas été suivies d’effets, le rôle et la place du 3ème secteur dans les performances économiques et l’amélioration du bien être social, ne peuvent être qu’évalués. Pour les associations pourtant, les données ne manquent pas.
En 2018, les associations employaient en France près de 1.850.000 salariés : c’est un employeur majeur de notre pays. En tant qu’employeurs, elles subissent les effets de la crise de la Covid 19, au même titre que les entreprises privées et la suspension de leurs activités impacte aussi leurs ressources. Selon le « Mouvement associatif », la première vague de l’épidémie a contraint les 2/3 des associations à suspendre leurs activités ou à les modifier. Ce même mouvement estimait des pertes en ressources financières à hauteur d’1,4 milliards € pour les mois de mars et avril 2020. Les associations étant financées par les cotisations et les recettes liées à leurs activités, mais aussi par les collectes, les dons et les subventions des pouvoirs publics, les périodes de confinement stoppent leurs activités et diminuent d’autant leurs recettes, mais aussi la possibilité d’organiser des collectes ou de solliciter des dons. A cela s’ajoute le recul ou le report des adhésions, donc le paiement des cotisations qui représentent en moyenne entre 20% et 30% des ressources annuelles. Enfin le bénévolat s’est réduit en raison des précautions prises face au risque de contamination.
Selon les estimations du Mouvement associatif, 4000 associations-employeurs risquent ainsi de disparaitre, tandis que le plus grand nombre connaîtra d’importantes difficultés financières. Face à cela l’État maintient les subventions prévues, mais cela s’avère insuffisant, car l’économie associative repose majoritairement sur des recettes privées (2). Il est donc nécessaire que les mesures de soutien à l’économie marchande soient étendues au monde associatif et que ses pertes massives de recettes soient compensées par l’État. Mais le soutien au monde associatif, annoncé, voire proclamé par le gouvernement, reste bien timide et tarde dans sa mise ne œuvre. Dans des domaines aussi variés que le sport, la culture ou l’action médico-sociale, des associations souvent petites, à l’activité assurée par des bénévoles, ne sont actuellement que peu prises en compte par le plan de soutien à l’économie élaboré par le gouvernement. Les sommes promises au secteur de la culture comme à celui du sport tardent et ne semblent pas en mesure d’enrayer la disparition de nombre d’entre elles (3). La disparition d’une partie importante du monde associatif serait catastrophique : début 2020 le nombre des associations était estimé à 1,5 millions et leur poids économique à 113 milliards € soit 4,65 % du PIB. Acteurs incontournable de l’économie, elles sont aussi un contributeur essentiel au bien être social, pourtant nos gouvernants actuels ne semblent pas comprendre et reconnaître le rôle essentiel qu’elles ont dans le fonctionnement du pays.

Peut-on laisser dépérir le mouvement associatif et plus généralement ne pas reconnaitre l’importance du 3ème secteur dans l’activité économique et le maintien du lien social ? Peut-on concevoir une société capable de performances économiques, alors que le  lien social se déliterait ? Peut-on imaginer une société qui se réduirait à un fonctionnement uniquement marchand ? Le pragmatisme de certains de nos gouvernants sera-t-il en mesure de faire tomber les œillères néolibérales de leurs collègues ?

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 17/11/2020

 

 

 

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Notes:
  1. synthèse com Stiglitz_fr
  2. plus de 50% selon le président du Mouvement associatif
  3. selon P. Jahsan président du Mouvement associatif, 90% de l’activité culturelle en France serait assurée par de petites associations
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