La fiabilité de la filière nucléaire française ne s’améliore pas !

On pensait que les leçons de la catastrophe de Fukushima avait été retenues. Rien n'est moins sûr 10 ans après.

Chronique d’une catastrophe annoncée (suite)

Le discours officiel est rassurant : après une période de « creux » où on ne construisait plus de centrales nucléaires, où les personnels expérimentés étaient partis à la retraite, un certain savoir-faire s’était perdu ; cette situation avait généré divers incidents sans toutefois générer des problèmes majeurs en termes de sureté et de sécurité qui auraient pu mettre la population en danger ; mais les acteurs du nucléaire ont réagi, se sont restructurés, se sont formés et à présent ils disposent des qualités nécessaires pour assurer à la fois la prolongation de la vie des réacteurs de 40 à 50 ans et la construction de nouveaux EPR.
Mais la réalité apporte un démenti permanant à ces affirmations lénifiantes : les incidents techniques se succèdent, de nouveaux défauts de fabrication ne cessent d’être découverts et les promesses de renforcement des procédures de sécurité ne sont pas tenues.

Exercice d’alerte dans une usine d’eau lourde (-Image par Eugen Visan de Pixabay)

 

Une inspection surprise à la centrale de Flamanville montre des failles dans la mise en route de l’organisation de crise.

Les faits :
La centrale nucléaire de Flamanville dans la Manche, compte deux réacteurs en fonctionnement et un EPR en construction. Fin juin 2017, l’ASN avait demandé à EDF l’exploitant de la centrale de mettre à jour  son plan d’urgence interne, au plus tard pour début 2021.
Par un communiqué de l’ASN publié le 3 mars révèle qu’une inspection surprise faite dans la nuit du 11 au 12 janvier 2021 avait permis de constater qu’en cas d’aléa EDF n’avait pas réagi dans le temps imparti.
L’inspecteur en chef de l’ASN, Christophe Quintin, accompagné de 5 inspecteurs a déclenché un exercice surprise qui simulait de fortes chutes de neige  « entrainant une arrivée importante de matières dans le canal d’amenée, conduisant à son colmatage, et au final dégradant les dispositifs prévus pour le refroidissement du réacteur ». Cette simulation d’une situation qualifiée d’extrême par l’ASN avait eu un précédent « réel » : en 2013 l’usine de la Hague avait été coupée du monde pendant 2 jours suite à de fortes chutes de neige, jusqu’à ce que l’armée dégage la route
Selon C. Quintin « Ce scénario implique que certains salariés d’EDF doivent réaliser des missions qui ne sont pas les leurs habituellement. Or, l’inspection sur place a montré que les formations et les outils étaient insuffisants pour y parvenir. Les délais de mise en route de l’organisation de crise ont donc été beaucoup trop longs « .
En cas d’évènement grave les procédures de mise en place de l’organisation de crise prévoient que 5 organisations soient alertées dans un délai d’1 heure. Il s’agit de l’équipe de conduite de la centrale qui est en activité, du préfet de département, des experts des services centraux d’EDF, de l’ASN et de l’IRSN. Lors de l’exercice se simulation dans la nuit du 11 au 12 janvier, il a fallu 2 h30 selon C. Quintin pour que ces 5 instances soient prévenues !

Ce dysfonctionnement dans la prise en charge d’un aléa majeur n’est pas sans rappeler la désorganisation et les retards qui ont perturbé l’organisation des intervenants lors de la catastrophe de Fukushima en 2011. On pensait que les leçons tirées de cette catastrophe qui avait choqué l’opinion et renforcé les mesures de sûreté dans les centrales, permettraient d’éviter ce genre de désorganisation : ce n’est manifestement pas le cas !

Lettre de l’ASN à EDF suite à l’inspection surprise :INSSN-CAE-2021-0218

EPR de Flamanville : 3 nouvelles soudures déclarées non conformes

Tuyauterie de réacteur nucléaire (Image par Mike Goad de Pixabay)

Le 16 mars dernier l’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire) a annoncé que 3 soudures situées sur le circuit primaire principal de l’EPR en construction ne respectaient pas toutes les exigences destinées à réduire les risques de rupture. Le circuit primaire principal fait circuler de l’eau à très haute température, chauffée par la fission du combustible nucléaire. Ce circuit est constitué d’un ensemble de tuyaux et récipients assemblés par des soudures spéciales.
Il a été constaté que l’ensemble des exigences censées assurer le caractère hautement improbable de cette rupture, n’ont pas été respectées lors de la réalisation de ces soudures. En fait la dimension des raccords  reliant les différents éléments du circuit primaire a été augmentée ce qui augmenté mécaniquement le périmètre des soudures à réaliser et donc le risque de brèche. Selon l’ASN, EDF et l’opérateur Framatome « n’ont alors pas identifié que la taille de la brèche à prendre en compte en cas de rupture de cette soudure devenait alors supérieure à celle considérée dans les études de sûreté ».  (1) Alors que les problèmes de soudure sur les tuyauteries des circuits de l’EPR sont connus depuis 2017, EDF n’a signalé les défauts de ces 3 soudures qu’en décembre 2020…

Prolongation de vie des réacteurs nucléaires :

L’ASN a donné le 23 février 2021 son accord de principe à l’exploitation des réacteurs nucléaires de 900 MW  au delà des 40 ans de fonctionnement initialement prévus. Toutefois chaque réacteur sera examiné individuellement et la décision finale sera prise lors de la 4ème visite décennale règlementaire en fonction de la réalisation des travaux prévus par EDF et de l’observation par l’exploitant des prescriptions de sécurité fixées par l’ASN.

L’autorisation de prolongation de l’exploitation du  réacteur N°1 de la centrale du Tricastin devrait être la 1ère à être examinée par l’ASN en 2022.

Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 20/03/2021

 

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Notes:
  1. Ndlr : Cela semble pourtant procéder d’un raisonnement accessible à un élève de CM2 !

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