Curly Mc Toole

Nucléaire : l’usine Framatome du Creusot peut redémarrer

Usine Framatome Creusot Forge

L’ASN « maintient à ce stade une surveillance renforcée de l’usine » et stipule que « lors de la reprise des fabrications, le forgeage de chaque type de composant (virole, calotte, tuyauterie, etc.) devra faire l’objet d’une qualification technique préalable, instruite par l’ASN, afin de s’assurer de la capacité technique de l’usine ».

On ne peut pas dire que la confiance règne. Rappelons que des centaines de pièces défectueuses avaient été produites par cette usine alors propriété d’AREVA. Cette société avait de plus commis des irrégularités dans le contrôle de fabrication pour cacher ces malfaçons. On sait, depuis des révélations d’AREVA en 2016, que ces irrégularités et malfaçons concernaient des centaines de pièces (environ 400) produites par cette usine depuis 1965 !

La marque Framatome  a été ressuscitée en 2018, après que l’usine a été reprise par EDF dans le cadre du sauvetage d’AREVA NP.
Pour remonter la pente et produire des pièces dans des conditions de qualité et de sûreté suffisantes, Framatome s’est engagé auprès de l’ASN à revoir les évaluations et la formation en matière de sûreté et de métallurgie, mais aussi les procédures de conception, de test et de fabrication, ce qui impliquera des investissements de plusieurs millions d’euros au cours des prochaines années.

Il semblerait que l’on revienne de loin, mais tout cela engage une fois de plus de nouveau coûts pour maintenir un mode de production d’énergie électrique de plus en plus contestable et contesté.

Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 17/02/2018

 

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Nucléaire, chronique d’un désastre annoncé  – Le traitement des déchets nucléaires n’est toujours pas maîtrisé

CIGEO est un projet français de stockage souterrain des déchets radioactifs de moyenne activité à vie longue (MA-VL) ou de forte activité (HA), dans des couches géologiques profondes réputées stables dans la durée. Depuis plus de 20 ans, des recherches relatives à ce projet sont menées en laboratoire à Bure, dans le département de la Meuse. Il s’agit à présent de passer du stade laboratoire au stade industriel. Pour cela, une demande d’autorisation de création devrait être déposée par l’ANDRA auprès de l’ASN en 2019.

L’ASN a émis, le 15 janvier dernier, son avis sur la sûreté du dispositif de stockage des déchets nucléaires CIGEO (consulter ici le document). Cet avis est complété par une lettre adressée à l’ANDRA, qui est en charge de CIGEO. Cette lettre précise les compléments d’étude et les dispositions nécessaires pour l’obtention du feu vert de l’ASN.

L’ASN souligne les avancées du dossier présenté par l’ANDRA, qui « a atteint dans son ensemble une maturité technique satisfaisante« . Le dossier actuellement présenté est « documenté et étayé » et il « constitue une avancée significative par rapport aux précédents dossiers« . Pour autant, l’ASN souhaite que certains points du dossier soient retravaillés par l’ANDRA, notamment en ce qui concerne la sécurité du stockage de certains déchets radioactifs de moyenne activité à vie longue (MA-VL), conditionnés dans des colis bitumés, qui représentent 18% de l’inventaire des déchets radioactifs destinés à être enfouis.

Ces colis bitumés, qui ne sont pas stables d’un point de vue chimique, dégagent de la chaleur et présentent des risques d’inflammation (réaction exothermique). La conception actuelle de leur stockage dans les galeries profondes de CIGEO risque de compromettre la sûreté de l’installation et, selon l’ASN, les dispositions de stockage actuellement prévues par l’ANDRA « ne permettent ni de prévenir ni de limiter les risques à un niveau acceptable en cas de réaction exothermique à l’intérieur d’un colis de déchets bitumés« .

L’ASN propose deux options pour résoudre ce problème :

  • soit les colis bitumés sont reconditionnés de manière à ne plus présenter de risque de réaction exothermique,
  • soit le centre de stockage souterrain CIGEO est modifié et agrandi pour assurer un espacement suffisant des colis bitumés et éviter qu’un incendie ne se propage d’un colis à l’autre.

Dans les deux cas, ce sont les usines qui détiennent actuellement ces déchets radioactifs qui seraient appelées à financer la solution retenue (reconditionnement des colis bitumés ou modifications nécessaires à la mise en sécurité de l’installation Cigéo).

L’ASN serait cependant plus favorable à la première solution (reconditionnement des colis). On la comprend : comment peut-on imaginer enfouir pour une durée longue des colis instables, alors qu’il est difficile de prévoir comment, sur une longue durée, le centre CIGEO sera géré ? Et de préciser, à propos du stockage de ces colis dans leur état actuel, « la deuxième voie ne pourrait être retenue que pour des colis de déchets bitumés suffisamment caractérisés permettant une modélisation de leur comportement en stockage« . Ce qui revient à dire qu’aujourd’hui on ne sait pas comment les réactions chimiques internes à ces colis bitumés peuvent évoluer dans le temps !

Ce risque d’incendie est d’autant moins négligeable que de tels événements se sont déjà produits dans au moins 2 sites de stockage. L’IRSN, qui est l’organe public technique chargé d’instruire les dossiers soumis à l’ASN, avait déjà signalé, lettre adressée à l’ASN, ces risques d’incendie liés aux déchets de moyenne activité à vie longue (MA-VL) enrobés dans du bitume. L’IRSN ajoutait qu’en cas d’incendie, « un rejet important d’activité dans l’environnement ne peut être exclu » !

Ces compléments demandés par l’ASN ont un coût qui pèsera sur l’option finalement choisie.
Dans la filière française du nucléaire, où beaucoup de solutions aux problèmes posés ne sont pas encore connues ou maîtrisées, ce sera aux opérateurs (EDF, AREVA, ANDRA) de financer la solution retenue pour CIGEO. Et le coût sera important, quelle que soit cette solution. Ainsi, en cas d’enfouissement des colis bitumés dans leur état actuel, le feu vert ne sera donné à CIGEO que si les trois dispositifs suivants sont mis en place :

  • dispositif permanent de surveillance et de détection rapide de la montée en température des colis (on imagine ce que cela veut dire sur une durée longue),
  • dispositif empêchant la propagation de l’incendie en cas d’inflammation de l’un des colis,
  • dispositif empêchant la dispersion de la matière radioactive en cas d’incendie.

Déjà des dérapages financiers, habituels en France lors de la réalisation des grands projets, se profilent pour CIGEO. Un décret de janvier 2016 fixait, pour ce projet, un objectif de coût de 25 milliards €. Mais, selon les choix d’aménagement retenus et avant les corrections demandées par l’avis de l’ASN, cette somme, pourrait selon la Cour des comptes, évoluer jusqu’à un coût final de 43,6 milliards € !

Dans l’industrie nucléaire, où la question de la sécurité est particulièrement importante, l’arbitrage entre rentabilité et sécurité publique ne devrait pas faire problème. On peut pourtant se demander, compte tenu des péripéties concernant la cuve de l’EPR EDF de Flamanville ou les générateurs de vapeur forgés par AREVA, si le choix des entreprises privilégie la sécurité publique. C’est aussi le cas pour CIGEO : certes le dispositif de contrôle et d’accompagnement assuré par l’ASN et l’IRSN semble fonctionner avec efficacité dans la détection des risques et la proposition de solutions palliatives, mais on ne peut que s’inquiéter en constatant que les opérateurs industriels, qui disposent eux aussi de capacités d’étude et d’analyse du risque, s’apprêtaient à stocker des déchets suffisamment instables pour provoquer des incendies risquant de disperser des matières radioactives dans l’environnement !

Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 16 / 01 /2018

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« Brèves du Clairon »

Emmanuel Macron, Président de la République, s’engage sur la fermeture des centrales à charbon

C’est lors d’un entretien télévisé sur France 2 le 18 décembre 2017, que le Président de la République a présenté ses priorités quinquennales en matière d’énergie.
Emmanuel Macron a réaffirmé d’abord vouloir en priorité de fermer les centrales à charbon françaises d’ici la fin de son quinquennat. La réduction de la part du nucléaire viendra en second plan. Par ailleurs Emmanuel Macron a estimé que « La France est en retard sur les énergies renouvelables. » Ce sera son troisième chantier en matière d’énergie. « On va accélérer », a-t-il assuré.

La ministre des Transports annonce le lancement d’un plan vélo

Elisabeth Borne a déclaré en clôture des Assises de la mobilité le mercredi 13  décembre que la France allait se doter d’une réelle politique du vélo. Ce nouveau plan vélo ambitionne sera présenté au public début février 2018.
« Quand on sait que 75% des déplacements font moins de 5 km, il faut arrêter de regarder le vélo avec condescendance en considérant que c’est un sujet mineur », a déclaré la Ministre.
Ce plan vélo portera sur l’ensemble des aspects du sujet : santé publique, infrastructures, éducation fiscalité…, a promis Mme Borne qui a aussi indiqué que la prime à l’achat d’un VAE serait rétabli dans le cadre de la loi de finances pour 2018.

Des ONG attaquent devant le Conseil d’Etat l’avis validant la cuve de l’EPR de Flamanville

4 associations écologistes ont déposé un recours au Conseil d’Etat le jeudi 30 novembre contre l’avis du 10 octobre 2017 de l’Autorité de Sureté Nucléaire (ASN). Selon cet avis l’anomalie du fond et du couvercle de la cuve du réacteur de Flamanville (Manche) n’est « pas de nature à remettre en cause la mise en service ». Le Réseau Sortir du nucléaire, Greenpeace, le Comité de réflexion d’information et de lutte anti-nucléaire (Crilan), Stop EPR  ni à Penly ni ailleurs, demandent au Conseil d’Etat de remettre en cause cet avis qui constitue une dérogation permettant la mise en service de l’EPR.
Ces associations, rappellent que la cuve est une partie ultra sensible des réacteurs nucléaires où « la rupture est censée être absolument exclue ». Selon les 4 plaignants cette éventualité ne peut être exclue si on se réfère aux analyses effectuées par AREVA qui les a construites.

                                             Hubert Reys, Curly Mac Toole, Louise B Velpeau pour le Clairon de l’Atax le 18/12/2017

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Comment EDF compte prolonger la vie de ses centrales nucléaires sans que leur sécurité puisse être validée.

Le 7 novembre dernier Nicolas Hulot annonçait, en sortant d’un conseil des ministres, qu’il serait difficile de tenir l’engagement de réduction de 75 % à 50% à l’horizon 2025 de la part du nucléaire dans la production d’électricité. Pourtant cet objectif était inscrit dans la loi de transition énergétique votée en 2015. E. Macron en avait fait un des engagement de sa campagne. Alors que se passe-t-il ? Comment une loi votée en 2015 peut-elle voir un de ses objectifs principaux  périmé en 2017 ? Cela fait pour le moins désordre ! Ce « rétropédalage » de nos gouvernants, assorti d’une communication massive le présentant comme un choix rationnel, tout en brandissant la menace d’un retour aux centrales à charbon polluantes en cas de manque d’électricité « nucléaire », serait-il une nouvelle péripétie du rapport de force opposant le lobby de l’industrie nucléaire à l’État ? EDF dont l’État détient 83,4 % des actions, semble n’en faire qu’à sa guise : ainsi, dans une opacité complète et en toute discrétion, EDF va prolonger la vie de ses centrales au-delà de 40 ans sans que l’examen complet de sûreté, obligatoire à ce terme, soit effectué par les services de l’État !

Les données du problème :

Sur les 58 réacteurs actuellement en service, 34 dépasseront les 40 ans avant 2025. Cette limite d’âge n’était pas fixée lors de leur construction, mais l’observation de leur usure suite aux contraintes dont elles étaient l’objet, a conduit les autorités à fixer cette échéance de 40 ans. EDF avait initialement pour objectif de remplacer ses centrales au bout de 40 ans par des centrales de nouvelle génération, mais en 2009 l’entreprise change de politique et déclare continuer leur exploitation au-delà du délai prévu !

Pourquoi ce changement ?  Les causes sont multiples : au plan économique de nombreux coûts de fonctionnement, initialement non prévus, sont apparus ; après divers accidents nucléaires, l’obligation de respecter de nouvelles normes de sécurité a nécessité des investissements importants ;  le chantier de l’EPR, réacteur de nouvelle génération s’est révélé plus compliqué que prévu et a accumulé les retards, etc.

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) (*1), qui est le bras armé de l’État chargé du contrôle des installations nucléaires, fixe alors des conditions à la prolongation du fonctionnement des réacteurs au-delà des 40 ans. Il s’agit d’un programme d’amélioration de la sûreté des installations qui vise à amener celles-ci à un niveau de sureté comparable à celui (ndlr : théorique) prévu pour les EPR (*2). Ce programme est consigné dans un document de référence qui établit les niveaux de sûreté que les réacteurs et leurs équipements devront atteindre pour être autorisés à fonctionner 10 ans de plus.  La loi prévoit en effet que, tous les 10 ans, une visite complète de sécurité (nécessitant l’arrêt des réacteurs pendant plusieurs mois) soit faite en examinant tout les éléments de chaque réacteur. De plus, en 2015, la loi de transition énergétique impose une enquête publique à l’occasion de la 4ème visite décennale.

Ces travaux d’amélioration de la sûreté des réacteurs sont importants et coûteux : EDF les estime à 1 Mds € par réacteur, tandis qu’une étude commanditée par Greenpeace situe ce même coût entre 3 et 4 Mds € !

Ces montants s’expliquent par l’importance des vérifications et remplacements à faire sur le matériel existant (cuves des réacteurs et des enceintes de confinement, des piscines de stockage du combustible usé, des systèmes d’alimentation électrique et de refroidissement, etc.), mais aussi pour satisfaire de nouvelles exigences basées sur l’expérience acquise suite aux catastrophes de Three Miles Island, Tchernobyl et récemment Fukushima (comment résister à des séismes, des tempêtes, des inondations, de la sécheresse, aux changements climatiques).

Explosion dans la centrale de Fukushima 2011

 

EDF est-elle en mesure de faire les changements nécessaires dans les délais légaux ?

Apparemment non !

L’ASN ne pourra pas se prononcer comme prévu sur les conditions de prolongation des réacteurs en 2018 (sous forme d’un avis générique de l’ASN),  car EDF n’a pas été en mesure de lui fournir les informations nécessaires à la date prévue par la loi. Julien Collet, directeur général adjoint de l’ASN, interviewé par Médiapart, déclare « C’est un travail de très grande ampleur, le réexamen dure plusieurs années. EDF nous a transmis des éléments et en transmettra d’autres. Par rapport au planning prévu, cela a pris quelques mois de retard. Ça décale d’autant la fin de l’instruction. » Tandis que Pierre-Franck Chevet, président de l’ASN déclare aux députés : « les questions se sont avérées particulièrement compliquées, nécessitant du travail d’abord chez EDF. Il y a une partie qu’on attend de leur part. Et c’est l’arrivée de ces dossiers qui conditionne ensuite notre prise de position ».

L’ASN estime qu’une réglementation autorisant la remise en service de réacteurs de plus de 40 ans d’âge ne pourrait être opérationnelle qu’en 2021, au moment où 22 réacteurs auront dépassé leur date limite de 40 ans.

Concrètement cela veut dire que certains réacteurs ne feront l’objet de la visite prévue pour leurs 40 ans qu’après  43 ans (par ex Tricastin), 44 ans (par ex Blayais) ou 46 ans (par ex Bugey), en supposant que cet échéancier soit tenu malgré le retard pris par la formulation de l’avis générique de l’ASN, suite au retards des informations fournies par EDF. De plus, l’ajournement de l’avis générique de l’ASN (c’est-à-dire des nouvelles normes réglementaires) va reporter la réalisation de certains travaux de mise aux normes après l’échéance de la 4ème visite décennale !

Cette situation pose tout d’abord un problème de sécurité et de sûreté des installations, mais elle prolonge aussi, sans contrôle de l’ASN, la vie des centrales ! Peut-on accepter cela alors que s’accumulent les dysfonctionnements du parc nucléaire français vieillissant ?

EDF va pouvoir ainsi prolonger le fonctionnement de certains de ses réacteurs les plus anciens sans faire les investissements prévus pour leur mise aux normes de sécurité ! Dans cette situation l’ASN et son outil technique l’IRSN (*3) sont les otages d’EDF dans la mesure où leurs évaluations et avis dépendent des informations fournies par EDF ! Une fois de plus la décision des pouvoirs publics est conditionnée par les informations fournies par une entreprise soumise à leur autorité !

Cette situation de conflit permanent entre l’ASN représentant l’Etat et l’entreprise EDF à capitaux publics mais de statut privé est d’autant plus inquiétante que les imprévus et pannes se multiplient au fur et à mesure du vieillissement des installations. Ainsi, des défauts génériques (malfaçons ou erreurs de conception) ont été décelés en juin dernier sur des groupes électrogènes de secours de 20 réacteurs de 1 300 MW. En octobre, ce sont les systèmes de pompage indispensables pour refroidir 29 réacteurs qui présentent des défauts génériques et ne résisteraient pas à un séisme. Ce dernier problème a entraîné la mise à l’arrêt de 4 réacteurs, mesure exigée par l’ASN et qu’EDF a trouvée « injustifiée » ! Et tout cela dans une relative discrétion qui n’a pas provoqué beaucoup de réactions dans le public.

On ne peut qu’être inquiet face à une situation où EDF, entreprise en difficulté financière, qui tente de reconquérir des savoir-faire technologiques et qui gère un parc nucléaire vieillissant dans un contexte croissant d’insécurité (*4), s’oppose avec l’aide de lobbies à l’autorité de l’ASN, autorité publique vouée à la sécurité publique. Au mieux il s’agit du crépuscule d’une politique erronée de l’énergie qui a mis trop d’œufs dans le même panier du nucléaire, au pire on s’approche des conditions favorables à la commission d’un accident nucléaire majeur ! Il est plus que temps que cette situation fasse l’objet d’un grand débat public.

Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 18/12/2017

 

(*1) ASN (Autorité de Sureté Nucléaire) : depuis  juin 2006,  l’ASN devenue  Autorité administrative indépendante ,reprend les missions jusqu’à alors exercées par la Direction générale de la sûreté nucléaire et de la radioprotection (DGSNR) et les Divisions de la sûreté nucléaire et de la radioprotection (DSNR). L’ASN assure, au nom de l’État, le contrôle de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France pour protéger les travailleurs, les patients, le public et l’environnement des risques liés aux activités nucléaires. Elle contribue à l’information des citoyens.
(*2) EPR (Evolutionary Power Reactor) est un réacteur à eau pressurisée de 3ème génération, réputé plus performant notamment en matière de sûreté.

(*3) IRSN (Institut de Radioprotection et de Sureté Nucléaire) c’est l’expert public sur les risques nucléaires et radiologiques, dont les travaux alimentent l’ASN.
(*4) Sur les questions de sécurité, voir aussi l’article de la présente édition intitulé « Nucléaire : chronique d’un désastre annoncé ».

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Gaz à effet de serre (*)

La hausse de la concentration atmosphérique en CO2 se poursuit inexorablement

L’OMM (Organisation mondiale de météorologie) a publié le 30 octobre 2017, en préambule à la COP 23 (23ème Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques) les derniers chiffres relatifs à la concentration de gaz carbonique (CO²) dans l’atmosphère terrestre. Celle-ci avec une concentration montée à 403,3 ppm (*1) est de 145% plus importante à ce qu’elle était avant l’ère industrielle qui a commencé dans les années 1750 ! Selon l’OMM une teneur en CO² comparable existait sur terre il y a 3 à 5 millions d’années : elle correspondait à une température moyenne plus élevée de 2° à 3° que la température actuelle et à un niveau de la mer supérieur de 10 à 20 mètres au niveau actuel.

Durant les derniers 800 000 ans jusqu’à l’ère pré-industrielle, la concentration de CO2 n’avait pas dépassé les 280 ppm(*1).

(D’après le Bulletin de l’OMM n°13 sur les gaz à effet de serre, le 30 octobre 2017)

Mais la concentration dans l’atmosphère d’autres gaz à effet de serre a aussi augmenté :

  • La concentration en méthane, deuxième plus important gaz à effet de serre, a également atteint un nouveau pic en 2016, avec environ 1853 ppb (*2), soit près de 2,6 fois le niveau d’avant 1750.
  • La concentration en protoxyde d’azote a atteint quant à elle 328,9 ppb, soit 1,22 fois son niveau d’avant 1750.

Les causes principales de cette augmentation des gaz à effets de serre sont les activités humaines et pour le CO² elles sont augmentées par un phénomène météorologique lié à un courant marin de l’océan pacifique : El Niño.

Les engagements pris par les Etats lors de la COP 21 (2015) montrent un décalage « alarmant » selon l’OMM entre les réductions réelles et les intentions annoncées.

Dans les conditions d’émissions actuelles l’objectif de stabilisation de la température moyenne à +2°C à l’horizon 2100 ne sera pas atteint.

Compte tenu du retard pris dans la réduction des gaz à effet de serre l’OMM préconise des efforts supplémentaires : 6 secteurs principaux doivent être mobilisés : l’agriculture, le bâtiment, l’énergie, la forêt, l’industrie et le transport.

Le potentiel le plus important de réduction des gaz à effet de serre se trouve dans l’industrie et dans le secteur énergétique. 70% des gaz à effet de serre résultent des énergies fossiles et de l’industrie du ciment. Les 100 plus grandes entreprises mondiales cotées en bourse sont à l’origine d’environ 1/4 des émissions globales de gaz à effet de serre. Les 6.683 centrales thermiques de la planète devraient être remplacées par des installations non fossiles financées par des taxes sur le carbone…

Malgré ces données alarmantes la Cop 23 qui s’est tenue à Bonn en Allemagne du 6 au 17 novembre dernier s’est terminée une fois de plus sur un bilan et des perspectives décevants !

Pourtant le temps presse : les gaz à effet de serre contribuent aussi largement à l’accroissement de la pollution atmosphérique dont les effets sur la santé humaine se font particulièrement sentir : 6,5 millions de morts dans le monde sont directement liés à la pollution de l’air en 2015 selon une étude publié le 20 octobre 2017 par la revue scientifique médicale britannique « The Lancet ».

Cette étude de 2 ans faite par une commission associant des organismes internationaux, des ONG,  ainsi qu’une quarantaine de chercheurs spécialisés dans les domaines de la santé et de l’environnement établit que les décès résultant de la pollution de l’air relèvent de maladies non transmissibles comme les maladies cardiaques, les AVC, les cancers du poumon, les broncho-pneumopathies chroniques obstructives….Les morts liées à la pollution de l’air représentent selon les auteurs de cette étude : « trois fois plus de morts que le Sida , la tuberculose et le paludisme réunis… »

Combien de temps encore glisserons-nous sur cette pente fatale ?

 

                                                                             Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 19/11/2017

 

(*) Les gaz à effet de serre (GES) sont des composants gazeux qui absorbent le rayonnement infrarouge émis par la surface terrestre et contribuent à l’effet de serre . L’augmentation de leur concentration dans l’atmosphère terrestre est l’un des facteurs à l’origine du réchauffement climatique.
Pour en savoir plus : https://fr.wikipedia.org/wiki/Gaz_%C3%A0_effet_de_serre

(*1) ppm = partie par million 

(*2) ppb = partie par milliard       

 

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Nucléaire : chronique d’un désastre annoncé… (suite)

Les incidents continuent :

les circuits de refroidissement de 29 réacteurs sont fortement corrodés !

L’ASN (l’Autorité de sûreté nucléaire) a rendu publique le lundi 16 octobre 2017 une information selon laquelle certaines parties du circuit de refroidissement de 29 réacteurs de 900 et 1300 mégawatts (MW), répartis dans 10 centrales, sont rouillées. Cette corrosion augmenterait le risque de perdre la capacité de refroidissement nécessaire au fonctionnement des réacteurs ! Pour le moment, selon l’ASN, l’état dégradé des « tuyaux » correspondrait à « des épaisseurs inférieures à l’épaisseur minimale requise pour assurer leur résistance au séisme »…

Le défaut de sécurité provoqué par cette situation est classé par l’ASN au niveau 2  selon l’Ines (International Nuclear and radiological Event Scale), une échelle internationale d’évaluation de l’importance des incidents se produisant dans les installations nucléaires qui est étalonnée de 0 à 7. Cela implique qu’en cas de séisme important l’ensemble des moyens nécessaires au contrôle et du maintien en fonctionnement normal de 20 de ces réacteurs ne pourrait être mis en œuvre. Selon l’avis de l’IRSN (*) (Institut de Radioprotection et de Sureté Nucléaire) qui constitue le bras technique de l’ASN : « alors la fusion du cœur ne pourrait pas être évitée à terme ».
Les 9 réacteurs restants, situés dans les 4 centrales de Cruas, Paluel, Saint-Alban et Tricastin, seraient moins atteints par la corrosion : elles bénéficient d’un classement au niveau 0 de l’échelle Ines.

Quelle est la nature du risque ?

En cas de séisme (certaines centrales comme Fessenheim sont construites dans des zones à risque) les tuyauteries des circuits d’alimentation en eau du réseau de protection anti-incendie et de filtration de l’eau brute pompée pourraient se rompre et inonder ces centrales, ce qui entraînerait l’arrêt des pompes du circuit d’eau brute. Alors le refroidissement du circuit intermédiaire (en bleu sur le schéma) qui assure le refroidissement des fluides et équipements nécessaires au fonctionnement et à la sauvegarde du réacteur ne serait plus assuré. Or ce système doit fonctionner en permanence même lorsque le réacteur est à l’arrêt car il assure aussi le refroidissement de la piscine de stockage du combustible.

Mais ces piscines de stockage du combustible sont considérées comme particulièrement fragiles. Elles servent de bassin d’entreposage provisoire au combustible nucléaire irradié ou destiné au rechargement d’un réacteur à l’arrêt. Ces combustibles émettent une importante chaleur résiduelle qui nécessite un refroidissement permanent du bassin.
Or ces piscines sont considérées comme fragiles par nombre d’experts indépendants. Notamment en cas d’attaque terroriste. Ce qui est mise en cause c’est un défaut de la conception à l’origine des centrales. Dans le cas d’une brèche entraînant une déperdition d’eau qui ne pourrait être compensée par un apport équivalent d’eau de pompage, le combustible serait à découvert et insuffisamment refroidi : il se produirait alors un accident de type Fukushima !
Il faut rappeler ici que ces piscines d’entreposage sont quasi saturées de combustible. Ainsi les 5 piscines de la Hague contiennent une quantité de combustible équivalant à 150 réacteurs de 900 MW ! Les experts précités, dans un document remis le 10 octobre aux autorités (**), posent la question du renforcement de ces piscines et des équipements de sureté y afférant.

Aux signes de vieillissement du parc nucléaire français qui se multiplient, s’ajoute la découverte de défauts de conception : certains problèmes qui se posent actuellement n’avaient pas été prévus à l’époque…
En 2017 l’ASN a ainsi classé 3 fois des incidents concernant des réacteurs EDF au niveau 2 de l’échelle Ines. Les autres incidents relevés ont concerné les groupes électrogènes diésel de secours de 8 centrales nucléaires ; l’arrêt « dans les délais les plus courts » des 4 réacteurs de la centrale du Tricastin compte tenu du risque de rupture en cas de séisme des digues du canal jouxtant la centrale de Donzère Mondragon…Le fleuron technologique tant vanté il y a encore peu de temps semble tourner au cauchemar !

                                                                  Hubert Reys et Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 19/10/2017

 

(*)Extrait de la Note d’information de l’IRSN du 16 octobre 2017

Non-conformités relatives à la tenue au séisme de tuyauteries situées dans la station de pompage de 29 réacteurs du parc en exploitation

Conséquences potentielles pour la sûreté

En raison de configurations propres à chaque centrale nucléaire pour les stations de pompage et de niveaux variables de corrosion des tuyauteries, les conséquences potentielles pour la sûreté diffèrent d’un réacteur à l’autre

Ainsi, en situation de séisme entraînant la rupture des tuyauteries affectées, le noyage des moteurs des pompes du circuit SEC pourrait conduire à la perte totale de l’alimentation en eau de refroidissement pour 20 réacteurs et à sa perte partielle pour 9 réacteurs. En effet, les pompes d’exhaure installées dans ces locaux n’étant pas qualifiées au séisme, leur fonctionnement ne peut pas être garanti dans cette situation.

En cas de perte totale de l’alimentation en eau de refroidissement, l’évacuation de la puissance résiduelle du cœur du réacteur est réalisée par les générateurs de vapeur, en utilisant l’eau contenue dans un réservoir prévu à cet effet et résistant au séisme. Toutefois, la réalimentation en eau de ce réservoir par les moyens fixes prévus par les procédures accidentelles ne  peut pas être garantie après un séisme. En effet, elle n’est pas secourue électriquement et les transferts d’eau à partir d’autres réservoirs présents sur chaque centrale ne sont pas réputés fonctionnels après un séisme.

Les moyens mobiles de crise locaux pourraient être déployés par EDF, afin d’alimenter en eau les générateurs de vapeur. Mais cette ligne de défense n’a pas fait l’objet d’une démonstration de sa robustesse pour garantir le maintien du réacteur dans un état sûr.

Aussi EDF a déclaré un événement significatif pour la sûreté à caractère générique. Il est classé au niveau 2 sur l’échelle INES pour les 20 réacteurs concernés par un risque de perte totale de l’alimentation en eau de refroidissement (à cette occasion, l’événement de Belleville a été reclassé au niveau 2). En effet, si l’ensemble de ces parades ne pouvaient pas être mises en œuvre pour les 20 réacteurs précités, alors la fusion du cœur ne pourrait pas être évitée à terme. Il est classé au niveau 0 pour les 9 autres réacteurs.

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(**) Extrait du rapport des experts indépendants commis par Greenpeace

Le problème prioritaire des piscines d’entreposage

Ce déficit est d’autant plus marqué dans le cas des piscines d’entreposage du combustible nucléaire, par rapport aux réacteurs eux-mêmes. En effet, l’analyse de sûreté a conduit à l’époque de leur construction à négliger le risque d’un processus d’emballement dans les piscines, et par là même à ne pas les doter d’une enceinte de confinement robuste semblable à celle des bâtiments réacteur. La catastrophe de Fukushima a pourtant mis en évidence en 2011 le risque, dans ces conditions, d’un relâchement massif de radioactivité en cas de perte durable de la capacité de refroidissement du combustible entreposé. Cette situation, qu’une attaque externe pourrait chercher à provoquer, aurait des conséquences similaires à celles d’un accident majeur sur un réacteur nucléaire. Les piscines des réacteurs d’EDF, dont l’inventaire varie en fonction de différents facteurs et doit maintenir une réserve mais dont plusieurs sont proches de la saturation, ont une capacité de plusieurs centaines de tonnes de combustible, soit l’équivalent de jusqu’à deux à trois cœurs de leur réacteur ; les cinq piscines de La Hague contiennent quant à elles, au total, l’équivalent de près de 150 cœurs de réacteurs de 900 MW.

Le cas du réacteur EPR en construction à Flamanville illustre cette préoccupation. Celui-ci dispose en effet d’une enceinte en béton renforcée qui enveloppe, au même titre que le réacteur, le bâtiment combustible. Cette «coque avion» protégeant la piscine a été introduite dans le design du réacteur après le 11 septembre 2001, en lien direct –même si cela n’a jamais été explicitement formalisé dans le processus de décision– avec cette nouvelle menace. Il est clair que les piscines des réacteurs actuellement en service sont très loin de bénéficier du même niveau de protection.

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Nucléaire : démarrage des essais « à froid » de l’EPR de Flamanville.

Initialement, le réacteur de l’EPR [*] devait être achevé avant le 11 avril 2017 mais EDF a obtenu un délai de l’Etat jusqu’en avril 2020…Rappelons que le démarrage de l’installation était initialement prévu en 2012, qu’il avait ensuite été repoussé à 2016 puis en 2017. Les travaux semblent donc s’être déroulés jusqu’à présent dans un timing conforme à la feuille de route établie par EDF en septembre 2015. Cette feuille de route prévoit le chargement du combustible nucléaire dans le réacteur fin 2018…L’installation est actuellement entrée dans une phase importante de tests qui débutent par des essais à froid…

Alors que s’achève la phase de construction de l’EPR, celui-ci est entré dans une phase pré-opérationnelle de tests destinés à vérifier la bonne tenue de la construction et de ses équipements. Les équipes opérationnelles chargées de piloter la centrale prennent progressivement la place des équipes chargées de la construire et de monter les équipements. Depuis mars 2017 des essais de l’ensemble du réacteur ont été entamés : ceux-ci vont se continuer par des essais dits «à froid» qui devraient démarrer selon EDF à la mi-décembre 2017.

Les essais à froid de l’EPR

Il s’agit de tester l’ensemble des éléments qui constituent le réacteur pour voir s’ils fonctionnent de manière conforme. Ainsi parmi les nombreuses opérations de vérification « tous corps d’état » il s’agit par exemple de vérifier si les circuits sont bien étanches et particulièrement le circuit primaire du réacteur. Pour ce faire on va soumettre ce dernier à une pression de 240 bars supérieure aux conditions normales de fonctionnement du réacteur [**]). 

Les circuits d’un réacteur à eau pressurisée (image Wikipedia)

Cette phase d’essais à froid devra être validée, une fois achevée, par les autorités de contrôle. Elle sera suivie par une phase d’essais « à chaud ». Dans cette étape du processus de mise en service, qui devrait débuter en juillet 2018, il s’agira de vérifier le bon fonctionnement des équipements dans les conditions normales d’exploitation du réacteur, c’est-à-dire à des pressions et des températures comparables mais sans le combustible nucléaire. Et ce n’est qu’après la réussite de ces tests et leur validation que le combustible sera chargé….

EDF prévoit le démarrage du réacteur de l’EPR de Flamanville à la fin 2018 c’est-à-dire 6 mois après le début des tests « à chaud ».
Cette échéance pourra-t-elle être tenue ?

Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 12/10/2017

 

[*] EPR = European Pressurized Reactor ou Réacteur à eau préssurisée

[**] Selon EDF. Ndlr : rappelons qu’en période normale de fonctionnement la pression s’établit à 150 bars

 

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Nucléaire : chronique d’un désastre annoncé…

Le nucléaire est-il en train de devenir un boulet pour la France ?

L’histoire récente du nucléaire français est riche en problèmes de toutes sortes : scandales financiers (Uramin), déboires financiers (EDF / AREVA), ingénierie défaillante (EPR Flamanville et Olkiluoto), malfaçons (Forges du Creusot), incidents et pannes d’un parc vieillissant, stockage des déchets (Bure, Malvési), démontage problématique des réacteurs, etc.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Au début c’est-à-dire dans la première partie du 20ème siècle, tout était beau et bon : la « science » progressait de façon spectaculaire dans tous les domaines. Ainsi dans les années 1930 les propriétés de la fission nucléaire furent mises en évidence par des savants français (Joliot-Curie, Perrin, etc.) Puis il y eut la bombe atomique qui, selon l’opinion de l’époque, avait accéléré la fin de la seconde guerre mondiale. L’atome fut alors vécue comme Le Progrès : on consacrait des chansons à la bombe, on imaginait illimitées les perspectives offertes par l’atome civil  (cf. Atomium, expo universelle de Bruxelles 1958)…

C’est dans ce climat euphorique que s’est développée la filière atomique française. La confiance dont bénéficiait la « science » dans les années 1960 laissait croire que les problèmes non résolus à l’époque le seraient, lorsque nécessaire, par le progrès scientifique imaginé inéluctable. Et c’est ainsi qu’au début 21ns les années 1960 laissait croire que les problèmes non résolus à l’époque le seraient, lorsque nécessaire, par le progrès scientifique imaginé inéluctable. Et c’est ainsi qu’au début 21ème siècle la question du démontage du cœur des réacteurs en fin de vie et celle du stockage des déchets nucléaire n’est toujours pas résolue de manière satisfaisante…

L’état des lieux est aujourd’hui inquiétant !

58 réacteurs nucléaires sont actuellement en activité sur 19 sites, 9 centrales sont à l’arrêt et 6 centrales « uranium naturel graphite gaz » (UNGG) sont en cours de démantèlement (Brennilis, Chooz A, Chinon A, Bugey A, Saint-Laurent A et Creys-Malville). Le coût du démantèlement de ces centrales, dont certaines sont fermées depuis 30 ans, fait l’objet de controverses entre EDF, la Cour des Comptes et la mission parlementaire qui a rendu ses conclusions en février 2017 : de l’avis de ces 2 institutions EDF aurait largement sous-évalué le coût du démantèlement de ses centrales et réservé des provisions insuffisantes….De plus l’ASN (Autorité de Sureté Nucléaire) a engagé un bras de fer avec EDF sur les délais de démantèlement des six réacteurs de première génération (UNGG) alors que les méthodes du démantèlement du cœur des réacteurs prévues par EDF étaient changées (travail sous immersion du cœur du réacteur à travail à l’air libre). Selon l’ASN : « la nouvelle stratégie présentée par EDF indique des durées globales de démantèlement de l’ordre de la centaine d’années après l’arrêt des réacteurs ». Le démantèlement des 6 centrales UNGG serait, selon EDF, repoussé à 2100 tandis que l’ASN (*) demande à EDF de : « garantir la sureté des installations jusqu’à l’achèvement de leur démantèlement« .

Centrale nucléaire de Brennilis

C’est dans ce contexte que Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique, annonce que : « jusqu’à 17 réacteurs pourraient fermer d’ici 2025 » !

Il est vrai qu’on ne peut que souhaiter une fermeture rapide du plus grand nombre de réacteurs possibles lorsqu’on se réfère à la situation actuelle.

A la kyrielle de pannes et d’incidents qui ponctuent le fonctionnement du parc nucléaire vieillissant s’ajoutent des problèmes de malfaçon :

Ainsi le 14 septembre 2017 EDF annonçait avoir découvert 471 « anomalies » et 130 « non-conformités » sur les équipements de douze de ses réacteurs nucléaires en fonctionnement. A cela s’ajoutaient 95 anomalies et 16 non-conformités découvertes sur les équipements de l’EPR de Flamanville en cours de construction !

Le coût non maitrisé du nucléaire français à la dérive :

Aux coûts générés par ces retards et ces problèmes techniques s’ajoutent ceux provoqué par la défaillance des entreprises de la filière nucléaire :

  • En mars 2017 l’état a versé 3 milliards pour recapitaliser EDF
  • En juillet 2017 l’état a injecté 5 milliards dans les sociétés crées suite à la faillite d’AREVA dont AREVA SA conçue comme une structure de « defeasance » (gérant les actifs douteux)
  • De nouveaux frais sont attendus suite aux recours devant la Chambre de Commerce Internationale du finlandais TVO, opérateur de la centrale nucléaire d’Olkiluoto, qui demande à AREVA près de 3 milliards de dédommagements suite aux retards et incidents du chantier de l’EPR Finlandais !
  • Alors que le savoir faire français en matière de construction d’EPR est pris constamment en défaut, la fuite en avant d’EDF qui s’est lancée à son tour dans la construction de 2 EPR à Hinckley Point (Angleterre) et qui a déjà investi des sommes colossales dans ce projet dont les coûts n’arrêtent pas de déraper (un surcout de 2 milliards a été annoncé en juillet 2017) et qui ne sera peut être même pas construit.

La débâcle du nucléaire coute cher à la France mais pas qu’à nous :

Selon Emmanuel Macron il manquerait 4,5 milliards à la France pour contenir le déficit dans les 3% du PIB selon les critères de Maastricht, les aides financières versées à EDF et AREVA ont coûté 8 milliards en juillet 2017…Le premier ministre recherche de son côté 8 milliards : le nucléaire contribue donc largement au déficit budgétaire de la France, mais ce constat est passé sous silence par nos politiques….

Mais la France n’est pas la seule à subir le déclin de son industrie nucléaire : c’est aussi le cas pour les USA et le Japon. Aux USA la  société Westinghouse a fait faillite en mars 2017 tandis que son actionnaire principal le japonais Toshiba était obligé de vendre des actifs pour faire face à ses pertes (**)…

L’industrie nucléaire française devient un boulet pour les finances publiques. Qui ose encore parler en France du nucléaire comme source la moins chère d’énergie électrique ? Mais ses méfaits ne s’arrêtent pas là, l’argent public versé dans ce tonneau des danaïdes, manque là où il est indispensable : dans la reconversion énergétique et le développement des énergies renouvelables. Y-a-t-il une alternative à la situation présente ?

                                                            Hubert Reys et Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 19/09/2017

(*) La lettre de l’ASN :

https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-29379-courrier-asn-strategie-demantelement-reacteurs-premiere-generation.pdf

(**) Pour ceux qui veulent en savoir plus :

http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article181

 

 

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Eoliennes en mer : une chance pour la France ?

La France dispose du deuxième territoire maritime du monde. Dans bien des cas, la configuration des terres françaises est particulièrement favorable à l’énergie éolienne. Pour ce qui est de la métropole, nous sommes dans une situation particulièrement favorable : nos côtes représentent le deuxième plus important gisement éolien en mer de l’Europe. Cette situation favorable à suscité chez nos chercheurs et nos entrepreneurs une émulation qui a fait de nous des pionniers dans le domaine des hydroliennes et des éoliennes en mer (rappelons-nous l’usine marémotrice de la Rance, considérée comme révolutionnaire à l’époque de sa mise en service en 1966 !).

Hélas nous sommes à présent dépassés par d’autres pays : les administrateurs et les financiers ont pris le pas sur les ingénieurs et les guéguerres au nom du «business» entre ce qui nous reste comme «champions industriels» freinent, voire bloquent le développement de ce potentiel industriel et énergétique pourtant nécessaire à notre économie.

Il reste pourtant un domaine où une percée de nos capacités d’innovation en matière d’énergie éolienne reste possible : les éoliennes flottantes.

Après de nombreuses tergiversations politiques, la première éolienne flottante offshore va être mise en service à titre expérimental au large du Croisic (Atlantique), à 22 km des côtes. Il s’agit d’un caisson flottant en béton armé de 36 m de côté et 10 m de hauteur, ouvert en son milieu, où sera érigé un mat supportant un aérogénérateur. Ce caisson est ancré au fond par un ensemble de câbles et d’ancrages en nylon conçus par une société de Lorient. Ce dispositif devrait fonctionner pour une période de 2 ans à partir de début 2018.

La technologie des éoliennes flottantes en est à ses débuts, d’où le caractère expérimental de cette installation. D’autres expérimentations devraient suivre, notamment en méditerranée, au large de Gruissan. L’idée, si l’expérimentation s’avère positive, est de créer des «fermes» d’éoliennes flottantes au large des côtes, à une profondeur et à une distance telles (jusqu’à 50/60 km contre 30 km pour les éoliennes posées sur le fond) qu’il n’est plus possible de sceller des mats au fond. A cette distance les vents sont aussi plus réguliers, mais aussi l’impact visuel est inexistant pour les riverains, donc susceptible de générer moins de contestations (loin des yeux, loin du cœur !).

A l’heure actuelle, il n’existe au monde qu’une seule ferme d’éoliennes flottantes : elle fonctionne depuis juillet 2017. Cette ferme située au large de l’Écosse alimente 20.000 foyers en électricité.

Lorsque l’on connaît les chicanes, débats, et contretemps qui ont limité l’implantation de l’éolien «fixe» le long des côtes françaises, l’éolien flottant peut apparaître comme une solution plus favorable à un développement rapide des ctte énergie renouvelable marine. Car nous sommes bien en retard comparativement à nos voisins nordiques : le Royaume-Uni (5 Gigawatts) (*), l’Allemagne (4 Gw) et le Danemark (1,3 Gw) déploient à eux seuls 90% de la capacité en éolien offshore actuellement disponible en Europe (12 Gw), tandis que la France, malgré un gisement en vents très favorable, n’a encore rien produit !

Arriverons nous à passer de l’expérimental à l’industriel ?

A l’issue du Grenelle de l’environnement, les premiers objectifs fixés à l’éolien en mer ciblaient une puissance de 6 000 Mw (*) pour 2020, ce qui correspondait à l’objectif de 23% d’énergies renouvelables dans le mix électrique français. On est, en 2017, très loin d’avoir atteint cet objectif ! Depuis, la loi de transition énergétique de 2015 a surenchéri les ambitions en matière d’énergies renouvelables, puisqu’elles doivent représenter 40% de la production électrique totale en France pour 2030. En conséquence, il faudra qu’à cette date 20 GW aient été installés en mer, soit 10% de la production totale !

Ces objectifs sont-ils réalistes ?

Pour le moment non, car seulement deux fermes d’éoliennes en mer, correspondant à une puissance de 3 000 Mw, devraient entrer en service prochainement, suite à des appels d’offre attribués en 2013. Entretemps, une nouvelle procédure – la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) – fixe des niveaux de production pour 2016-2018 qui viennent épaissir le maquis des objectifs assignés à l’éolien en mer. Les professionnels de l’éolien dénoncent la position ambiguë, floue et manquant d’ambition des gouvernements successifs. Pour Matthieu Monnier, de France Énergie Éolienne, «l’enjeu de la révision à venir de la PPE, ce sera de préciser les ambitions de l’État pour atteindre cet objectif de 40% de renouvelable dans le mix énergétique d’ici à 2030, notamment en matière d’éolien offshore».

Les freins à la réalisation de parc éoliens en mer

Les recours contre l’installation des fermes éoliennes «posées» sont quasi systématiques de la part d’associations qui représentent des intérêts divers (riverains, pêcheurs, etc.…). On peut espérer que ces recours seront moindres dans le cas d’éoliennes flottantes. Par ailleurs, les procédures relatives à la construction de ces fermes éoliennes sont remises en cause par les professionnels, qui les trouvent trop lourdes et bureaucratiques, depuis la phase d’appel d’offre jusqu’à la mise en chantier. Ainsi, ils proposent de simplifier le cadre juridique de l’éolien en mer, de limiter la concertation avec le public à la phase de définition du projet et de réunir dans un seul dossier les demandes d’autorisation. De plus il est souhaité que l’État précise sa politique sur les modalités d’appel d’offre et sur le cadre technique qu’il souhaite privilégier.

En attendant, les contestations et les procédures juridiques qu’elles provoquent retardent l’avancement des projets. Il semblerait cependant que le gouvernement actuel prépare un projet de loi dans le cadre de sa politique de «simplification» des procédures. Ce projet devrait notamment simplifier la procédure de demande d’autorisation. Cela est probablement nécessaire mais sera insuffisant si l’État ne précise pas sa politique en matière d’éolien.

C’est là que les choses se compliquent : l’État, empêtré dans le fardeau du déclin du nucléaire qui va lui coûter de plus en plus cher, a-t-il les moyens de promouvoir et soutenir un développement des énergies renouvelables ?

 

Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 21/09/2017

 

(*) Petit rappel sur les abréviations:

  • Kilowatt (Kw) = 103 watts ou 1 000 watts,
  • Mégawatt (Mw) = 106 watts ou 1 000 000 watts ou 1 000 Kw
  • Gigawatt (Gw) = 109 watts ou  1 000 000 000 watts ou 1 000 Mw
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Nucléaire / EDF : chronique d’un désastre annoncé

(Suite des chapitres précédents !)

EPR de Flamanville – Défauts de la cuve du réacteur

EPR de Flamanville – Le couvercle de la cuve du réacteur

28 juin 2017 : l’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire) décide de donner le feu vert, « sous  conditions », à la cuve du réacteur.

Rappelons que, le 7 avril 2015, l’ASN déclarait « avoir été informée par Areva d’une anomalie de la composition de l’acier dans certaines zones du couvercle et du fond de la cuve du réacteur de l’EPR de Flamanville« . Ces 2 parties de la cuve sont les plus soumises à de fortes contraintes en fonctionnement normal et, a fortiori, en cas d’incident. L’anomalie repérée consiste en une teneur excessive en carbone, et résulte de problèmes de forgeage survenus à l’usine AREVA du Creusot (il a été reconnu par la suite que cette usine ne disposait pas des capacités nécessaires à la réalisation de cette pièce qui est désormais forgée au Japon pour les autres réacteurs EPR). Cette concentration non prévue de carbone affaiblit la résistance de l’acier qui subit déjà le bombardement des neutrons produits par la réaction nucléaire… Cette anomalie était connue depuis longtemps par AREVA qui a tardé à prévenir l’ASN. Malgré cela la cuve fut posée par EDF en 2014 et entourée des bâtiments et ouvrages qui la complètent.

La décision de donner le feu vert à la cuve de l’EPR et à son couvercle ne s’est pas passé sans heurts puisque 2 experts ont émis un avis contraire très sévère. Ils estiment que les marges de sécurité ne sont pas suffisantes en matière de résistance des matériaux : « les marges que présentent les propriétés mécaniques du matériau en zone ségrégée vis-à-vis de la prévention du risque de rupture brutale de la cuve sont significativement réduites par rapport aux propriétés attendues en l’absence de ségrégation majeure. Le non respect de l’exigence de qualification technique de la cuve constitue une atteinte inédite, par sa nature et par son contexte, au premier niveau de la défense en profondeur. L’excès de confiance, le caractère tardif de la détection des ségrégations et le choix industriel de mener l’installation de la cuve à son terme avant de procéder à leur caractérisation, constituent des éléments aggravants (…)« . Et ces experts ajoutent à propos de leur avis : « Ce nouveau réacteur est censé être un pas en avant pour la sûreté nucléaire, et pourtant c’est le premier à démarrer avec une cuve qui n’est pas conforme aux spécifications« . […] « Le facteur de marge (ndlr : de sécurité) attendu était de trois, aujourd’hui il reste un peu supérieur à un. Il s’agit bien d’une dérive dérogatoire par rapport aux critères réglementaires »

Il aura donc fallu tordre le bras à l’ASN pour qu’elle déclare la cuve « bonne pour le service ». Le président de l’ASN reconnaît que la pression exercée par EDF était maximale. Il est vrai que l’enjeu était vital pour l’électricien, déjà très mal en point sur le plan financier. Remplacer la cuve et le couvercle déjà installés au sein de construction aurait entraîné une fois de plus un surcoût et des délais supplémentaires, ruinant ce qui reste de sa réputation de « savoir faire »….

C’est au final une validation « mi-chèvre-mi chou » qui a été accordée par L’ASN : après analyse, l’ASN estime en effet que la cuve présente, malgré les anomalies détectées, une résistance suffisante en cas d’accident. Le fond de la cuve peut donc rester en place, mais il fera l’objet de contrôles renforcés tandis que le couvercle devra être changé en 2014, au bout de 6 ans de fonctionnement ! (ndlr : le temps de faire forger un nouveau couvercle par Japan Steel Works…)

Selon l’ASN, il sera possible de réaliser des contrôles du fond de la cuve à l’aide de robots capables de détecter les défauts, alors que des contrôles de même nature sur le couvercle ne sont pas réalisables en raison de la configuration de cette pièce. Selon EDF le remplacement du couvercle devrait coûter 100 millions d’Euros et entraîner un arrêt de fonctionnent du réacteur d’une durée de « 4 à 9 mois » !!

On ne peut que frémir au spectacle de ces péripéties et constater combien les décisions prises s’écartent du principe de précaution lorsqu’il s’agit de se sauver d’un gouffre financier. A partir de quel niveau de déficit peut-on passer outre à la sécurité des personnes ?

 



Démantèlement des centrales nucléaires

Vue aérienne de la centrale de Dampierre (Loiret)

Le 12 juillet 2017, à peine deux semaines plus tard, l’ASN,  dans son avis-évaluation sur le financement des charges nucléaires de long terme, refuse de valider l’estimation financière du coût du démantèlement des centrales nucléaires présentée par EDF.

L’ASN juge que ces estimations sous-évaluent le coût du démantèlement, critique la méthode de calcul employée et regrette de ne pas avoir eu accès aux études et audits sur lesquels se fondent les  estimations d’EDF. La méthode employée pour calculer le coût se base sur l’étude du site de Dampierre (dans le Loiret, il comporte quatre réacteurs à eau pressurisée de 900 MWe) : les estimations du coût de démantèlement de ses réacteurs sont ensuite extrapolées sur l’ensemble du parc. L’ASN juge ce mode de calcul trop imprécis et souhaite une approche réacteur par réacteur, d’autant plus que tous n’ont ni la même puissance ni la même technologie, en conséquence de quoi elle écrit dans son rapport que le dossier présenté par EDF: « ne présente pas les informations suffisantes pour [qu’elle] prenne position sur la complétude de l’évaluation« .

Cet avis de l’ASN confirme les conclusions d’un rapport de l’Assemblée Nationale publié en février dernier qui établissait que les provisions constituées par EDF pour faire face au coût de démantèlement de ses réacteurs était insuffisantes et qu’il se fondait sur des « hypothèses optimistes et un certain nombre de dépenses lourdes négligées« .

En sus des déchets produits par le fonctionnement des réacteurs nucléaires, il s’agit aussi de prendre en compte les déchets produits par le démantèlement des centrales. Là encore le flou, l’imprécision et les contradictions surprennent…

En termes de calendrier, si EDF estime qu’il faudra en moyenne 20 ans pour démanteler un réacteur, l’ASN estime que, dans certains cas, la durée de démantèlement dépassera l’année 2100 ! Là encore : « L’ASN recommande qu’EDF présente un calendrier prévisionnel de l’arrêt définitif et du démantèlement du parc en exploitation, détaillé par réacteur« . Un tel calendrier permettrait de juger « la cohérence des modalités de gestion envisagées, notamment en ce qui concerne la disponibilité des ressources industrielles nécessaires au démantèlement de plusieurs réacteurs en même temps, ainsi que l’existence d’exutoires pour les déchets produits« .

Les conditions du démantèlement posent aussi problème : EDF pense pouvoir démanteler un réacteur d’une centrale en laissant les autres en fonctionnement, ce à quoi s’oppose l’ASN qui rappelle, dans une lettre à EDF de juillet 2016 et publiée le 30 juin 2017, que, selon la loi, le démantèlement doit être immédiat, non différé en plusieurs étapes et le plus rapide possible. De plus l’ASN pense que la procédure préconisée par EDF n’est pas applicable à tous les sites, notamment en raison des risques de pollution… Selon l’ASN, l’hypothèse d’une pollution radiologique et chimique de ses sites nucléaires n’a pas été suffisamment prise en compte par EDF : « Cette hypothèse n’est pas cohérente avec les connaissances actuelles, qui montrent (…) des pollutions historiques« . Or, cette pollution peut avoir un impact significatif sur le fonctionnement des chantiers de démantèlement et sur la gestion des déchets…

La question du stockage des déchets produits par le démantèlement est tout aussi problématique, que ce soit pour les déchets de très faible activité (TFA), pour lesquels les capacités actuelles de stockage sont déjà insuffisantes, ou pour les déchets de haute activité (HA) et de moyenne activité à vie longue (MA-VL), lorsque l’on considère tous les aléas qui pèsent sur le projet CIGEO (Centre de stockage de Bure). Or EDF ne prévoit aucun entreposage provisoire de ces déchets et compte les envoyer directement à CIGEO ce qui appelle de l’ASN la remarque suivante : « L’hypothèse d’un envoi direct vers Cigéo n’est pas prudente ».

 



Il est étonnant qu’une industrie qui fonctionne depuis une soixantaine d’années doive faire face à tant de problèmes encore non résolus. Lorsque l’on sait que les 6 réacteurs d’EDF de première génération dits à « uranium naturel graphite gaz » d’EDF, implantés sur les sites de Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher), de Chinon (Indre-et-Loire) et de Bugey (Ain), sont arrêtés depuis plus de 30 ans et que les méthodes prévues pour leur démantèlement font encore débat, on ne peut qu’être pessimiste sur une fin maîtrisée du nucléaire en France et sur le réalisme de l’annonce récemment faite par  Nicolas Hulot, Ministre de l’Environnement et de la Transition Énergétique et Solidaire, de fermer 17 réacteurs  à l’horizon 2025, c’est à dire demain…

Alors comment peut-on encore, dans ces conditions, prétendre le kilowatt-heure nucléaire moins cher, argument habituellement employé par le lobby du nucléaire pour disqualifier le renouvelable ?

HR et Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax, le 20/07/2017

 

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