Curly Mc Toole

Nucléaire – Chronique d’un désastre annoncé (suite)

Soudeur classique – La soudure des tuyauteries des réacteurs nucléaires est longue et complexe

De quoi s’agit-il cette fois ci ?

Selon le langage particulièrement alambiqué employé par EDF la nature des écarts constatés en février 2018 et celle des écarts constatés fin mars sont différentes.

  • dans le premier cas, les écarts seraient dus à la non-transmission par EDF d’une partie du cahier de charges relatif aux soudures : ce cahier de charges incomplet ne précisait pas que ces soudures devaient répondre à des « exigences renforcées ». Les soudures auraient donc été faites selon les normes habituelles, qui sont peut être tout de même suffisantes. En conséquence, l’ASN prendra l’avis du groupe permanent d’experts pour les équipements sous pression nucléaires (GP ESPN) pour décider si on met l’installation en service sans refaire les soudures incriminées ou pas… (Ndlr : peut-être que ça tiendra comme ça !)
  • dans le second cas c’est plus sérieux. Ici, la qualité et la conformité des 150 nouvelles soudures détectées sont remises en cause : elles seraient tout simplement mal faites et elles « doivent être reprises pour être remises au standard« , selon les déclarations de Laurent Thieffry, directeur du projet EPR.

Les entreprises sous-traitantes (Framatome / ex Areva, Five Nordon, Ponticelli) seraient à l’origine de ces malfaçons, tardivement constatées par EDF : elles n’auraient pas effectué correctement les tests exigés une fois les soudures effectuées. Ce sera donc EDF qui testera les 150 soudures incriminées, opération qui devrait pendre 2 mois. Chaque contrôle est réalisé à l’aide d’ultra-sons par un binôme d’opérateurs et prend en moyenne un ou deux jours par soudure selon Laurent Thierry. Après quoi, EDF étudiera les causes et les répercussions des écarts constatés sur le planning de mise en service de l’EPR.

Il n’est pas possible pour l’instant de savoir si cette situation remet en cause la mise en service de l’EPR de Flamanville à la fin 2018 et si, par voie de conséquence, la fermeture de la centrale de Fessenheim serait différée. EDF se tait sur le sujet.

Renforcement du contrôle des centrales par l’ASN

Dans un langage « calibré », Pierre-Franck Chevet, président de l’ASN, a rendu compte le 12 avril aux membres de l’Office Parlementaire d’Évaluation des Choix Scientifiques et Technologiques (Opecst) de l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France pour l’année 2017. Le message est clair : compte tenu de la kyrielle d’incidents advenus en 2017 et au premier trimestre 2018, l’ASN qui avait déjà amélioré son dispositif de contrôle des exploitants nucléaires, va encore renforcer ses procédures. L’existence de fraudes a été clairement évoquée par lui : « Il n’y a pas de fraude généralisée, mais il y en a eu, par exemple au Creusot« , explique-t-il, faisant allusion aux malfaçons constatées sur les pièces forgées par l’usine AREVA/ Creusot-Forges (rebaptisée récemment Framatome).

Si le président de l’ASN, qui quitte ses fonctions en novembre prochain, estime qu’en matière de sûreté la situation est « globalement satisfaisante » mais qu’il faut rester « vigilant », il relève toutefois que les incidents se multiplient et que « EDF a des progrès à faire sur la détection, le signalement et le traitement des écarts« …

Compte tenu des récents incidents touchant l’EPR de Flamanville, le renforcement des procédures de contrôle est déjà appliqué sur ce chantier. C’est la nature particulière de ces incidents qui a provoqué cette mise en place rapide des nouveaux contrôles renforcés de l’ASN. En effet l’ASN ne comprend pas comment les défauts des soudures n’ont pas été détectés lors de premières inspections faites par les entreprises prestataires : une enquête va être menée sur cette question. D’une manière générale, il s’agit de remédier aux défauts de surveillance et de suivi de chantier qui ont été constatés.

Après les premières vérifications faites par EDF sur les soudures réalisées par ses sous-traitants, la qualité de leur travail semble de plus en plus remise en cause, au point que l’ASN demande à présent à EDF de contrôler non seulement les 150 soudures incriminées, mais l’ensemble des soudures réalisées par les entreprises Fives-Nordon et Ponticelli. Quid de Framatome ?

Ainsi, aux difficultés techniques diverses rencontrées et à la perte de savoir-faire éprouvée par la filière nucléaire, s’ajouterait à présent un problème de fraude que les responsables semblent encore avoir du mal à reconnaître publiquement. On les comprend : comment peut-on avoir l’idée de frauder dans un environnement aussi dangereux ? En tout cas l’ASN déclare prendre désormais en compte la possibilité de fraude dans le champ de ses contrôles qui s’est élargi afin d’ »éviter les angles morts » !

Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 15/04/2018

 

Comment s’est déroulée la catastrophe de Fukushima ?

Pour les lecteurs du Clairon qui souhaitent connaître le scénario type d’une catastrophe nucléaire, voici, en vidéo, l’analyse faite par l’IRSN du déroulement de la catastrophe de Fukushima (Japon) qui a débuté le 11 mars 2011.

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Nucléaire, chronique d’un désastre annoncé (suite)

Les incidents continuent…

A peine avions-nous publié dans notre édition du mois dernier un article annonçant que l’ASN avait donné son feu vert pour la remise en service, sous sa « surveillance renforcée »(*), de l’usine Framatome / Creusot forge (ex AREVA NP), que l’on apprenait que des défauts avaient été détectées sur 38 des 66 soudures réalisées sur le circuit qui évacue la vapeur des générateurs vers la turbine de l’EPR en construction à Flamanville.
Rappelons-nous que l’usine Creusot Forge avait été fermée suite à la détection d’irrégularités et malfaçons sur de nombreuses pièces fabriquées pour les réacteurs des centrales nucléaires françaises ainsi que pour le futur EPR de Flamanville.

On peut se demander devant l’étonnante répétition de problèmes et d’accidents accumulés ces dernières années, si nous disposons encore des « savoir faire » nécessaires au « bon » fonctionnement de la filière nucléaire française. D’incidents en incidents celle-ci semble s’enfoncer dans le chaos tandis qu’une information parcimonieuse ou orientée distrait l’attention du public. Paradoxalement, la communication présidentielle vante les performances de l’industrie française : le président Macron, lors de son voyage en Inde, aurait obtenu de ce pays la quasi-commande de 6 centrales EPR !

Ainsi les contorsions et contradictions des autorités gouvernementales, mais aussi des parties prenantes de la filière nucléaire française, ne font que renforcer l’inquiétude : serions- nous en présence d’un « train fou », sans conducteur, que personne ne sait plus arrêter ?

Les « incidents » récents

EPR de Flamanville

EDF, client de FRAMATOME (*2), a annoncé le jeudi 22 février 2018 avoir détecté des défauts sur les soudures du circuit secondaire  du réacteur EPR en construction. Il s’agit du circuit qui conduit la vapeur aux turbines. L’ASN a qualifié cet « incident » de sérieux et a déclaré qu’elle allait consulter le groupe permanent d’experts GP EPSN (*3) avant de prendre une décision. Selon l’ASN, ces défauts seraient dus à un « oubli » d’EDF qui n’a pas communiqué au sous-traitant chargé des soudures certaines exigences techniques du cahier des charges, qui prescrivaient leur renforcement pour améliorer leur résistance mécanique ! EDF a admis du bout des lèvres qu’il y a un problème dans la bonne application de l’exigence dite de « haute qualité » et s’est engagé à mettre en place les mesures nécessaires pour remédier à ces divers dysfonctionnements…

Mais comme d’habitude, EDF probablement pressé par des contraintes financières, minimise le problème et déclare que les équipements concernés sont tout de même conformes aux  réglementations et que  » ces circuits sont aptes à assurer leur mission en toute sûreté « . EDF ajoute que cet incident ne remet pas en cause le calendrier prévu pour la mise en service de l’EPR qui est prévue fin 2018.

Centrale nucléaire du Bugey

4 associations (*5)  on porté plainte le 7 mars 2017 contre EDF, exploitant de la centrale nucléaire du Bugey proche de Lyon, qu’elles accusent d’avoir pollué la nappe phréatique. C’est lors d’une manœuvre de vidange d’un bassin de rétention accueillant les effluents de la centrale, que cette pollution se serait produite. Une concentration anormale de tritium radioactif été détectée par EDF le 20 décembre 2017 dans une sonde de la nappe phréatique. Cette concentration, initialement mesurée à 670 Becquerels / litre, est montée les jours suivants jusqu’à 1600 Bq / litre.
Selon ces associations, cette fuite serait la troisième en 6 ans. Elle serait significative du mauvais état général de la centrale en service depuis 1972, dont les associations réclament la fermeture immédiate. Cette centrale compte 5 réacteurs nucléaires dont un en cours de démantèlement.

De son coté, le canton suisse de Genève a porté plainte début mars contre la centrale de Bugey, distante de 70 km, qu’il accuse de « mise en danger de la vie d’autrui » et de « pollution des eaux ». Les Suisses s’opposent aussi à la construction, sur le site de la centrale, d’un centre de stockage de déchets nucléaires issus du démantèlement commencé de 9 réacteurs français (Brennilis, Bugey-1, Chinon, Creys-Malville, Saint Laurent).

Les vicissitudes de l’EPR finlandais d’Olkiluoto construit par AREVA         

Centrale nucléaire d’Olkiluoto (photo Reuters)

L’électricien finlandais TVO avait commandé à l’entreprise française AREVA un réacteur EPR de 3ème génération pour un montant fixé initialement à 3 milliards €. Cette somme a triplé pour atteindre 9 milliards €, alors que le chantier a pris un retard de 10 ans et que le réacteur n’est toujours pas en service (*4). Chacun des 2 protagonistes (TVO & AREVA Sa) se renvoie la responsabilité de cette dérive. AREVA prétend qu’elle serait due à TVO et à la lenteur des autorisations délivrées au cours du chantier par STUK et demande 3,4 milliards en dédommagement du préjudice subi, tandis que TVO met en cause les errements d’AREVA dans la conduite du chantier et réclame de son côté 2,6 milliard €. Les 2 entreprises ont recouru à l’arbitrage privé de la Chambre Internationale de Commerce de Londres. Les négociations semblent actuellement en voie de finalisation : c’est la responsabilité d’AREVA qui a été finalement retenue pour les dérives du chantier et l’entreprise devra verser une somme non encore définitivement fixée, inférieure à la demande initiale de TVO, mais qui s’élèvera quand même à 450 millions d’euros selon AREVA.
D’où viendra cet argent, alors que le groupe AREVA était en situation de faillite avec des pertes supérieures à 10 milliards € accumulées entre 2011 & 2016 ? De l’État, qui a injecté 4 milliards d’argent public en 2016 pour recapitaliser l’entreprise (dont environ 2 milliards affectés au passif du chantier finlandais) !

Que nous réserve l’avenir ? Pour les EPR de Flamanville et d’Olkiluoto, EDF et AREVA SA peuvent-il invoquer l’excuse de leur caractère de prototypes ? Mais les enseignements de ces 2 expérimentations forts longues permettent d’en douter quand on voit que les incidents de chantier se poursuivent, alors que la mise en service des 2 centrales n’est toujours pas réalisée. Que dire alors des autres projets en cours : les 2 réacteurs d’Hinckley Point en Angleterre et celui de Taishan prochainement mis en service en Chine : tous les 3 construits par EDF ? Que dire aussi lorsqu’on sait que ces EPR, dont la conception date d’un quart de siècle, sont considérés comme relevant d’une technologie dépassée et qu’une nouvelle génération d’EPR est déjà en projet ?

Vers un redémarrage de Fessenheim-2 ?

La fermeture de la centrale de Fessenheim a été actée par décret : elle sera concomitante avec la mise en service de l’EPR de Flamanville prévue fin 2018 / début 2019. Le réacteur N° 2 de cette centrale avait été stoppé en juillet 2016 sur décision de l’ASN en raison d’une anomalie dans une pièce du générateur de vapeur. Cette pièce faisait partie du lot de pièces défectueuses fabriquées à l’usine Creusot Forges d’AREVA.
Depuis, Framatome (ex-Areva), propriétaire de l’usine du Creusot, a démontré par une série de tests de sûreté physiques et chimiques, que les anomalies détectées dans le forgeage des pièces ne remettait pas en cause le fonctionnement du générateur de vapeur et c’est ainsi que l’ASN a redonné le 12 mars 2018 son feu vert au motif suivant : « L’ASN considère que l’anomalie lors du forgeage d’une virole de ce générateur de vapeur ne remet pas en cause son aptitude au service et que la justification de sa conformité à la réglementation a ainsi été apportée. »…
Du coup EDF, l’exploitant de la centrale de Fessenheim, a annoncé que cette décision de l’ASN permettait le redémarrage du réacteur et que les équipes de la centrale « sont pleinement mobilisées pour redémarrer le réacteur», opération prévue pour la fin du mois de mars 2018.

On peut s’étonner de ce redémarrage du réacteur N° 2 quelque mois avant la fermeture définitive de la centrale de Fessenheim : les rentées financières apportées par l’électricité produite au cours de la dizaine de mois de fonctionnement restant valent-t-elles cela ? Ou alors l’exploitant EDF prévoit-il un allongement de la durée de fonctionnement de Fessenheim, c’est-à-dire des retards dans la mise en service de l’EPR de Flamanville ?

Les péripéties et incidents qui émaillent le fonctionnement de la filière nucléaire française devraient conduire à un consensus général en faveur de son arrêt et son démantèlement : ce n’est pas le cas. Contrairement à son voisin allemand, une partie de la France semble encore « charmée » par le nucléaire. Son soutien au nucléaire serait fondé sur l’illusion qu’il garantirait notre indépendance énergétique. C’est du moins l’opinion récemment exprimée, lors d’une visite en France, par Naoto Kan, premier ministre, pro nucléaire du Japon au moment de la catastrophe de Fukushima, et devenu depuis farouchement anti-nucléaire. Cette thèse de l’indépendance, démentie par les faits, reste en effet l’argument majeur des pro-nucléaires français, tandis que celui du moindre coût de l’électricité s’estompe en raison de la concurrence des énergies renouvelables.
En tout état de cause, les tergiversations de nos gouvernants et les errements de notre industrie nucléaire semblent indiquer une absence croissante de maîtrise de cette filière : serait-elle devenue si complexe et si lourde que personne ne sait plus comment en sortir ?

Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 18/03/2017

 

Parce qu’il faut savoir sourire de temps en temps et que l’humour serait selon Boris Vian la politesse du désespoir, voici le lien avec un billet humoristique de Nicole Ferroni sur le nucléaire : https://www.youtube.com/watch?v=uHJbmydTtcE

Notes :

(*1) Déclaration de l’ASN le 25 janvier 2018 : « [elle] maintient à ce stade une surveillance renforcée de l’usine » et stipule que : « Lors de la reprise des fabrications, le forgeage de chaque type de composant (virole, calotte, tuyauterie, etc.) devra faire l’objet d’une qualification technique préalable instruite par l’ASN afin de s’assurer de la capacité technique de l’usine ».

(*2) Suite aux mauvaises performances techniques et financières du groupe AREVA, AREVA NP propriétaire de l’usine Creusot Forges qui alimentait en pièces majeures les centrales nucléaires françaises et l’EPR en construction de Flamanville a fait l’objet d’un changement de nom cosmétique et à repris le nom de Framatome, entreprise renommée de l’épopée du nucléaire français.

(*3) GP EPSN : Présidé par Mme Sophie Mourlon, le GP équipements sous pression nucléaires est sollicité par l’ASN pour émettre des avis et le cas échéant des recommandations, dans le domaine des équipements sous pression, en particulier ceux exploités dans les centrales de productions d’électricité. (Source ASN)

(*4) La mise en service de l’EPR finlandais serait prévue à la mi-2019

(*5) Les associations  Réseau Sortir du nucléaire, Sortir du nucléaire Bugey, Sortir du nucléaire Isère & Rhône Alpes Sans Nucléaire on porté plainte auprès du tribunal de grande instance de Bourg en Bresse.

 

 

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Nucléaire : l’usine Framatome du Creusot peut redémarrer

Usine Framatome Creusot Forge

L’ASN « maintient à ce stade une surveillance renforcée de l’usine » et stipule que « lors de la reprise des fabrications, le forgeage de chaque type de composant (virole, calotte, tuyauterie, etc.) devra faire l’objet d’une qualification technique préalable, instruite par l’ASN, afin de s’assurer de la capacité technique de l’usine ».

On ne peut pas dire que la confiance règne. Rappelons que des centaines de pièces défectueuses avaient été produites par cette usine alors propriété d’AREVA. Cette société avait de plus commis des irrégularités dans le contrôle de fabrication pour cacher ces malfaçons. On sait, depuis des révélations d’AREVA en 2016, que ces irrégularités et malfaçons concernaient des centaines de pièces (environ 400) produites par cette usine depuis 1965 !

La marque Framatome  a été ressuscitée en 2018, après que l’usine a été reprise par EDF dans le cadre du sauvetage d’AREVA NP.
Pour remonter la pente et produire des pièces dans des conditions de qualité et de sûreté suffisantes, Framatome s’est engagé auprès de l’ASN à revoir les évaluations et la formation en matière de sûreté et de métallurgie, mais aussi les procédures de conception, de test et de fabrication, ce qui impliquera des investissements de plusieurs millions d’euros au cours des prochaines années.

Il semblerait que l’on revienne de loin, mais tout cela engage une fois de plus de nouveau coûts pour maintenir un mode de production d’énergie électrique de plus en plus contestable et contesté.

Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 17/02/2018

 

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Nucléaire, chronique d’un désastre annoncé  – Le traitement des déchets nucléaires n’est toujours pas maîtrisé

CIGEO est un projet français de stockage souterrain des déchets radioactifs de moyenne activité à vie longue (MA-VL) ou de forte activité (HA), dans des couches géologiques profondes réputées stables dans la durée. Depuis plus de 20 ans, des recherches relatives à ce projet sont menées en laboratoire à Bure, dans le département de la Meuse. Il s’agit à présent de passer du stade laboratoire au stade industriel. Pour cela, une demande d’autorisation de création devrait être déposée par l’ANDRA auprès de l’ASN en 2019.

L’ASN a émis, le 15 janvier dernier, son avis sur la sûreté du dispositif de stockage des déchets nucléaires CIGEO (consulter ici le document). Cet avis est complété par une lettre adressée à l’ANDRA, qui est en charge de CIGEO. Cette lettre précise les compléments d’étude et les dispositions nécessaires pour l’obtention du feu vert de l’ASN.

L’ASN souligne les avancées du dossier présenté par l’ANDRA, qui « a atteint dans son ensemble une maturité technique satisfaisante« . Le dossier actuellement présenté est « documenté et étayé » et il « constitue une avancée significative par rapport aux précédents dossiers« . Pour autant, l’ASN souhaite que certains points du dossier soient retravaillés par l’ANDRA, notamment en ce qui concerne la sécurité du stockage de certains déchets radioactifs de moyenne activité à vie longue (MA-VL), conditionnés dans des colis bitumés, qui représentent 18% de l’inventaire des déchets radioactifs destinés à être enfouis.

Ces colis bitumés, qui ne sont pas stables d’un point de vue chimique, dégagent de la chaleur et présentent des risques d’inflammation (réaction exothermique). La conception actuelle de leur stockage dans les galeries profondes de CIGEO risque de compromettre la sûreté de l’installation et, selon l’ASN, les dispositions de stockage actuellement prévues par l’ANDRA « ne permettent ni de prévenir ni de limiter les risques à un niveau acceptable en cas de réaction exothermique à l’intérieur d’un colis de déchets bitumés« .

L’ASN propose deux options pour résoudre ce problème :

  • soit les colis bitumés sont reconditionnés de manière à ne plus présenter de risque de réaction exothermique,
  • soit le centre de stockage souterrain CIGEO est modifié et agrandi pour assurer un espacement suffisant des colis bitumés et éviter qu’un incendie ne se propage d’un colis à l’autre.

Dans les deux cas, ce sont les usines qui détiennent actuellement ces déchets radioactifs qui seraient appelées à financer la solution retenue (reconditionnement des colis bitumés ou modifications nécessaires à la mise en sécurité de l’installation Cigéo).

L’ASN serait cependant plus favorable à la première solution (reconditionnement des colis). On la comprend : comment peut-on imaginer enfouir pour une durée longue des colis instables, alors qu’il est difficile de prévoir comment, sur une longue durée, le centre CIGEO sera géré ? Et de préciser, à propos du stockage de ces colis dans leur état actuel, « la deuxième voie ne pourrait être retenue que pour des colis de déchets bitumés suffisamment caractérisés permettant une modélisation de leur comportement en stockage« . Ce qui revient à dire qu’aujourd’hui on ne sait pas comment les réactions chimiques internes à ces colis bitumés peuvent évoluer dans le temps !

Ce risque d’incendie est d’autant moins négligeable que de tels événements se sont déjà produits dans au moins 2 sites de stockage. L’IRSN, qui est l’organe public technique chargé d’instruire les dossiers soumis à l’ASN, avait déjà signalé, lettre adressée à l’ASN, ces risques d’incendie liés aux déchets de moyenne activité à vie longue (MA-VL) enrobés dans du bitume. L’IRSN ajoutait qu’en cas d’incendie, « un rejet important d’activité dans l’environnement ne peut être exclu » !

Ces compléments demandés par l’ASN ont un coût qui pèsera sur l’option finalement choisie.
Dans la filière française du nucléaire, où beaucoup de solutions aux problèmes posés ne sont pas encore connues ou maîtrisées, ce sera aux opérateurs (EDF, AREVA, ANDRA) de financer la solution retenue pour CIGEO. Et le coût sera important, quelle que soit cette solution. Ainsi, en cas d’enfouissement des colis bitumés dans leur état actuel, le feu vert ne sera donné à CIGEO que si les trois dispositifs suivants sont mis en place :

  • dispositif permanent de surveillance et de détection rapide de la montée en température des colis (on imagine ce que cela veut dire sur une durée longue),
  • dispositif empêchant la propagation de l’incendie en cas d’inflammation de l’un des colis,
  • dispositif empêchant la dispersion de la matière radioactive en cas d’incendie.

Déjà des dérapages financiers, habituels en France lors de la réalisation des grands projets, se profilent pour CIGEO. Un décret de janvier 2016 fixait, pour ce projet, un objectif de coût de 25 milliards €. Mais, selon les choix d’aménagement retenus et avant les corrections demandées par l’avis de l’ASN, cette somme, pourrait selon la Cour des comptes, évoluer jusqu’à un coût final de 43,6 milliards € !

Dans l’industrie nucléaire, où la question de la sécurité est particulièrement importante, l’arbitrage entre rentabilité et sécurité publique ne devrait pas faire problème. On peut pourtant se demander, compte tenu des péripéties concernant la cuve de l’EPR EDF de Flamanville ou les générateurs de vapeur forgés par AREVA, si le choix des entreprises privilégie la sécurité publique. C’est aussi le cas pour CIGEO : certes le dispositif de contrôle et d’accompagnement assuré par l’ASN et l’IRSN semble fonctionner avec efficacité dans la détection des risques et la proposition de solutions palliatives, mais on ne peut que s’inquiéter en constatant que les opérateurs industriels, qui disposent eux aussi de capacités d’étude et d’analyse du risque, s’apprêtaient à stocker des déchets suffisamment instables pour provoquer des incendies risquant de disperser des matières radioactives dans l’environnement !

Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 16 / 01 /2018

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« Brèves du Clairon »

Emmanuel Macron, Président de la République, s’engage sur la fermeture des centrales à charbon

C’est lors d’un entretien télévisé sur France 2 le 18 décembre 2017, que le Président de la République a présenté ses priorités quinquennales en matière d’énergie.
Emmanuel Macron a réaffirmé d’abord vouloir en priorité de fermer les centrales à charbon françaises d’ici la fin de son quinquennat. La réduction de la part du nucléaire viendra en second plan. Par ailleurs Emmanuel Macron a estimé que « La France est en retard sur les énergies renouvelables. » Ce sera son troisième chantier en matière d’énergie. « On va accélérer », a-t-il assuré.

La ministre des Transports annonce le lancement d’un plan vélo

Elisabeth Borne a déclaré en clôture des Assises de la mobilité le mercredi 13  décembre que la France allait se doter d’une réelle politique du vélo. Ce nouveau plan vélo ambitionne sera présenté au public début février 2018.
« Quand on sait que 75% des déplacements font moins de 5 km, il faut arrêter de regarder le vélo avec condescendance en considérant que c’est un sujet mineur », a déclaré la Ministre.
Ce plan vélo portera sur l’ensemble des aspects du sujet : santé publique, infrastructures, éducation fiscalité…, a promis Mme Borne qui a aussi indiqué que la prime à l’achat d’un VAE serait rétabli dans le cadre de la loi de finances pour 2018.

Des ONG attaquent devant le Conseil d’Etat l’avis validant la cuve de l’EPR de Flamanville

4 associations écologistes ont déposé un recours au Conseil d’Etat le jeudi 30 novembre contre l’avis du 10 octobre 2017 de l’Autorité de Sureté Nucléaire (ASN). Selon cet avis l’anomalie du fond et du couvercle de la cuve du réacteur de Flamanville (Manche) n’est « pas de nature à remettre en cause la mise en service ». Le Réseau Sortir du nucléaire, Greenpeace, le Comité de réflexion d’information et de lutte anti-nucléaire (Crilan), Stop EPR  ni à Penly ni ailleurs, demandent au Conseil d’Etat de remettre en cause cet avis qui constitue une dérogation permettant la mise en service de l’EPR.
Ces associations, rappellent que la cuve est une partie ultra sensible des réacteurs nucléaires où « la rupture est censée être absolument exclue ». Selon les 4 plaignants cette éventualité ne peut être exclue si on se réfère aux analyses effectuées par AREVA qui les a construites.

                                             Hubert Reys, Curly Mac Toole, Louise B Velpeau pour le Clairon de l’Atax le 18/12/2017

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Comment EDF compte prolonger la vie de ses centrales nucléaires sans que leur sécurité puisse être validée.

Le 7 novembre dernier Nicolas Hulot annonçait, en sortant d’un conseil des ministres, qu’il serait difficile de tenir l’engagement de réduction de 75 % à 50% à l’horizon 2025 de la part du nucléaire dans la production d’électricité. Pourtant cet objectif était inscrit dans la loi de transition énergétique votée en 2015. E. Macron en avait fait un des engagement de sa campagne. Alors que se passe-t-il ? Comment une loi votée en 2015 peut-elle voir un de ses objectifs principaux  périmé en 2017 ? Cela fait pour le moins désordre ! Ce « rétropédalage » de nos gouvernants, assorti d’une communication massive le présentant comme un choix rationnel, tout en brandissant la menace d’un retour aux centrales à charbon polluantes en cas de manque d’électricité « nucléaire », serait-il une nouvelle péripétie du rapport de force opposant le lobby de l’industrie nucléaire à l’État ? EDF dont l’État détient 83,4 % des actions, semble n’en faire qu’à sa guise : ainsi, dans une opacité complète et en toute discrétion, EDF va prolonger la vie de ses centrales au-delà de 40 ans sans que l’examen complet de sûreté, obligatoire à ce terme, soit effectué par les services de l’État !

Les données du problème :

Sur les 58 réacteurs actuellement en service, 34 dépasseront les 40 ans avant 2025. Cette limite d’âge n’était pas fixée lors de leur construction, mais l’observation de leur usure suite aux contraintes dont elles étaient l’objet, a conduit les autorités à fixer cette échéance de 40 ans. EDF avait initialement pour objectif de remplacer ses centrales au bout de 40 ans par des centrales de nouvelle génération, mais en 2009 l’entreprise change de politique et déclare continuer leur exploitation au-delà du délai prévu !

Pourquoi ce changement ?  Les causes sont multiples : au plan économique de nombreux coûts de fonctionnement, initialement non prévus, sont apparus ; après divers accidents nucléaires, l’obligation de respecter de nouvelles normes de sécurité a nécessité des investissements importants ;  le chantier de l’EPR, réacteur de nouvelle génération s’est révélé plus compliqué que prévu et a accumulé les retards, etc.

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) (*1), qui est le bras armé de l’État chargé du contrôle des installations nucléaires, fixe alors des conditions à la prolongation du fonctionnement des réacteurs au-delà des 40 ans. Il s’agit d’un programme d’amélioration de la sûreté des installations qui vise à amener celles-ci à un niveau de sureté comparable à celui (ndlr : théorique) prévu pour les EPR (*2). Ce programme est consigné dans un document de référence qui établit les niveaux de sûreté que les réacteurs et leurs équipements devront atteindre pour être autorisés à fonctionner 10 ans de plus.  La loi prévoit en effet que, tous les 10 ans, une visite complète de sécurité (nécessitant l’arrêt des réacteurs pendant plusieurs mois) soit faite en examinant tout les éléments de chaque réacteur. De plus, en 2015, la loi de transition énergétique impose une enquête publique à l’occasion de la 4ème visite décennale.

Ces travaux d’amélioration de la sûreté des réacteurs sont importants et coûteux : EDF les estime à 1 Mds € par réacteur, tandis qu’une étude commanditée par Greenpeace situe ce même coût entre 3 et 4 Mds € !

Ces montants s’expliquent par l’importance des vérifications et remplacements à faire sur le matériel existant (cuves des réacteurs et des enceintes de confinement, des piscines de stockage du combustible usé, des systèmes d’alimentation électrique et de refroidissement, etc.), mais aussi pour satisfaire de nouvelles exigences basées sur l’expérience acquise suite aux catastrophes de Three Miles Island, Tchernobyl et récemment Fukushima (comment résister à des séismes, des tempêtes, des inondations, de la sécheresse, aux changements climatiques).

Explosion dans la centrale de Fukushima 2011

 

EDF est-elle en mesure de faire les changements nécessaires dans les délais légaux ?

Apparemment non !

L’ASN ne pourra pas se prononcer comme prévu sur les conditions de prolongation des réacteurs en 2018 (sous forme d’un avis générique de l’ASN),  car EDF n’a pas été en mesure de lui fournir les informations nécessaires à la date prévue par la loi. Julien Collet, directeur général adjoint de l’ASN, interviewé par Médiapart, déclare « C’est un travail de très grande ampleur, le réexamen dure plusieurs années. EDF nous a transmis des éléments et en transmettra d’autres. Par rapport au planning prévu, cela a pris quelques mois de retard. Ça décale d’autant la fin de l’instruction. » Tandis que Pierre-Franck Chevet, président de l’ASN déclare aux députés : « les questions se sont avérées particulièrement compliquées, nécessitant du travail d’abord chez EDF. Il y a une partie qu’on attend de leur part. Et c’est l’arrivée de ces dossiers qui conditionne ensuite notre prise de position ».

L’ASN estime qu’une réglementation autorisant la remise en service de réacteurs de plus de 40 ans d’âge ne pourrait être opérationnelle qu’en 2021, au moment où 22 réacteurs auront dépassé leur date limite de 40 ans.

Concrètement cela veut dire que certains réacteurs ne feront l’objet de la visite prévue pour leurs 40 ans qu’après  43 ans (par ex Tricastin), 44 ans (par ex Blayais) ou 46 ans (par ex Bugey), en supposant que cet échéancier soit tenu malgré le retard pris par la formulation de l’avis générique de l’ASN, suite au retards des informations fournies par EDF. De plus, l’ajournement de l’avis générique de l’ASN (c’est-à-dire des nouvelles normes réglementaires) va reporter la réalisation de certains travaux de mise aux normes après l’échéance de la 4ème visite décennale !

Cette situation pose tout d’abord un problème de sécurité et de sûreté des installations, mais elle prolonge aussi, sans contrôle de l’ASN, la vie des centrales ! Peut-on accepter cela alors que s’accumulent les dysfonctionnements du parc nucléaire français vieillissant ?

EDF va pouvoir ainsi prolonger le fonctionnement de certains de ses réacteurs les plus anciens sans faire les investissements prévus pour leur mise aux normes de sécurité ! Dans cette situation l’ASN et son outil technique l’IRSN (*3) sont les otages d’EDF dans la mesure où leurs évaluations et avis dépendent des informations fournies par EDF ! Une fois de plus la décision des pouvoirs publics est conditionnée par les informations fournies par une entreprise soumise à leur autorité !

Cette situation de conflit permanent entre l’ASN représentant l’Etat et l’entreprise EDF à capitaux publics mais de statut privé est d’autant plus inquiétante que les imprévus et pannes se multiplient au fur et à mesure du vieillissement des installations. Ainsi, des défauts génériques (malfaçons ou erreurs de conception) ont été décelés en juin dernier sur des groupes électrogènes de secours de 20 réacteurs de 1 300 MW. En octobre, ce sont les systèmes de pompage indispensables pour refroidir 29 réacteurs qui présentent des défauts génériques et ne résisteraient pas à un séisme. Ce dernier problème a entraîné la mise à l’arrêt de 4 réacteurs, mesure exigée par l’ASN et qu’EDF a trouvée « injustifiée » ! Et tout cela dans une relative discrétion qui n’a pas provoqué beaucoup de réactions dans le public.

On ne peut qu’être inquiet face à une situation où EDF, entreprise en difficulté financière, qui tente de reconquérir des savoir-faire technologiques et qui gère un parc nucléaire vieillissant dans un contexte croissant d’insécurité (*4), s’oppose avec l’aide de lobbies à l’autorité de l’ASN, autorité publique vouée à la sécurité publique. Au mieux il s’agit du crépuscule d’une politique erronée de l’énergie qui a mis trop d’œufs dans le même panier du nucléaire, au pire on s’approche des conditions favorables à la commission d’un accident nucléaire majeur ! Il est plus que temps que cette situation fasse l’objet d’un grand débat public.

Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 18/12/2017

 

(*1) ASN (Autorité de Sureté Nucléaire) : depuis  juin 2006,  l’ASN devenue  Autorité administrative indépendante ,reprend les missions jusqu’à alors exercées par la Direction générale de la sûreté nucléaire et de la radioprotection (DGSNR) et les Divisions de la sûreté nucléaire et de la radioprotection (DSNR). L’ASN assure, au nom de l’État, le contrôle de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France pour protéger les travailleurs, les patients, le public et l’environnement des risques liés aux activités nucléaires. Elle contribue à l’information des citoyens.
(*2) EPR (Evolutionary Power Reactor) est un réacteur à eau pressurisée de 3ème génération, réputé plus performant notamment en matière de sûreté.

(*3) IRSN (Institut de Radioprotection et de Sureté Nucléaire) c’est l’expert public sur les risques nucléaires et radiologiques, dont les travaux alimentent l’ASN.
(*4) Sur les questions de sécurité, voir aussi l’article de la présente édition intitulé « Nucléaire : chronique d’un désastre annoncé ».

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Gaz à effet de serre (*)

La hausse de la concentration atmosphérique en CO2 se poursuit inexorablement

L’OMM (Organisation mondiale de météorologie) a publié le 30 octobre 2017, en préambule à la COP 23 (23ème Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques) les derniers chiffres relatifs à la concentration de gaz carbonique (CO²) dans l’atmosphère terrestre. Celle-ci avec une concentration montée à 403,3 ppm (*1) est de 145% plus importante à ce qu’elle était avant l’ère industrielle qui a commencé dans les années 1750 ! Selon l’OMM une teneur en CO² comparable existait sur terre il y a 3 à 5 millions d’années : elle correspondait à une température moyenne plus élevée de 2° à 3° que la température actuelle et à un niveau de la mer supérieur de 10 à 20 mètres au niveau actuel.

Durant les derniers 800 000 ans jusqu’à l’ère pré-industrielle, la concentration de CO2 n’avait pas dépassé les 280 ppm(*1).

(D’après le Bulletin de l’OMM n°13 sur les gaz à effet de serre, le 30 octobre 2017)

Mais la concentration dans l’atmosphère d’autres gaz à effet de serre a aussi augmenté :

  • La concentration en méthane, deuxième plus important gaz à effet de serre, a également atteint un nouveau pic en 2016, avec environ 1853 ppb (*2), soit près de 2,6 fois le niveau d’avant 1750.
  • La concentration en protoxyde d’azote a atteint quant à elle 328,9 ppb, soit 1,22 fois son niveau d’avant 1750.

Les causes principales de cette augmentation des gaz à effets de serre sont les activités humaines et pour le CO² elles sont augmentées par un phénomène météorologique lié à un courant marin de l’océan pacifique : El Niño.

Les engagements pris par les Etats lors de la COP 21 (2015) montrent un décalage « alarmant » selon l’OMM entre les réductions réelles et les intentions annoncées.

Dans les conditions d’émissions actuelles l’objectif de stabilisation de la température moyenne à +2°C à l’horizon 2100 ne sera pas atteint.

Compte tenu du retard pris dans la réduction des gaz à effet de serre l’OMM préconise des efforts supplémentaires : 6 secteurs principaux doivent être mobilisés : l’agriculture, le bâtiment, l’énergie, la forêt, l’industrie et le transport.

Le potentiel le plus important de réduction des gaz à effet de serre se trouve dans l’industrie et dans le secteur énergétique. 70% des gaz à effet de serre résultent des énergies fossiles et de l’industrie du ciment. Les 100 plus grandes entreprises mondiales cotées en bourse sont à l’origine d’environ 1/4 des émissions globales de gaz à effet de serre. Les 6.683 centrales thermiques de la planète devraient être remplacées par des installations non fossiles financées par des taxes sur le carbone…

Malgré ces données alarmantes la Cop 23 qui s’est tenue à Bonn en Allemagne du 6 au 17 novembre dernier s’est terminée une fois de plus sur un bilan et des perspectives décevants !

Pourtant le temps presse : les gaz à effet de serre contribuent aussi largement à l’accroissement de la pollution atmosphérique dont les effets sur la santé humaine se font particulièrement sentir : 6,5 millions de morts dans le monde sont directement liés à la pollution de l’air en 2015 selon une étude publié le 20 octobre 2017 par la revue scientifique médicale britannique « The Lancet ».

Cette étude de 2 ans faite par une commission associant des organismes internationaux, des ONG,  ainsi qu’une quarantaine de chercheurs spécialisés dans les domaines de la santé et de l’environnement établit que les décès résultant de la pollution de l’air relèvent de maladies non transmissibles comme les maladies cardiaques, les AVC, les cancers du poumon, les broncho-pneumopathies chroniques obstructives….Les morts liées à la pollution de l’air représentent selon les auteurs de cette étude : « trois fois plus de morts que le Sida , la tuberculose et le paludisme réunis… »

Combien de temps encore glisserons-nous sur cette pente fatale ?

 

                                                                             Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 19/11/2017

 

(*) Les gaz à effet de serre (GES) sont des composants gazeux qui absorbent le rayonnement infrarouge émis par la surface terrestre et contribuent à l’effet de serre . L’augmentation de leur concentration dans l’atmosphère terrestre est l’un des facteurs à l’origine du réchauffement climatique.
Pour en savoir plus : https://fr.wikipedia.org/wiki/Gaz_%C3%A0_effet_de_serre

(*1) ppm = partie par million 

(*2) ppb = partie par milliard       

 

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Nucléaire : chronique d’un désastre annoncé… (suite)

Les incidents continuent :

les circuits de refroidissement de 29 réacteurs sont fortement corrodés !

L’ASN (l’Autorité de sûreté nucléaire) a rendu publique le lundi 16 octobre 2017 une information selon laquelle certaines parties du circuit de refroidissement de 29 réacteurs de 900 et 1300 mégawatts (MW), répartis dans 10 centrales, sont rouillées. Cette corrosion augmenterait le risque de perdre la capacité de refroidissement nécessaire au fonctionnement des réacteurs ! Pour le moment, selon l’ASN, l’état dégradé des « tuyaux » correspondrait à « des épaisseurs inférieures à l’épaisseur minimale requise pour assurer leur résistance au séisme »…

Le défaut de sécurité provoqué par cette situation est classé par l’ASN au niveau 2  selon l’Ines (International Nuclear and radiological Event Scale), une échelle internationale d’évaluation de l’importance des incidents se produisant dans les installations nucléaires qui est étalonnée de 0 à 7. Cela implique qu’en cas de séisme important l’ensemble des moyens nécessaires au contrôle et du maintien en fonctionnement normal de 20 de ces réacteurs ne pourrait être mis en œuvre. Selon l’avis de l’IRSN (*) (Institut de Radioprotection et de Sureté Nucléaire) qui constitue le bras technique de l’ASN : « alors la fusion du cœur ne pourrait pas être évitée à terme ».
Les 9 réacteurs restants, situés dans les 4 centrales de Cruas, Paluel, Saint-Alban et Tricastin, seraient moins atteints par la corrosion : elles bénéficient d’un classement au niveau 0 de l’échelle Ines.

Quelle est la nature du risque ?

En cas de séisme (certaines centrales comme Fessenheim sont construites dans des zones à risque) les tuyauteries des circuits d’alimentation en eau du réseau de protection anti-incendie et de filtration de l’eau brute pompée pourraient se rompre et inonder ces centrales, ce qui entraînerait l’arrêt des pompes du circuit d’eau brute. Alors le refroidissement du circuit intermédiaire (en bleu sur le schéma) qui assure le refroidissement des fluides et équipements nécessaires au fonctionnement et à la sauvegarde du réacteur ne serait plus assuré. Or ce système doit fonctionner en permanence même lorsque le réacteur est à l’arrêt car il assure aussi le refroidissement de la piscine de stockage du combustible.

Mais ces piscines de stockage du combustible sont considérées comme particulièrement fragiles. Elles servent de bassin d’entreposage provisoire au combustible nucléaire irradié ou destiné au rechargement d’un réacteur à l’arrêt. Ces combustibles émettent une importante chaleur résiduelle qui nécessite un refroidissement permanent du bassin.
Or ces piscines sont considérées comme fragiles par nombre d’experts indépendants. Notamment en cas d’attaque terroriste. Ce qui est mise en cause c’est un défaut de la conception à l’origine des centrales. Dans le cas d’une brèche entraînant une déperdition d’eau qui ne pourrait être compensée par un apport équivalent d’eau de pompage, le combustible serait à découvert et insuffisamment refroidi : il se produirait alors un accident de type Fukushima !
Il faut rappeler ici que ces piscines d’entreposage sont quasi saturées de combustible. Ainsi les 5 piscines de la Hague contiennent une quantité de combustible équivalant à 150 réacteurs de 900 MW ! Les experts précités, dans un document remis le 10 octobre aux autorités (**), posent la question du renforcement de ces piscines et des équipements de sureté y afférant.

Aux signes de vieillissement du parc nucléaire français qui se multiplient, s’ajoute la découverte de défauts de conception : certains problèmes qui se posent actuellement n’avaient pas été prévus à l’époque…
En 2017 l’ASN a ainsi classé 3 fois des incidents concernant des réacteurs EDF au niveau 2 de l’échelle Ines. Les autres incidents relevés ont concerné les groupes électrogènes diésel de secours de 8 centrales nucléaires ; l’arrêt « dans les délais les plus courts » des 4 réacteurs de la centrale du Tricastin compte tenu du risque de rupture en cas de séisme des digues du canal jouxtant la centrale de Donzère Mondragon…Le fleuron technologique tant vanté il y a encore peu de temps semble tourner au cauchemar !

                                                                  Hubert Reys et Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 19/10/2017

 

(*)Extrait de la Note d’information de l’IRSN du 16 octobre 2017

Non-conformités relatives à la tenue au séisme de tuyauteries situées dans la station de pompage de 29 réacteurs du parc en exploitation

Conséquences potentielles pour la sûreté

En raison de configurations propres à chaque centrale nucléaire pour les stations de pompage et de niveaux variables de corrosion des tuyauteries, les conséquences potentielles pour la sûreté diffèrent d’un réacteur à l’autre

Ainsi, en situation de séisme entraînant la rupture des tuyauteries affectées, le noyage des moteurs des pompes du circuit SEC pourrait conduire à la perte totale de l’alimentation en eau de refroidissement pour 20 réacteurs et à sa perte partielle pour 9 réacteurs. En effet, les pompes d’exhaure installées dans ces locaux n’étant pas qualifiées au séisme, leur fonctionnement ne peut pas être garanti dans cette situation.

En cas de perte totale de l’alimentation en eau de refroidissement, l’évacuation de la puissance résiduelle du cœur du réacteur est réalisée par les générateurs de vapeur, en utilisant l’eau contenue dans un réservoir prévu à cet effet et résistant au séisme. Toutefois, la réalimentation en eau de ce réservoir par les moyens fixes prévus par les procédures accidentelles ne  peut pas être garantie après un séisme. En effet, elle n’est pas secourue électriquement et les transferts d’eau à partir d’autres réservoirs présents sur chaque centrale ne sont pas réputés fonctionnels après un séisme.

Les moyens mobiles de crise locaux pourraient être déployés par EDF, afin d’alimenter en eau les générateurs de vapeur. Mais cette ligne de défense n’a pas fait l’objet d’une démonstration de sa robustesse pour garantir le maintien du réacteur dans un état sûr.

Aussi EDF a déclaré un événement significatif pour la sûreté à caractère générique. Il est classé au niveau 2 sur l’échelle INES pour les 20 réacteurs concernés par un risque de perte totale de l’alimentation en eau de refroidissement (à cette occasion, l’événement de Belleville a été reclassé au niveau 2). En effet, si l’ensemble de ces parades ne pouvaient pas être mises en œuvre pour les 20 réacteurs précités, alors la fusion du cœur ne pourrait pas être évitée à terme. Il est classé au niveau 0 pour les 9 autres réacteurs.

________________________________________________________________________

(**) Extrait du rapport des experts indépendants commis par Greenpeace

Le problème prioritaire des piscines d’entreposage

Ce déficit est d’autant plus marqué dans le cas des piscines d’entreposage du combustible nucléaire, par rapport aux réacteurs eux-mêmes. En effet, l’analyse de sûreté a conduit à l’époque de leur construction à négliger le risque d’un processus d’emballement dans les piscines, et par là même à ne pas les doter d’une enceinte de confinement robuste semblable à celle des bâtiments réacteur. La catastrophe de Fukushima a pourtant mis en évidence en 2011 le risque, dans ces conditions, d’un relâchement massif de radioactivité en cas de perte durable de la capacité de refroidissement du combustible entreposé. Cette situation, qu’une attaque externe pourrait chercher à provoquer, aurait des conséquences similaires à celles d’un accident majeur sur un réacteur nucléaire. Les piscines des réacteurs d’EDF, dont l’inventaire varie en fonction de différents facteurs et doit maintenir une réserve mais dont plusieurs sont proches de la saturation, ont une capacité de plusieurs centaines de tonnes de combustible, soit l’équivalent de jusqu’à deux à trois cœurs de leur réacteur ; les cinq piscines de La Hague contiennent quant à elles, au total, l’équivalent de près de 150 cœurs de réacteurs de 900 MW.

Le cas du réacteur EPR en construction à Flamanville illustre cette préoccupation. Celui-ci dispose en effet d’une enceinte en béton renforcée qui enveloppe, au même titre que le réacteur, le bâtiment combustible. Cette «coque avion» protégeant la piscine a été introduite dans le design du réacteur après le 11 septembre 2001, en lien direct –même si cela n’a jamais été explicitement formalisé dans le processus de décision– avec cette nouvelle menace. Il est clair que les piscines des réacteurs actuellement en service sont très loin de bénéficier du même niveau de protection.

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Nucléaire : démarrage des essais « à froid » de l’EPR de Flamanville.

Initialement, le réacteur de l’EPR [*] devait être achevé avant le 11 avril 2017 mais EDF a obtenu un délai de l’Etat jusqu’en avril 2020…Rappelons que le démarrage de l’installation était initialement prévu en 2012, qu’il avait ensuite été repoussé à 2016 puis en 2017. Les travaux semblent donc s’être déroulés jusqu’à présent dans un timing conforme à la feuille de route établie par EDF en septembre 2015. Cette feuille de route prévoit le chargement du combustible nucléaire dans le réacteur fin 2018…L’installation est actuellement entrée dans une phase importante de tests qui débutent par des essais à froid…

Alors que s’achève la phase de construction de l’EPR, celui-ci est entré dans une phase pré-opérationnelle de tests destinés à vérifier la bonne tenue de la construction et de ses équipements. Les équipes opérationnelles chargées de piloter la centrale prennent progressivement la place des équipes chargées de la construire et de monter les équipements. Depuis mars 2017 des essais de l’ensemble du réacteur ont été entamés : ceux-ci vont se continuer par des essais dits «à froid» qui devraient démarrer selon EDF à la mi-décembre 2017.

Les essais à froid de l’EPR

Il s’agit de tester l’ensemble des éléments qui constituent le réacteur pour voir s’ils fonctionnent de manière conforme. Ainsi parmi les nombreuses opérations de vérification « tous corps d’état » il s’agit par exemple de vérifier si les circuits sont bien étanches et particulièrement le circuit primaire du réacteur. Pour ce faire on va soumettre ce dernier à une pression de 240 bars supérieure aux conditions normales de fonctionnement du réacteur [**]). 

Les circuits d’un réacteur à eau pressurisée (image Wikipedia)

Cette phase d’essais à froid devra être validée, une fois achevée, par les autorités de contrôle. Elle sera suivie par une phase d’essais « à chaud ». Dans cette étape du processus de mise en service, qui devrait débuter en juillet 2018, il s’agira de vérifier le bon fonctionnement des équipements dans les conditions normales d’exploitation du réacteur, c’est-à-dire à des pressions et des températures comparables mais sans le combustible nucléaire. Et ce n’est qu’après la réussite de ces tests et leur validation que le combustible sera chargé….

EDF prévoit le démarrage du réacteur de l’EPR de Flamanville à la fin 2018 c’est-à-dire 6 mois après le début des tests « à chaud ».
Cette échéance pourra-t-elle être tenue ?

Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 12/10/2017

 

[*] EPR = European Pressurized Reactor ou Réacteur à eau préssurisée

[**] Selon EDF. Ndlr : rappelons qu’en période normale de fonctionnement la pression s’établit à 150 bars

 

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Nucléaire : chronique d’un désastre annoncé…

Le nucléaire est-il en train de devenir un boulet pour la France ?

L’histoire récente du nucléaire français est riche en problèmes de toutes sortes : scandales financiers (Uramin), déboires financiers (EDF / AREVA), ingénierie défaillante (EPR Flamanville et Olkiluoto), malfaçons (Forges du Creusot), incidents et pannes d’un parc vieillissant, stockage des déchets (Bure, Malvési), démontage problématique des réacteurs, etc.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Au début c’est-à-dire dans la première partie du 20ème siècle, tout était beau et bon : la « science » progressait de façon spectaculaire dans tous les domaines. Ainsi dans les années 1930 les propriétés de la fission nucléaire furent mises en évidence par des savants français (Joliot-Curie, Perrin, etc.) Puis il y eut la bombe atomique qui, selon l’opinion de l’époque, avait accéléré la fin de la seconde guerre mondiale. L’atome fut alors vécue comme Le Progrès : on consacrait des chansons à la bombe, on imaginait illimitées les perspectives offertes par l’atome civil  (cf. Atomium, expo universelle de Bruxelles 1958)…

C’est dans ce climat euphorique que s’est développée la filière atomique française. La confiance dont bénéficiait la « science » dans les années 1960 laissait croire que les problèmes non résolus à l’époque le seraient, lorsque nécessaire, par le progrès scientifique imaginé inéluctable. Et c’est ainsi qu’au début 21ns les années 1960 laissait croire que les problèmes non résolus à l’époque le seraient, lorsque nécessaire, par le progrès scientifique imaginé inéluctable. Et c’est ainsi qu’au début 21ème siècle la question du démontage du cœur des réacteurs en fin de vie et celle du stockage des déchets nucléaire n’est toujours pas résolue de manière satisfaisante…

L’état des lieux est aujourd’hui inquiétant !

58 réacteurs nucléaires sont actuellement en activité sur 19 sites, 9 centrales sont à l’arrêt et 6 centrales « uranium naturel graphite gaz » (UNGG) sont en cours de démantèlement (Brennilis, Chooz A, Chinon A, Bugey A, Saint-Laurent A et Creys-Malville). Le coût du démantèlement de ces centrales, dont certaines sont fermées depuis 30 ans, fait l’objet de controverses entre EDF, la Cour des Comptes et la mission parlementaire qui a rendu ses conclusions en février 2017 : de l’avis de ces 2 institutions EDF aurait largement sous-évalué le coût du démantèlement de ses centrales et réservé des provisions insuffisantes….De plus l’ASN (Autorité de Sureté Nucléaire) a engagé un bras de fer avec EDF sur les délais de démantèlement des six réacteurs de première génération (UNGG) alors que les méthodes du démantèlement du cœur des réacteurs prévues par EDF étaient changées (travail sous immersion du cœur du réacteur à travail à l’air libre). Selon l’ASN : « la nouvelle stratégie présentée par EDF indique des durées globales de démantèlement de l’ordre de la centaine d’années après l’arrêt des réacteurs ». Le démantèlement des 6 centrales UNGG serait, selon EDF, repoussé à 2100 tandis que l’ASN (*) demande à EDF de : « garantir la sureté des installations jusqu’à l’achèvement de leur démantèlement« .

Centrale nucléaire de Brennilis

C’est dans ce contexte que Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique, annonce que : « jusqu’à 17 réacteurs pourraient fermer d’ici 2025 » !

Il est vrai qu’on ne peut que souhaiter une fermeture rapide du plus grand nombre de réacteurs possibles lorsqu’on se réfère à la situation actuelle.

A la kyrielle de pannes et d’incidents qui ponctuent le fonctionnement du parc nucléaire vieillissant s’ajoutent des problèmes de malfaçon :

Ainsi le 14 septembre 2017 EDF annonçait avoir découvert 471 « anomalies » et 130 « non-conformités » sur les équipements de douze de ses réacteurs nucléaires en fonctionnement. A cela s’ajoutaient 95 anomalies et 16 non-conformités découvertes sur les équipements de l’EPR de Flamanville en cours de construction !

Le coût non maitrisé du nucléaire français à la dérive :

Aux coûts générés par ces retards et ces problèmes techniques s’ajoutent ceux provoqué par la défaillance des entreprises de la filière nucléaire :

  • En mars 2017 l’état a versé 3 milliards pour recapitaliser EDF
  • En juillet 2017 l’état a injecté 5 milliards dans les sociétés crées suite à la faillite d’AREVA dont AREVA SA conçue comme une structure de « defeasance » (gérant les actifs douteux)
  • De nouveaux frais sont attendus suite aux recours devant la Chambre de Commerce Internationale du finlandais TVO, opérateur de la centrale nucléaire d’Olkiluoto, qui demande à AREVA près de 3 milliards de dédommagements suite aux retards et incidents du chantier de l’EPR Finlandais !
  • Alors que le savoir faire français en matière de construction d’EPR est pris constamment en défaut, la fuite en avant d’EDF qui s’est lancée à son tour dans la construction de 2 EPR à Hinckley Point (Angleterre) et qui a déjà investi des sommes colossales dans ce projet dont les coûts n’arrêtent pas de déraper (un surcout de 2 milliards a été annoncé en juillet 2017) et qui ne sera peut être même pas construit.

La débâcle du nucléaire coute cher à la France mais pas qu’à nous :

Selon Emmanuel Macron il manquerait 4,5 milliards à la France pour contenir le déficit dans les 3% du PIB selon les critères de Maastricht, les aides financières versées à EDF et AREVA ont coûté 8 milliards en juillet 2017…Le premier ministre recherche de son côté 8 milliards : le nucléaire contribue donc largement au déficit budgétaire de la France, mais ce constat est passé sous silence par nos politiques….

Mais la France n’est pas la seule à subir le déclin de son industrie nucléaire : c’est aussi le cas pour les USA et le Japon. Aux USA la  société Westinghouse a fait faillite en mars 2017 tandis que son actionnaire principal le japonais Toshiba était obligé de vendre des actifs pour faire face à ses pertes (**)…

L’industrie nucléaire française devient un boulet pour les finances publiques. Qui ose encore parler en France du nucléaire comme source la moins chère d’énergie électrique ? Mais ses méfaits ne s’arrêtent pas là, l’argent public versé dans ce tonneau des danaïdes, manque là où il est indispensable : dans la reconversion énergétique et le développement des énergies renouvelables. Y-a-t-il une alternative à la situation présente ?

                                                            Hubert Reys et Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 19/09/2017

(*) La lettre de l’ASN :

https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-29379-courrier-asn-strategie-demantelement-reacteurs-premiere-generation.pdf

(**) Pour ceux qui veulent en savoir plus :

http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article181

 

 

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