Le Rec de Veyret à Narbonne : un enjeu d’urbanisme et d’aménagement

Entourée de collines couvertes d’une végétation méditerranéenne, la ville de Narbonne est non seulement exposée aux risques d’incendie, mais aussi aux inondations brutales, déclenchées par des épisodes pluvieux aussi soudains que massifs qui peuvent créer de graves problèmes d’écoulement. Les « rec » désignent  en langue locale de petits ruisseaux, qui strient les bassins versants. Souvent à sec en été,  ils se transforment parfois, suite à des épisodes de forts orages, en puissantes rivières qui dévastent ce qui se trouve sur leur passage.
Le Rec de Veyret traverse la partie ouest de la ville de Narbonne. Celle-ci  comprend des zones d’activités économiques et des zones  d’habitat individuel et collectif.

La rédaction du Clairon de l’Atax

 

Deux barrages, vraiment ?

Le Rec de Veyret est un cours d’eau. Quand il pleut, beaucoup, de l’eau coule pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours, dans son lit. Pas tous les ans. Le cours d’eau peut même, lors d’épisodes exceptionnels, inonder les quartiers de Maraussan, la Mayole et de l’Egassiairal à Narbonne. Mais nous n’avons pas vraiment la mémoire d’un tel évènement puisque, lors de la dernière crue centennale, ces quartiers n’étaient pas construits. En effet, Narbonne est une ville en pleine expansion. Les dégâts importants qu’un tel épisode génèrerait justifient le financement de travaux importants pour réduire le risque. La municipalité ne cache par ailleurs pas son intention d’ouvrir à l’urbanisation les zones supplémentaires qui seraient protégées, ce qui démultiplie l’enjeu économique de l’opération.

Le barrage du Cap de Pla (photo HR)

Dans les années 80 la municipalité s’était déjà  attaquée au problème en créant un exutoire canalisé vers l’Étang de Bages et en construisant le barrage de Cap de Pla. C’est lui qui, en cédant faute d’entretien en 1994, provoqua l’inondation dont les Narbonnais se souviennent. Ces ouvrages sont aujourd’hui considérés comme sous-dimensionnés.

Pour éviter qu’un cours d’eau ne déborde, il faut choisir la combinaison adéquate entre retenir l’eau en amont, pour lisser les pics de crue, et augmenter le débit vers l’aval. Dans le cas du Rec de Veyret, en aval de la ville il y a peu d’enjeux. Il s’agit d’un des avantages à être un territoire littoral. Pourtant l’option présentée le 6 juillet par le Syndicat Mixte du Delta de l’Aude ne profite pas de cette caractéristique rare. Elle s’articule autour de grandes retenues d’eau en amont. Ce choix pose un évident problème de sécurité sur le long terme. Ce risque est acceptable lorsqu’aucune autre solution n’est envisageable. Ce n’est pas le cas ici. Je me suis donc permis de m’en inquiéter lors de la réunion publique du 6 juillet 2021.

Des enjeux qui dépassent la seule protection contre les inondations

Le Rec de Veyret sous le pont de la route de Perpignan (photo HR)

Un scénario consistant à élargir et re-naturer le Rec de Veyret en aval de la retenue de Cap de Pla jusqu’au pont de la route de Perpignan a été étudié. L’élargissement et la renaturation de ce tronçon n’ont pas d’intérêt sans la reprise du pont de la route de Perpignan, cependant la reprise de ce dernier représente un coût financier et une complexité technique, sans réelle plus value sur la protection des enjeux (espaces) en aval.
Cette réponse n’est pas satisfaisante. La circulation est le second gros enjeu de l’aménagement du Rec de Veyret. Des travaux d’ampleur sont l’occasion d’améliorer les choses également plutôt que de figer une situation qui n’est pas satisfaisante.

Le Rec de Veyret : un obstacle qui gène le développement de Narbonne

Les contraintes liées aux inondations ont joué un grand rôle dans la physionomie de la tache urbaine de Narbonne. La ville, bloquée dans son expansion au nord et à l’est, et se heurtant au sud au double obstacle de la voie ferrée et de la vallée inondable du rec a enjambé le problème pour se développer encore plus loin au sud. Cette dissociation n’est pas sans poser des problèmes de circulation. Les deux principales voies de communication entre la ville et ses zones d’activité du sud, la rocade et la route de Perpignan sont saturées quotidiennement. Au point que nombreux sont ceux qui empruntent l’autoroute, payante, ou un des deux seuls chemins vicinaux, saturés eux aussi, qui relient les deux parties de la ville.

Le Rec de Veyret un obstacle ? (photo HR)

Dès lors l’aménagement du rec doit répondre à deux enjeux majeurs. Le risque d’inondation et la fluidité de la circulation. Le syndicat Mixte du Delta de l’Aude n’est pas compétent en matière de déplacements urbains. Pour moi, citoyen, je ne me sens pas concerné par ce genre de limitation. Il appartient à nos élus, à qui nous avons confié la défense de l’intérêt général, d’avoir une vue d’ensemble et de faire travailler les services de concert. Travailler en parallèle à la protection contre le risque d’inondation et à la réduction de la césure urbaine imposée par le Rec de Veyret sont deux objectifs d’intérêt général. Traitons-les de front.

Laurent Fabas pour le Clairon de l’Atax le 17/09/2021

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