Il était temps : lancement d’une étude sur l’impact des pesticides sur la santé dans le vignoble français !

Fruit traité (Image par Ulrike Leone de Pixabay)

Santé Publique France (SPF) et l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire ((ANSES) ont annoncé le mardi 19 octobre dernier le lancement d’une étude portant sur l’impact des pesticides sur la santé dans le vignoble français. Cette étude dénommée « PestitiRiv » devrait durer jusqu’en Août 2022 dans sa phase collecte de données, pour aboutir à des résultats publiés en 2024.

L’objet de l’étude et la méthode employée :

Il s’agit de  découvrir s‘il y a une différence entre l’état de santé des personnes qui travaillent dans les vignes ou qui vivent à leur proximité  et l’état de santé de celles qui vivent loin de toute culture viticole.
Pour ce faire et après avoir préalablement testé le protocole de cette étude en octobre 2019 (1), ce sont 3350 participants volontaires qui seront sélectionnés  à partir du 25 octobre 2021 dans 6 régions viticoles Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Grand-Est, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Provence-Alpes-Côte d’Azur.. Les participants, âgés de 3 à 79 ans, seront tirés au sort sur la base de données Insee dans 263 zones d’étude situées dans ces 6 régions

Dans les 263 zones d’études retenues, les enquêteurs vont comparer les données d’un échantillon de 1500 adultes et 750 enfants réparti dans 162 sites viticoles (2) avec celles d’un échantillon de 750 adultes et 350 enfants répartis dans 101 sites non viticoles (3) Les participants à cette étude « PestiRiv » feront l’objet d’un suivi biologique (4) et d’un suivi environnemental (5). Les habitudes alimentaires, les pratiques professionnelles et domestiques ainsi que les méthodes de culture des vignobles proches seront aussi observées, car l’ambition de « PestiRiv » est aussi de recenser toutes les voies d’exposition aux pesticides à toutes les étapes du traitement de la vigne.

L’objet de l’étude « PestiRiv » est ambitieux : mené à son terme il devrait déboucher sur des connaissances plus précises de l’action des pesticides employés dans la viticulture qui se distingue dans certaines régions et certains territoires particuliers par un recours particulièrement important à ces produits.

Un projet d’étude étude diversement commenté

Certaines associations et collectifs qui ont déjà effectué des recherches sur la contamination des riverains, notamment en effectuant des analyses d’urines et de cheveux  pour détecter la présence de glyphosate, remettent en cause l’intérêt de cette étude. Ainsi Marie Lys Bibeyran du collectif « Info Médoc Pesticides » déclare que la preuve du danger d’épandage des pesticides à déjà été prouvée « Cette étude ne sert à rien […] dès 2013 Générations Futures a prouvé la présence de pesticides dans les cheveux et les urines d’habitants du Médoc ».
Jérome Despey, président de la chambre d’agriculture de l’Hérault et vice-président de la FNSEA, interviewé par le Midi Libre, laisse déjà apparaître la ligne de défense de son organisation visant à relativiser l’emploi des pesticides par la viticulture : « J’attends de cette étude une grande objectivité. De la science et rien que de la science. Car le questionnement va se faire à un kilomètre autour des vignes. Il faut bien que l’étude prenne en compte tous les apports de pesticides : ceux utilisés dans les jardins, les produits ménagers… »
Pour d’autres associations et ONG, s’il est indispensable de mieux connaitre l’impact des expositions aux pesticides sur la santé et de prendre les mesures qui s’imposent, le temps de l’étude ne doit pas servir de prétexte à l’inaction.

En conclusion, l’étude « PestiRiv », si elle est menée à son terme dans le respect de son protocole, apportera certainement des connaissances nouvelles et utiles sur les impacts de l’épandage des pesticides par la viticulture. Mais ces connaissances, une fois acquises, doivent pouvoir se traduire rapidement en actions, en mesures sanitaires. C’est là que les décideurs politiques auront à se montrer capables de résister à la pression des lobbies, mieux qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent. Enfin le lancement des cette étude en pleine période d’élections présidentielles constitue, le cas échéant, une opportunité pour l’exécutif qui pourra éluder tout conflit potentiel ou tout reproche d’inaction au prétexte d’en attendre les  résultats.

La rédaction du Clairon de l’Atax le 18/10/2021

 

 

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Notes:
  1. auprès de 72 foyers de quatre communes des régions Grand Est et Nouvelle-Aquitaine
  2. moins de 500 mètres de vignes et plus de 1000 mètres d’autres cultures
  3. à plus de 1000 mètres de toute culture
  4. prélèvements d’urines et de cheveux pour détecter et mesurer les pesticides présents dans l’organisme
  5. analyses de l’air ambiant, d’échantillons d’eau, de légumes des potagers, etc.

Publié par La Rédaction du Clairon de l'Atax

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