Le vote est fait avant les élections

Rétablir une pleine démocratie de représentation et d’exercice conditionne la réussite de tous nos projets de lutte contre le changement climatique et environnemental.

Le projet de Trump c’est Trump, le projet de Macron c’est…(image Jonhain de Pixabay)

Le vote est fait avant ces élections présidentielles : l’idée n’est pas si saugrenue que cela, si l’on considère les efforts faits par les médias dominants pour canaliser et fixer l’opinion sur un vote qui arrange leurs propriétaires milliardaires et les « amis » de ces derniers. Le procédé est assez simple : dans le cheptel des « candidats à la candidature«  on trie les candidats en trois groupes : ceux qui sont susceptibles de perpétuer et conforter l’ordre néolibéral établi, ceux qui tiendront lieu de repoussoir et ceux, politiquement inoffensifs  de droite ou de gauche, qui serviront de « faire valoir » et qui contribueront à donner une apparence démocratique à tout ce cirque.

On peut placer des noms dans ces trois catégories : dans la première Macron (1) et Pécresse ; dans la seconde Le Pen, Zemmour, Mélanchon et Jadot ; dans la troisième Roussel, Hidalgo, Taubira, Poutou, Arthaud. Ce sont là les vedettes qui émergent des 37 candidats encore en lice à ce jour. Ce sont elles à qui les medias vont faire jouer le « reality show » des élections présidentielles.
Laissant au débat d’idées la portion congrue, car pourquoi s’attarder sur les explications des candidats quant aux références idéologiques qui fondent leur projet politique (ça ne fait pas assez d’audience), on va construire l’essentiel du spectacle électoral sur la mouvance des sondages, sur les tactiques employées par les uns et les autres pour piquer des voix à leurs adversaires, sur l’habileté des candidats à répondre aux questions « authentiques » et concrètes issues du vécu du « vrai peuple », lequel sera représenté par un panel de citoyennes et citoyens soigneusement sélectionnés et cornaqués. On fera aussi grand cas, pour animer le spectacle, des signatures manquantes au parrainage des candidatures et des leaders politiques magnanimes adjureront, au nom de la démocratie, les élus concernés à donner leur parrainage à des candidats de bords politiques opposés. Etc.

Volens nolens, certaines de ces « vedettes » sont contraintes à se prêter à ce spectacle, car ces médias dominants détiennent un quasi monopole sur les moyens de toucher l’électorat potentiel, tandis que le collage d’affiches, le porte à porte et la distribution de tracts tendent à devenir le vestige héroïque d’un contact direct, « mano à mano » en voie de perdition.
D’autres, au contraire, font leur miel de ce moment politique mis en spectacle et exploitent toutes ses possibilités, car stimuler les affects de l’opinion est plus rentable que d’attirer ses suffrages au moyen d’un débat d’idées aux résultats aléatoires (2)

Mais distraire le peuple par une succession de « réality shows »  permet peut être de le formater, à la rigueur de déclencher son vote, mais ne suffit pas pour l’inciter à exercer ses responsabilités de citoyen et à se mêler durablement des affaires de la Cité.
Et lorsque le spectacle politique éteint ses lumières, les affects de pacotille censés jeter l’électeur dans les bras de tel candidat, retombent et cèdent la place au désenchantement qui, lui, est durable.

Selon certains observateurs de la vie politique, ce désenchantement qui se traduit, par une déconsidération de la classe politique, par le sentiment de n’avoir aucune influence sur les décisions qu’elle prend, de ne plus rien en attendre, nourrit une lassitude, une fatigue, qui envahit l’ensemble de la société et la démobilise politiquement, d’où l’abstention croissante lors des échéances électorales…

Mais cette lassitude, cette fatigue des citoyens, ne seraient-elles pas un dommage collatéral provoqué par ce spectacle politique qui privilégie l’ « ici et maintenant », le court terme, l’affect à la réflexion. La lassitude et la fatigue se surmontent et se dépassent lorsque s’ouvrent des possibles, lorsqu’on dispose d’une vision de l’avenir que l’on décline en objectifs. « People without vision perish » (3), cette devise ornait le fronton d’une école découverte au fin fond d’une jungle du Vanuatu. Alors quels sont les objectifs que nous proposent les candidats ? Ils nous annoncent les désastres économiques, culturels  et environnementaux qui s’abattront sur nous si nous ne votons pas pour eux, mais se taisent lorsqu’il s’agit de parler des possibles…

Et Macron dans tout ça ? Macron ne semble pas mettre en œuvre une stratégie qui déclinerait une certaine vision de l’avenir : en témoignent ses nombreuses voltes face tout au long de son mandat actuel. Macron ne se situe qu’au niveau tactique : ce qu’il met en œuvre sous les étiquettes « changement », « révolution », « relance », ne sert qu’à améliorer l’existant, le rendre plus performant sans changer l’ordre des choses.
Pour le moment Macron et ses affidés utilisent toutes le ficelles et tous les vides institutionnels possibles pour éviter, jusqu’au dernier moment, un débat de fond avec les autres candidats d’autant plus que ce président-bientôt-candidat ne dispose d’aucune vision de l’avenir qui lui permettrait de se démarquer de ses concurrents.

Mais la France n’est pas seule à vivre ce désenchantement qui semble être le symptôme d’une décomposition politique, partagé par d’autres démocraties dites avancées  (USA, Grande Bretagne, Hongrie…)

Alors pour stopper cette langueur civique qui nous envahit et ronge nos démocraties, ne serait-il pas nécessaire de considérer la restauration du lien entre les citoyens et leurs représentants comme l’objectif prioritaire. Rétablir une pleine démocratie de représentation et d’exercice conditionne la réussite de tous nos projets de lutte contre le changement climatique et environnemental. Peut-on voter pour un candidat qui ne traiterait pas cette priorité en mettant en place, dès le début de son mandat, une assemblée constituante ?

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 22/02/2022

 

 

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Notes:
  1. le pas encore candidat mais qui le sera sûrement
  2. ndlr : d’autant plus que certaines de leurs idées ne gagnent pas à être rendues publiques.
  3. Les peuples sans vision périssent

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