Avenir du nucléaire français : des débats publics fort discrets

Une participation importante des citoyens à des consultations "libres et non faussées" ne peut que renforcer la démocratie et aboutir à des solutions plus raisonnables que celles issues d’une petite minorité sous influence d’intérêts particuliers.

Chronique d’une catastrophe annoncée (suite)

La question de l’énergie tend à devenir une préoccupation quotidienne. D’une part elle pèse désormais sur nos modes de vie, d’autre part elle met nos sociétés devant des choix complexes et urgents face à une crise climatique qui bouleversera profondément et sans retour possible leur fonctionnement. De tels enjeux devraient impliquer que nous soyons tous consultés dans les choix à faire en matière de politique énergétique. Ce n’est pas le chemin suivi actuellement en France, pays aux institutions hyper-centralisées, à régime présidentiel, où les grands choix politiques semblent de plus en plus le fait d’une minorité qui se présente comme une élite. Alors dans un tel contexte à quoi servent les débats, concertations et autres conventions citoyennes ?

échange d’idées (Image par Gerd Altmann de Pixabay)

Actuellement 2 consultations publiques sont en cours : qui est au courant, qui participe ?

1°) Il y a tout d’abord le débat public sur la relance du nucléaire organisé par la CNDP  et intitulé « Nouveaux réacteurs nucléaires et projet Penly ». La durée de ce débat est fixée à 4 mois du 27/10/2022 au 27/02/2023. Ce débat organisé par la CNDP sur saisie d’EDF et de RTE vise à connaître l’avis du public sur un projet de construction de 6 réacteurs nucléaires de type EPR « 2ème version » dont les 2 premiers exemplaires seraient construits sur le site de Penly, en Seine maritime. Ce site est déjà occupé par une centrale nucléaire « classique ».
Le débat public porte à la fois sur le projet local des 2 EPR de Penly et au plan général sur le projet industriel d’EDF de développer une filière d’EPR 2 pour faire face aux futurs besoins d’énergie de la France. Il se déroule sous forme de réunions publiques, essentiellement à Paris et en Normandie, mais il est aussi possible d’y participer en ligne.

La CNDP a consacré un site d’information claire et complet à ce débat public :

https://www.debatpublic.fr/nouveaux-reacteurs-nucleaires-et-projet-penly/agenda

2°) Il y a ensuite  la Concertation nationale sur le système énergétique de demain intitulée « Notre avenir énergétique se décide maintenant ». Cette concertation a été lancée par le gouvernement : la CNDP a d’abord été sollicitée par le ministère de l’Écologie pour une mission de conseil sur son organisation, puis, à la demande de la 1ère ministre, en tant que garant, cette garantie étant assurée par 4 garants.e.s de la CNDP.
Le but de cette concertation est de permettre de contribuer au projet de loi de programmation sur l’énergie et le climat (LPEC) qui devrait être votée en 2023, ainsi qu’à la révision de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui sera votée en 2024.
Il s’agit selon le ministère de la Transition énergétique « de mettre en discussion les enjeux de la transition énergétique pour atteindre la neutralité carbone en 2050 et sortir de notre dépendance aux énergies fossiles, en évoquant notamment les implications concrètes sur nos modes de vie » et de permettre « à chacun de s’exprimer sur les conditions de réussite et les mesures prioritaires à mettre en œuvre dans un esprit d’indépendance énergétique, de justice sociale et d’égalité territoriale ».

Cette concertation nationale est ouverte au public pour en savoir plus et le cas échéant y participer 2 liens :

https://www.participation-citoyenne.gouv.fr/trouver-une-concertation/152_notre-avenir-energetique-se-decide-maintenant-concertation-nationale
 
https://www.debatpublic.fr/concertation-nationale-sur-le-systeme-energetique-de-demain-notre-avenir-energetique-se-decide-2980
 
Des réactions de doute voir de rejet
Pour le moment les réactions à ces consultations ont fait ressortir le doute des participants quand à leur utilité : l’impression de beaucoup de participants étant que les « jeux étaient faits d’avance ». La Concertation nationale sur le système énergétique de demain lancée par le gouvernement a été contestée par une centaine de députés qui ont annoncé le 25 octobre dernier saisir la CNDP pour demander l’organisation d’un débat public sur la place du nucléaire dans le système énergétique de demain. (Il s’agirait alors d’un débat mené par la CNDP et non par le gouvernement). Cette saisine pariculière de la CNDP repose sur un droit d’initiative donné depuis 2016 aux citoyens, associations et élus lorsqu’ils lorsqu’ils considèrent que le niveau de garantie du processus de participation du public n’est pas suffisamment élevé. C’est ce que reprochent ces députés à la « Concertation nationale… » meneé par le gouvernement : «le gouvernement se contente, [.…] de l’organisation d’une simple concertation nationale sur l’énergie pendant quelques semaines, sans offrir les mêmes garanties de neutralité, d’indépendance et d’inclusion que garantit un débat public conduit sous l’égide de la CNDP, cette consultation est orientée par ses questions et ne permet pas au public de comprendre l’ensemble des enjeux du nucléaire sur l’environnement ».

Ces 2 consultations publiques se déroulent à un moment où certains projets de relance du nucléaire connaissent déjà un début de concrétisation, ce qui contribue aux doutes du public quant à leur utilité. S’agit-il alors d’un simulacre de participation visant à fabriquer le consentement de l’opinion ou de la manifestation d’un certain chaos dans la politique menée par le pouvoir macroniste ? Pour autant, quelque soit la réponse à ces interrogations, une participation importante des citoyens à des consultations « libres et non faussées » ne peut que renforcer la démocratie et aboutir à des solutions plus raisonnables que celles issue d’une petite minorité sous influence d’intérêts particuliers.

Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 20/10/11/2022

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