Contre la destruction de la verrière des Dames de France à Narbonne.

La verrière des Dames de France (image L Fabas)

Le 16 novembre dernier Sébastien  Hameau lançait une pétition sur change.org dans ces termes :

« L’enseigne Monoprix projette de démolir sa verrière. Plusieurs collisions durant les livraisons de l’enseigne ont endommagé ses piliers. Plutôt que de les rénover et de réorganiser sa logistique, les propriétaires du bâtiment ont pris la décision de se débarrasser de cette structure. Pourtant patrimoine historique de Narbonne témoignant du style art nouveau de la première décennie du XXème siècle et faisant partie intégrante du bâtiment des Dames de France, l’équipe municipale ne semble pas du tout s’intéresser à la question et laisse ce patrimoine disparaître sans sourciller. Nous devons rappeler à la commune que tout le centre ville historique est classé « site patrimonial remarquable » et, qu’à ce titre, elle se doit de le protéger. Il est important de signer cette pétition afin de faire comprendre à l’enseigne Monoprix et à la municipalité que les narbonnais s’émeuvent et refusent de voir disparaître une part énorme du patrimoine qui fait le charme et l’historicité de Narbonne. »

Le 22 novembre la pétition avait atteint 329 signatures. L’indépendant titrait : « Narbonne : la marquise des Dames de France retrouvera une nouvelle jeunesse. »

Il serait prématuré de crier victoire.

Depuis des années, la marquise des Dames de France est en mauvais état. Depuis des années, les propriétaires du bâtiment semblent rechigner à entreprendre une rénovation en profondeur de ce patrimoine historique. Leur préférence est toujours allée vers des filets de protection et autres artifices peu esthétiques pour surseoir à l’investissement. Sur la place centrale de la ville, face au Palais des Archevêques, au Pont des Marchands et à la Via Domitia, les touristes s’en étonnent et les Narbonnais s’en attristent. En octobre, deux piliers de la verrière de ce bâtiment emblématique ont été endommagés. Depuis, le risque de chutes d’objets s’est accru et le poids de la verrière menace de faire s’effondrer l’ensemble de la structure métallique.  Le maire a mis en demeure les propriétaires d’effectuer des travaux de sécurisation.

Interrogé lors du dernier conseil municipal, le maire a précisé : « Le bâtiment est divisé en deux propriétaires, d’une part Generali et d’autre part une société civile immobilière familiale. Dans le cadre de la surveillance des bâtiments, il a été constaté qu’il y avait un risque de déplacement de la verrière de la rue de l’Ancien Courrier vers le cours de la République. Generali a mandaté au nom des deux propriétaires un cabinet qui a détaillé ce qu’il y a lieu de faire pour sécuriser l’ensemble. La Sogea a été choisie et a présenté un devis. Pour la SCI familiale, le coût s’élève à 53 000 €. À ce jour, les deux propriétaires ont indiqué qu’ils allaient effectivement démonter la verrière pour la réparer, et qu’ils la reposeront. »

La promesse est vague. Rien n’a été dit sur les financements ou les délais. Il serait naïf de se démobiliser.

Un lieu chargé d’histoire

La construction du bâtiment des Dames de France s’est déroulée entre 1905 et 1907. Nous devons la décoration sculpturale des façades dans un style néobaroque à Gaston Schnegg, collaborateur de Rodin. Le fronton du bâtiment conserve sa première enseigne, « Aux Dames de France ». Celle-ci était implantée surtout dans les villes du Sud de  la France comme une variante des grands magasins parisiens. Les coupoles du bâtiment ont d’ailleurs été copiées sur celles du magasin « Le Printemps » à Paris. La marquise est l’un des éléments qui donne son caractère remarquable à cette façade.

Le bâtiment a été construit à la place des immeubles de la Cour de l’arsenal et du cabaret des Folies narbonnaises. Celui-ci a succédé à la chapelle Saint-Sauveur à l’emplacement de l’actuel magasin de vêtement Labau. L’arsenal quant à lui fut le témoin des évènements de la commune de Narbonne en 1871 et Louise Michel y a tenu des conférences.

Auparavant se dressait depuis le IXème siècle sur tout le pâté de maison le palais des Vicomtes de Narbonne. La monumentale tour carrée à l’angle de l’Hôtel de Ville aurait été construite pour faire face à la tour Mauresque de la vicomté. Celle-ci surplombait l’Aude jusqu’en 1639. Celle-là est attribuée à l’archevêque Gilles Aycelin, plus connu pour avoir été le juge qui condamna l’ordre des Templiers.

Parmi les puissants seigneurs qui firent de la vicomté leur demeure, la vicomtesse Ermengarde se détache. Femme de lettres, libérée, protectrice des arts, sa cour rayonna dans toute l’Europe médiévale. Elle fut une grande Dame de France.

Il est des lieux chargés d’histoire. Les Dames de France à Narbonne portent une charge symbolique particulière. Fruit de l’histoire du lieu et de son temps ce bâtiment encapsule une part de l’identité narbonnaise. Alors, face à la menace de voir ce patrimoine amputé ; Face au risque que les financements ne soient pas trouvés et que les délais s’éternisent ; Les narbonnais s’émeuvent et refusent de voir disparaître une part énorme du patrimoine qui fait le charme et l’historicité de Narbonne.

Pour contribuer à  protéger ce bâtiment, merci de signer la pétition :

https://www.change.org/p/contre-la-destruction-de-la-verri%C3%A8re-des-dames-de-france

Laurent Fabas pour le Clairon de l’Atax le 22/11/2022

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2 commentaires

Ce bâtiment remarquable doit être sauvegardé, donne du caractère et une personnalité forte à cette place centrale de Narbonne.

Tout à fait d’accord espérons qu’une forte mobilisation des Narbonnais saura faire entendre raison….

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