Incertitudes sur le financement du nucléaire français

Mais où trouver l’argent nécessaire ?

alternative-energy-(Image par OpenClipart-Vectors de Pixabay)

Depuis plusieurs année le Clairon s’interroge sur le financement du nucléaire français. Les problèmes sont nombreux pour EDF, le propriétaire des centrales nucléaires en mauvaise santé financière.

Il y a tout d’abord le coût d’exploitation et de mise à niveau des centrales existantes. Celles-ci doivent trouver les fonds nécessaires à la prolongation de leur durée de vie, initialement prévue pour 40 ans et désormais programmée pour 60 ans (dans la mesure du possible). Les travaux nécessaires à cette prolongation, appelés ″Grand carénage″, sont estimés à 55 milliards € pour les 52 réacteurs concernés sur la période 2014/2025. Il faut y ajouter le coût des visites décennales (VD), passage obligé tous les 10 ans pour obtenir de l’ASN l’autorisation d’exploitation pour les 10 années suivantes. Ces visites décennales sont précédées de travaux de mise en conformité, plus coûteux à chaque VD, compte tenu du vieillissement des réacteurs. Selon un rapport rendu par le député Maxime Laisney à la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, le coût estimé par EDF des prochaines VD pour la période 2022/2028 serait de 33 milliards €

A ces coûts il faut ajouter ceux de la construction des 6 nouveaux EPR voulus par E. Macron en exécution de son plan de relance du nucléaire annoncé en 2022 : ils sont estimés actuellement avant réalisation à 70 milliards € (1).

Mais où trouver l’argent nécessaire ? dans la poche de l’usager ou dans celle du contribuable ?

Du côté usager le prix de l’électricité a augmenté de 43% en 2 ans, l’augmenter encore serait politiquement déraisonnable. Jusqu’à présent le prix de l’électricité était régulé en France par un dispositif modérateur appelé ARENH. Celui-ci prend fin en 2025, mais si le consommateur à pu s’y retrouver cela n’a pas été le cas pour EDF qui n’a pu vendre sa production électrique au prix du marché. Ainsi lorsqu’une vingtaine de réacteurs étaient à l’arrêt en 2022 EDF a été obligé d’importer de l’électricité au prix du marché pour la revendre au tarif ARENH (à l’époque il était de 46,5 € le MWh ce qui a constitué pour cette période un manque à gagner estimé à > 9 milliards.

Le remplacement du dispositif modérateur ARENH qui arrive à échéance est en cours de discussion au parlement dans le cadre du PLF 2025.
Le nouveau dispositif présenté aux parlementaires, vise à maintenir le prix de l’électricité à un niveau abordable, tant pour les ménages que pour les entreprises. Il se fonde sur le fait qu’a partir de 2026 EDF ne sera plus bridée par l’ARENH et pourra alors vendre la totalité de sa production au prix de gros du marché. Il est donc escompté qu’EDF fera des bénéfices, d’autant plus qu’une partie importante du parc nucléaire est amortie. L’idée est de taxer une partie de ces bénéfices dont le produit serait ensuite reversé par l’État aux consommateurs pour diminuer leur facture au moyen d’un nouveau dispositif appelé « post-Arenh » aux contours encore flous. (ndlr. : usine à gaz ?)

Pour le moment les solutions de financement d’EDF, tant pour le Grand carénage que pour la construction des 6 nouveaux EPR, ne sont pas encore trouvées.

Il faut se rappeler qu’EDF est fortement endetté : à la fin 2023 l’endettement financier net s’élevait à 54,4 Mds€ même s’ii réduisait tendanciellement cette dette. De plus les besoins de financement du nouveau programme d’EPR impliquent des investissements à long terme peu attractifs pour le marché privé. Il faudra donc que l’électricien bénéficie d’aides de l’Etat sous une forme ou une autre et conformes au droit européen de la concurrence…Mais ces aides importantes vont peser sur le budget de l’Etat donc sur la dette, alors que la réduction de cette dette constitue actuellement un impératif politique majeur.

Mais qu’allons nous faire dans cette galère de la relance du nucléaire, alors que le développement des énergies renouvelables qui ont démontré leur efficacité et leur rentabilité dans la production d’électricité, est bien plus à la portée de la France, puissance économique moyenne ?

Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 21/11/2024

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Notes
  1. Ndlr : se rappeler les dérapages des coûts de l’EPR de Flamanville et ceux actuels des 2 EPR de Hinckley Point[]
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1 commentaire

Merci pour cette mise au point financière qui tombe à pic en ces jours où le déficit public fait les gros titres!

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