
Nelson Mandela (Image par OpenClipart-Vectors de Pixabay)
…Euh, en fait je les ai croisés çà et là dans l’Histoire, (la grande) mais surtout découverts au travers de tout ce qui est déjà écrit : manuels d’analyse de la vie politique, dictionnaires, essais, précis, médias, lesquels ont assez clairement et de longue date, entrepris de définir les caractéristiques que devaient présenter celles et ceux qui postulent à cette dénomination flatteuse mais exigeante.
La réalité est hélas une autre affaire, car force est de constater qu’entrent trop souvent en politique des prétendants ayant d’autres buts et préoccupations que le bien public. Car enfin s’il est indéniable que nous avons besoin de ces personnalités pour servir et représenter nos démocraties fragiles (mais souhaitées massivement par nous depuis la Révolution française), la façon dont nous les adoubons et les installons laisse à désirer, tout autant d’ailleurs que leur comportement une fois aux affaires.
Rappelons tout d’abord que l’homme ou la femme d’État sont avant tout les représentants de leurs milieux de vie et de l’ensemble des citoyens auprès des institutions étatiques. Mais ils représentent aussi ces mêmes institutions étatiques auprès de la société. Ils sont par conséquent des serviteurs de ces différentes instances et en ce sens on peut affirmer qu’ils sont au service du bien commun, lequel doit évidemment passer avant tout intérêt personnel. Cette priorité est bien leur premier devoir. Voilà qui est dit ! Entende qui pourra !
En faisant passer ce bien commun avant les intérêts personnels, il y a moins de risque de se rendre coupable de mauvaises décisions. On reconnaît même un homme ou une femme d’État à sa capacité de prendre des décisions complexes, parfois impopulaires, au nom de cet exigeant bien commun. C’est parfois le cas, en particulier quand la loi pense plus à la génération suivante, qu’à la satisfaction immédiate de la génération présente.
De plus, le fait d’accorder la priorité à ce bien commun implique qu’il ou elle fasse passer ses caprices, ses envies et ses préférences personnelles à l’arrière-plan. Tant et aussi longtemps qu’ils sont en fonction, les femmes et hommes d’état ne doivent jamais oublier leur feuille de route.
Voilà que déjà ça se corse, semble-t-il. L’animal politique que nous dessinons là se révèle d’emblée très rare car cela implique qu’il doive faire preuve d’un très haut niveau de discipline dans sa vie privée comme dans sa vie publique et être prêt à servir les citoyens, la société, l’État et la nation à tout moment et à tout instant. Il est en devoir 24 heures par jour, sept jours par semaine. Il n’y a pas d’homme d’État à temps partiel. Et mes congés alors ?…
Dès lors qu’on a redéfini plus en détail tout ceci, on ne peut que constater que la liste des hommes et femmes d’État s’est amaigrie soudain comme peau de chagrin. On se souvient même qu’il nous revient, assez régulièrement en tant que citoyennes ou citoyens, de rappeler à ceux qui l’auraient oublié ce qu’est et ce que doit faire un homme ou une femme d’État. Doivent-ils donc être des super-héros ?
Eh non ! Ils ne sont pas « providentiels » ou « sauveurs ». Ils se situent dans le monde des réalités, celui de la direction d’un Etat, et non dans le mythe et l’image. Ils ont pour objectif le gouvernement du pays et en aucun cas le désir d’être reconnus, admirés, ou pire encore, l’obsession de laisser leur trace dans l’histoire. Diable ! Les voilà à présent qui relèvent d’une espèce encore plus rare, alors que les sauveurs providentiels, souvent engendrés par le matraquage médiatique, abondent quant à eux.
C’est ici qu’il nous faut redescendre sur terre et imaginer que les candidates et candidats au titre soient présents, face à nous et que nous décidons de dresser la liste des dix commandements de leurs engagements :
- L’humilité. On pourra effectivement déceler en eux de la fierté mais pas de vanité. Ils ne le crient pas à tue-tête mais on le sent bien. Être prétentieux leur est inconnu
- La sobriété. Ils nous prouvent en tous lieux et en toute heure qu’ils détestent les apparats du pouvoir et ne sont obsédés que par l’envie de réussir pour leur pays.
- La durée. Ils ne cherchent pas à s’incruster, car leur vraie vie est aussi ailleurs que dans la politique. Ils n’y sont et n’y restent que tant qu’ils ressentent leur présence comme nécessaire et utile. Leur place personnelle dans la postérité leur est indifférente.
- La lucidité. Visionnaires, ils distinguent l’essentiel de l’accessoire, voient juste sur les intérêts à long terme de leurs pays. Leur discernement est leur arme première et le sens de l’histoire, l’intelligence du monde et de ses mouvements leur sert d’utile boussole.
- La pédagogie. Chez eux, la communication n’est qu’un outil au service de l’explication d’une politique. Sinon, elle est une plaie (la com, pas la pédagogie…)
- L’ouverture d’esprit. Ils rejettent toute espèce de démagogie, promesse irréaliste ou nuisible et ne parlent que pour dire la vérité sans concession. Ils sont cependant très attentifs aux problèmes sociaux : pauvreté, chômage, école, justice, services publics etc… Et pas obtus aux réalités économiques.
- Le dynamisme. Ils ne cherchent pas mille responsables des échecs et des difficultés rencontrés, mais ils les assument sans aucun état d’âme. Et quand le compromis est inévitable, on y va !
- L’équité. Ils acceptent la sanction populaire avant tout, celle des urnes mais aussi celle de la justice qui, c’est une nécessité absolue, se doit d’être absolument indépendante et toujours agissante, même durant leurs mandats. Une quelconque immunité revendiquée avant, pendant ou après, n’est rien d’autre qu’un cuisant et déplorable retour à l’absolutisme (que nous avons en principe renversé définitivement par la Révolution, rappelons-le). De même, le procès fait actuellement par certains nostalgiques de l’″ordre″ à la république des juges est tout simplement scandaleux.
- Le réalisme. Ils connaissent leurs propres limites, ne décident rien sans avoir pris conseil le temps nécessaire et délèguent systématiquement les responsabilités avec confiance. Leur force est dans la connaissance des hommes, le choix de leur entourage, toujours dans l’intérêt général et non l’apparat ou les calculs politiciens.
- L’honnêteté. Ils sont d’une parfaite intégrité, tracent une barrière absolue entre les intérêts privés et publics, refusent toute forme de favoritisme ou de copinage, paient leurs factures personnelles, essaient au maximum de mener la même vie que leurs semblables, comme c’est le cas dans certains pays.
Y a-t-il encore des volontaires, après une telle énumération à la Prévert ? Il semble bien que oui, à suivre l’actualité politique. Sont-ce les meilleurs ? Ah ! C’est peut-être un problème… Mais à défaut de trouver cette élite réunissant toutes ces qualités, que peut-on faire ? Réponse simple : au minimum on fait évoluer les règles pour améliorer l’encadrement des volontaires éventuels. Et au mieux, on renverse la table par la révolution de la raison, ce dernier mot étant pris dans son sens le plus noble.
Dans le monde actuel, ultra médiatisé, avec l’inquiétant et indéniable affaiblissement de la culture historique et littéraire, l’homme ou la femme d’État peuvent-ils encore trouver leur place et émerger au plus haut sommet politique de notre pays ? Nous sommes bien obligés d’y croire, sauf à nous retrouver dans l’impasse. Mais n’est pas Mandela qui veut…
Raphaël Glucksmann, jeune leader politique (qui refuse d’ailleurs ce qualificatif), a dit récemment : « Ma parole et ma vision du monde ne se sont pas forgées à Davos ou Washington, mais dans des lieux dont je ne sais si vous pouvez soupçonner la désolation ».
Il semble bien que tel n’est pas toujours le chemin emprunté aujourd’hui par celles et ceux qui rêvent du pouvoir. Il est donc urgent de redéfinir ensemble les règles de la vie politique, et cela passe certainement par une 6ème république, laquelle ne fera pas l’impasse de contourner la convocation d’États Généraux. Ce serait trop dommage !
Patrick Chevalier pour le Clairon de l’Atax le 17/03/2025


C’est excellent et cela fait rêver. MERCI, Patrick !