Nucléaire : vers la prolongation du fonctionnement de 20 réacteurs au-delà de 40 ans

Avons nous les moyens de notre politique nucléaire ?

Allemangne : cœur du réacteur de la centrale de Lubmin en cours de démontage (image Pixabay)

  

   En France, dans les années 1970 / 1980, 54 réacteurs nucléaires ont été construits et mis en service dans 13 centrales. On a peine à imaginer un développement aussi massif dans les conditions techniques et économiques actuelles. Ces réacteurs étaient conçus au départ pour fonctionner au moins pendant 30 ans tandis qu’EDF envisageait déjà de prolonger leur durée de vie jusqu’à 40 ans. 
   Cette durée était essentiellement calculée en fonction de critères économiques et industriels sans qu’une limite stricte soit fixée règlementairement. Toutefois il était prévu un examen décennal des réacteurs qui conditionnait la poursuite de leur exploitation sous réserve du maintien des conditions de sécurité et de travaux de mise à niveau. Cet examen décennal et l’expertise des travaux de modernisation étaient réalisés sous contrôles des autorités de sureté nucléaire habilitées à donner leur feu vert à la poursuite de l’exploitation des centrales.  

De ce fait il n’y a jamais eu de limite fixe prescrivant la durée d’exploitation des centrales françaises.

Il devenait urgent de se prononcer sur la prolongation d’exploitation de certains réacteurs dont la durée de vie dépassait déjà les 40 ans.

   L’ASNR (l’Autorité de Sûreté Nucléaire et de Radioprotection issue de la réforme en 2024 de l’ASN et de l’IRSN) a donné son accord le 1er juillet dernier pour la prolongation de l’exploitation de 20 réacteurs nucléaires d’EDF de 1300 MWe (mégawatts électriques) au-delà des 40 ans initialement prévus.
   Cette décision cadre avec le plan de relance du nucléaire annoncé en 2022 par E. Macron. Elle a été précédée d’une large concertation et d’une consultation publique. L’ASNR conditionne cependant la poursuite du fonctionnement de ces 20 réacteurs à la réalisation d’importants travaux destinés à améliorer la sûreté des installations. Ces travaux complèteront ceux déjà fixés dans le cadre des objectifs fixés par le 4ème examen décennal. Ainsi les 20 réacteurs concernés subiront des modifications communes auxquels s’ajouteront des travaux spécifiques à chaque installation qui seront développés lors des visites décennales.
   La centrale de Paluel située en Seine-Maritime serait la première concernée. Un chantier de modernisation devrait débuter en janvier 2026 puis se poursuive jusqu’en 2040 pour les autres installations concernées.

Le Feu vert de l’ASNR constitue un accord de principe : il n’implique pas une prolongation automatique de la vie des centrales.

   La prolongation de la vie des réacteurs est soumise à plusieurs conditions. EDF devra disposer des capacités techniques et financières nécessaires pour mener à bien les travaux de renforcement de la sureté, propres à chaque réacteur et validés par l’ASNR. La question est de savoir si EDF disposera des capacités nécessaires pour mener à bien le plan de relance du nucléaire dans ses 2 volets : la construction ″en même temps″ de nouveaux EPR et la mise à niveau du parc existant. 

Certains en doutent y compris au sein d’EDF : https://youtu.be/rjfHyhkpef8

  Aux incertitudes liées au capacités techniques et financières d’EDF à réaliser le plan de relance du nucléaire annoncé par E. Macron s’ajoutent les problèmes liés au fonctionnement du reste de la filière nucléaire qui ne sont pas actuellement maîtrisés ou stabilisés. Qu’il s’agisse du traitement des différentes catégories de déchets nucléaire et de leur entreposage ou du démontage des réacteurs les opérateurs cherchent encore des solutions techniques et l’évaluation des coûts reste problématique.

 Ainsi, le projet Cigeo d’enfouissement des déchets HAVL continue à faire débat et les travaux de démantèlement des réacteurs arrêtés, comme ceux de la centrale bretonne de Brennilis arrêtée en 1985, de Bugey arrêté en 1994, de Super phénix arrêté en 1997 ne disposent pas de solutions techniques et financières arrêtées. Pour Brennilis la fin du démantèlement est estimée à l’horizon 2041 soit 56 ans après son arrêt.

La prolongation des 20 réacteurs ayant dépassé les 40 années d’exploitation a été décidée dans un contexte d’incertitude qui touche l’ensemble de la filière nucléaire française.  La décision politique de relance du nucléaire contribue à renforcer les problèmes de cette filière qui semble ne pas disposer actuellement des capacités techniques et financières nécessaires à la réalisation des aspirations du président Macron.

Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 22/07/2025

 

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