Pesticides néonicotinoïdes : la betterave a bon dos !

Betterave à sucre (Image par aixklusiv de Pixabay)

Le gouvernement français avait interdit totalement les néonicotinoïdes en septembre 2018, en application de la loi de 2016 sur la biodiversité. Le 3 septembre 2020, un projet de loi revenant sur cette interdiction totale, a été présenté en conseil des ministres. Il s’agirait d’autoriser pour une période de 3 ans (2021, 2022, 2023) l’emploi exceptionnel de semences enrobées d’insecticides néonicotinoïdes au motif qu’il n’existe aucun moyen efficace pour lutter contre la jaunisse de la betterave.

Un projet de loi qui soulève un tollé !

31 ONG de défense de l’environnement, des syndicats agricoles et des associations de consommateurs (1) se sont dressées contre ce projet de loi et appellent les parlementaires à ne pas le voter dans un courrier qui leur a été adressé le 7 septembre 2020. Ils rappellent qu’il existe des solutions alternatives qui doivent être développées et soutenues. De plus le caractère flou du texte laisse craindre que la dérogation exceptionnelle soit étendue à d’autres cultures qui le réclament déjà !

Les arguments pro-néonicotinoïdes

Curieusement les explications du ministre de l’agriculture Julien Denormandie et du lobby de la betterave, incarné par la  CGB (Confédération générale des planteurs de betteraves) qui est reliée à la puissante FNSEA, sont quasiment identiques :

  • La jaunisse du chou est due à la prolifération d’un puceron vert, due à un hiver et un printemps trop doux
  • Entre 30 à 50 % de la récolte serait perdue du fait d’un développement insuffisant des racines
  • Il n’existe actuellement aucune alternative à l’emploi des néonicotinoïdes et les exploitations qui cultivent les betteraves en bio sont elles aussi touchées.

Les arguments contre le projet de réemploi des néonicotinoïdes

  • Les exploitations qui cultivent la betterave en bio, touchées par le puceron vert, estiment leurs pertes entre 5 et 20 %
  • Ces pertes sont moins impactantes sur le plan financier, puisque les exploitations en bio pratiquent la polyculture, ce qui atténue leurs pertes de revenus, contrairement aux « bétteraviers industriels » en monoculture dont les pertes sont sévères.
  • La culture en bio des betteraves nécessite plus de main d’œuvre, mais rapporte plus que la betterave industrielle (80 € / tonne contre 25 € / tonne en conventionnel) et elle a un potentiel de création d’emploi.
  • La culture de la betterave en bio, donc sans pesticides,  contribue à une alimentation plus saine

 

Un soutien à l’industrie betteravière difficilement défendable

Le projet de loi sur le réemploi des néonicotinoïdes apporte un soutien technique et financier de plus et de trop à un modèle agricole périmé. Alors qu’il faudrait accélérer la mise en place de solutions alternatives comme la culture en bio. En France ce sont actuellement 1500 ha de betteraves sucrières qui sont cultivées en bio, contre 423.000 en conventionnel. Conventionnel veut dire dans la plus part des cas : produit par des exploitations agricoles de type latifundiaire détenues par quelques propriétaires ou sociétés, parfois actionnaires de l’industrie sucrière.
Ce type de production vise le marché mondial ou la France occupe la 9ème place ce qui implique un coût de production réduit et un profit maximisé et cela explique que le ministre Denormandie en fasse une question de « souveraineté ».

Ainsi le sucre de betterave, devenu produit industriel  peut continuer à se répandre et contribuer à l’accroissement des problèmes de santé publique (obésité, cancers, diabète). A l’empoisonnement des populations due au sur-emploi du sucre on ajoute l’empoisonnement dû  à des pesticides ! Décidément les volte-face de la gouvernance de l’Etat / Macron aboutissent toujours aux mêmes résultats : servir les intérêts de quelques uns au détriment du plus grand nombre…

Louise B.Velpeau pour le Clairon de l’Atax le 18/09/2020

 

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Notes:
  1. dont Générations futures, Pollinis, Union nationale des apiculteurs français, Confédération paysanne, UFC-Que Choisir
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