En Thérapie (à voir sur arte.fr)

Série sur Arte , adaptation par Éric Toledano et Olivier Nakache de la série israélienne  “BeTipul

35 épisodes de 26mn avec Frédéric Pierrot, Mélanie Thierry, Carole Bouquet,  Reda Kateb, Céleste Brunnquell, Pio Marmaï, Clémence Poésy, Elsa Lepoivre.

Image par Kaspar Lunt de Pixabay

« En Thérapie » s’inspire d’une série israélienne  créée en 2005 et qui a été adaptée dans dix-sept pays. Le principe, chaque patient se rend dans le cabinet d’un psychanalyste  un jour différent dans la semaine. L’action commence juste après les attentats du Bataclan qui servent de toile de fond à la problématique des analysants.
Chacun va, avec l’aide du Docteur Dayan, fouiller dans son inconscient pour amener des éléments de sa vie à la conscience, éléments en général traumatiques.

L’idée de revenir presque à l’action théâtrale avec la règle des trois unités (un seul lieu, un seul jour, un seul fait) tient le spectateur en haleine.

Cette situation particulière et spécifique est portée au paroxysme, puisqu’elle est située dans le temps à un moment tragique, dramatique de notre existence mais aussi de notre société qui s’écroule : les attentats du Bataclan et de Paris du 13 novembre 2015.
Sous nos yeux, de presque voyeurs, se déroulent les moments de vie de chacun et nous nous regardons vivre, raconter, pleurer, crier de colère, agresser. Nous nous regardons parce que nous pouvons nous retrouver dans ces miroirs. Ce qui est posé dans ce cabinet, ce sont les passions de chacun qui les déchirent, les brisent ou les exaltent. Chaque personnage peut nous toucher, nous interpeller, car ils expriment dans leur détresse des problèmes que nous connaissons bien, soit parce que nous les avons vécus, soit parce que nous connaissons des proches qui les ont vécus.
Il y a Ariane, la patiente du lundi, belle jeune femme, chirurgienne qui a opéré sans discontinuer la nuit du 13 novembre, qui s’écroule sur le divan de Dayan. Elle essaie d’exprimer son malaise, son mal être, tantôt agressive, tantôt fragile.
Adel Chibane est le patient du mardi, il est policier à la BRI, très nerveux, incapable de rester assis, il raconte son entrée dans le Bataclan après les attentats. Mélange de force et de fragilité, c’est lui qui porte le regard le plus lucide sur notre société et notre monde.
Le mercredi, c’est Camille, adolescente, mignonne, bourrée de contradictions, elle est le jeune espoir féminin de natation et peut-être pourquoi pas aux Jeux Olympiques. Elle attend une expertise de Dayan pour prouver après un accident de vélo et deux bras dans le plâtre qu’elle n’a pas tenté de se suicider.
Damien et Leonora ne sont pas vraiment les patients habitués de Dayan, qui ne fait pas de thérapie de couple, mais il a eu la faiblesse d’accepter ce couple en crise qui se pose la question de savoir « s’il » garde l’enfant que Leonora attend ou « s’il » avorte.
Comme prévu dans la pratique professionnelle, Dayan va en contrôle chez Esther et ce thérapeute profondément empathique qui exprime régulièrement sa responsabilité vis-à-vis de ses patients, offre un visage tourmenté au regard de cette femme qui le connaît depuis des années, car lui-même se trouve en pleine crise existentielle.

Le psychanalyste que certains mettent sur un piédestal est bien près de choir, tant son angoisse est grande. « Tu brûleras ce que tu as adoré et tu adoreras ce que tu as brûlé ». Il me vient à l’esprit cette citation dont le contexte est très différent de l’analyse, mais il me semble que l’analyste peut bien être celui qu’on adore ou qu’on brûle alternativement au cours de la cure analytique.
De ce huis clos,  personne ne sortira indemne. Ni le praticien, ni les analysants, ni la superviseuse….ni peut-être les spectateurs. Parce que la force de cette série est d’être violente mais aussi profondément humaine. Les personnages sont attachants, tous et chacun à leur manière. Ils sont magistralement dirigés, le scénario est intelligent et vrai, les prises de vue renforcent le caractère intimiste de cette série.
On y trouve beaucoup plus que ce qu’on est venu chercher.

C’est fort, puissant, émouvant mais aussi totalement désespéré et désespérant.

Patricia Renaud pour le Clairon de l’Atax le 19/02/2021

 

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