Un livre, coup de cœur, coup d’amour, coup d’amour

Coco. Dessiner encore, Les Arènes BD, mars 2021, 345p.

 

Pour les lecteurs de Charlie Hebdo, Coco est une dessinatrice toute particulière, au trait vif et sarcastique, d’une incroyable finesse et justesse. Elle va droit au but et son dessin est implacable mais d’une telle drôlerie
Pour le club du vendredi de l’émission d’Arte 28’, Coco est une épatante illustratrice des débats du club de journalistes et spécialistes
Aucun sujet n’échappe à son dessin féroce ou tendre parfois

On se souvient des circonstances horribles du 7 janvier 2015 : c’était le mercredi de la conférence hebdomadaire de rédaction du journal et Coco devait partir plus tôt récupérer sa fille à la crèche. Elle décide d’aller fumer une cigarette avec une collègue au bas de l’immeuble pour se retrouver avec une arme pointée sur la nuque par les frères Kouachi, lui intimant l’ordre de les mener dans les locaux, « chez Charb » (p.121).

Elle tape donc le code d’accès et on connaît la suite…un épouvantable massacre des journalistes de Charlie réunis autour de la table de rédaction.
Un assassinat qui a plongé la France dans un effroi et une colère qui s’est manifestée par des rassemblements immenses partout en France et à l’étranger, pour rappeler ce qu’est la liberté de penser, de dessiner, de blasphémer, de critiquer les religions, bref défendre comme un roc la laïcité.

A travers cet ouvrage entièrement constitué de dessins et quelques bulles, Coco nous raconte son long chemin pour tenter d’exorciser ce traumatisme, sa culpabilité, son immense tristesse.
Elle semble s’inspirer de la vague d’Hokusai pour montrer comment elle a été engloutie, submergée, sur le point de sombrer, comment elle refait surface, petite chose ballotée par les vagues du malheur
On la suit dans sa reconquête d’une vie « normale » : « comment vivre à présent sans me sentir coupable d’être en vie ? » (p.277), les séances chez le psychiatre…

Ce livre se lit comme une BD et pourtant c’est plus qu’une BD avec ses dessins d’une incroyable force, qu’on reçoit en « pleine gueule »

NB : J’ai été très impressionnée et ébranlée par cette histoire terriblement vraie, et il m’a semble important de partager mon émotion avec les lecteurs du Clairon : depuis ce terrible 7 janvier 2015 on a perdu une forme d’insouciance ; on nous a dérobé nos plus talentueux dessinateurs de la presse satirique. Ne les oublions pas et restons déterminés sans faille à défendre nos libertés et la laïcité

Catherine Burger pour le Clairon de l’Atax le 22/04/2021

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