Encourageons les petites filles à aller au bout de leurs rêves. Élisons des députées.

Les élections législatives approchent. Voici une occasion d’endosser collectivement  la judicieuse injonction de notre première ministre fraîchement nommée. Encourageons les petites filles à aller au bout de leurs rêves en élisant leurs aînées députées. Pour ma part, les rêves des petites filles qui m’entourent tournent d’avantage autour de l’idée d’être astronaute ou dresseuse de poneys. Peut-être qu’un rappel pour petits et grands du rôle de la députée ferait naître des vocations.

Parlement à Brasilia, architecte Oscar Niemeyer (Image par Renato Laky de Pixabay)

La députée est une citoyenne élue au suffrage direct pour siéger à l’Assemblée nationale. Celle-ci forme le Parlement avec le Sénat. Le Parlement vote la loi. Il contrôle l’action du Gouvernement. Il évalue les politiques publiques. La lettre de la constitution pousserait à se focaliser sur la technicité de l’élaboration d’une loi et les missions qui peuvent être dévolues aux membres des assemblées. La députée ne serait dès lors qu’une citoyenne comme une autre à l’extérieur de l’enceinte du Parlement. Évidemment il n’en est rien. Tout comme les règles du jeu d’échec ne permettent pas de percevoir l’incroyable richesse du jeu, la constitution seule ne dit que peu de chose sur le rôle d’une députée.

Le préambule de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 s’inaugure par la formule « Les représentants du peuple français, constitués en Assemblée nationale, ». Au delà de son rôle constitutionnel, chaque députée serait donc le corps physique d’une fraction de la représentation nationale. Cette conception a été rendue célèbre par l’affirmation empourprée d’un député outragé : « La République, c’est moi ! ». Cette sacralisation n’a pas d’effet sur le fonctionnement des institutions. L’immunité parlementaire doit plutôt être rattachée à la séparation des pouvoirs et par conséquent à l’interdiction du pouvoir judiciaire d’interférer dans le processus législatif. Mais cette sacralisation combinée à l’onction du suffrage direct forme une barrière entre la députée et la simple citoyenne qu’elle a cessé d’être.

La prise de melon fréquemment observée chez ses collègues masculins en est une conséquence à laquelle nous souhaitons immuniser notre députée. En plaçant les représentants à l’écart de la communauté nationale, cette conception les dépouille d’encore un peu plus de représentativité statistique. Ceci vient renforcer le fait que la composition de l’assemblée n’a encore jamais été paritaire et les autres biais d’âge et de catégories socioculturelles ne sont pas plus réalisés.  Ce défaut de représentativité a pour conséquence concrète qu’aucun sondeur n’envisagerait de constituer un échantillon à partir de députés pour mesurer l’état de l’opinion. Mais ceci n’est pas réellement un sujet puisque les députés sont incités à voter selon la discipline de leur parti plutôt que par rapport à ce qu’ils sont.

Cette discipline de parti mène à ce que les textes adoptés soient majoritairement issus de cabinets ministériels ou d’officines de conseil, alors que les productions parlementaires les plus authentiques viennent grossir la pile des textes rejetés. Le rôle législatif de la députée reste néanmoins crucial. Une simple ponctuation, lorsqu’elle est gravée dans le marbre de la loi, peut changer des vies. Et elle aura l’occasion au cours de son mandat de changer davantage que des virgules. En marge de ses fonctions, son influence pourra même forger des positions de son parti.

Car c’est en marge de ses fonctions que l’influence de la députée est la plus grande, en particulier dans sa relation à son territoire d’élection. Son statut lui donne un accès privilégié à tous les acteurs de sa circonscription, la mettant en capacité de tisser un réseau où peut se forger l’avenir du territoire. Elle dispose d’un accès privilégié aux lieux de pouvoir parisiens qui lui donne les clés pour être la meilleure ambassadrice des villes et villages qui l’ont portée à l’assemblée. Dès lors, un rôle majeur d’une députée est de savoir créer une émulation en cultivant les énergies et en se méfiant des personnages d’allure brillante que son statut ne manquera pas d’attirer. Ainsi, le rôle d’une députée est d’abord de se forger une place en choisissant un équilibre entre travaux parlementaires, travail d’influence à Paris et présence en circonscription. 

Vouloir se forger une place à sa mesure est peut-être la meilleure vocation à faire naître chez les petites filles. 
Alors élisons des députées. Pour ma part, dans ma circonscription, la deuxième de l’Aude, je m’estime chanceux. La candidate qui porte l’espoir d’un avenir désirable a le talent pour effacer tous les obstacles. Nous aurons une députée : Viviane Thivent.

Laurent Fabas pour le Clairon de l’Atax le 23/05/2022

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