Raccordement des éoliennes en mer : sortir du sillon.

La société civile dispose de capacités d'expertise souvent ignorées dans notre système décisionnaire vertical. Elles deviennent pourtant incontournables pour optimiser les réponses à la crise climatique.

Lignes à haute tension (Image par fancycrave1 de Pixabay)

Du 10 au 18 octobre, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité, RTE, a mené quatre réunions publiques d’information dans le cadre de la concertation sur le raccordement d’un futur parc d’éoliennes en mer au large de Narbonne.

Sur la forme, ce fut un succès. A Gruissan, Armissan, Narbonne-Plage et enfin Narbonne, devant quelques dizaines de personnes à chaque fois, des discours bien rodés s’enchaînaient efficacement, appuyés par des présentations projetées sur écran parfaitement illustrées. Le projet s’inscrit dans le vaste programme de développement d’éolien en mer impulsé au plus haut niveau de l’État. Il vient accompagner l’appel d’offre n°6 (AO6) qui verrait la construction de parcs d’éoliennes flottantes au large de la Narbonnaise pouvant cumuler jusqu’à 750 MW de puissance. L’ensemble de ces éoliennes pourraient couvrir 10 % des besoins de la région Occitanie.

Sur le fond, la réunion laissait un sentiment de malaise, fruit de la combinaison d’une concertation bouchée, d’un manque d’optimisation des dépenses publiques et d’une occasion manquée pour le développement local.

Une concertation où les choix sont déjà faits

Le projet prévoit de construire une plate-forme à 35 km au large de Port-La-nouvelle pour recevoir des transformateurs électriques qui convertiraient l’électricité acheminée depuis les parcs d’éoliennes voisins en courant très haute tension capable de transiter sur une distance de plus de 50 km.

Une première zone d’étude a été définie par le gouvernement. Celle-ci comprenait presque toute la façade maritime du département de l’Aude et s’étendait jusqu’au poste de La Gaudière près de Lézignan-Corbières où convergent toutes les lignes en 400 kV (kilo volts) du midi. Cette tension, la plus élevée en usage en France, est utilisée par RTE pour le transport à longue distance.

A l’issue d’une première phase de concertation avec les élus et les associations, un périmètre plus réduit a été validé par le Préfet. Celui-ci exclut de se raccorder à La Gaudière pour privilégier le poste de Narbonne, moins important mais plus près du rivage. Ce dernier est raccordé aux grandes infrastructures de transport d’électricité en 225 kV triphasé, la tension utilisée pour la desserte des agglomérations. Dans le souci d’éviter de recourir à de coûteuses infrastructures de conversion de courant, le choix du périmètre a induit le choix technique d’un raccordement en 225 kV triphasé.

Le projet prévoit donc de tirer trois câbles souterrains puis sous-marins de 225 kV entre Narbonne et la future plate-forme en mer. De manière tout aussi déterminante, le périmètre réduit retenu exclut également Port-La-Nouvelle et sa zone industrielle en devenir située en bord de mer. Ce choix est d’autant plus inattendu que le projet pilote d’éoliennes en mer sur la même zone doit être raccordé justement à Port-La-Nouvelle.

Gruissan et Narbonne-Plage entre le grau du Grazel et le parking du Languedoc demeuraient ainsi les seules candidates pour recevoir l’atterrage, le raccordement entre les câbles souterrains et les câbles sous-marin. Le choix proposé lors de la réunion publique consistait à discuter de l’itinéraire terrestre et de déterminer le lieu d’atterrage parmi quatre sites pré-sélectionnés. L’accent était mis sur l’évitement des sites à enjeu environnemental. Pour l’itinéraire, plusieurs faisceaux étaient proposés, un seul, en rouge, allait de la mer jusqu’au poste électrique, les autres apparaissant comme des variantes proposées à travers le site classé de la Clape ou à travers les marais également protégés. L’itinéraire rouge partait du parking du Languedoc à l’entrée de Narbonne-Plage, suivait la route en contournant la Clape jusqu’à Moujan, puis s’élargissait pour envisager plusieurs options pour traverser la plaine au nord de Narbonne le long de la rocade jusqu’au poste électrique de La Livière près de la route de Marcorignan. Quant à l’atterrage, après exposition des contraintes techniques, seul le parking du Languedoc répondait aux critères énoncés.

Ainsi, le public était ostensiblement poussé vers une solution. Beaucoup de concertations ne font pas tant d’effort et se satisfont d’une validation tacite par le public de la seule solution présentée. Ici, le public était vraiment invité à participer à la délibération, et un bon argument aurait vraisemblablement pu permettre de retenir une variante, mais sans pouvoir envisager une solution hors du périmètre réduit par le préfet. Car les choix structurants en termes de technique et d’itinéraire avaient déjà été réalisés à huis clos. Et pour tenir les délais, ils ne pouvaient pas être remis en cause. Le public n’était pas seul à découvrir le projet après que l’essentiel ait déjà été décidé. L’adjointe au maire en charge de Narbonne-Plage et un vice-président du département ont apparu découvrir le projet en même temps que leurs administrés.

La reconfiguration des réseaux dans l’est Audois

Sans une vision plus large de l’évolution des infrastructures dans l’est audois, le débat  peut sembler très secondaire. Ce projet vient s’ajouter à une abondance de câbles projetés qui sillonneront tout le territoire. L’acceptabilité des lignes aériennes s’étant effondrée, en particulier dans un parc naturel, ils seront enterrés. Chacune de ces tranchées viendra avec son lot d’impacts environnementaux. Aucun effort n’est fait pour essayer de les regrouper pour minimiser les impacts.

Le futur poste Corbières-Maritime

Le schéma régional de raccordement au réseau des énergies renouvelables (S3REnR), approuvé en 2022 détermine les conditions d’accueil des énergies renouvelables par le réseau électrique.  Il propose la création d’un poste électrique nouveau dans la plaine côtière entre Fitou et La Palme pour faciliter le raccordement de projets nouveaux d’éoliennes ou de parcs photovoltaïques à hauteur de 80 MW. Selon le schéma il pourrait être raccordé en 225 kV au poste de Baixas dans les Pyrénées Orientales. Le responsable du pilotage du projet confie que la possibilité de le connecter au poste de Narbonne est aussi étudiée.

L’usine d’hydrogène de Port-La-Nouvelle

Une usine d’électrolyse d’hydrogène doit voir le jour à Port-La-Nouvelle. Cette technologie demande un important apport en énergie que ne pouvait pas fournir le poste existant de Port-La-Nouvelle. Une ligne nouvelle enterrée en 63 kV doit alimenter l’usine depuis Narbonne.

Tout nouveau développement industriel sur le site nécessitera une ligne supplémentaire vers Narbonne. En effet, dans le cadre de la transition énergétique, l’industrie a vocation à s’électrifier. Pour que des activités génératrices d’emploi s’implantent sur le site, la facilité du raccordement électrique sera primordiale.

L’enfouissement des lignes existantes

Pendant la concertation, à Narbonne-Plage, Guy Clergues, adjoint au Maire de Narbonne a déclaré que la mairie de Narbonne demandait l’effacement de lignes aériennes au titre des compensations pour le projet de raccordement des éoliennes en mer. Ceci inclurait les lignes en 63 kV qui longent la rocade vers le sud entre le rond point de la route de Marcorignan et la retenue de Cap de Pla. Ces lignes incluent celle qui avait occasionné un incendie sur la commune de Montredon l’été dernier, ou l’alimentation de la sous-station électrique des voies ferrées. Elles incluent également les deux lignes connectant Narbonne à Port-La-Nouvelle.

Les éoliennes pilotes

Les éoliennes au large de la Narbonnaise doivent mettre en œuvre une nouvelle technologie. La profondeur rend préférable l’usage d’éoliennes flottantes alors que nous ne disposons de retours d’expérience que sur des éoliennes fixées sur le fond. Une ferme pilote de trois éoliennes doit prochainement voir le jour, proche du lieu prévu pour l’implantation de la plate-forme qui alimentera les autres parcs. Un câble sous-marin en 63 kV doit relier directement ce parc au rivage à Port-La-Nouvelle. Les enseignements de la ferme pilote n’auront pas le temps d’être intégrés avant le déploiement des autres éoliennes, il convient donc de s’interroger sur les solutions permettant d’ajuster le dispositif.

Le renforcement entre les postes de Baixas et la Gaudière

Le poste de Baixas dans les Pyrénées Orientales est alimenté par deux lignes en très haute tension venant d’Espagne. L’une, aérienne, est en 400 kV triphasé. L’autre, enterrée, est en 320 kV continu. Par contre, une seule ligne à très haute tension le connecte vers le reste du territoire national. Il s’agit d’une ligne aérienne en 400 kV menant au poste de la Gaudière près de Lézignan-Corbières. Ce poste est ensuite connecté par trois lignes en 400 kV et deux lignes en 225 kV au reste du réseau français. La ligne entre Baixas et la Gaudière apparaît comme l’une des plus chargées du territoire national. Cette situation devrait être aggravée par le fort développement du photovoltaïque en Espagne qui devrait générer d’importants flux transfrontaliers.

Le développement d’un réseau en très haute tension sur le littoral audois est de nature à renforcer cette liaison.

Midi-Provence

Dans un but de sécurisation du réseau, une liaison sous-marine très haute tension en courant continu a été étudiée jusqu’en 2018. Elle était intitulée Midi-Provence. Elle devait relier le poste de La Gaudière au poste de Martigues en traversant le golfe du Lion. Le projet a été abandonné depuis. Cependant, l’augmentation anticipée de 35 % de la consommation électrique pour assurer la transition énergétique pourrait ressusciter ce type de projets.

La plate-forme en mer au large de Narbonne se trouverait approximativement sur le trajet projeté, comme celle du projet jumeau au large de Fos-sur-mer.

En Mer du Nord, de telles plateformes permettent de réaliser des liaisons mixtes. En étant reliée entre elles comme elles sont reliées au continent, elles permettent de connecter les deux rives. Les plateformes audoises, à condition d’être connectées par des câbles correctement dimensionnées pourraient donc réaliser les objectifs de Midi-Provence en plus des leurs.

En conclusion

Une option consistant à augmenter la capacité du poste de Port la Nouvelle ou à en créer un proche qui soit connecté à Baixas, à la plate-forme d’éoliennes en mer et à Narbonne ou la Gaudière semble être une solution nécessitant moins de tranchées. Elle provoquerait donc moins de dégâts sur l’environnement et serait moins dispendieuse. Pourquoi diantre ne pas l’étudier ?

Laurent Fabas pour le Clairon de l’Atax le 22/10/2023

 

Pour en savoir plus liens :
1°) vers document RTE
https://rte.projectatlas.app/ao6-narbonnaise-pu/page/Accueil?map=43.144236,3.431882,8.83,0,0

2°) vers la carte du transport d’électricité
https://www.rte-france.com/carte-reseau-transport-electricite

 

 

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