Pourquoi je soutiens le Mouvement Citoyen Narbonnais

Ie MCN nous rappelle que la démocratie n’est pas un patrimoine à gérer, mais une aventure à poursuivre.

Dans le contexte des élections municipales de 2026 de nombreuses déclarations sont et seront faites pour justifier des choix ou des positions. Le Clairon a choisi de publier le présent texte parce qu’au-delà d’une prise de position particulière il décrit un mécanisme qui fonctionne bien au-delà du seul cas de Narbonne.

La rédaction du Clairon

Narbonne (image Pixabay)

   À Narbonne comme dans beaucoup de villes françaises, la vie politique s’est peu à peu refermée sur elle-même. Les décisions se prennent entre acteurs déjà installés, militants de longue date, responsables d’appareils ou élus professionnels. Tout cela fonctionne, mais sans souffle. La démocratie locale ressemble trop souvent à une mécanique institutionnelle, où les mêmes visages se passent le relais à intervalles réguliers.

   Cette impression d’immobilité n’est pas une question de personnes. Narbonne connaît un flot régulier de responsables politiques, venus d’ailleurs, prendre la tête de sections locales d’organisations politiques. Il s’agit d’une question de structure sociale. Les cercles du pouvoir local se sont homogénéisés. Ils rassemblent des gens qui, malgré leurs divergences idéologiques, partagent les mêmes codes, les mêmes logiques, le même rapport à la parole publique.

   En contraste, ce contexte a fait apparaître le Mouvement Citoyen Narbonnais (MCN). Un objet politique né du réel qui pense autrement, et qui, pour cette raison, dérange.

Un partenaire loyal et né du réel, traité en supplétif

   Le MCN n’est pas une invention de laboratoire politique. Il n’a pas été pensé par un parti, ni financé par un appareil. Il est né en 2015, dans le quartier Saint-Jean Saint-Pierre, à l’occasion des élections départementales où il fit liste commune avec le Parti Communiste. Ses fondateurs sont des habitants du quartier, souvent confrontés aux discriminations, qui ont décidé de s’impliquer directement dans la vie politique locale. Pas pour témoigner, pas pour revendiquer, mais pour agir.

   Ils ont refusé l’idée qu’il fallait appartenir à un parti pour être légitime. Ils ont refusé d’attendre qu’on leur tende la main. Ils ont choisi d’entrer par eux-mêmes dans le champ politique, avec leurs mots, leurs codes, leur ancrage. Et très vite, d’autres les ont rejoints, des habitants d’autres quartiers, d’autres milieux, convaincus que cette parole neuve, issue du quotidien, était précieuse et utile pour toute la ville.

   Depuis, le MCN a fait preuve d’une loyauté politique exemplaire. En 2020, il participe à la liste Narbonne en Commun, aux côtés du Parti Socialiste et du Parti Communiste. Deux de ses membres sont aujourd’hui élus d’opposition au conseil municipal. En 2021, il s’engage aux côtés de ses partenaires dans les campagnes départementales, puis dans celles de la NUPES et du Nouveau Front Populaire. Toujours sans posture, sans calcul, simplement parce qu’il partageait l’idéal de justice et d’égalité porté par ces coalitions. Il devient naturellement, hors des logiques partisanes, un pont avec la France Insoumise.

   Mais, à chaque fois, le scénario se répète. Le MCN n’est pas invité aux discussions. Ni pour les investitures départementales, ni pour la préparation des municipales de 2026. Et quand il décide de retrouver son autonomie, il est accueilli par une hostilité glaciale et une condescendance à peine voilée. Les responsables de partis ont beau reconnaître, en privé, que ces “oublis” sont regrettables, ils reprochent au MCN sa réaction. Comme si l’indépendance était une faute. Comme si refuser d’être instrumentalisé revenait à “diviser la gauche”. Ce double discours révèle une vérité gênante : les partis traditionnels n’ont pas compris ce qu’est le MCN.

Ce que le MCN révèle et apporte

   Le comportement des partis vis-à-vis du MCN n’est pas seulement une erreur stratégique, il s’agit du symptôme d’une cécité sociale.
   Les responsables politiques vivent, comme chacun de nous, dans une bulle sociale. Ils fréquentent des gens qui leur ressemblent, partagent leurs références, parlent leur langue. Mais leur position de pouvoir fait de cette bulle une forteresse. Ils ne voient plus ce qui existe au-delà. Dans leur logique, chaque “relais” électoral est remplaçable. Si un acteur local n’est pas docile, il suffit d’en prendre un autre.
   Mais cette croyance est fausse, et profondément réductrice. Une personne issue d’un quartier populaire, reconnue par les siens, ne se remplace pas en parachutant un porte-parole de circonstance. Elle apporte une légitimité relationnelle, un capital de confiance, d’expérience et de crédibilité que rien ne peut imiter.

   En considérant les acteurs locaux comme de simples “canaux d’accès” à un électorat, les partis se coupent du réel. Ils perdent les liens humains qui donnent du sens à la politique. Et ils s’étonnent ensuite de voir monter l’abstention et la défiance.

   Le MCN n’est pas un parti de plus. Il ne cherche pas à reproduire les mêmes structures, les mêmes hiérarchies.
Son ambition est d’élargir le champ démocratique. Il redonne la parole à ceux qui ne l’avaient plus, sans attendre d’y être autorisé. Il parle d’expérience vécue, pas de communication. Il s’adresse à toute la ville, pas seulement à son quartier d’origine. Il ne cherche pas à “prendre la place” de quelqu’un, mais à faire de la place à ceux qu’on oublie.
   Cette manière de faire, moins idéologique et plus concrète, change profondément le rapport au politique. Elle remet la dignité au cœur de la citoyenneté.

Pourquoi leur combat me concerne

   Je ne viens pas du même monde que le MCN. J’ai grandi dans un quartier aisé de Narbonne.
Pourtant je vois aujourd’hui que son combat n’est pas celui d’un quartier. Le combat du MCN est celui de la démocratie elle-même. Il ne demande pas de l’aide. Il n’attend pas de bienveillance. Il réclame simplement le droit d’exister politiquement, à égalité.
   Et cela change tout. Soutenir le MCN, n’est pas faire un geste de charité sociale. Soutenir le MCN est un choix de lucidité civique. Soutenir le MCN revient à reconnaître que sans elles et eux, et sans toutes celles et ceux qui pourraient emprunter des trajectoires similaires, la politique locale reste incomplète, enfermée dans sa bulle. Ils voient ce que d’autres ne voient plus. Ils parlent à ceux que plus personne n’écoute. Ils apportent à notre ville une intelligence sociale irremplaçable.

   Le MCN ne se résume pas à ses deux élus municipaux. Il incarne une manière d’habiter la démocratie. Une politique du bas vers le haut, fondée sur la proximité, la confiance, la parole directe.

   Je soutiens le MCN, parce que je refuse la politique de substitution, celle où tout acteur local est remplaçable dès qu’il dérange alors que ceux qui se sont approprié un label national auraient un badge d’immunité. Une ville, comme une démocratie, ne respire que si toutes ses voix peuvent se faire entendre.

La démocratie est aussi une question de courage

   Ce que le MCN fait à Narbonne relève du courage politique à l’état pur.
  Sans réseaux, sans budgets, sans relais médiatiques, ils avancent avec rigueur, patience et dignité. Ils essaient, se trompent, apprennent, se relèvent. Ils nous rappellent que la démocratie n’est pas un patrimoine à gérer, mais une aventure à poursuivre. Ils incarnent ce qu’il reste de vivant dans la politique locale.

   Je soutiens le MCN parce que je crois, profondément, que Narbonne sera plus forte quand toutes ses voix auront droit de cité.

Laurent Fabas pour le Clairon de l’Atax le 20/11/2025

3 commentaires

Oui complètement d’accord avec avec le contenu de cet article.
Je soutiens le combat politique-citoyens du MCN
Quelle désillusion que l’attitude de ces partis politiques locaux qui privilégient l’entre soi codifié de leur propre appareil et leur reconnaissance exclusive entre pairs, pour s’égarer au point de ne pas prendre en compte comme des acteurs politiques, les citoyens engagés et mobilisés depuis des années à améliorer la vie dans leur quartier.
Un tel déni de démocratie pourrait laisser sans voix…

Merci pour ces remarques, l’action du MCN à Narbonne est porteuse d’espoir , celui que de plus en plus « les gens s’en mêlent »

Burger Catherine

Très fort et convaincant. En effet  » voir ce que d’autres ne voient plus, parler à ceux que plus personne n’écoute, ….apporter une intelligence sociale irremplaçable « . C’est un vrai programme ambitieux mais juste

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