Le prix de l’électricité augmente au pays de « l’électricité-nucléaire-la-moins-chère » !

De plus en plus fort ! Le tarif règlementé de l'électricité va augmenter de 5,9% au 1er juin prochain, une autre augmentation de 1% est envisagée pour le 1er août, tandis que l'inflation a progressé de 1,8% en 2018 et le pouvoir d'achat moyen des salariés de 0,55% ! C'est là un joli sacrifice imposé aux Français, mais pour quoi et pour qui ?

Centrale de Cattenom (image Patrick Herzog /AFP)

Dans quelques jours, au 1er juin, les Français devraient voir leur facture d’électricité augmenter. Alors que l’été approche et que les journées s’allongent on consomme moins ; du coup les 5,9 % d’augmentation passeront peut être un peu mieux ? En tout cas E. Macron et son gouvernement ont tenu leur promesse de décembre 2018 puisque, face à la crise des gilets jaunes, ils avaient parmi les expédients trouvés à la hâte, reporté l’augmentation à fin mai 2019.
5, 9% d’augmentation alors que l’inflation n’a progressé que de + 1,8% en 2018 et le pouvoir d’achat moyen de + 0,55% pendant la même période ! Nos gouvernants nous expliquent à longueur de journée qu’il faut faire des sacrifices pour redresser la situation : mais de quelle situation s’agit-il ?

Pourquoi cette augmentation ?

Elle a été recommandée en février 2019 par la CRE (Commission de Régulation de l’Energie) (1). La hausse de 5,9 % concerne les tarifs règlementés de vente (TRV) qui correspondent au « tarif bleu » d’EDF. Une 2ème  hausse d’environ 1% est prévue à la date judicieuse du 1er aout.
Cette hausse est justifiée par J.F. Carenco, président de la CRE, au prétexte qu’elle est nécessaire pour maintenir « la qualité de notre système électrique ».

Pour qui cette augmentation ?

Cette déclaration , pour le moins floue du patron de la CRE, recouvre de fait une grande complexité.
Les tarifs sont établis dans un contexte où il s’agit à la fois d’ouvrir le marché de l’électricité à la concurrence, selon les directives de l’Union Européenne, tout en ménageant EDF qui reste et de loin, malgré la perte de son monopole, le plus gros producteur / fournisseur d’électricité en France. Pour ménager la chèvre et le chou, on a donc créé en 2010 un  « machin » nommé ARENH, ou Accès Régulé à l’Electricité Nucléaire Historique ! Schématiquement les fournisseurs alternatifs à Edf ont un droit de tirage annuel sur un volume d’électricité nucléaire qui ne peut excéder 25% de la production totale du parc et qu’ils paient au coût de production des centrales nucléaires françaises. Les fournisseurs alternatifs peuvent mixer cette ressource électrique, réputée « pas chère », avec de l’électricité achetée sur le marché européen pour établir leurs tarifs.

Notons en passant que le coût de production de l’électricité nucléaire est  bidon, fixé au doigt mouillé, puisque censé répercuter tous les couts du cycle complet, alors qu’on ne sait actuellement ni résoudre la question des déchets, donc son coût et qu’on n’a pas encore réussi à démanteler complètement un réacteur et qu’on ne sait pareillement calculer le coût d’un démantèlement complet.

Un évènement déclencheur.
Des circonstances particulières ont pesé cet hiver sur les fournisseurs alternatifs : les prix de gros sur le marché ont connu une forte hausse. Pour maintenir des tarifs concurrentiels, ces fournisseurs se sont précipités sur leur quota ARENH qui s’est trouvé insuffisant. A la suite de quoi il a été décidé par la CRE de hausser les tarifs pour rééquilibrer la concurrence entre fournisseurs alternatifs et EDF.

La hausse : tout le monde y trouve son compte sauf le consommateur ! L’équilibre concurrentiel sera rétabli et EDF raflera au passage, selon les estimations de divers annalistes, 1,3 milliards de recettes en plus. Merci la CRE !

D’autant plus qu’EDF a bien besoin de cet argent : cette entreprise « trop grosse pour faire faillite » connait depuis quelques années d’énormes difficultés financières. Elle est endettée à hauteur de 33 milliards € (2), à quoi il faut ajouter une quarantaine de milliards € d’obligations + la prolongation de vie des centrales actuelles qui est estimée entre 80 et 100 milliards € ; de plus on ne sait pas jusqu’où iront les dérapages du coût de l’EPR de Flamanville et si la construction des 2 EPR de Hinkley-Point sera rentable, tandis que l’entreprise n’arrête pas de perdre des clients qui passent à la concurrence !
Chic : E. Macron ne serait pas insensible au projet de construire 6 nouveaux EPR !

Dans une telle situation les remèdes sont connus et envisagés par nos gouvernants : EDF est actuellement une société anonyme (SA) dont l’Etat détient 83,7 % des actions :  on récupère tout ce qui n’est pas rentable au sein d’un EPIC (Etablissement Public Industriel et Commercial) et désormais c’est l’Etat qui aura la charge de la dette (c’est-à-dire les contribuables), tandis que les autres actionnaires partent avec les activités rentables pour créer de nouvelles SA rentables !
Une fois de plus la vieille recette des technocrates néolibéraux sera déployée : Nationalisation des Pertes, Privatisation des Profits !

Mais des esprits chagrins semblent contester cette philosophie et s’attaquent à la hausse des tarifs. L’UFC-Que choisir, la CLCV (Consommation Logement et Cadre de Vie) ont écrit à E.Macron qui ne leur a pas répondu ; du coup ils ont l’intention de saisir le Conseil d’Etat pour faire annuler cette augmentation. Ils souhaitent aussi une réforme de la fiscalité qui accompagne les factures d’électricité, car son but premier a été détourné par l’Etat. La taxe  CSPE (Contribution au Service Public de l’Electricité) qui devait financer le développement des énergies renouvelables est actuellement tout simplement reversée au budget de l’Etat !
La CGT –Energie syndicat majoritaire à EDF semble emboiter le pas à ces contestataires : elle souligne que ces augmentations de tarifs augmentent la précarité…
En réponse à ces critiques le gouvernement a augmenté le nombre de bénéficiaires du chèque énergie (3), de 3,6 millions de bénéficiaires en 2018 à 5,8 millions début 2019 !

Qui bénéficie des augmentations de tarif ? Qui paye les aides aux plus modestes ? Puisqu’on vous dit qu’on garde le cap !…

Louise B. Velpeau pour le Clairon de l’Atax le 20/05/2019

 

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Notes:
  1. c’est une autorité administrative «  indépendante » dont le président est nommé par décret du président de la République et les membres par le parlement (Sénat & Assemblée nationale) selon diverses procédures
  2. dette nette pour un chiffre d’affaire 2018 de 69 Md €
  3. aide de 48 € à 277 €, destiné aux ménages les plus précaires

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