EPR de Flamanville : finalement, il y aurait un pilote dans l’avion ASN

Une fois n'est pas coutume, l'ASN vient de prendre une sage décision en s'opposant à EDF à propos des huit soudures défectueuses de l'EPR de Flamanville. Mais peut-on se réjouir de voir ce lamentable projet consommer toujours plus d'argent public et prendre toujours plus de retard, alors que la vraie bonne décision serait d'y mettre fin purement et simplement ?

CLiquer sur l'image pour l'agrandirDans un article de l’édition d’avril 2019 (voir ici), le Clairon faisait le point sur les huit soudures défectueuses, placées entre les parties internes et externes de l’enceinte de confinement du cœur du réacteur de l’EPR, là où se trouvent les générateurs de vapeur d’eau sous très haute pression. La rupture d’une seule de ces soudures pourrait entraîner la dispersion de vapeur sous haute pression entre les deux parties de l’enceinte de confinement et provoquer une destruction partielle de cette enceinte, ce qui représenterait un accident nucléaire majeur du fait du rejet de vapeur radio-active en dehors du cœur du réacteur.

La découverte de ces soudures défectueuses n’est que la dernière en date d’une longue série de malfaçons, parmi lesquelles on se rappellera l’épisode fameux du couvercle de la cuve, lequel comporte des anomalies de forgeage laissant planer de lourdes incertitudes quant à la sécurité de l’installation. Malgré le risque que représente ce couvercle défectueux, l’ASN avait décidé, en juin 2017, d’autoriser la mise en service du réacteur, sous la condition qu’EDF le remplace au plus tard en 2024 (voir ici notre article de juillet 2017).

Fort de cette décision et pressé par le temps et les budgets, EDF a récemment fait à l’ASN une demande similaire concernant les huit soudures défectueuses, prétendant être en mesure de les réparer après la mise en service du réacteur.

Heureusement pour la sécurité, l’ASN, par une lettre en date du 19 juin dernier, signée de son président Bernard Doroszczuk, a refusé de donner une suite favorable à cette demande, indiquant, en conclusion : « Dans ce contexte, et pour répondre à la demande d’avis que vous sollicitez, l’ASN considère que l’hypothèse d’une réparation après mise en service présente des difficultés majeures, de nature à compromettre sa mise en œuvre pratique : il s’agirait en effet de reconstruire ab initio, pour une période limitée, une démarche de sûreté s’apparentant à un renoncement à l’exclusion de rupture ce qui, même avec des règles d’étude adaptées, apparaît difficile sur une installation qui n’a pas été conçue pour. La réparation des soudures de traversée avant la mise en service du réacteur demeure donc, pour l’ASN, la solution de référence » (1).

Ainsi, sous réserve que l’exécutif ne torde pas une nouvelle fois le bras à l’ASN, les soudures devraient être réparées avant la mise en service de l’EPR, laquelle est, du coup, repoussée de 2020 à 2022. Ceci portera à dix ans le retard pris par ce chantier, lequel accuse, à ce jour, un budget plus que triplé par rapport à l’estimation initiale (12 milliards d’euros, contre 3,5 prévus au début du projet) (2).

Si l’on ne peut que se féliciter de la sagesse et de la fermeté de la décision prise par l’ASN, on reste rêveur devant l’acharnement d’EDF et de son actionnaire principal (3) à aller au bout d’un projet aussi mal ficelé, aussi gourmand pour les finances publiques et empêtré dans une technologie promise au démantèlement à terme.

Dans un contexte où l’exécutif détruit méthodiquement l’ensemble des services publics au nom de la rigueur budgétaire, il y a de quoi douter de la raison de nos gouvernants… et de la sincérité de leurs arguments et intentions.

Au fait, si l’on avait investi 12 milliards d’euros dans les énergies renouvelables, quelle part de la production électrique ces énergies représenteraient-elles ? Et nous ne parlons ici que du coût de l’investissement dans l’EPR. Pour faire juste mesure, il faudrait a minima ajouter les coûts suivants:

  • approvisionnement en combustible (4),
  • fonctionnement de la centrale,
  • sécurité (5),
  • retraitement et stockage sécurisé des déchets, sur des milliers d’années pour certains, pour cause de tenace radio-activité,
  • démantèlement à terme du coûteux bidule,
  • instances de contrôle spécifiques à la chose nucléaire (ASN, IRSN, etc.) (6).

Face à ce coûteux tableau, le constat de l’innocuité et du coût relativement plus faible des solutions renouvelables telles que le solaire ou l’éolien fait douter de la capacité de nos « autorités » à accéder au simple bon sens.

Jean Cordier, pour le Clairon de l’Atax, le 21 juin 2019

 

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Notes:
  1. on pourra consulter ici le texte complet du courrier de l’ASN à EDF
  2. selon Mediapart, qui précise aussi que chaque mois de retard coûte 200 millions d’euros à EDF
  3. l’État français est actionnaire d’EDF à plus de 85%
  4. extraction du minerais, transformation en combustible utilisable, acheminement sécurisé entre chaque étape du processus
  5. n’oublions pas que la sécurité ici ne recouvre pas uniquement les aspects intrinsèques au réacteur, mais aussi le risque d’attentat terroriste. En effet, une centrale nucléaire représente une cible bien plus critique qu’un ensemble d’éoliennes ou de panneaux solaires. C’est aussi le cas pour les convois de combustible et les centres de transformation, dimension inexistante dans le cas de sources d’énergies gratuites, renouvelables, utilisées sur place et sans danger pour l’environnement
  6. bien évidemment on ne parle ici, pour ces instances, que de la part de leur activité dédiée à la production d’électricité nucléaire

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