Pesticides : une situation contradictoire !

(Abeilles victimes de pesticides Image par NiklasPntk de Pixabay)

Tandis que le lobby agricole fait feu de tout bois pour retarder l’interdiction définitive de certains pesticides comme le glyphosate, en agitant le spectre du risque d’un collapse de la production agricole, une étude de l’Inrae montre que la sortie du glyphosate aurait un très faible impact pour la rentabilité de certaines exploitations…

En 2018 la France à connu une augmentation de 23% de la vente de produits phytosanitaires
Le 7 janvier 2020 le Comité d’Orientation Stratégique et de suivi du plan national de réduction des produits phytopharmaceutiques, Écophyto 2+, réuni à l’initiative des ministres de la Transition écologique, de la Santé, de la Recherche et de l’Agriculture, a constaté une forte augmentation de la quantité de produits phytopharmaceutiques vendus en 2018. Pour ces produits à usage agricole, l’augmentation a été de 23% par rapport à 2017. 

L’explication de ce bond en avant serait, selon les ministres concernés, le fait d’une anticipation de certains agro-industriels qui ont préféré acheter en 2018 des produits frappées au 1er janvier 2019 d’une redevance pour pollution diffuse, en raison de leur toxicité particulièrement élevée.
La Confédération Paysanne n’est pas de cet avis et pense que cette hausse de consommation n’est pas conjoncturelle mais qu’elle est la continuation d’une tendance lourde de l’agro-industrie à développer encore l’usage des phytosanitaires, malgré les plans gouvernementaux d’Écophyto 1, puis d’Écophyto 2, puis d’Écophyto 2+ … (Ndlr : en 2008 le plan Ecophyto 1 avait pour objectif de réduire de 50% l’usage des pesticides en France !)

Pourtant le changement de pratiques est possible

Il est d’une part démontré par la pratique des fermes Dephy qui montrent qu’en 10 ans sans changer  de système économique, selon la Confédération paysanne, il a été possible de réduire de 50% l’usage des pesticides.
Cette affirmation est confortée par le résultat de recherches de l’Inrae. Ainsi cet institut public de recherche a publié le 15 janvier 2020 une évaluation économique des pratiques  alternatives au glyphosate en viticulture. https://agriculture.gouv.fr/telecharger/106816?token=ea43d02d4487459839c5e6240733bc95
Dans cette filière qui consomme beaucoup de glyphosate (1), en cas de passage à un désherbage entièrement mécanique et selon les calculs de l’Inrae,  le surcoût annuel se situerait entre 210 à 408 euros par hectare, amortissement de l’investissement compris.  La différence de surcoût étant liée à la nature et à la taille de l’exploitation : les petites exploitations étant les plus pénalisée par le montant des amortissements, sauf à acheter le matériel de désherbage mécanique en commun…

L’exemple de la viticulture est particulièrement significatif : il  pourrait être étendu à d’autres types d’exploitations avec des résultats aussi encourageant comme le montre un rapport de l’INRA de novembre 2017  : https://inra-dam-front-resources-cdn.brainsonic.com/ressources/afile/418767-54570-resource-rapport-glyphosate-inra.pdf

Alors comment comprendre l’argument du maintien de l’emploi du Glyphosate au prétexte qu’il n’y aurait pas d’alternative fiable ? Il est vrai que l’agro-business fait son miel de la vente de produits phytosanitaires dans une réseau puissant et organisé, reliant certains syndicats agricoles, certaines coopératives et certains agro-industriels.

Louise B. Velpeau pour le Clairon de l’Atax le 21/01/2020

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Notes:
  1. 400 à 1000gr / ha sur environ 80% des surfaces viticoles

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