« Le bug humain » – Sébastien Bohler

Brillant, passionnant et inquiétant….
Très, très inquiétant en fait!
Un essai qui se lit comme un roman, un roman noir bien pire que le plus noir des polars, dont nous pourrions bien, nous les humains être les victimes… Rassurons nous, nous ne serions pas les seuls ! Avec nous, nous entraînerons une grande partie de la faune sauvage. D’ailleurs nous avons bien commencé !
La faute à qui?
Tout ça est dû à notre cerveau, à nos neurones qui font de nous des éternels insatisfaits, toujours à la recherche de plus, de toujours plus, depuis la nuit des temps. Nous avons une bagnole ? La prochaine sera plus puissante, plus belle, aura plus de gadgets et viendra égayer notre foyer alors que la précédente n’était pas au bout du rouleau. Nous avons une situation, il nous faut plus, plus de pouvoir, plus d’argent.
« Nous sommes satisfaits lorsque nous recevons plus que les autres« 

Tous nos gouvernants, depuis des lustres, axent leur politique sur LA croissance. Le Dieu Croissance ! Sans croissance, pas de salut ! La croissance est seule guide de nos dirigeants, le point de croissance est l’étalon-or de toutes analyses économiques. Oui, mais la croissance jusqu’où ?

Une fois par an, les médias nous alertent car nous puisons des ressources toujours plus rapidement qu’elles ne se renouvellent. Une interview à la télé, quelques minutes d’inquiétude, vite oubliées grâce à la pub qui suit, cherchant à nous vendre un crédit, des voyages. Dans le même journal d’informations, radio ou télé, nous pouvons prendre connaissance des décisions fortes prises à l’occasion d’une conférence pour le climat, et dans le message suivant nous féliciter d’un contrat mirobolant dont les effets seront d’accroître ce réchauffement climatique. Ces conférences se succèdent, mais pour quel effet ? On se donne bonne conscience et on oublie.

3G, 4G, 5G c’est le progrès. Des réseaux toujours plus rapides, qui nécessitent des ordinateurs toujours plus puissants, de plus en plus consommateurs d’énergie, pour fonctionner et être refroidis, et des téléphones toujours plus perfectionnés, toujours plus consommateurs de terres rares, tout ça pour quoi? Pour visionner notamment de plus en plus de vidéos pornographiques : 136 milliards par an !

Consommation de viande, d’énergie, toujours plus… Nous le savons, nous en connaissons les conséquences, mais nous persévérons. Nous mangeons sans faim, et l’humanité crève plus d’obésité que de famines !

Le livre est documenté, riche de remarques et d’analyses qui font froid dans le dos et qui prouvent, si besoin était, que nous ne sommes pas, collectivement, prêts à changer de modèle, prêts à adopter un autre train de vie. Toujours plus de bagnoles qui roulent, toujours plus d’énergies fossiles consommées.

Et individuellement que faisons nous ?

Nos dirigeants ne sont pas prêts à promouvoir ce changement radical, nous ne sommes pas prêts à en assurer les éventuelles conséquences.
Tous se donnent bonne conscience en prenant des décisions qui devront être opérationnelles plus tard, dans 20 ans. Ce n’est que dans 20 ans que les bouteilles plastiques devront être supprimées. Mais l’urgence c’est aujourd’hui !

Le diagnostic est clair : « Continuer à promouvoir un système économique qui encourage nos grands renforceurs primaires est sans doute la pire des choses à faire, et c’est malheureusement ce que nous faisons depuis maintenant près d’un siècle et qui est en train de nous coûter notre planète« .

Cette lecture m’a profondément intéressé et bouleversé, et m’a mis mal à l’aise! Ma vie est sur la fin. Encore quelques années dans le meilleur des cas, et je tirerai ma révérence. Tous ceux qui liront ce texte également, plus ou moins tard. Mais nos petits enfant seront là. Quel monde allons nous leur laisser? L’humanité sait qu’elle court à sa perte, mais ne change rien.

Jusque là ça va ! Jusque là ça va ! Jusque là ça va !! Nous sommes dans une voiture sans freins.

Notre cerveau n’est pas programmé pour disposer d’une fonction « STOP ». C’est pourtant celle-ci que nous devrions activer en prenant conscience de notre situation. Oui, mais… Dans mon beau pays, nos élus construisent pour l’avenir un port qui permettra certes de monter des éoliennes mais aussi conçu pour accroître nos importations de pétrole.

Sébastien Bohler n’est pas un doux rêveur. Il a fondé cette analyse inquiétante sur ce qui fait la force de l’espèce humaine par rapport aux autres espèces animales : notre cerveau, qu’il connaît bien ! Une force qui nous pousse depuis la nuit des temps au toujours plus, un toujours plus qui peut causer notre perte.

Une lueur d’espoir : « dès l’instant où le statut social sera associé aux comportements respectueux de la planète, la partie sera gagnée« .

Éditeur : Robert Laffont – 2019 – 242 pages

Jean Pierre Vialle pour le Clairon de l’Atax le 19/03/2020

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