TDN-THOR Malvési : lettre ouverte du Dr Mariette Gerber au député Alain Perea

La rédaction du Clairon à choisi de publier la présente lettre ouverte pour rappeler aux élus, représentant les Narbonnais, qu’il est de leur devoir et de leur mission de porter une attention renouvelée et scrupuleuse aux impacts du projet TDN-THOR d’Orano / Malvési.

La cathédrale St Juste de Narbonne vue de l’usine Orano/ Malvési

L’usine ORANO de Malvési située au cœur de l’agglomération narbonnaise pose des problèmes de voisinage de plus en plus cruciaux. Les capacités de stockage des effluents nitratés, issus du raffinage du minerai d’uranium sont limitées sur ce site. De plus ils présentent un risque de pollution chimique et radioactive. L’industriel nucléaire ORANO a pour projet de réduire la quantité de ces déchets par un procédé de traitement thermique innovant (TDN) dont l’efficacité et l’innocuité n’ont pas été suffisamment établies.  Au terme d’une enquête publique, menée dans des conditions aussi discutables que peu démocratiques et basées sur un dossier technique considéré/ comme insuffisant par de /nombreux experts, le préfet de l’Aude Alain Thirion à donné le 8/11/2017 son feu vert à l’exploitation  de  cette installation de traitement des déchets.
Cette décision a soulevé et soulève encore de nombreuses et vives contestations au sein de la population narbonnaise comme chez les associations de protection de l’environnement. Les élus locaux, « aux affaires », ont adopté une position plus réservée compte tenu du poids économique que représente ORANO et des pressions et influences qu’il est en mesure d’exercer.

La rédaction du Clairon à choisi de publier la présente lettre ouverte pour rappeler aux élus, représentant les Narbonnais, qu’il est de leur devoir et de leur mission de porter une attention renouvelée et scrupuleuse aux impacts du projet TDN d’Orano /  Malvési.

 

Lettre ouverte de Madame le docteur Mariette Gerber
Chercheur Honoraire INSERM
Expert ANSES

Membre du COVIDEM et de TCNA                                                                                         à

                                                                                                                                         Monsieur Alain Perea
                                                                                                                          Député de la 2ème circonscription de l’Aude

Monsieur le Député,

Je viens de lire votre interview dans l’e-publication Energeek. Nous nous connaissons suffisamment pour que vous pensiez immédiatement que je vous écris en tant que contestataire. Mais je vais en fait commencer par un point sur lequel je suis totalement en accord avec vous, c’est quand vous dites : « On a donc vraiment besoin de jeunes qui s’investissent dans cette filière, non pas dans une logique de développement, mais dans une dynamique de sortie ». Donc l’arrêt du nucléaire créera des emplois, et tous les employés actuels pourront travailler au démantèlement de ces vieilles centrales qui comme vous le dites prendra 30 à 50 ans. Formidable !

Je vais maintenant en venir à la contestation du reste de votre interview.
Vous soulignez l’échec du recours des associations (Rubrésus et Colere, mais aussi TCNA que vous ne mentionnez pas), mais moi je voudrai souligner une erreur grossière dans le discours du rapporteur public : Il a parlé de la réduction de 10% des composés organiques volatiles (COV) demandé par l’arrêté préfectoral autorisant la mise en œuvre de TDN, comme d’une mesure suffisante pour faire taire toutes les craintes d’un risque sanitaire. Ce faisant, il a montré son ignorance des caractéristiques biologiques de l’un des COV présent dans les effluents qui seront largués lors du fonctionnement du TDN : Le DEHP, un perturbateur endocrinien. En effet, l’effet biologique du DEHP ne suit pas une relation linéaire comme les autres COV et de ce fait la réduction de 10% des COV demandé par l’arrêté préfectoral autorisant la mise en œuvre de TDN est sans effet sur l’impact sanitaire du DEHP, qui comme tous les perturbateurs endocriniens doit être totalement éliminé (Stratégie Nationale 3 sur les perturbateurs endocriniens), en soulignant la particulière vulnérabilité des jeunes enfants et des femmes enceintes. C’est également ce que devaient ignorer les spécialistes que vous avez rencontré et vous ont assuré : « Monsieur le député, il n’y a aucun souci sur le procédé ».
C’est également ce qu’a ignoré (ou voulu ignorer en classant ces données en avancées scientifiques à vérifier!) l’expert de l’IRSN, A Rannou qui n’a considéré de ce fait que le risque radioactif.
Vous appelez à votre aide Maryse Arditi, qui a vu dans TDN un moyen de traiter les déchets, ce qu’elle demandait depuis longtemps. Mais encore faudrait-il que ce procédé ne soit pas polluant par les rejets atmosphériques de NO2, particules fines, DEHP et que le traitement des eaux soit effectif. Or dans son rapport sur le traitement des déchets à Malvési  (2017), l’IRSN appelait déjà à une vaste et complète étude hydrogéologique des terrains occupés par l’usine et des terrains avoisinants. L’IRSN s’est penché sur le réseau hydrogéologique et constate sa complexité. Il demande notamment que soient confirmés les faibles échanges entre les formations géologiques et les aquifères. Des études géologiques prévues en 2016 et 2017 devaient améliorer la connaissance des échanges. Mais les modélisations des transferts étaient jugées trop simplifiées, il manquait notamment des précisions sur les mécanismes régissant les écoulements au niveau de la source de l’Oeillal. Sans ces éléments, il n’est pas possible d’évaluer le possible impact d’un stockage. Or dans le fascicule RTCU établi par ORANO pour s’inscrire dans le PNGMDR, il est seulement écrit qu’il sera procédé à des travaux de protection de la nappe alluviale (2012-2013). Par conséquent, tant que les éléments de cette surveillance hydrogéologique ne seront pas mis en place, il ne sera pas possible d’établir une surveillance satisfaisante du site lors de la mise en exploitation de TDN. Mais sans doute les spécialistes que vous avez rencontrés ignoraient ce problème.

Ainsi, Monsieur le Député, nous ne pouvons pas montrer la même satisfaction que vous à la mise en place de TDN, à laquelle s’ajoute la fabrication de dioxyde d’uranium par le procédé NVH qui consacre la prolongation d’une filière qui laisse derrière elle une incommensurable quantité de déchets dangereux alors même qu’aucune solution satisfaisante n’existe pour les traiter.

Dr Mariette Gerber

Publié par la rédaction du Clairon de l’Atax le 22/03/2020

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