Une crise sanitaire… Un choix de système économique

Continuerons-nous dans le système économique d’avant qui n’aura pas changé malgré la pandémie ? Nous aurons bientôt les réponses à ces interrogations, le temps d’un virus qui s’apaise.

Que pèse le monde face à la finance ? (Image par Arek Socha de Pixabay)

Notre histoire s’est faite au travers des crises… Voilà des années que l’on nous rebat les oreilles avec ce mot… Au point qu’il en a perdu son sens premier… En grec ancien  « krisis » signifiait le moment d’une décision, donc d’une possibilité de changement…
La crise d’aujourd’hui, celle de la pandémie du Covid-19, tend à affoler tout le monde…
Mais peut-être, avant tout, devrions-nous réfléchir aux causes de cette pandémie : déforestation ? Urbanisation massive ? Perte de la biodiversité ?… D’une façon générale, il est à présent établi que la pression créée par l’homme sur la nature provoque la démultiplication de virus. Ce qui nous pose la question de notre modèle de développement et la manière dont on inter-réagit avec la Terre.

En attendant, les chaînes d’information en continu tiennent une comptabilité macabre… Chaque jour un nouveau record… X morts, X contaminés… Sans connaissances médicales, on ne peut que se fier aux médecins qui semblent prendre l’affaire au sérieux… Alors suivons les directives de nos gouvernants qui se revendiquent inspirés par un Conseil scientifique de santé publique…
Même si on peut penser que Sapiens a déjà affronté de nombreuses pandémies, aujourd’hui d’autres menaces, issues de l’activité humaine, comportent des risques à l’importance croissante (pollution de l’air, tabagisme, alcoolisme, malnutrition, obésité, accidents domestiques et du travail). Plus particulièrement la grippe saisonnière compte au niveau mondial pour 650 000 morts par an.

La pandémie actuelle a le mérite de montrer la fragilité de notre système économique mondialisé.
Après avoir entrainé la baisse des activités économiques en Chine. La chaine d’approvisionnement organisée sur le principe du « 0 stocks » et du « juste à temps » a produit un blocage provisoire des produits destinés à nos industries, nos laboratoires, nos hôpitaux, qui entraîne un ralentissement économique dans le monde…  La demande du pétrole en baisse, la chute des prix qui l’accompagnent, occasionnent des tensions entre la Russie et l’Arabie Saoudite, laquelle souhaitait augmenter ses prix afin de protéger la rentabilité des pétroles bitumineux produits par leurs amis américains. En effet, ces sociétés d’extraction endettées auprès de banques n’en retirent plus les bénéfices escomptés. Des dizaines d’entre elles ont déjà fait faillite et ne remboursent plus leurs dettes au point que la bulle financière qu’elles avaient contribué à créer risque d’exploser. Cela inquiète les milieux financiers aux USA : depuis le début de l’année, leurs valeurs boursières ont en moyenne baissé de 20%. De plus les déclarations incohérentes de Trump ne sont pas là pour les rassurer.   
Il y a comme un effet  « boule de neige » avec à l’origine cette épidémie de Coronavirus  La crise sanitaire provoque une crise pétrolière qui entraîne un risque fort de crise financière…

Cela expliquerait-il le caractère insolite de certains éléments de langage employés par le président Macron lors de son discours à la nation sur l’évolution de la pandémie…Nous avons ainsi entendu dans la bouche présidentielle des mots et expressions tout à fait insolites dans son répertoire habituel : « Solidarités »… « Faire nation »… « Nous devons tirer les leçons du moment que nous traversons »… « Interroger le modèle de développement dans lequel notre monde s’est engagé depuis des décennies »… « Notre monde dévoile ses failles au grand jour »… « Nous devons interroger les faiblesses de nos démocraties »… « La santé gratuite pour tous, sans conditions »… « L’État-providence n’est pas un coût ou des charges mais un bien précieux indispensable quand le destin frappe »… « Il y a des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché »… « Déléguer notre protection, notre alimentation, notre capacité à soigner à d’autres est une folie, nous devons en reprendre le contrôle »… Tout cela « Quoiqu’il en coûte ». En concluant « Ces prochaines semaines, prochains mois, je prendrai des décisions de rupture, je les assumerai »…

Macron a-t-il été marabouté ? Mélenchon, sors de ce corps ! Est-ce la fin du néolibéralisme ou encore une « embrouille de communication » comme il l’a déjà trop fait ?  
Étonnants revirements pour un président qui se targuait, il y a peu, face aux gilets jaunes : « Je garde le cap ». Nous avons vu encore récemment la manière dont a été traité le dossier des retraites… Et s’il a fait marche arrière sur la privatisation d’ADP, il semble que la raison était plus financière (marché défavorable) que politique…

Alors quoi ? Et si ce coronavirus « Covid-19 » était au contraire une merveilleuse occasion de planquer la réalité économique ?
Juste avant que la pandémie ne se déclare, le tableau économique mondial n’était pas du tout aussi brillant que la propagande de ceux qu’E. Todd appelle l’ « aristocratie stato-financière, (1), ne le laissait croire. Les signes avant coureurs d’une récession économique étaient déjà perçus par divers observateurs économiques, dont le très académique OCDE, qui signalait une croissance de l’économie réelle de plus en plus en peine, tandis qu’une monstrueuse bulle financière gonflait à toute vitesse !
Il est sûr que cette bulle va faire bientôt et très fortement « paf « . Cela d’autant plus que le Covid-19 en paralysant l’économie mondiale, accroit encore plus violemment et soudainement le décalage entre économie réelle et sphère financière.
Récession de la consommation, récession de la production industrielle, récession des transports, du tourisme, etc., vont occasionner au plan mondial des dizaines voire des centaines de milliards de pertes à l’économie réelle. Ceci sans parler des impacts financiers « collatéraux »: ces pertes entraînant la chute des cours en bourse, donc des moins values que les actionnaires voudront compenser en baissant le coût du travail, en utilisant les viellent recettes qui marchent toujours : fermetures d’usine, fusionnement d’entreprises, licenciement de personnels…

Et tout cela par la faute du Coronavirus !
Ah braves gens ! S’il n’y avait pas eu ce maudit virus, vous auriez assisté avec émerveillement aux performances de l’économie mondiale, conduite selon les principes sacrés et intangibles du néolibéralisme : subordination des états, exploitation cynique des « avantages comparatifs » + chaines de valeur + O stock + « Just in time »… On aurait oublié les slogans frelatés qui opposent croissance infinie et monde fini et tout le fatras idéologique sur l’anthropocène destructeur du vivant : c’est le virus qui a causé la crise et pas notre gouvernance !

Mais quand la crise sera passée et que le virus aura été vaincu par le courage, l’abnégation et la solidarité de tous, ce qui, n’en doutons pas, sera largement célébré par la caste stato-financière et ses affidés CPIS, relayés par les médias de formatage, assisterons-nous alors à une réelle remise en question par nos gouvernants des principes néolibéraux qui les ont agis jusqu’à présent ? Ou alors nous demanderont-ils au nom de cette solidarité, de cette nation retrouvée dans l’épreuve, de continuer encore un peu nos sacrifices pour redresser l’économie et surtout les banques mises à mal par la dévalorisation de leurs actifs pourris, non pas à causer  de leurs titres spéculatifs, mais à cause du méchant virus Covid-19 ?

Continuerons-nous dans le système économique d’avant qui n’aura pas changé malgré la pandémie, reviendrons-nous à l’austérité, aux budgets publics qui se resserrent et étranglent les services publics, reviendrons nous aux aberrants critères européens de Maastricht (déficit annuel  3% du PIB et endettement 60% du PIB) ? Nous aurons bientôt les réponses à ces interrogations, le temps d’un virus qui s’apaise.

Dans tous les cas : ne nous laissons plus faire !

Erkmann Lamb & Chatrian Rice, pour la rédaction du Clairon de l’Atax, le 18/03/2020

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Notes:
  1. servie par leurs exécutants de la petite bourgeoisie CPIS (cadres et professions intellectuelles supérieures)

Publié par La Rédaction du Clairon de l'Atax

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