En France le nucléaire a de l’avenir grâce aux radiateurs électriques

Je vais avoir un logement classé plus économe en énergie, mais payer plus cher ma facture de chauffage !

Dans les différentes éditions du Clairon (1), nous nous sommes attachés à décrire l’accumulation des handicaps qui pèsent sur la filière nucléaire française : endettement abyssal de l’industriel EDF, perte de savoir faire technologique des opérateurs de la filière et de leurs sous-traitants, problèmes de sûreté et de sécurité dans les centrales, traitement et stockage problématiques des déchets radioactifs, procédures non stabilisées de démolition des centrales déjà fermées.
Avec un tel bilan, au bout de plus de 50 ans de fonctionnement, on pourrait imaginer que le choix de nos gouvernants serait d’arrêter, dès que possible, cette filière industrielle fortement soutenue par l’État : il n’en est rien. Au contraire, E. Macron et son gouvernement réfléchissent à la construction de 6 nouveaux EPR, alors que celui de Flamanville connait une succession d’incidents et de malfaçons qui retardent une fois de plus à 2024 sa mise en service initialement prévue en 2012.
Le gouvernement fait le jeu du puissant lobby électronucléaire en prenant des arbitrages en sa faveur, au détriment de l’efficacité énergétique et de la réduction des impacts environnementaux.

Radiateur électrique, familièrement appelé « grille pain » (photo HR) 

 

Un tour de « passe passe » gouvernemental particulièrement sournois

L’équation était complexe : comment soutenir, voire développer, la production d’électricité nucléaire française, sans avoir l’air de changer sa politique environnementale, tout en diminuant les financements publics d’aides aux économies d’énergies et en augmentant la facture des consommateurs sans trop toucher aux tarifs !
On apprend à résoudre ce genre d’équations dans les écoles « supérieures » de commerce et à l’ENA : la solution trouvée par nos « élites » fut de changer les normes environnementales !

Un peu de technique et un peu d’histoire

Pour fournir 1kWh d’électricité au compteur d’un client, il faut une certaine quantité d’énergie. On appelle cette énergie « énergie primaire«  et l’énergie consommée au compteur « énergie finale« . Le rapport entre énergie primaire et énergie finale est appelé « coefficient de conversion« . Pour les énergies renouvelables ou le gaz qui existent dans la nature, ce coefficient est de 1, mais pour l’électricité nucléaire qui prédomine en France il est de 2,58 : il faut consommer 2,58 kWh d’énergie primaire pour apporter 1 kWh d’énergie finale au compteur.
Pour réduire la consommation d’énergie primaire il faut donc réduire la consommation finale.

Cette réduction de la consommation finale a été l’objectif des politiques d’économie d’énergie menées jusqu’à présent : on encourage l’isolation des bâtiments pour limiter les pertes d’énergie et on recourt à des modes de chauffage plus économes…

En 2012 la règlementation thermique française (RT 2012) a établi des normes de consommation qui éliminaient les radiateurs électriques dans les logements neufs, au profit des chaudières à gaz dans les logements collectifs et du chauffage au gaz ou des pompes à chaleur dans les logements individuels.
Le problème c’est qu’en éliminant les radiateurs électriques, donc en réduisant la consommation finale, on a réduit les recettes d’EDF, qui a bien besoin de cet argent…

Sous l’influence du lobby électronucléaire, le ministère de la Transition écologique a décidé de changer les normes avec pour prétexte de mieux assurer la réalisation de l’objectif de neutralité carbone pour 2050 .
A partir du 1er janvier 2021, la Règlementation Environnementale (sic) RE 2020 qui remplace la RT 2012,  abaisse arbitrairement le coefficient de conversion de l’électricité de 2,58 à 2,3 : l’électricité nucléaire produirait tout à coup une énergie finale qui aurait besoin de moins d’énergie initiale, ce qui rend à nouveau intéressants les radiateurs électriques !

Les bureaux d’études spécialisés dans les économies d’énergie s’arrachent les cheveux ; 1700 professionnels des économies d’énergies s’associent dans une lettre ouverte au ministre. Jusqu’ici tout le monde semblait d’accord sur les moyens nécessaires pour économiser l’énergie et lutter contre les gaz à effet de serre : on réduit la consommation électrique, on remplace l’électricité carbonée par de l’électricité renouvelable et on isole sérieusement les bâtiments existants, tandis que les nouveaux construits seront à énergie positive… Il y avait même un label E + C qui officialisait cela. Mais voilà, le diable est dans les détails ; il y a des gens du côté de chez EDF et consorts appointés, qui proclament que l’électricité nucléaire c’est de l’énergie décarbonée et que donc l’électricité nucléaire c’est l’avenir. Et puis, dans cette réforme, on ne touche pas aux mesures d’accompagnement de l’isolation des bâtiments, alors de quoi se plaint-on ? 

Les effets pervers de la modification du coefficient de conversion sont multiples.

Tout d’abord tous ces radiateurs électriques, familièrement appelés « grille pains », vont consommer plus d’électricité : ainsi une étude d’RTE, filiale d’EDF, montre une source de surconsommation en hiver, en cas de parc important de chauffages électriques : pour un degré de température extérieure en moins, ce sont 2400 mégawatts (MW) en plus qui seront consommés, soit l’équivalent de presque 3 centrales nucléaires ! « Miam, miam se dit EDF, toute cette électricité nucléaire qu’on va pouvoir vendre en plus ! »
Un autre effet sera le surclassement des performances énergétiques des logements : le diagnostic DPE de performance énergétique des logements sera mécaniquement revu à la hausse puisqu’il est fondé sur un coefficient de conversion qui a baissé !  Les logements chauffés à l’électricité vont voir leur DPE passer de C en B ou de E en D, etc.
Je vais avoir un logement classé plus économe en énergie, mais payer plus cher ma facture de chauffage !
Enfin, cerise sur le gâteau, les normes étant revues à la baisse, la rénovation énergétique coûtera moins cher et fera donc diminuer le  montant des subventions publiques !
C’est ça le progressisme macronien !

 Louise B. Velpeau pour le Clairon de l’Atax le 20/04/2020

 

Alors que faire ?

Se ranger derrière l’alerte lancée par Catherine Burger et s’insurger !

Pour en savoir plus :

Les articles des n° 589 & 591 du mensuel « Que Choisir »

Le site gouvernemental :
https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/re2020-nouvelle-etape-vers-future-reglementation-environnementale-des-batiments-neufs-plus

Lettre ouverte d’Enertech & Archipente sur la RE 2020 :
https://arpenormandie.org/lettre-ouverte-denertech-archipente-sur-la-re2020-que-reste-t-il-du-label-ec/

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Notes:
  1. voir le dossier « Chronique d’une catastrophe annoncée »

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