Epandage de pesticides par hélicoptère : communiqué de presse commun de la Confédération paysanne et des associations ECCLA et FNE

Le contexte général

Par décret du 27 décembre 2019 prenant effet le premier janvier 2020, le gouvernement a fixé des distances de sécurité entre les zones d’épandage de pesticides  et  zones habitées. (1). Ces distances pouvaient néanmoins être réduites au niveau départemental, sous réserve que les agriculteurs soient équipés de dispositifs anti-dérives et qu’une charte d’engagement négociée entre agriculteurs et riverains soit signée par le préfet.

Ces dispositions, difficiles à mettre en œuvre, tentaient de « ménager la chèvre et le chou » en limitant les dégâts politiques pour leurs promoteurs politiques. Les négociations des chartes n’ont pu se concrétiser en raison de la pandémie de la Covid-19.
Suite à la pression de certains syndicats agricoles, arguant de la nécessité de l’épandage de pesticides, le ministère de l’agriculture a accordé par circulaire du 3 février 2020 une dérogation autorisant jusqu’au 30 juin 2020 les agriculteurs à épandre des pesticides dont la «cancérogénicité, la mutagénicité et la reprotoxicité ne sont pas avérées » (sic) en réduisant les distances à 5 ou 3 mètres selon les cultures et sans concertation publique.

Le contexte particulier

Dans l’Aude et l’Hérault une pluviosité inhabituelle a exposé certaines vignes à un risque particulier de mildiou et d’oïdium, tout en rendant leur accès difficile en raison de zones inondées. Sous la pression de certains syndicats viticoles un arrêté ministériel du 5 mai 2020 a autorisé l’épandage par hélicoptère de « bouillie bordelaise » à base de cuivre jusqu’au 5 juin 2020.

Cette décision a eu pour effet d’alimenter la polémique opposant écologistes, organisations paysannes opposées à l’agro-industrie et syndicats défendant le modèle agro-industriel. Ces derniers ayant réagi de manière insultante et diffamatoire à l’encontre des organisations opposées à l’épandage par hélicoptère le Clairon de l’Atax publie en réponse un communiqué de presse commun à ces organisations diffamées.

La rédaction du Clairon

(Fac Simile)

Nous ne voulons pas la guerre,

mais un autre modèle agricole

Dans un communiqué du 4 juin, le Syndicat des Vignerons de l’Aude s’attaque violemment à l’association ECCLA, à la Confédération Paysanne et à FNE car elles s’étaient publiquement opposées au traitement des vignes par hélicoptère dans l’Aude et l’Hérault.

Selon le texte publié par ce syndicat, intitulé «  Comme en 40 : quand les écolos veulent la guerre » nous serions à l’origine du retard des décisions ministérielles autorisant l’usage de l’hélicoptère pour traiter la vigne. C’est nous prêter une influence que nous n’avons pas… mais c’est surtout l’occasion de nous traiter de « chèvres », de « lobby écolo-bo-bio », pour finir par déclarer que « les écolos nous la jouent régime de Vichy » voir mieux : « comme en 40 ! les collabos sont de retour, à la solde de la nazi-écologie »…

Une communication guerrière

Les sondages montrent que les Français sont très attachés à l’agriculture, mais ils sont tout aussi nombreux à souhaiter une agriculture à la fois productive et plus respectueuse de la nature et de la santé humaine. C’est ce pourquoi militent nos organisations depuis des années, et ce contre quoi se positionne publiquement le Syndicat des Vignerons de l’Aude dans son communiqué du 4 juin, avec une rhétorique guerrière, accumulant les procès d’intention, les caricatures et les insultes publiques.

La viticulture audoise mérite une autre publicité

Ni le retour des traitements par hélicoptère, ni la recherche de boucs émissaires, ni la violence verbale, n’aideront la viticulture à faire face aux pressions qu’elle subit. Au contraire, ces agissements de la part de certains de ses représentants ne font que donner une image déplorable de toute la profession. Certains viticulteurs montrent que d’autres voies sont possibles, et ils méritent le respect. Les associations agréées pour la protection de la nature ont, quant à elles, toute légitimité pour exprimer leurs craintes d’une énième régression environnementale.

Une stratégie qui questionne

Le lobbying forcené pour le retour des traitements par hélicoptère – qui « ne serait qu’un début » selon le syndicat – interroge sur ses priorités d’action face à la crise environnementale majeure que nous vivons. L’insulte faite à l’égard de toutes celles et ceux qui désirent un monde plus soucieux de la préservation de l’environnement, démontre quand à elle la légèreté avec laquelle les dirigeants de ce syndicat jouent avec l’image des appellations qu’ils sont censés défendre. La poursuite d’une telle stratégie risque de mener la viticulture audoise dans le mur, avec des impacts collatéraux sur l’économie locale, sur notre santé, et sur le vivant.

Nous, viticulteurs d’une autre sensibilité, citoyens soucieux de l’environnement, consommateurs, appelons non pas à la guerre, mais à un changement de ton et de priorités.

Linsulte de trop

Dans sa communication le Syndicat des Vignerons de l’Aude fait un parallèle entre les propos de Maryse Arditi incitant à la vigilance citoyenne, et le régime de Vichy, le nazisme et la collaboration pendant la seconde guerre mondiale. Or nous n’avons jamais appelé à la violence – encore moins à la solution finale – pour les tenants de la viticulture intensive, et il faut être aveugle pour confondre le droit à l’information des riverains, ou nos activités de lanceurs d’alerte, avec la collaboration sous le régime nazi.

Ce type de propos désignant nommément une personne qui, de notoriété publique, a vécu la chasse aux juifs pendant la guerre, et dont le père est mort en déportation, ne peut être accepté et doit être puni fermement. C’est pourquoi une plainte a été déposée afin qu’une enquête soit menée et que le ou les responsable(s) de ces propos soi(en)t identifié(s) et mis en examen.

Pour Simon Popy, président de FNE LR : « Qu’on nous donne des noms d’oiseaux, ça arrive et nous en avons vu d’autres. Mais là, il y a des propos qui dépassent gravement les limites de la polémique acceptable. . Je ne crois pas qu’on puisse grand chose pour l’auteur de ce torchon, en revanche, je souhaite dire aux viticulteurs de l’Aude que nous sommes nous aussi très inquiets des effets délétères du libéralisme mondialisé sur la viticulture, tout autant que sur l’environnement. Je ne crois pas, en revanche, que le retour des hélicoptères pour traiter les vignes soit la priorité qui mérite une telle mobilisation et une telle outrance. Si telle est la direction que vous souhaitez prendre, nous serons évidemment sur le chemin car cette direction est diamétralement opposée à nos aspirations, qui sont aussi celles majoritaires dans la société. Quoi qu’il en soit, dans ces temps incertains, il est important de garder son sang-froid dans la confrontation des idées, tout autant que de ne pas oublier ce qui nous rassemble. »

Pour Maryse Arditi, présidente d’ECCLA : « Ce communiqué montre que les auteurs ne connaissent pas les sujets qu’ils évoquent. Écrire que les écolos veulent délocaliser l’agriculture française en Amérique du Sud, c’est oublier que les écologistes ont été à l’avant garde de toutes les bagarres contre les accords de libre échange, que ce soit le MERCOSUR ou le CETA, aux côtés de nombreuses organisations agricoles, en particulier la Confédération Paysanne, mais pas toutes… il est vrai. »

Pour Mathieu Dauvergne, co porte-parole de la Confédération Paysanne de l’Aude : « Le brûlot irresponsable que diffuse le Syndicat des Vignerons de l’Aude est une lamentable illustration de l’effet de projection par ses auteurs de leurs propres turpitudes. Plus qu’une attaque de bas étage et une tentative d’exacerber les tensions dans notre profession en désignant opportunément des boucs émissaires, c’est une insulte aux vignerons de notre département, une atteinte á l’honneur et à la mémoire de nos aînés qui ont vécu les sombres années 40 et pour certains ont donné leur vie pour les surmonter. Les défis auxquels est confrontée la viticulture et les vignerons paysans de notre région sont d’une autre dimension que les polémiques indignes d’un syndicat qui se dit majoritaire et ne représente plus que les intérêts corporatistes d’une petite minorité inféodée à un modèle industriel obsolète. La Confédération Paysanne entend effectivement œuvrer à une réoriention stratégique pour un partage équitable de la valeur de nos vignobles. »

Contacts :

FNE Languedoc-Roussillon – Simon Popy : 06 12 96 73 63

Confédération Paysanne de l’Aude : 06 31 34 84 59

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Notes:
  1. Ces distances sont de 10 m pour les cultures hautes > 50 cm et 5 m pour les plus basses et de 2 m pour les produits les + dangereux
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Publié par La Rédaction du Clairon de l'Atax

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