Après le Tour de France et grâce au nucléaire la France n’arrête pas de pédaler !

Chronique d’un désastre annoncé (suite)

Pédaleurs-Image par skeeze de Pixabay

« Si je devais utiliser une image pour décrire notre situation, ce serait celle d’un cycliste qui, pour ne pas tomber, ne doit pas s’arrêter de pédaler. »

Jean Bernard Levy, PDG d’EDF, audition sur le nucléaire à l’Assemblée Nationale, le 7 juin 2018

 

Quand deviendrons-nous raisonnables ?

Dans notre édition précédente, nous annoncions que le gouvernement avait commandé à EDF un plan pour la construction de 6 nouveaux réacteurs de type EPR (1). A l’heure actuelle rien dans le fonctionnement de la filière nucléaire française ne semble justifier une telle décision, les dysfonctionnements techniques et les retards ne sont pas réglés, les incidents se poursuivent, les problèmes financiers ne sont pas résolus.
Partout dans le monde, la construction de nouvelles centrales nucléaires se ralentit. Et de nombreux projets sont abandonnés. Chez nos voisins anglais, EDF est engagée dans la construction des 2 EPR d’Hinckley Point C en partenariat avec l‘entreprise chinoise CGN (2). Il s’avère que c’est actuellement le seul projet mis en chantier par le Royaume-Uni, alors qu’au départ il y en avait 6. Ainsi les constructeurs japonais du nucléaire ont jeté l’éponge et ont abandonné : pour Hitachi 2 projets de centrales au pays de Galles et dans l’ouest de l’Angleterre (Wylfa et Oldbury)  ; pour Toshiba un projet avec Engie dans le nord de l’Angleterre. Il reste actuellement 2 autres projets de centrales, menés respectivement par EDF et le Chinois CGN, mais ils se heurtent à des problèmes de financement alors que le coût du nucléaire est devenu prohibitif selon les experts britanniques. Ce qui n’est pas bon pour nos voisins le serait-il pour nous ?

Le nucléaire champion écologique ?

Des fuites de gaz à effet de serre plus puissant que le CO² « autorisées » !

Selon les lobbies pro-nucléaires la France disposerait, grâce à ses centrales nucléaires, d’une source fiable et régulière d’énergie décarbonée qui ferait de nous un exemple en matière de réduction de production de gaz à effet de serre. Pour autant, les centrales nucléaire ne lâchent pas que de la vapeur d’eau pas dans l’atmosphère.
C’est ainsi qu’on peut découvrir dans une « Déclaration d’un événement significatif environnement » émise par EDF le  3 aout 2020 que le quota maximum de fuites de gaz SF 6 autorisé (sic) avait été dépassé. Le SF 6 (Hexafluorure de souffre) est un gaz isolant électrique. Chaque centrale est censée respecter un « quota de fuites autorisées » pour ce gaz, mais il existe de même d’autres quotas pour des fluides à fonction réfrigérante.
Les 100 kg maximum / an de fuites autorisées représentent 2.300.000 kg de CO² : il s’agit donc d’un gaz infiniment plus polluant que le gaz carbonique ! Pour Flamanville ce dépassement était de 2 kg soit 50.000 kg de CO² : il reste encore 4 mois d’activité jusqu’à la fin de l’année…
Ces fuites gaz viennent s’ajouter ici et là aux fuites de liquides divers, plus ou moins radioactifs qui contaminent le milieu aquatique environnant…

Le milieu aquatique impacté par le fonctionnement des centrales

Banc de poissons (Image par Jeanne M de Pixabay)

Les pollutions par les centrales nucléaires de rivières et nappes phréatiques dues à des déversements d’effluents divers sont bien connues. De même l’augmentation de la température des cours d’eau suite au rejet des eaux de refroidissement des réacteurs a eu, dans certain cas un impact, sur le milieu aquatique. Ce qui est moins connu du public ce sont les dégâts causés par les dispositifs d’aspiration des eaux.
Des centaines de tonnes de poissons et d’organismes divers sont piégés par les systèmes d’aspiration des centrales, dont certaines espèces considérées en danger critique de disparition.
Ainsi la centrale du Blayais, située dans l’estuaire de la Gironde, qui aspire chaque seconde 160 m3 d’eau piègerait, selon les propres chiffres d’EDF, 540 tonnes d’organismes dont environ 270 tonnes de poisson  / an, parmi lesquels des variétés d’aloses en voie de disparition. Selon d’anciennes mesures faites en 1981/1982 la centrale de Gravelines (Nord) qui dispose de 6 réacteurs, piègerait plus de 800 tonnes d’organismes (méduses et poissons divers / an / réacteur. A Paluel, une centrale à 4 réacteurs, on estime le piégeage à 190 tonnes / an / réacteur. A Penly, 2 réacteurs, il s’agit selon l’IFREMER de 189 tonnes /réacteur / an, essentiellement des poissons.
Contrairement à d’autres pays « nucléaires » dont les États Unis, des dispositifs permettant de réduire le piégeage des animaux ont été rendus obligatoires : ce n’est pas le cas en France où n’existe aucune obligation de réduction y compris pour le futur EPR de Flamanville, alors qu’il a été exigé par la Grande Bretagne pour celui d’Hinkley Point.

La France, avec son industrie nucléaire, est loin d’être un champion de l’environnement et elle ne semble pas prête à y parvenir prochainement. Ainsi l’ONG « Sortir du Nucléaire » vient de déposer une plainte contre EDF en raison d’infractions commises à la règlementation environnementale à la centrale de Flamanville. (3)     36 infractions ont été constatées dans cette centrale mise en service en 1986/1987.

Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 19/09/2020

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Notes:
  1. https://le-clairon-nouveau.fr/wordpress/blog/2020/07/23/lavenir-problematique-de-la-filiere-nucleaire/
  2. coût estimé 25 milliards € avec un montage financier débouchant sur un coût aberrant de l’électricité produite
  3. Plainte Sortir du Nucléaire : https://www.sortirdunucleaire.org/Flamanville-avalanche-infractions-environnement
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