Sureté nucléaire : un imprévu ? !

Qu’est-il prévu actuellement pour faire face au risque sismique dans les centrales nucléaires ?

Chronique d’une catastrophe annoncée (suite)

Séisme Image par Tumisu de Pixabay

 

Un tremblement de terre c’est produit le 11 novembre 2019 dans la vallée du Rhône. Son épicentre était distant de 15 km de la centrale nucléaire de Cruas et de 25 km de celle du Tricastin. Une faille réputée inactive depuis 20 millions d’années s’est réveillée. Les dégâts ont été très importants dans la commune ardéchoise du Teil et dans ses environs (1). La centrale du Cruas a été arrêtée une quinzaine de jours pour des contrôles, suite à ce séisme.
Après avoir étudié les caractéristiques de ce sinistre, l’IRSN à publié le 12 novembre dernier une note sur les conséquences de cet évènement, assortie de propositions pour améliorer la prise en compte des aléas sismiques par les installations nucléaires.

Qu’est-il prévu actuellement pour faire face au risque sismique dans les centrales nucléaires ? 

A la suite de l’accident nucléaire de Fukushima, les installations françaises ont été renforcées. Pour déterminer la nature et le dimensionnement des équipements, des études sont réalisées pour connaitre les antécédents sismiques du territoire d’implantation. On calcule quel pourrait être le séisme le plus fort prévisible sur ce territoire. Pour ce faire on cherche, à partir de tous les documents historiques disponibles, relatifs aux 1000 dernières années, un « séisme maximal historiquement vraisemblable » ; on y ajoute une marge de sécurité pour déterminer un « séisme majoré de sécurité » (2). Depuis Fukushima on multiplie le « séisme majoré de sécurité » par 1,5 pour obtenir la magnitude théorique d’un « séisme de noyau dur« , lequel servira à calculer la résistance des matériaux et équipements de la centrale exposée au risque sismique.

Cette succession de calculs à partir d’un évènement « historique » aux caractéristiques souvent mal connues et imprécises ne présente que de faibles garanties, quant à la sûreté des installations nucléaires.
De nombreux experts soulignent que prendre la seule mesure de l’échelle de Richter comme base de calcul s’avère insuffisant, d’autres paramètres s’avèrent déterminants dans la propagation de l’onde sismique comme  la profondeur de l’épicentre et la nature des sols traversés, etc.

La note des experts de l’IRSN souligne le caractère atypique du séisme du Teil. Les données collectées par l’IRSN, le CNRS et l’IRD montrent que :

  • La profondeur de l’épicentre est tout à fait inhabituelle (1km au lieu de 5 en moyenne)
  • La faille de La Rouvière était considérée comme inactive depuis 20 millions d’années
  • Le séisme a produit des ruptures de surface, inhabituelles pour ce niveau de magnitude. Celles-ci se produisant habituellement à des magnitudes beaucoup plus élevées

L’étude du risque sismique, sur la base d’archives relatives à une période de 1000 ans, s’avère donc insuffisante. C’est pourquoi l’IRSN propose d’étendre les études à des failles qui ont été, jusqu’à présent, considérées comme inactives du fait de l’absence de témoignages historiques, mais désormais définies comme : « susceptibles de générer des séismes caractérisés par de très longues périodes de retour ».

Il s’agit donc de faire appel à des techniques permettant de mieux connaitre le sous-sol des zones à risque (forages, creusement de tranchées, sondages géophysiques, etc.).

Rupture en surface Image par Kiwi_Lisa de Pixabay

Parmi les phénomènes considérés jusqu’à présent comme rares, car mal connus, l’IRSN préconise d’intégrer la possibilité de ruptures de surface dans le calcul du risque d’un aléa sismique. Si cette évènement est rare dans les périodes historiques récentes, l’étude des traces laissées dans les dépôts géologiques récents par d’anciens forts séismes (paleosismologie), montre que ces phénomènes ont été relativement fréquents dans un passé géologique récent.

Pour le moment le risque de rupture de surface n’est pas assez pris en compte en France, alors que, selon l’IRSN, il « présente une menace pour les réseaux (transports, gaz, eau, énergie), infrastructures (barrages, digues), et installations à risque ». En conséquence, l’IRSN souhaite que les études sismiques, relatives à des territoires concernés par des failles étendues, intègrent l’évaluation de la probabilité de ruptures de surface.

La conclusion d’une étude publiée en aout 2020 par la revue « Communications Earth & Environment« , portant sur le séisme du Teil et particulièrement sur les raisons de son impact inhabituel sur l’environnement, insiste sur la nécessité de réévaluer à nouveau en France le risque sismique pour des milliers de failles jusque-là considérées, peut-être à tort, comme inactives sur le territoire.

Curly Max Toole pour le Clairon de l’Atax le 18/11/2020

 

 

PS : tandis que la sureté des installations nucléaires est à nouveau remise en question, le coût de la filière nucléaire est lui aussi revu à la hausse : fin octobre, l’électricien nucléaire EDF à revu à la hausse ses prévision de coût du « grand carénage » qui vise à prolonger la vie des réacteurs nucléaires au-delà des 40 ans prévus en améliorant la sûreté des installations. Le coût estimé en 2018 à 48,2  milliards €, passe désormais à 49,4 milliards €.

 

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Notes:
  1. 825 logements endommagés dont 200 inhabitables
  2. Pour le séisme du Teil, le « séisme maximal historiquement vraisemblable » date de 1873 et est estimé à 4,7 sur l’échelle de Richter : « le séisme majoré de sécurité » à été fixé à une magnitude de 5,2

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