Démantèlement d’EDF : le plan « Hercule » est mort ? Non, c’est juste qu’il ne s’appelle plus comme ça.

Le projet de découpage d’EDF n’apporte aucune solution à la situation de l’entreprise mais risque, au contraire de l’empirer.

Chronique d’une catastrophe annoncée (suite)

« Si je devais utiliser une image pour décrire notre situation, ce serait celle d’un cycliste qui, pour ne pas tomber, ne doit pas s’arrêter de pédaler. »

                          Jean Bernard Levy, PDG d’EDF, audition sur le nucléaire à l’Assemblée Nationale, le 7 /06/2018

 

Électricien nucléaire cherche investisseurs : images André Costargent et Tumisu de Pixabay

Dans notre édition de février 2021 nous avions mentionné le projet d’EDF et du gouvernement intitulé  « Hercule » (1),   qui visait à découper l’électricien nucléaire français en 3 entités. Si le mot Hercule a disparu, il semble que le projet de découpage reste plus que jamais d’actualité, alors qu’on assiste à une recrudescence de l’activité du gouvernement et particulièrement du ministre des finances Bruno Le Maire. Il est vrai que la Commission européenne augmente sa pression pour une mise en conformité d’EDF avec la règlementation européenne, tandis que les syndicats d’EDF, inquiétés par l’opacité du dossie, et par les contradictions des informations officielles,  se mobilisent…

Le découpage d’EDF en 3 parties serait maintenu :
Une structure abriterait les activités nucléaires qui seraient totalement nationalisées, les activités hydrauliques seraient logées dans une sorte de régie publique, tandis que la distribution d’électricité (Enedis) et le développement des ENR seraient partiellement privatisés. Mais le flou et peut être le diable se cachent dans les détails de ce dossier qui reste opaque, tandis qu’émergent de temps en temps de la part du gouvernement ou d’EDF des informations contradictoires ou non confirmées.

Ainsi sous la pression des syndicats d’EDF, qui en faisaient la demande depuis plusieurs mois, le ministre des finances Bruno Le Maire et la ministre de la transition écologique Barbara Pompili, accompagnés du PDG d’EDF Jean Bernard Levy, ont organisé une réunion le 6 avril dernier. Bruno Lemaire y a exposé quelques aspects de la stratégie du gouvernement : ainsi l’Etat débourserait une dizaine de milliards pour racheter les 16,5% du capital d’EDF côté en bourse, ce qui le laisserait seul maître à bord pour réorganiser l’entreprise.
Autre garantie avancée par le ministre aux syndicats : la partie -distribution énergies renouvelables- pourrait être protégée par une disposition législative limitant à 25 % la part du privé dans le capital de cette nouvelle structure.
Ces dispositions avancées par le ministre n’ont cependant pas été confirmées par son propre ministère, par contre son annonce sur le rachat des actions d’EDF a provoqué, dès le lendemain, une augmentation de 10,47 % de leur cours en bourse. Étonnante manœuvre de Bruno Le Maire qui risque de renchérir le coût d’un éventuel rachat de ces actions par l’État !!

Ces assurances du ministre Le Maire ne semblent pas avoir convaincu les syndicats, notamment en ce qui concerne  les activités rentables logées dans la 3ème structure : elles seraient susceptibles d’attirer la convoitise des investisseurs privés qui sauront faire pression sur le gouvernement pour qu’il leur en ouvre plus largement le capital.

Du côté de la Commission européenne la situation n’est pas plus claire. Pour sortir de la situation financière catastrophique d’EDF, le ministre Le Maire et le PDG d’EDF  Levy souhaitent augmenter le tarif de l’électricité nucléaire historique (Arenh), mais à Bruxelles la Commission de la concurrence n’accepterait cette augmentation que si la France offrait ces tarifs privilégies, jusque là réservés aux seuls fournisseurs et industries électro-intensives intervenant en France, à tous les concurrents européens d’EDF. Mais une telle issue diminuerait non seulement la compétitivité industrielle de la France, mais en plus doperait sa concurrence tout en privant EDF des ressources nécessaires au traitement de la situation catastrophique de son activité nucléaire.

Pour beaucoup d’experts l’augmentation du tarif de l’Arenh n’est ni la raison des problèmes rencontrés par EDF, ni le moyen de leur solution. Ainsi selon Philippe Huet ancien dirigeant d’EDF, responsable de l’Audit et des risques du groupe (limogé par son PDG Jean Bernard Levy) : « … contrairement à ce que raconte le PDG d’EDF, ce n’est pas l’Arenh le problème de l’entreprise et de son endettement. La raison principale des difficultés du groupe, ce sont ses acquisitions, ses errements financiers et stratégiques dans le nucléaire, l’EPR. Cela fait plus de cinq ans qu’on sait qu’on va à la catastrophe ». Selon lui il y aurait plus de 30 milliards d’actifs improductifs au bilan d’EDF (> 8 milliards liées à la surcote des actifs British Energy rachetés par EDF + les dérapages des coûts de l’EPR de Flamanville + la reprise de certains actifs d’Areva (EPR Finlandais) + les surcouts prévisibles pour les EPR d’Hinckley Point). Selon lui tous ces déficits  continuent d’être cachés.
Il faut leur ajouter les coûts pharamineux liées à l’entretien du parc nucléaire et du grand carénage qui en prolonge la vie, sans compter celui de la construction des 6 nouveaux EPR projetés par Macron et son gouvernement. Pour Philippe Huet le projet de découpage d’EDF n’apporte aucune solution à la situation de l’entreprise mais risque, au contraire de l’empirer.

L’opacité du dossier de présentation du démantèlement d’EDF, la communication floue et parfois contradictoire du gouvernement, contrastent avec l’empressement que semble avoir ce dernier à le faire passer son projet rapidement et en force. Pour le moment le résultat de cette étrange conduite est de renforcer la méfiance, tant des syndicats de l’entreprise que de l’opposition politique. Y aurait-il un dessous des cartes, un jeu politique servant des intérêts cachés ?
En réponse, le gouvernement proteste de son souci maintenir EDF dans son rôle, mais argumente que cette perspective est remise en question suite aux contraintes de la règlementation européenne et de la situation financière de l’entreprise et que cela implique sa partition selon les 3 entités distinctes définies dans son projet….

 

Et pendant se temps là sur le chantier de l’EPR de Flamanville

La réparation des 3 nouvelles soudures défectueuses sur le chantier de l’EPR n’a pas encore trouvé de solution. Selon  le président de l’ASN Bernard Doroszczuk, audité récemment par le Sénat une décision quant au mode de réparation devrait être prise par l’ASN cet été. Pour le moment l’ASN étudie le dossier : « Il faut trouver une solution pour renforcer le piquage ou refaire la soudure. Nous sommes en discussion sur ce point. La stratégie de traitement n’est pas déterminée et plusieurs hypothèses sont sur la table. Nous prendrons position cet été »

La mise ne service de l’EPR prévue au début 2022, compte tenu des réparations des 50 soudures défectueuses du circuit secondaire, précédemment repérées, risque d’être retardée par ces nouvelles réparations.

Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 20/04/2021

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Notes:
  1. https://le-clairon-nouveau.fr/wordpress/blog/2021/02/23/vers-un-demantelement-dedf/

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