
Une étude menée sur l’ensemble du territoire métropolitain par des chercheurs de l’INRAE et deux écotoxicologues de l’Université de Bordeaux, a relevé la présence de pesticides dans la quasi-totalité des échantillons de sols prélevés. De plus certaines substances, semblent perdurer dans les sols alors qu’en théorie elles devaient se dégrader.
Éprouvettes (Image par Dyah Kusumaningrum de Pixabay)
Des pesticides qui tardent à disparaître
C’est le constat qui ressort de cette étude, lancée en 2018 à la demande de l’ANSES. Un temps de dégradation théorique (DT) avait été attribué aux pesticides à la suite d’évaluations scientifiques et cette étude est la première réalisée à l’échelle du territoire métropolitain qui montre que les pesticides répandus perdurent bien plus longtemps que les délais estimés.
Les sols de 47 sites ont fait l’objet de prélèvements de 0 à 20 cm de profondeur. Il s’agit de parcelles cultivées mais aussi de terrains réputés non traités (friches, prairies, forêts). Les concentrations relevées dans les échantillons de plus d’une centaine de substances recherchées ont été comparées aux DT calculées à partir des renseignements fournis par les agriculteurs sur la nature des pesticides utilisés, leur date d’application, les doses utilisées.
46 des 47 sites étudiés contenaient des traces de pesticides, le seul terrain épargné était une prairie sans intervention humaine depuis 1965.
Des pesticides ont été détectés dans des sols réputés non traités (sols sous forêts, prairies permanentes, friches, terrains en agriculture bio) révélant des contaminations par le voisinage de cultures traitées. Les concentrations en pesticides de ces sols restent cependant plus faibles que pour les sites ayant été l’objet de grandes cultures.
Parmi les produits rémanents (1) découverts, on trouve en tête dans 83% des cas de l’Ampa (2) issu de la dégradation du glyphosate, associé dans 72% des cas à du glyphosate non dégradé. Dans 40% des cas ce sont des fongicides.
Cette étude a fait apparaître une persistance inattendue des pesticides détectés. Celle-ci va bien au-delà du temps de dégradation théorique (DT) et leurs concentrations sont supérieures à celles qui étaient pressenties, au point que de nombreux pesticides étaient encore présents dans des échantillons analysés, alors qu’ils auraient dû disparaitre depuis des années.
Les auteurs de l’étude mettent aussi en évidence le risque majeur encouru par les vers de terre, agents incontournables de la fertilisation des sols, en raison de la rémanence des insecticides et des fongicides, même lorsque ces produits se trouvent dans les sols à une concentration moindre que les herbicides. Ils font remarquer que la persistance d’autant de substances créé un danger de « bioaccumulation », susceptible de générer des effets cocktails néfastes à de nombreuses espèces vivantes contenues dans les sols…
vers de terre (Image par Natfot de Pixabay)
Louise B. Velpeau pour le Clairon de l’Atax le 03/06/2023
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