Le Maire de Cuxac d’Aude rencontre les facteurs en grève

Dans le canton de Coursan comme dans le reste de la France, le service public de La Poste est mal en point

La situation des facteurs ne cesse de se dégrader, tandis que de nombreux usagers de la poste constatent que ce service public ne fonctionne pas au mieux dans le canton de Coursan.
La gravité de la situation a entraîné quasi spontanément une action intersyndicale de grève. Les syndicats ont souhaité rencontrer les élus du Coursanais afin de les informer de la situation. Une première rencontre a eu lieu avec Edouard Rocher, maire de Coursan, qui a assuré de son soutien les facteurs en grève. Jeudi 12 octobre, Gregory Delfour, maire de Cuxac d’Aude, s’est rendu auprès du piquet de grève devant la plate forme postale de Bonne Source à Narbonne afin de s’informer à son tour de la situation.

Gregory Delfour maire de Cuxac d’Aude avec les responsables syndicaux (Photo HR)

Un signal d’alarme sur la dégradation de la qualité du travail et de la qualité du service
Celui-ci repose sur 5 missions de service public : la distribution du courrier 6 jours sur 7, péréquation tarifaire (les gens payent tous le même prix sur tout le territoire de la République), la distribution de la presse, le maillage du territoire (implantions locales), la garantie d’un service public de qualité à tous les Français (par exemple visites à personnes âgées et fragiles, livraison de médicaments, portage de repas, etc.)

Les syndicats dénoncent une distribution du courrier en souffrance.
Elle est due à une réorganisation continuelle des tournées, lesquelles deviennent de plus en plus ingérables, car il y a moins de facteurs, pour des circuits de desserte de plus en plus étendus, alors qu’en même temps une augmentation des tâches est assignée aux facteurs. Il s’agit notamment de tâches commerciales, engendrées par les services publics (mais payants) à la personne.
La gravité de la situation est telle, qu’elle a entraîné quasi spontanément une action de grève de tous les syndicats « On est en intersyndicale car les collègues n’y arrivent plus » déclare un responsable. «  C’est des arrêts maladie en permanence, pour des “burn out” de plus en plus nombreux » (*)

Un métier mal considéré
Les salaires des facteurs restent très bas, tandis que des primes sur objectifs leur sont promises pour qu’ils assurent et vendent des services commerciaux à la personne.  Mais ces primes constituent souvent un leurre car les objectifs sont difficiles voire impossibles à atteindre, compte tenu de l’ampleur des tâches demandées. Les grévistes revendiquent un salaire digne : « On veut des salaires dignes, on veut pouvoir vivre de notre travail », « Au jour d’aujourd’hui, moi j’ai 20 ans de boite et je touche 1400 euros nets », « Les jeunes, quand il s arrivent des boites d’intérim et qu’ils voient les salaires, ils s’en vont en courant, ils ne restent pas. Aujourd’hui La Poste n’arrive même plus à recruter des intérimaires… ».

Au prétexte que le volume du courrier a baissé, on entasse sur les épaules des facteurs de nouvelles missions commerciales, qui débordent de leur temps de travail
Pour un des responsables syndicaux présents, La Poste s’est servie sans vergogne de l’image sympathique du facteur d’autrefois qui exerçait de fait et gratuitement une sorte de « veille sociale »,  pour développer aujourd’hui des activités commerciales de service à la personne.
S’il est vrai que la distribution du courrier a diminué ; selon un syndicaliste « On est passé de 18 milliard de plis au pic de cette fonction, à 6 milliards actuellement », ce qui est contesté c’est qu’après une diminution du nombre de facteurs liée à la baisse du courrier  (100.000 emplois en moins en 10 ans...), on n’a pas réembauché pour faire face aux nouvelles missions commerciales de La Poste. « Je n’ai rien contre les nouvelles activités de la poste, sauf qu’elles sont à moyens constants ». 
Les syndicats mettent en cause le management actuel et notamment sa gestion des ressources humaines, basée sur un « Plan de production à 4 mois » où c’est en fonction du trafic qu’on ajuste les moyens humains, c’est à dire qu’on ajoute ou supprime des tournées et des facteurs.  Ce plan leur paraît tout à fait irréaliste. «  Les collègues constatent que même en y mettant la meilleure volonté du monde, même en s’abimant physiquement, en essayant d’ aller le plus vite possible, ils n’y arrivent pas ». « Comme les titulaires s’épuisent, on les remplace par des intérimaires non formés ce qui rajoute des problèmes.»
Les facteurs sont exposés à une pression permanente par les méthodes de management où « on nous culpabilise quand on y arrive pas » et où « on privilégie le financier qui prime sur l’humain : rentabilité… », « Hier encore une factrice pleurait, elle n’en pouvait plus et 3 collègues en CDI ont donné récemment leur démission».

Certains salariés n’hésitent pas à faire le rapprochement de la situation actuelle avec celle créée par le management brutal lors de la restructuration de France Télécom (2008/2009) qui avait entraîné de nombreux problèmes psychosociaux  au sein du personnel et une grave crise morale et sociale dans cette entreprise.

L’intersyndicale a contacté les maires du Coursannais afin de les inviter à une table ronde pour débattre ensemble des problèmes et perspectives du Service Postal sur le canton.

 

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 12/10/2023

(*) verbatim

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