Les situations de guerre s’accompagnent toujours de tentatives de conquête de l’opinion. Pour ce faire, la propagande diffusée par les parties qui s’affrontent fait appel aux affects autant qu’à la raison. Les techniques d’information et de communication actuelles, employées par les gouvernements et les grands médias de formatage, alimentent plus que jamais la confusion au sein de l’opinion entre les faits et leur interprétation. De plus, lorsque les faits ne sont pas assez « parlants », ces techniques permettent d’en créer d’autres « plus vrais que nature ». Les fausses informations (fake news) en rajoutent à la désorientation de l’opinion et la bataille de l’opinion pèse lourd dans l’issue des conflits.
C’est pour tenter d’y voir un peu plus clair dans la confusion d’informations, d’interprétations et de déclarations qui accompagnent actuellement la guerre entre Israël et le Hamas à Gaza, épisode actuel d’un conflit israélo-palestinien jamais résolu, que le Clairon publie le présent texte réalisé par le groupe d’action Narbonne Union Populaire, Narbonne Insoumise. Ce texte nous semble avoir le souci de présenter l’histoire du conflit israélo-palestinien à partir de faits établis et reconnus par des travaux d’universitaires et d’historiens de tous bords.
La rédaction du Clairon
L’histoire de la Palestine n’a pas commencé le 7 octobre 2023
En bleu la Palestine dans le Moyen orient (Image par Open ClipartVectors de Pixabay)
La Palestine de la période arabe à la domination turque
Au 6ème siècle la Palestine est majoritairement peuplée par des chrétiens et une forte minorité juive. En 638 le Sultan Omar conquiert la Palestine. Jérusalem est considérée comme un lieu saint dans la tradition arabe. Pendant toute la période arabe, musulmans, chrétiens et Juifs cohabitent en paix. Progressivement, la population de la Palestine devient majoritairement arabe.
Dès le début du 16ème siècle, la Palestine de peuplement arabe, fait partie de l’Empire Ottoman (Turc). C’est à partir de la fin du 19ème siècle que naissent les premières colonies sionistes en Palestine. En 1882, il y a moins de 25.000 juifs, répartis entre les séfarades (juifs orientaux) et quelques immigrants ashkénazes de pays européens ou de Russie.
1881 : la première vague d’immigration juive se déclenche
Suite à l’assassinat du Tsar Alexandre II, la rumeur désigne la population juive comme responsable. En Russie et dans l’Europe de l’est, on se livre à des massacres de juifs et au pillage de leurs biens. On parle de « pogroms » : ce mot russe signifie « pillage, destruction ». Les pogroms bénéficient souvent de l’inertie, voire de l’approbation des autorités. Alors que 3,3 millions de personnes, des juifs de Russie, de Roumanie et du Yémen fuient les pogroms. 84% s’installent aux États Unis et une petite minorité en Palestine où ils achètent des terres. En Europe des collectes sont organisées pour acheter des terres. Celles–ci sont généralement vendues par de grands propriétaires terriens arabes ou turcs.
C’est à cette époque que nait le sionisme qui s’appuie sur le mythe d’un « peuple juif » et qui prêche « le retour des juifs en Palestine » avec pour fable mensongère « une terre sans peuple pour un peuple sans terre » afin d’y fonder un État théocratique, sans tenir compte du peuplement arabe existant.
A partir de 1882, la dynastie Rothschild, se met à acheter des terres en Palestine et devient l’un des soutiens financiers majeurs du sionisme. En 1899 il transféra 25.000 hectares de terres agricoles palestiniennes, ainsi que les colonies qui s’y étaient établies, à la « Jewish Colonization Association« .
Le sionisme se théorise et s’organise
Entre 1881 et 1897 ; différents mouvements reprennent le projet d’installation du peuple juif dans son « berceau historique”. Leur projet s’affine et se théorise, grâce notamment aux écrits de l’austro-hongrois Théodor Hertzl. C’est sous son égide que se tient en 1897 le premier Congrès sioniste à Bâle. Ce congrès élabore le « Programme de Bâle » qui définit les objectifs du sionisme : « Le sionisme vise à établir pour le Peuple juif une patrie reconnue publiquement et légalement en Palestine ».
En Palestine la population juive reste minoritaire à la fin du 19ème siècle : en 1882 moins de 25.000 juifs sont recensés sur une population totale de 470.000 habitants, Mais la population s’accroit rapidement jusqu’en 1914 où l’on dénombre plus de 700 000 habitants, dont 570 000 Arabes musulmans, 75 000 Arabes chrétiens et 60 000 Juifs.
La Palestine change de main
L’Empire ottoman qui règne sur la Palestine, s’est engagé dans la première guerre mondiale aux côtés de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie. Dès 1915 le Royaume-Uni, la France et la Russie planifient en secret le partage du Moyen-Orient. En 1916 l’accord Sykes-Picot dessine une nouvelle carte du Moyen-Orient où Jérusalem et environs sont déclarés zone internationale en raison de la présence des « lieux saints ». En 1917, alors que le déclin de l’Empire Ottoman se confirme, des tribus arabes se révoltent pour libérer toute la péninsule arabique de son emprise. Le ministre des affaires étrangères britannique promet aux sionistes, pour des raisons stratégiques, la création d’un « foyer national juif », à condition de respecter les populations autochtones (déclaration Balfour).
En 1918 les Britanniques, aidés des tribus arabes révoltées, chassent définitivement les Ottomans hors de Palestine. Le Royaume-Uni règne alors « de facto » sur le territoire, mais c’est en 1920 que la Société des Nations propose de lui confier un mandat provisoire de gouvernement, lequel deviendra définitif en 1923, pour une période de 25 ans.
Mais ce mandat va à l’encontre du souhait de la population arabe qui s’est prononcée à une large majorité, lors d’une consultation publique dont il ne fut pas tenu compte, pour un rattachement de la Palestine au royaume arabe de Syrie.
L’installation des forces sionistes en Palestine
Dès 1920 la volonté contrariée de la population arabe de Palestine va donner lieu à des manifestations violentes et à des émeutes entre juifs et arabes. Bien que divisé, le mouvement arabe se radicalise : il refuse de coopérer avec les britanniques, rejette l’idée d’une Palestine transformée en « foyer national juif » et exige la fin de l’immigration juive et du rachat des terres. Mais l’immigration se poursuit et se renforce en 1924 avec l’arrivée d’une 3ème vague de Juifs polonais.
Création de la Haganah
C’est dans cette ambiance de tensions et de violences croissantes que les sionistes créent en 1920 une unité d’auto-défense et de renseignement : la Haganah (défense en hébreu). La doctrine affichée de la Haganah est d’utiliser la force armée seulement contre les attaquants arabes. Mais si la Haganah réussit relativement bien à protéger les populations juives ; elle ne s’avère pas capable de faire cesser les violences.
Création de l’Irgoun
Au sein de la Haganah se constitue alors un courant qui revendique des actions plus radicales. Il s’agit de frapper en représailles les populations censées soutenir les combattants arabes. En 1931 ce courant quitte la Haganah et créé l’Irgoun.
La montée en puissance des forces sionistes
Malgré cela, les émeutes arabes se multiplient : la révolte va durer de 1936 à 1939. La Haganah coopère avec les Britanniques en matière de police et de renseignement, tout en organisant l’immigration clandestine des juifs (qui s’amplifie à partir de 1933 avec l’arrivée au pouvoir d’Hitler), tandis que l’Irgoun commet des actions terroristes contre la population arabe, mais aussi contre le mandataire britannique. En 1936, devant l’inaction des Britanniques, considérés désormais comme des occupants, toute la Palestine est paralysée par la grève générale insurrectionnelle. Les Britanniques s’appuient alors sur la Haganah et lui fournissent des armes pour lutter contre les milices palestiniennes. Une répression féroce est menée contre la population arabe et la révolte est finalement jugulée. En 1939, il y a 1,07 million d’Arabes et 460 000 Juifs en Palestine.
Pendant la seconde guerre mondiale, la coopération des organisations sionistes de Palestine avec le Royaume-Uni, contribue à renforcer les moyens militaires des sionistes.
C’est avec des moyens renforcés, que l’Irgoun décide en 1944 de se retourner contre les Britanniques, et de relancer des actions terroristes. De nombreux militaires et des policiers britanniques sont assassinés. Le 22 juillet 1946 un attentat à la bombe dans l’hôtel King David de Jérusalem, organisé par l’Irgoun et dirigé contre le quartier général britannique fait 91 morts et 46 blessés. De son côté la Haganah se livre à des actes de sabotage qui visent à paralyser les forces d’occupation, tout en renforçant l’immigration clandestine des Juifs. Cette politique s’avère payante puisqu‘ affaiblis à l’issue de la 2ème guerre mondiale, les Britanniques décident en 1947 de rendre leur mandat à l’ONU. L’émotion suscitée dans le monde entier par la shoah, le génocide juif perpétré par les nazis (6 millions de victimes), favorise le projet sioniste.
La création de l’État d’Israël
En 1947, l’ONU crée une commission qui commence à travailler sur un plan de partage de la Palestine entre un État juif et un État arabe. Le 29 novembres 1947, l’assemblée générale de l’ONU, soutenue par les États-Unis, la France et l’URSS, vote une résolution sur le partage de la Palestine. Deux États sont créés : un État juif et un État arabe, tandis que Jérusalem est dotée d’un statut de « zone internationale ». 55% du territoire palestinien est attribué à l’État juif et 44% à l’État arabe, ce qui ne correspond pas à la démographie de l’époque, puisque la population juive ne représente que 37% de la population totale. Le plan de l’ONU suscite des réactions diverses : il est accueilli favorablement par l’Agence juive, mais rejeté par la droite nationaliste juive, tandis que les pays arabes ont voté unanimement contre et que toutes les organisations palestiniennes s’y opposent, à l’exception du parti communiste qui s’aligne sur l’URSS.
Mais l’ONU ne dispose pas des moyens politiques et militaires qui auraient permis l’exécution de sa résolution dans de bonnes conditions. Ce sera alors l’arbitrage par la loi du plus fort.
Dès le 30 novembre 1947, en réaction au plan de l’ONU, des émeutes et des attentats antisionistes se multiplient en Palestine et dans tout le Moyen-Orient. Des dizaines de civils juifs sont tués et en représailles l’Irgoun (IZL) reprend ses attentats et tue des dizaines de civils arabes. En fait il s’agit d’exécuter un plan de purge de la population arabe et de vol des terres et des biens, préparé à l’avance par la Haganah et la direction sioniste.
Puis la tuerie change d’échelle : l’Irgoun associée à une force paramilitaire sioniste commet le massacre du village arabe de Deir Yassin. Après avoir sommé par haut parleur les habitants de partir, le commando juif extermine tous ceux qui n’obéissaient pas : 254 victimes civiles, hommes femmes et enfants sont tués à l’arme blanche ou abattus à la mitraillette. Le massacre avait été programmé : il s’agissait de contraindre les Palestiniens à abandonner massivement leurs villages et faire place aux colons juifs. Et les tueries et massacres se poursuivent pour accélérer le départ des populations arabes se souche. En 1948, plus de la moitié des terres cultivées ont été volées avec leurs récoltes. 700 villes et villages arabes avec leurs terres, leurs maisons et dépendances, 7800 bureaux, boutiques, entrepôts, usines, ont été confisqués.
Et ça marche ! La nouvelle du massacre se répand dans toute la Palestine et dans le Proche-Orient et provoque l’exode de la population arabe tandis que la violence ne cesse de croitre entre les 2 communautés : émeutes, attaques, embuscades, représailles : le cycle semble sans fin…
La population civile est chassée par vagues successives des zones sous contrôle sioniste, puis israélien.
L’exode palestinien vers la bande de Gaza, la Syrie, le Liban, la Cisjordanie, est appelé Nakba (Catastrophe en arabe). En décembre 1948, une loi israélienne sur « les propriétés abandonnes » permet la saisie des biens de toute personne « absente » et prive ainsi les populations qui ont été chassées, de leurs droits de propriété et de retour.
Alors que la Palestine comptait au début des hostilités 1.800.000 habitants (musulmans, juifs et chrétiens) dont 1.200.000 Palestiniens de souche : entre 700.000 et 750.000 arabes palestiniens fuient, chassés de leurs terres et sont remplacés par des colons juifs ou des Juifs fuyant les pays arabes. L’épuration ethnique planifiée par le « plan Dahlet » est réalisée.
La création de l’État d’Israël est proclamée par Ben Gourion le 14 mai 1948.
Tandis que des armées envoyées par les pays arabes se joignent à l’Armée de libération arabe déjà présente sur le terrain, la Haganah transformée en Tsahal en juin 1948, bénéficie à l’instigation de Staline du soutien de la Tchécoslovaquie en armes, avions de combats, etc. Tsahal, mieux équipée, met en échec les armées arabes et des accords d’armistice sont finalement signés de février à juillet 1949 entre Israël ; l’Egypte, le Liban, la Syrie et la Transjordanie (Jordanie). Ces accords mettent fin à la guerre israélo-arabe de 1948/1949. Ils établissent des lignes d’armistice provisoires qui dureront jusqu’à la « guerre des 6 jours » (juin 1967) et confortent l’État israélien, mais l’annexion de la Cisjordanie par la Jordanie contribue à interdire la création d’un Etat palestinien.
De la fin de la guerre israélo-arabe de 1948/1949 à nos jours l’expansion de l’État d’Israël par la force ne connaîtra que quelques rares accalmies.
Le projet d’un « Grand Israël » de la mer jusqu’au Jourdain, reste un objectif plus ou moins proclamé selon les gouvernements au pouvoir : ainsi toutes les guerres menées par l’État d’Israël lui ont permis d’agrandir son territoire. Les Palestiniens créent en 1964 l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) qui réussit à fédérer la résistance Palestinienne autour du projet d’un état démocratique et laïque. Lorsque le Likoud, classé à l’extrême droite, arrive au pouvoir en 1977, il projette immédiatement d’annexer la Cisjordanie et Gaza. Mais ce projet est contrarié par un soulèvement massif de la population palestinienne, connu sous le nom de la « première intifada » (intifada = provocation), qui ramène les travaillistes au pouvoir et permet le remplacement de la tutelle jordanienne sur la Cisjordanie par une ébauche d’Etat dirigé par l’OLP, avec à sa tête Yasser Arafat. C’est parce que l’OLP acceptait de différer la question du démantèlement de la colonisation de la Cisjordanie et du départ des troupes israéliennes, que les accords d’Oslo purent être signés en 1993 entre l’Etat d’Israël et l’OLP.
Mais l’assassinat en 1995 d’Yitzhak Rabin par un extrémiste religieux juif entraine un basculement du pouvoir politique israélien vers une droite extrême, nationaliste et religieuse. L’occupation des territoires palestiniens et leur colonisation vont déclencher la 2ème intifada, dite « Al-Aqsa » qui va durer près de 5 ans, alimentée par les provocations d’Ariel Sharon. Celui-ci, devenu 1er ministre en 2001, va la réprimer avec férocité., avant de retirer ses troupes de Gaza.
Tandis que le territoire de Gaza est livré au Hamas qui supplante le Gouvernement palestinien d’union nationale dirigé par Mahmoud Abbas, celui-ci, disposant de peu de pouvoirs et à la merci des Israéliens, ne peut empêcher la poursuite de la colonisation juive en Cisjordanie.
En 2020 les colonies juives totalisent 440.000 personnes dans 150 implantations en Cisjordanie, 230.000 à Jérusalem-est et 35.000 colons en 35 implantations sur la partie du Golan annexée par Israël. 70% du territoire cisjordanien est placé sous contrôle israélien, mais l’ensemble du territoire cisjordanien et Gaza, entourés de murs, sont en permanence à la merci de l’armée israélienne.
En Cisjordanie, en plus de Tsahal, les colons fortement armés exercent une violence continue et impunie sur la population arabe. Ils détruisent les plantations, arrachent des arbres, saccagent les villages, confisquent des terres, dressent des murs et des barrières de protection, entravent la liberté de circulation des Palestiniens, tuent souvent. Face aux révoltes de la population, Tsahal et les colons ont la gâchette facile et le nombre de victimes palestiniennes ne cesse de croître, tandis qu’à titre préventif des milliers de suspects arabes sont placés sans jugement en « rétention administrative ».
La presse internationale révèle, début décembre 2023, que le gouvernement israélien était parfaitement informé des préparatifs de l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 mais n’a rien fait pour l’empêcher. L’horreur des crimes de guerre du Hamas a servi de prétexte au gouvernement Netanyahou pour entreprendre le massacre des populations civiles de Gaza, cependant que les raids de colons soutenus par Tsahal se multiplient contre les populations palestiniennes de Cisjordanie.
Document réalisé par le groupe d’action Narbonne Union Populaire, Narbonne Insoumise.

