Incertitudes sur les capacités de CIGEO/Bure à stocker les déchets radioactifs de haute activité et à vie longue

CIGEO ne sera pas capable d'accueillir les décrets HAVL produits par les réacteurs du plan de relance du nucléaire.

 

 

 

radioactivité-(Image par Gerd Altmann de Pixabay)

 

Le centre CIGEO à Bure est censé stocker les déchets radioactifs, dits HAVL, en les enfouissant dans des couches géologiques profondes censées rester stables à très long terme. Ces déchets sont le résidu du fonctionnement des installations nucléaires françaises. Cette technique particulière a été choisie après plus de 20 ans de recherches et a fait l’objet d’une loi en 2006.
Pour autant, si le bien fondé de cette technique reste discutable et discuté par les opposants au projet CiGEO, il semble que celui-ci, dans sa forme actuelle, ne permettrait pas de satisfaire au stockage de tous les déchets les plus dangereux produits par notre industrie nucléaire. C’est l’alerte lancée par les très officiel et sérieux IRSN dans un avis publié le 10 juin 2024 (1) en réponse à une demande de l’ASN, le « gendarme du nucléaire » chargé d’instruire le dossier de demande d’autorisation de création (DAC) de CIGEO déposé par son maître d’ouvrage l’ANDRA.

Sécurité : peut-être…pour la sureté il faut voir !

Les données fournies par CIGEO semblent suffisantes à l’IRSN pour évaluer la sécurité des installations du futur site d’enfouissement. Leur dimensionnement semble en mesure d’absorber les déchets produits par les installations nucléaires actuellement en service (2), ainsi que pour ceux qui seront produits par l’EPR de Flamanville et les 6 autres EPR prévus à l’horizon 2030 par le plan de relance du nucléaire d’E. Macron.
Dans ce cas il serait possible d’étendre les installations prévues dans une mesure raisonnable, car selon l’IRSN : « l’emprise du stockage pourrait dépasser de quelques centaines de mètres à quelques kilomètres les limites actuelles de la zone d’implantation des ouvrages souterrains (Zios), tout en restant dans la zone de transposition dans laquelle la faisabilité d’un stockage a été montrée en 2005 »
Par contre l’IRSN s’interroge sur la capacité d’accueil du site de CIGEO qui ne suffirait pas dans le cas où s’ajouteraient les 8 autres réacteurs de type EPR2 ainsi que les petits réacteurs modulaires SMR évoqués par E. Macron, ce qu’il explique avec diplomatie par : « « la capacité de l’installation à stocker davantage de déchets devra être évaluée sur la base de nouvelles études d’adaptabilité à des horizons temporels qui pourront être définis lorsque les décisions sur le futur parc auront été prises » 

De plus l’IRSN relève des points d’incertitude sur le « dimensionnement des composants métalliques » qui gaineront les alvéoles de stockage des déchets : seront-elles suffisantes pour résister à  la corrosion et à la flexure (plage ou déformation des revêtements métalliques) et quel sera l’impact en matière « d’endommagement de la roche »?…

Dans un courrier adressé à l’ANDRA (3), l’ASN demande à cette agence de fournir pour le 30 juin 2024 au plus tard à son GPD (4) les réponses aux questions soulevées. Ces réponses seront adressées au GPD (Groupe Permanent d’experts pour les Déchets). 2 autres évaluations par l’IRSN du projet CIGEO sont en cours. Elles concernent la phase d’exploitation du site ainsi que la phase d’après fermeture… Un avis définitif sur le projet devrait être rendu courant 2026 pour un feu vert de l’Etat en 2027.

Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 14/06/2024

 

 

 

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Notes
  1. https://www.irsn.fr/sites/default/files/2024-06/Avis-IRSN-2024-00051-CIGEO.pdf2. []
  2. même en cas d’une durée de vie allongée à 60 ans[]
  3. https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-44213-courrier-asn-irsn-cigeo-mai-2024.pdf[]
  4. Groupe Permanent d’experts pour les Déchets[]
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